MAIS JE DEBLOGUE...
"L'opinion dominante c'est comme une vapeur qu'on respire. C'est une intoxication indolore".
J. C. Guillebaud
Responsable de la Publication : jmdarmian@club-internet.fr
"L'opinion dominante c'est comme une vapeur qu'on respire. C'est une intoxication indolore".
J. C. Guillebaud
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Il faudrait, de temps en temps, s'astreindre à un florilège des déclarations présidentielles. En voilà
une : « Il n'y aura pas d'augmentation des impôts, mais probablement une piste sur les niches sociales ». « Je ne ferai pas la politique de la rigueur, car la politique de la rigueur a toujours
échoué », avait assuré le chef de l'Etat, réaffirmant son refus d'augmenter les impôts, et appelant à changer radicalement la façon de poser le problème. Il n'en reste pas moins que les finances
publiques touchent le fond. Eric Woerth, le ministre du Budget a antérieurement annoncé que le déficit public (Etat, sécurité sociale, collectivités locales) atteindrait "entre 7 et
7,5% du PIB". Soit un trou historique de "140 milliards d'euros" dans les caisses de la France. Le chef de l'Etat avait exclu une hausse des impôts, une potion jugée trop amère pour les
électeurs avant 2012, la solution ne pourra pas venir du côté des recettes. Le "paquet fiscal" et son cortège d'exonérations et de réductions d'impôts, la baisse de la TVA dans la restauration le
1er juillet ou la suppression annoncée de la taxe professionnelle, ne vont d'ailleurs pas dans ce sens. Tous les gens qui ont un brin de jugeote savent fort bien qu'il ne s'agit que d'un effet
d'annonce, mais que tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, il faudra bien payer l'addition.
D'ailleurs, il existe des divergences profondes au sein du gouvernement actuel, entre ceux qui prennent les paroles présidentielles pour argent comptant, et ceux qui, connaissant bien la réalité,
ne peuvent pas accepter de telles promesses. La preuve ? D'abord avec le fait que la taxe carbone constitue bien un retour de la vignette, chère à ce pauvre Paul Ramadier, et illustre la
volonté du président de ne pas créer de... taxes nouvelles. Le problème, c'est que tout le monde lorgne vers cette manne financière en période de disette intégrale. Jean Louis Borloo, qui rêvait
d'être collaborateur de Nicolas Sarkozy à Matignon, veut tellement marquer sa différence qu'il multiplie les déclarations permettant de laisser accroire qu'il va restituer au peuple les fonds
qu'il lui aura pris. Paul Ramadier avait exactement la même vision, lorsqu'il avait annoncé que l'argent de la vignette servirait à verser des retraites dignes aux plus âgés du Pays; or jamais la
caisse prévue n'avait été créée.
LE BLUFF INTEGRAL
La taxe carbone risque en effet de coûter cher aux Français. Alors, pour ne pas trop frapper les ménages au portefeuille en période de crise, le ministre de l'Écologie, propose de la compenser
par l'instauration d'un « chèque vert ». Une piste parmi d'autres, inspirée par la Fondation Nicolas Hulot. Explications.
Il s'agit de reverser aux ménages l'intégralité des recettes fiscales générées par la taxe carbone, sous la forme d'un chèque d'un montant identique pour tous les foyers fiscaux. Les ménages
situés au bas de l'échelle des revenus devraient ainsi toucher plus d'argent qu'ils n'auront payé de taxe, contrairement aux foyers aisés, plus consommateurs en produits polluants.
Selon les hypothèses retenues par la Fondation Nicolas Hulot, la taxe carbone, destinée à renchérir les produits à forte émission de CO2, devrait s'élever à 7 centimes par litre d'essence en 2010
et à 0,85 centime par kW/h de gaz. Elle devrait rapporter 3,5 milliards d'euros la première année. En divisant cette somme par le nombre de foyers fiscaux (26 millions), on obtient le montant du
chèque vert, par an et par foyer fiscal, soit 130 euros. Cette estimation n'est valable que pour la première année, la somme perçue les années suivantes dépendant des efforts de tous pour réduire
la production de gaz à effet de serre.
