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SPORT

Lundi 19 juin 2006 1 19 /06 /2006 07:17

La tragi-comédie est un genre tombé en désuétude. Le mondial est en train de le remettre au goût du jour, avec certaines adaptations. Elle se joue toujours en trois actes, séparés (et c'est la nouveauté) de quelques jours dans le temps. Elle a changé de style, mais se déroule encore devant des foules passionnées qui vivent chaque réplique comme un moment "gaspillé", car elles n'attendent systématiquement que celles qui tuent, qui font mouche, qui mettent à mal l'adversaire! il faut du drame pour que vivent les certitudes! Le respect pour les acteurs n'en constitue pas pourtant la plus forte des valeurs. Comme à la plus belle période des farouches rivalités entre les classiques et les romantiques, chaque camp peut conspuer les personnages antipathiques du camp adverse, ou même ceux qu'il est censé supporter. Des bordées d'insultes ou de sifflets descendent donc très souvent du "paradis".

Chaque "match" constitue alors  une oeuvre complexe, dont le scénario a la particularité de s'écrire au fil des minutes. Impossible d'en connaître l'issue, même si les données essentielles en sont parfaitement analysées. Il faut bien reconnaître que ce type de représentation connaît un succès planétaire, et que les enceintes qui les accueillent ne sonnent jamais creux. On vient y vivre des émotions par procuration. Chaque camp a encore et toujours ses héros salvateurs et ses traîtres, capables sur une seule faute de bouleverser le dénouement initialement espéré. Les Horaces et les Curiaces s'affrontent avec des schémas tactiques secrets, plus ou moins compliqués. En une fraction de seconde, le combat change d'âme, plongeant les peuples dans l'exaltation ou la détresse profonde. La tragi-comédie du Mondial a ainsi frappé hier soir!

UN COMBAT REPUTE INCERTAIN

Hier soir, la France alignait donc autour de son roi prestigieux, des chevaliers de la balle ronde en quête d'un Graal qui les fuit depuis huit terribles années. Zinédine le ténébreux, vénérable " Arthur " de légende à la voix lasse, conduisait ses troupes en un combat réputé incertain. Toutes les réunions autour d'un " enchanteur ", Raymond ayant soit-disant la science des astres mais pas celle des potions magiques, n'avaient pas rassuré la famille. Il se comportait comme ces alchimistes énigmatiques, se réfugiant derrière le secret pour éviter de justifier leurs échecs. On doutait donc fort de l'issue de la campagne d'une " armée " dont la motivation n'était guère évidente. "Etre ou ne pas être...de la seconde phase". Telle était la question. On n'a pas eu la réponse !

Elle préoccupait un royaume " pourri ", dans lequel l'espoir manque autant que l'enthousiasme. Prêt à mettre à bas ou à vouer aux gémonies ces géants aux pieds agiles, les adeptes les plus adorateurs avaient consulté les pythies du petit écran durant toute la semaine. On n'accordait plus, dans les chaumières de France, qu' une confiance de moins en moins aveugle aux idoles. A elles de redonner son âme aux temples fréquentés par ces fidèles, sous peine de perdre totalement leur crédibilité. La période des hérétiques pouvait conduire à brûler ceux que l'on avait adulés, et à un schisme dont le pays ne se remettrait pas. L'unité d'action, de temps, et de lieu, étant respectée dans la cité de Beethoven, on pouvait dérouler le processus traditionnel, celui de la chandelle. Un début rassurant, et peu à peu une flamme qui s'éteit pour être soufflée par le premier coup de vent !