Les conséquences, pour le budget de l'État, devraient être nulles, puisque le chèque vert ne fera que redistribuer aux ménages les recettes de la contribution carbone. Toutefois, le dispositif
pourrait réserver quelques surprises.
À l'origine, calibré afin de rester neutre pour le budget de l'État, le bonus-malus écologique a coûté 140 millions d'euros pour les quatre premiers mois de 2009... La pilule a du mal à passer à
Bercy ! Tout serait pour le mieux dans le plus vert des mondes ! Enfin presque, puisque Borloo a oublié que son chèque n'existera pas, puisque les fonds seront récupérés, soit pour compenser la
taxe professionnelle, soit pour compenser les fonds accordés par Borloo pour les énergies vertes. La réponse est vite venue.
PAS DE CHEQUES
« Je ne suis pas favorable à la distribution de nouveaux chèques, verts ou pas » a déclaré le ministre du Budget Eric Woerth dans une interview publiée hier sur le site du figaro.fr,
contredisant la proposition de Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, de restituer aux ménages et aux entreprises le produit d'une future contribution climat-énergie. Mais quelle mouche
verte a piqué Borloo ? Ignore-t-il que les annonces présidentielles ne sont pas à prendre au pied de la lettre !
« Pour ma part, je ne suis pas favorable à la distribution de nouveaux chèques, verts ou pas : voilà 30 ans que l'Etat fait des chèques », affirmé M. Woerth. « Nous sommes le pays
qui redistribue le plus, 500 milliards de transferts sociaux par an! Je suis pour une vision du 'développement durable' qui ne se limite pas à l'écologie: être responsable vis-à-vis de nos
enfants, ce n'est pas leur laisser une planète propre et une montagne de dettes. C'est favoriser l'écologie mais aussi l'emploi, le social », explique le ministre. Circulez, il n'y a rien à
voir. On ne va pas créer une taxe (contrairement aux affirmations présidentielles) pour la redistribuer aux contribuables.
Eric Woerth se dit favorable à la mise en place d'une taxe carbone dès 2010. « On peut très bien lancer une version simple, nationale, opérationnelle dès l'an prochain, qui porterait sur la
consommation des énergies fossiles des ménages et des entreprises », précise-t-il. « Il suffit d'attribuer un prix à la tonne de carbone rejetée dans l'air. Puis, dans un deuxième temps,
en 2011 ou 2012, affiner, élargir la taxe à d'autres produits. Mais ce serait plus efficace, si on allait dans cette direction, de le faire dans un cadre international », poursuit-il. C'est
un désaveu total des lois dites du Grenelle, et surtout c'est l'occasion de tromper les électrices et les électeurs, grâce à un impôt indirect qui ne tient pas compte des revenus de ceux qui
l'acquittent.
DEJA DEPENSEE
La mise en place de la taxe carbone se traduira, en effet, concrètement, par une hausse du prix de l'essence à la pompe. Si
elle est simple et parlante, cette proposition se heurte à un constat : tous les Français ne partent pas sur un pied d'égalité, en particulier ceux qui habitent en milieu rural, pour lesquels
l'utilisation de la voiture n'est pas une option. Selon des chiffres présentés par l'Insee, le niveau de vie ne peut être le seul facteur retenu pour mesurer son impact.
Ainsi, pour une famille avec deux parents actifs et un enfant vivant en milieu rural, elle représenterait environ 300 € par an, contre 80 € pour une famille monoparentale vivant dans un
appartement en ville. Le projet de taxe carbone, issu du Grenelle de l'Environnement, qui vise à réduire la dépendance de la société au pétrole et autres énergies fossiles, se heurte donc à une
difficulté de taille: comment s'assurer qu'elle soit comprise et, surtout, acceptée, dans un contexte économique difficile ? Il va donc falloir ruser, et redonner moins d'une main, que ce que
l'on pique de l'autre ! Or Nicolas Sarkozy a déjà tranché : la taxe carbone servira à compenser l'exonération progressive (et non pas définitive) de la Taxe professionnelle.