La scène 1 de l'acte 2 (le premier n'avait guère convaincu !) ne donna lieu qu'à un bref moment d'euphorie. Il naquit d'un duel victorieux entre " Don Henry " parti seul au port se débarrasser d'un gardien un peu trop gênant. Ce coup d'éclat donna l'espoir d'une issue rapide, tant la domination paraissait acquise. Le Roi Zidane ne savait pas où donner du dribble, donnant le tournis à des lutins rouges surtout préoccupés de parer au plus pressé. Le chevalier Vieira se faisait un point d'honneur à mettre la légion en bon ordre. Le cavalier Malouda conduisait des chevauchées endiablées dans la défense adverse. Les tours de défense tenaient aisément, face aux maigres offensives d'adversaires, incapables de monter le moindre complot offensif. Chaque action des Princes de 98 mettait au supplice : " Dame Corée " prête à perdre le Nord dans une tourmente permanente. De tragédie, il ne paraissait pas y en avoir au programme. Elle ne résidait en définitive que dans la capacité potentielle du camp des Bleus à tuer le suspens. On attendit pourtant en vain cette réplique " mortelle ", susceptible de faire entrer son auteur dans la légende.

LE COMBAT CHANGEA D'AME

" Sous moi donc cette troupe s'avance,
Et porte sur le front une mâle assurance... "

Ce constat initial rassurant fut vite perdu sous la pression des événements des scène suivantes. Lentement mais sûrement, le combat changea d'âme. Les occasions succédaient aux occasions mais rien ne semblait pourtant susceptible de dénouer le drame. Le chevalier Vieira faillit ajouter l'avantage décisif que tout le monde attendait, mais un félon en jaune le priva de cette satisfaction. Chaque entrée, chaque sortie dénotaient pourtant un bouleversement total de la donne initiale. Le temps prenait une importance capitale. Les acteurs bafouillaient leur texte et perdaient le fil de l'action. Ils donnaient déjà des signes de lassitude. Aucune accélération des actions, aucun soubresaut dans une trame convenue et passive. On tira le rideau sur de sombres présages.

Ils se confirmèrent immédiatement lors du retour sur la scène verte, car on retrouva les vieux démons, ceux qui transforment les espoirs en craintes. La tragédie prit forme. Incapables de maîtriser les foucades de Dame Corée, les fringants destriers blancs se révélèrent des chevaux de trait, lourds et essoufflés. Ils ne dominaient plus la situatio n, ils la subissaient. Plus aucune agilité, plus aucune arabesque, plus aucune inspiration : on attendait le coup de poignard fatal, celui qui transformerait l'amour pour les Bleus en dépit. Le chevalier Vieira perdit de sa superbe. Le voltigeur Malouda piétinait. Zinédine justifiait sa préretraite, se comportant comme un seigneur déchu, râlant nerveusement contre des manants se permettant de lui voler des ballons décisifs. L'intrigue échappait totalement à ceux qui devaient la construire.

DES LENDEMAINS QUI CHANTERAIENT

Des jambes lourdes, un moral dans les chaussettes, une crise de confiance générale : le contexte changea, le combat prit une allure prévisible. Il finit par se traduire de la manière le plus terrible. Un Pyrrhus coréen passant par là, plongeant un pays dans la stupeur. Ce coup de patte " assassin " mit à bas une bonne part de cette foi que l'on avait dans des lendemains qui chanteraient. Le temps devint alors le principal ennemi d'une troupe déboussolée. Il fila sur un sentiment profond d'insatisfaction et de grande frustration. Tous les critiques trouveront des bribes de satisfaction, des zestes d'excuses, et se rassureront avec des calculs d'apothicaires. Me vinrent alors en mémoire ces vers :

" Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? "

Vendredi soir, le troisième acte constituera probablement la fin d'une génération et d'une époque. Il serait véritablement extraordinaire qu'il en soit autrement, quelle que soit la fin de ce qui ressemble bel et bien à une " tragédie " cornélienne. Les idoles vont quitter le temple par la petite porte. Elles n'auront que le sort que mérite leur volonté d'avoir laissé les marchands entrer dans leur temple !

Mais je déblogue...