Une chose est certaine en tout cas, la suppression de la part investissement de la TP se fera progressivement, en trois à cinq ans, à partir de 2010. « Comme le calendrier sera fixé, les
entreprises auront de la visibilité », défend l'entourage de Christine Lagarde. Autre certitude : pas question d'augmenter l'impôt sur les sociétés, comme le suggéraient les députés. C'est
la contribution « climat-énergie » qui devrait boucler l'équation pour les caisses de l'État. Une piste évoquée dès l'origine par Nicolas Sarkozy. Double mensonge : on défait un impôt
pour le remplacer par un taxe ! Comprenne qui pourra. Enfin, peu importe, on vous vendra de l'écologie, et c'est là l'essentiel; mais attention, si le spectacle vous enchante, il ne sera pas
gratuit.
Mais je déblogue...
Il arrive que parfois les sondés se transforment en électeurs... et qu'ils démolissent toutes les
certitudes. Ainsi, le quotidien « la Voix du Nord » avait publié le résultat supposé des élections municipales d'Hénin Beaumont, avec, comme le veut désormais la tradition, une prédiction
catastrophique pour la Gauche... Le sondage réalisé par l'IFOP laissait, effectivement, présager une victoire du FN ! Il faisait, en effet, du Front national la première force en présence dans le
paysage. Un FN qui s'écroula partout ailleurs, et qui, faisant son lit d'une gabegie municipale sans précédent et d'un Parti socialiste jadis hégémonique et aujourd'hui localement décrédibilisé,
fortifiait, selon cette étude d'opinion, ses racines héninoises. En l'espace d'une année, ce sont près de sept points de plus (de 28,5 à 35 %) que glanait, selon l'IFOP, le FN. Une progression
qu'analysait doctement le directeur du Département d'opinion publique de cet éminent institut de sondages : « Ce Front national montant a tout pour surprendre. Il n'est pas seulement
fort auprès des segments traditionnels, il est aujourd'hui fort partout. C'est une homogénéité irrationnelle !... Ils ont, je pense, trouvé là "la" campagne idéale. Eux qui aiment cultiver
traditionnellement du "tous pourris", avec un maire en prison, jouent sur du velours. » Une marche en avant d'autant plus impressionnante que du front de gauche qui, en 2008, était un véritable
roc (43 % !), il ne restait plus grand-chose.
Trois listes de gauche se partageaient aujourd'hui, selon le sondage, les voix de gauche, avec une légère prime à la liste Ferrari (19 %) soutenue par le PS et le PC qui, dans un mouchoir
de poche, devait devancer l'Alliance républicaine (18 %). Les deux listes qui ne s'appréciaient guère, c'est le moins que l'on puisse dire, "n'ont plus qu'une poignée de jours pour faire la
différence et avoir le privilège de prendre la main à gauche en vue du second tour". Il n'y a eu aucun combat, et l'unité l'a emporté sur toutes les autres considérations. Le tableau était
pourtant lugubre : l'électorat républicain explosait et l'Union paraissait, selon ce grand quotidien régional, totalement impossible puisque les Verts de Régine Calzia, retrouvant juste les 10 %
d'intentions de vote des européennes, misaient eux aussi sur un ultime coup de reins salvateur dans la lignée des Européennes. Les venues conjointes de José Bové et Noël Mamère paraissaient à cet
égard décisives. On allait vers une triangulaire.
SONDAGE APPROXIMATIF
Le sondage ne donnait aucune chance à Pierre Darchicourt, dès le scrutin initial, qui misait sur un retour
d'affection des Héninois, huit ans après sa mise à l'écart de mars 2001 par celui qui a plongé la Mairie dans le gouffre. Avec une barre mise à 5 %, le retour s'annonçait plus pénible qu'espéré
pour l'ex-socialiste qui, selon l'IFOP, devait devancer juste de deux points le NPA. Et les certitudes pleuvaient comme si les jeux étaient faits.
Voici un travail de l'IFOP parfaitement ficelé. Il allait même jusque dans les détails, pour redonner des couleurs à l'UMP qui, « après le cinglant 5,4 % des municipales atteignait la barre des 7
points (avec en sus la présence d'une liste dissidente, créditée, elle, de deux points) ». Le premier tour a été totalement différent et le résultat a absolument infirmé les prédictions de
l'IFOP !
En fait, si le FN a bien atteint 39,34 %, son challenger était celui que l'on donnait... battu et donc
incapable de se retrouver dans le fauteuil de Maire. Aucune chance pour Pierre Darchicourt (20,19 %), qui devançait cependant la liste officielle du parti du jeune Ferrari. La valeur de la
personne qui s'était déjà opposée aux socialistes fossoyeurs, avait été la principale référence pour le choix à Gauche. Le sondage IFOP s'annonçait totalement faux puisqu'il envisageait un écart
très faible entre la liste officielle du PS, du PC, du MRC et du MODEM... au second tour. Toute la France haletait, car Marine Le Pen pouvait donc devenir l'héroïne du FN, alors que le navire
ressemble étrangement au Titanic ! Dans une cité où le taux de chômage sera quasiment à deux fois le niveau du chiffre truqué national, l'IFOP avait détecté une forte probabilité de succès pour
la députée européenne, qui siège avec papa à Strasbourg !
Las, hier soir, l'IFOP s'est pris un râteau avec les résultats du suffrage universel. Les électrices et les électeurs, qui avaient fait un autre choix au premier tour, ne se sont pas dégonflés et
se sont réveillés. Hier soir, ils ont eu le plaisir (quelle honte !) de voir sur Soir 3, journal télévisé d'une chaîne du service public, que l'invitée était... Marine Le Pen vaincue, bien
installée dans un fauteuil, et que, par contre, le vainqueur était oublié ! Ainsi va la vie politique française ! Pourtant, il n'y a aucune ambiguïté sur le résultat.
Alors que le cumul des voix de Gauche (sans l'UMP) arrivait à 52 %, il atteignait légèrement plus. Finalement, Daniel Duquenne, le candidat (DVG) du Front Républicain (52.38% des voix) a bel et
bien remporté la mairie d'Hénin-Beaumont, avec une avance de 500 voix sur Steeve Briois, le candidat du Front National (47.62% des voix, avec une participation qui a atteint le taux de 62.38% des
inscrits. L'IFOP n'avait pas prévu cette issue, mais dans le fond, ses erreurs ont été utiles, car elles ont mobilisé les habitants d'une ville, sinistrée socialement, mais qui parviendra, quoi
qu'il arrive, à redresser sa situation financière avec une rigueur permanente dans son fonctionnement. En fait, une fois encore, il faut constater que les sondages jouent souvent un rôle peu
clair dans la vie publique.
UNE FORTE DESILLUSION
Cette élection reflète surtout une certaine désillusion, dans un milieu ouvrier en désespérance et frappé par
la crise. Elle confirme aussi que, comme à Perpignan la semaine dernière, les gens n'ont pas toujours une vision exacte de la gestion municipale. Ils recherchent la sécurité, et plus encore des
services de proximité. Les enjeux politiques deviennent complexes quand interfèrent les questions de personne ou les relations humaines. Ces paramètres ont joué dans de nombreux scrutins, et
joueront de plus en plus, car l'écart se creuse entre la base et le sommet des partis politiques. C'est aussi l'analyse qui devrait être faite, après le résultat d'Hénin Beaumont, dont les
habitants auront, c'est certain, la dent dure contre celles et ceux qui les ont mis sous les feux de l'actualité. Le problème, c'est que l'on ne sait pas à quelle vitesse ils oublieront ce qui
vient de leur arriver... Le FN ne progresse que sur les erreurs des autres, et sur le terreau de la démagogie. En tapant sans cesse sur les élus, en les discréditant, en les présentant toutes et
tous, sans distinction, comme identiques dans leur comportement, en transformant des comportements individuels en règles générales, on accentue forcément la dégénérescence de la démocratie. Dans
les prochaines semaines, on va aggraver le mal en s'appuyant sur cette facilité d'appréciation, pour tailler dans les collectivités territoriales et dans les élus locaux, réputés trop nombreux,
peu efficaces, mauvais gestionnaires ! On n'en mesurera les conséquences que trop tard, et la démocratie n'en sortira pas grandie... ou sécurisée. En fait, c'est un nouvel avertissement pour le
monde politique institutionnel, qui se complait dans des guerres picrocholines, très éloignées des motivations des électrices et des électeurs. Pour le PS, après la constitution aux européennes
de listes dénuées de tout respect des particularismes locaux, c'est une nouvelle alerte, car cette victoire n'est pas la sienne.