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : SPORT
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Samedi 10 juin 2006 6 10 /06 /2006 07:40
C’est parti. Le coup d’envoi du Mondial a été donné, et désormais place est faite à tous les espoirs les plus fous et les déceptions les plus for tes. Les yeux sont rivés sur la ligne bleue des Vosges ou même plus loin, au-delà du Rhin. Plus question d’organiser quoi que ce soit ou de penser à autre chose qu’aux rebonds, que l’on sait plus ou moins capricieux, de la balle ronde ! Le monde qui, justement, ne tourne pas très rond, va tenter de faire oublier ses turpitudes durant un mois. Etrange planète que celle qui se passionne pour des jeux, qui paie des sommes folles pour assouvir son esprit de conquête, alors qu'elle manque parfois de... pain.
Elle sait que, de toutes les manières, il sera bien temps de retourner aux affaires horribles, le moment venu. On peut s'étriper en Somalie, mourir de famine au Darfour, croupir dans des camps de réfugiés en Indonésie, s'égorger en Irak, s'entretuer en Palestine...le résultat d'un match passera avant tout les reste. Le grand débat sur "l’insécurité" qui sévit, on l’oublie trop, lors de nos confrontations franco-françaises, va angoisser, dans tous les pays participants,   les " sélectionneurs " de tous bords, et notamment,  depuis hier,  les Allemands. Ils ne veulent surtout pas que leur "gardien du temple"  prenne trop de coups au but. Une défense hermétique,  et plus encore une attitude offensive percutante, contre les tentatives de repli sur soi du camp adverse, préoccupent désormais les Peuples. Mieux, de la réussite de onze manchots, va dépendre la croissance économique des prochains mois. C’est écrire combien le challenge est rude à relever…Combien la pression est forte.
Le Mondial, avant d’être une compétition sportive, est devenu d’abord un événement décisif pour la réussite des "affaires" en tout genre. Pas un seul geste, pas une seule décision, pas un seul but qui ne serve la cause d’un sponsor ou qui n'aie pas d’importance pour l’avenir de la nation. Les enjeux revêtent une exceptionnelle importance et nul n'a honte d'être un patriote du ballon rond, race éphémère dont on sait qu'elle ne pousse que tous les 4 ans. La réussite de tous les gouvernements en dépend !
RETOMBEES ECONOMIQUES
Celui d'Allemagne, pragmatique, se moque du résultat sportif : il table sur trois milliards d'€ de retombées économiques, réparties sur trois ans. Il s'agit "d'estimations prudentes", a même expliqué le ministre de l'Economie Michael Glos. Le tourisme, les transports, l'électronique grand public ainsi que les fabricants d'articles de sport seront les grands gagnants. De nombreux économistes ont déjà annoncé un quart de point de croissance en plus pour 2006… On rêve à ce que rapporterait une victoire de la Manchaft!
Jusqu’en Thaïlande, on se frotte les mains. Là, si le Mondial est une bonne nouvelle pour sa croissance économique, elle ne l’est pas pour son tourisme. Selon une enquête de la Chambre de commerce locale, les Thaïlandais pourraient dépenser environ 300 millions d'€ supplémentaires pendant le mois de la compétition. Principaux postes budgétaires concernés: nourriture, boisson et communications. Les économistes estiment que ce supplément de consommation pourrait rapporter... 0,07 points de croissance à la Thaïlande. En revanche, la florissante industrie touristique craint une désaffection (-20% selon le ministère) de ses sites, les supporteurs préférant rester chez eux pour regarder les matches
En France, le secteur de la culture, déjà mal en point, s'inquiète. Les Théâtres, à Paris, font des rabais et des promotions, les musées s'affolent et les cinémas ont interrompu le flot régulier de sortie des films, car on n’attend pas de miracles des recettes. Drôle de planète, qui dissimule ses échecs, en espérant que des pousse-citrouilles vont transformer les chars poussifs des états en carrosses.
LA DEPRESSION ET LA NATIONALISME
Certains peuples, avant même de connaître le moindre résultat, sont au bord de la dépression. Les Algériens, passionnés de foot sont, par exemple, au bord de la dépression collective, à l'idée de ne pas pouvoir suivre le Mondial allemand sur leurs petits écrans. Et pour cause ! les chaînes de télévision françaises diffusées… sur le bouquet TPS, sont désormais cryptées. Et ils n'ont donc plus l'opportunité de les regarder, car leurs chaines nationales n’ont pas acheté des droits exorbitants. Ils n’auront droit qu’à des images volées.
Comble de désespoir, même les chaînes satellitaires arabes ne diffuseront pas les rencontres, l'exclusivité ayant été acquise par le milliardaire saoudien Cheikh Salah Abdellah Kamal. Cette exclusivité fait que les Algériens sont obligés d’acheter une carte qui coûte l'équivalent de 100 Euros. Autant dire une fortune, surtout pour les jeunes, en proie au chômage terrible qui ravage leur pays. Conséquence imprévue, face au verrouillage, les regards se braquent en effet sur les "hackers" qui deviennent, par la force des choses, des acteurs clés. Ceux qui ont, jusque-là, réussi à "craquer les codes", s'avouent vaincus devant le nouveau système de verrouillage.
Le problème prend aujourd'hui l'allure d'une affaire d'Etatj et les… politiques s'en mêlent. L’Algérie, déjà secouée par une contestation permanente, est au bord de la révolution.
En revanche, quelques petits malins veulent anticiper sur un succès potentiel de leur sélection, histoire d’en tirer bénéfice le moment venu… Le plus optimiste, à quelques mois de sa seconde campagne électorale, n’est autre que Lula, le truculent président brésilien. "Les autres équipes rentrent sur le terrain pour, d'abord, ne pas prendre de buts du Brésil, et ensuite prendre… des notes". Cette amicale forfanterie de supporteur a été prononcée, par le charismatique Lula, dans le journal O Globo. Il a ajouté, prudent, que le Brésil avait "la meilleure sélection du monde et la meilleure attaque du monde. Mais ça ne fait pas gagner des matches". Puis, le président brésilien a certifié qu'il n'y avait "pas de favori" pour ce Mondial ; il a mis les Auriverdes en garde contre les excès de confiance, et les a engagé à faire preuve "d'humilité". "Tout le monde rêve de battre le Brésil", a-t-il ajouté… pour flatter un peuple qui ne va vivre que pour les exploits de Ronaldinho. Il conjugue le nationalisme le plus basique et la prudence gestionnaire la plus réaliste. Ainsi, " Lula " ouvre la voie aux exploitations personnelles d’éventuels succès collectifs. Il y a fort à parier que d’autres vont lui emboîter le pas.
LE NUMERO 10 DE DE VILLEPIN
Droopy a déjà effectué une approche prudente à Saint Etienne. De Villepin était allé, avant lui, à Clairefontaine quérir un maillot 10, remis par Zizou en personne, avec les signatures de tous les joueurs… Tout un symbole pour quelqu'un qui rêve de redevenir un capitaine, et le meneur de jeu d'une équipe éparpillée en clans divers. Il le revêtira peut-ëtre quand il se rendra à l'Elysée, où la consommation de Corona va doubler !
Sarkozy lui, attend. Si le bleu demeure la couleur favorite d'un Ministre de l'Intérieur, il ne s'est pas aventurer à aller rencontre Thuram, Henry, Wiltord et consorts qui ne le portent pas dans leur coeur. Il sait qu’à tout moment il pourra débarquer sur un stade allemand, et recueillir quelques plans flatteurs de TF1. Ce sera mieux qu'en France, et surtout, il ne risque pas un tacle musclé de ces "blacks", qui ont appartenu aux Karchérisables des banlieues. Et le climat actuel ne correspond pas, à son sujet, à la " couleur " majoritaire au sein de cette France qu’il aurait pu, pour une grande part, renvoyer chez elle, sur la base de son "immigration choisie". Les footballeurs ne figurent pas, en effet, dans les quotas prévus avec le Mali, le Togo, le Sénégal ou le Cameroun.
Quand à Ségolène, elle pourrait bien aller serrer des mains dans les vestiaires, si les sondages l’exigent. Elle devrait bientôt faire une déclaration musclée sur le football… et revendiquer que les entrainements se déroulent dans des camps militaires, afin que la rigueur tactique soit cultivée dans la rigueur absolue. D'ailleurs, Domenech pense un peu comme elle, ce qui est bon signe pour sa cote de popularité, en cas de victoire.