PEUT ETRE UNE LEÇON UTILE ?
A gauche, les réactions étaient très mesurées. Se félicitant que les habitants d'Hénin-Beaumont aient « fait le choix de Daniel Duquenne pour porter l'espoir et l'avenir, malgré les grandes
difficultés financières et sociales de leur ville », Martine Aubry, première secrétaire du PS, a dit entendre « aussi l'exaspération et la colère qui se sont exprimées lors de cette élection
». Elle aurait pu ajouter que l'Unité ne se décrète pas, mais qu'elle doit s'appuyer sur des pratiques communes et une histoire commune.
«La gauche, notamment le Parti socialiste, doit tirer toutes les leçons de cette élection», a complété Marie-Georges Buffet, secrétaire nationale du PCF. Daniel Duquenne, le prochain
maire d'Hénin-Beaumont s'est réjoui dans son premier discours d'avoir « su redonner à Hénin les couleurs de la République ». « Nous avons surmonté nos divergences, nos rancœurs, nos rancunes
», a-t-il estimé, appelant à « l'unité et à la diversité ». «Je serai le maire de tous», a-t-il encore déclaré. On ne peut que lui souhaiter d'être capable de donner une
leçon, dans ce domaine, à toutes celles et tous ceux qui lui ont tourné le dos pour préférer les consignes à leurs consciences !
Quelques minutes plus tard, le nouveau maire a été agressé par plusieurs individus qui l'ont aspergé de gaz lacrymogène, et il a été obligé de constater que les grands triomphateurs, et les
vedettes, pour beaucoup de médias étaient les... battus ! Ils savent bien que rien n'est véritablement réglé, puisque la contestation ne va cesser dans les prochains mois.
« Nous allons d'abord contester les résultats qui nous apparaissent comme ceux du mensonge et du chantage. Quand on fait un chantage aux subventions, on se place en dehors de la loi et de la
légitimité du discours politique », a estimé Marine Le Pen. Le FN a précisé que leur adversaire avait laissé prévoir une suppression de toutes les subventions si sa liste gagnait.
Cette élection sera, de toutes les manières, oubliée dès demain, et on passera à un autre enjeu. Ainsi va la vie politique, qui adore le parfum de scandales et celui des résurrections. Les
électrices et les électeurs sont plus lucides et savent encore jusqu'où ils ne peuvent pas aller.
Mais je déblogue...
Alors que la bronzette va devenir l'activité préférée des Françaises et des Français qui ont les
moyens de s'octroyer une part du soleil des plages, l'actualité sociale va s'accélérer. Impossible de ne pas voir un rapport de cause à effet entre l'entrée dans la période des vacances pour
privilégiés (car pour partir en vacances, il faudra l'être) et le lancement du RSA, et surtout le débat parlementaire sur le travail du dimanche. Deux sujets importants qui, bien évidemment,
seront médiatiquement surclassés par le départ des stars du cycle et les transferts du football. Dans les deux cas, on fera référence à leurs salaires et au montant de leurs transferts, mais on
ne fera jamais le rapprochement avec les mesures qui découleront des projets gouvernementaux. Or parfois, on va plaindre un millionnaire mensuel du sport, alors qu'autour d'un verre de rosé
on compte les détournements effectués par quelques exclus sociaux plus malins que les autres. Ces deux extrêmes ne se rencontrent qu'au travers d'un écran de télévision.
En début de semaine (le 5 normalement) les premiers versements du RSA interviendront. Quelque 1,3 million de foyers vont percevoir pour la première fois, ce revenu, environ un mois après l'entrée
en vigueur de l'allocation qui remplace le RMI et l'Allocation parent isolé (API), et qui s'adresse également aux travailleurs modestes... Enfin, celles et ceux dont le dossier est simple, et
dans le cas où les formalités administratives ne poseront pas de difficultés; pour les autres il faudra attendre des jours meilleurs.
Les "RSAistes", comme les a appelés le Haut commissaire aux Solidarités, Martin Hirsch, percevront un montant identique au RMI s'il s'agit d'anciens Rmistes (454 euros pour un célibataire). Il
n'y aura que le nom qui aura changé, mais le montant sera identique et personne ne voit réellement le but de la réforme, puisque pour le retour à l'emploi via l'insertion professionnelle en cette
période terrible, les bénéficiaires n'auront, c'est une certitude, aucune piste supplémentaire. Et ce sera probablement un échec dans quelques mois, quand on effectuera un véritable bilan.
D'abord, parce que la taxe finançant le RSA ne concerne pas « les plus riches », « bouclier fiscal oblige ». Un « détail » qui passe presque inaperçu dans cet océan de louanges. Ainsi donc, la
taxe concerne essentiellement les classes moyennes !
Il n'est pas étonnant que la moindre mention du rapport publié le 26 mai dernier sur le RSA en Outre-Mer ne soit faite que cette semaine. Dommage, car on y apprend beaucoup de choses. Ainsi,
s'appuyant sur des données fournies par la Cnaf et la Drees, le rapporteur explique : « à barème équivalent au barème métropolitain, 42% de la population des DOM est potentiellement couverte
par le RSA (...). ». Un Revenu de Solidarité Active, élaboré afin de pallier le problème des travailleurs pauvres... Et qui concerne presque la moitié de la population d'Outre-mer ! Comment
assumer une telle situation?
Ensuite, pour le barème, il faut être extrêmement prudent, car le choix d'un barème plus favorable conduirait donc à une couverture d'au moins la moitié de la population, choix dont les
effets pourraient être déstabilisateurs pour le marché du travail. En effet, les entreprises pourraient alors être incitées à ne pas augmenter les salaires, notamment aux niveaux proches du point
de sortie du RSA, voire à ne déclarer qu'une partie de la durée effectivement travaillée, pour optimiser les sommes perçues au titre de la prestation.
VIVE LE TRAVAIL AU NOIR
Car les craintes que soulève le dispositif depuis son lancement n'ont jamais été démenties. Pour preuve, le
rapport poursuit : « Il convient par ailleurs d'indiquer que le RSA n'est sans doute pas le meilleur instrument de lutte contre le travail dissimulé et d'incitation à la reprise d'activité à
temps plein, compte tenu du caractère familialisé et dégressif de cette prestation. (...) Un salarié peut donc trouver plus intéressant de ne pas déclarer une partie de son activité, pour ne pas
voir le montant de son RSA diminuer. ». On va donc voir probablement augmenter le travail au noir, qui permettra un revenu complémentaire au RSA lequel constituera ainsi le « socle » d'une
rémunération, dont la majorité du montant échappera à tout contrôle. Les deux parties s'y retrouveront !
D'autre part, le RSA est un complément de salaire sans limitation de durée. Cela revient finalement à subventionner des emplois précaires à long terme, voire à faire tomber dans la précarité des
salariés qui gagneraient trop pour en bénéficier. On va le voir avec les plans sociaux mis en place sur le long terme. On constatera que le RSA va devenir une variable d'ajustement social.
Un dispositif qui, en définitive, s'inscrit dans l'assistance aux travailleurs pauvres, sans leur permettre de se sortir de cette situation.
Une mesure qui finit par déresponsabiliser les employeurs en cassant la valeur « travail », du fait de la distorsion des écarts entre la rémunération et le travail effectué. Enfin, n'en déplaise
aux journalistes du Monde, la prime au retour à l'emploi existait déjà avec le RMI depuis 2006 Et les incitations pour reprendre un travail aussi ! Ce qui change fondamentalement avec le RSA,
c'est la pérennisation de ce complément au delà d'une année ; le fait que des « sous salariés » vont être confinés dans une pauvreté durable ... Bref, une politique de droite, qui favorise
l'assistanat des patrons, et l'emploi précaire. Martin Hirsch a simplement lancé la version 2 du RMI, une version 2 qui n'améliore en rien la version initiale.
LE CHANTIER DU DIMA NCHE
Le même jour, le Haut commissaire devrait présider la dernière réunion de la commission de concertation sur la
jeunesse qui, faute de consensus sur les ressources des jeunes, n'était pas parvenue à boucler ses travaux le 30 juin, comme prévu. Un Livre vert, compilant une cinquantaine de recommandations,
devrait être publié dans les jours suivant cette rencontre, mais à compter de mardi, c'est à l'Assemblée nationale que se concentrera l'actualité sociale, avec le début de l'examen de la
proposition de loi d'extension du travail dominical ... qui concerne souvent les jeunes salariés. Ce chantier, qui correspond à une promesse de campagne du président de la République, suscite
depuis son lancement une forte opposition des syndicats, et d'une partie de sa propre majorité. Même si le ministre du Travail, Xavier Darcos, a assuré vendredi que le texte avait "beaucoup
évolué" et répondait "au bon sens" ainsi qu'à "l'attente d'une partie des Français", l'inquiétude reste entière du côté des confédérations syndicales. Le débat est
programmé jusqu'à la fin de la semaine, dimanche non inclus... évidemment, car il n'est pas encore question que les députés travaillent le jour du seigneur.
Alors que le rapporteur UMP du texte explique que le travail dominical ne sera possible que dans les 497 communes et les 27 zones touristiques « au sens du Code du travail », Jean Marc Ayrault,
patron des députés du PS affirme, lui, que ce texte concernera «toutes les communes touristiques et tous leurs commerces pendant toute l'année ». Un proche du député maire de Nantes confie : «
Nous avons téléphoné au secrétariat d'État au Tourisme, qui nous a conforté dans cette analyse.»
La loi du 14 avril 2006, puis le décret du 2 septembre 2008, ont défini précisément les critères de classement en commune touristique (capacité d'hébergement, caractéristiques naturelles,
artistiques ou historiques, critères de fréquentation...). Pour le patron des députés PS, « en ouvrant la boîte de Pandore des communes touristiques, Mallié va rendre possible le travail du
dimanche de plein droit, sans volontariat, ni salaire double, ni repos compensateur ». On en arrivera à une consultation du Conseil constitutionnel, qui devra se contorsionner pour
reconnaître qu'il y a égalité de traitement des salariés sur le territoire national. La lutte va être chaude durant toute la semaine, et on va vérifier que l'opposition aura désormais bien du mal
à s'exprimer à l'assemblée.
AVANT LE 14 JUILLET
Mercredi prochain, syndicats et patronat se retrouveront au Medef pour une nouvelle séance de négociations, sur la gestion sociale des conséquences économiques de la crise sur l'emploi, censée
être la dernière sur le chômage partiel, ou les mesures en faveur des salariés les plus touchés par la crise. Les syndicats se disent "ouverts" sur l'extension du chômage partiel mais
"insatisfaits" du texte patronal. Le patronat, qui compte conclure avant le 14 juillet, propose d'élargir à davantage de salariés et d'entreprises la possibilité pour l'employeur de recourir au
chômage partiel, notamment dans les services, le commerce, ou parmi les cadres.
Concernant les négociations globales des partenaires sociaux sur la crise de l'emploi, le président de la République a assuré que le gouvernement examinerait "avec la plus grande attention" le
premier paquet de mesures proposées, attendu le 8 juillet.
Une négociation sur la médecine du travail, qui ne devrait pas être conclusive, réunit aussi demain syndicats et patronat. Gouvernance du système ou périodicité des visites médicales font partie
des points encore sur la table. On va accélérer le rythme, et tenter de faire avaler le maximum de mesures de régression sociale avant la rentrée.
Les députés, sous pression, vont avaler les textes à la vitesse grand V puisque les augures parlent déjà de mouvements sociaux de grande ampleur fin octobre, début novembre, compte tenu des
dégâts qui seront constatés début septembre. Les lois, les décrets, les destructions réglementaires ne changeront absolument pas les réalités. Heureusement que le football reprendra ses droits et
que l'OM, entreprise non rentable, ne sera pas en cessation de paiement, et que ses stars auront leur Revenu Marseillais d'Arnaque.
Mais je déblogue...
GRAINS DE SEL