Rassurez-vous, tout le monde répète déjà le principe numéro un et universel de la politique, celui que je connais depuis des décennies que je milite. Il sort, le soir de chaque consultation électorale : "on a gagné!... on a gagné!..." si le résultat correspond aux espoirs. "Ils ont perdu... Ils ont perdu!..." dans le cas contraire. La suite sera tout aussi convenue : "Je vous l'avais bien dit : ils sont tous pourris, et il n'y a que le pognon qui les intéresse...". Pensez-y devant votre télé. 
Mais je déblogue...
Photo extraite du site www.lematin.ma
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : SPORT
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Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /2006 07:24
Le spectacle attendu, hier soir, par des dizaines de millions d’amateurs de football, aura été gâché par une seconde d’égarement. Une seconde dans un match dont on attendait monts et merveilles. Une seconde qui n’entrera pas dans l’éternité. Une seconde qui a fait basculer prématurèment la finale de la Ligue des Champions. Elle se résume à un coup de sifflet intempestif d’un arbitre confondant la gestion de la circulation et celle des actions sportives. Avec un brin de retard, il aurait donné une toute autre allure au rendez-vous tant atendu du stade de France.
Les géants aux pieds agiles ne supportent pas que l’on perturbe le bon ordonnancement de leur tactique. Ils ont leurs repères millimétrés, que Lhemann a balayé d’un revers de main coupable. Un petit rien qui a fait que la victoire a choisi son camp en toute injustice, et a pu avoir raison des prévisions d’un affrontement équilibré, indécis, tonique, brillant. C’est du moins ce que l’on a pensé quand le rouge de la honte fut brandi devant le nez du gardien allemand. Un rouge que dégusta finalement sans plaisir et sous la contrainte Robert Pirés. Un rouge qui transforma, l’espace de quelques dizaines de minutes les Anglais en " taureaux " aveugles tentant de saisir ceux que l’on eut vite fait de ranger dans le clan des matadors. La mise à mort ne paraissait plus qu’une question de patience. La fin serait inéluctable. Du moins le crut-on !
Les passes dans l’arène de Saint Denis annonçaient en effet une faena sans espoir. Ronaldinho planta des banderilles destinées à diminuer un adversaire réputé faible des " pattes avant " puisque handicapé par une infériorité de poids. La méfiance qu’auraient dû inspirer les deux " coups de corne " de Thierry Henry en tout début du face à face s’atténua. On glissa alors, chez les Catalans, de l’espoir de victoire vers la certitude de victoire.
AU MILLIMETRE PRES
Le Barça ne se souvint plus collectivement que tout se décide désormais au millimètre dans un football de haut niveau très calculé. Il en manqua d’ailleurs plus d’un aux hommes chargés de sa défense. Une défaillance dont profita Campbell pour dominer dans les airs des gardes du corps médusés, et relancer une rencontre que seul les supporters anglais ne considéraient pas (fighting spirit oblige) comme jouée. Net et sans bavure. Ce Campbell là n’en avait fait, semble-t-il qu’à sa tête pour le bonheur d’Arsenal ! Le combat changea d’âme et enfin on crut au miracle. D’autant que l’épaisseur d’un poteau d’une centaine de millimètres priva Eto’o de ce qui aurait relancé des " blaugrana " sous le choc. La chance paraissait anglaise!
Les Formule 1 ne souffrent pas les grains de sable. Ils provoquent des casses imprévisibles. Ronaldinho appartient à ces mécaniques sophistiquées qui s’enrayent au moindre incident. L’exploit attendu, le coup franc génial, le passement de jambes dévastateur, la passe… millimétrée ne vinrent jamais. Comme quoi le principal reste d’être étincelant quand les autres sont dans l’obscurité. Les courants d’air brésiliens furent éclipsés par ceux d’un Thierry Henry amateur de grands espaces. On se prenait à rêver sur une mise à mal de la prédiction comptable. Le Lucky Lucke des pelouses du monde entreprit quelques chevauchées imprévues qui semèrent encore plus le doute dans le camp adverse. Des expéditions dont on crut un instant qu'elles allaient être punitives ou vengeresses.
BEC ET ONGLES
Arsenal condamné à défendre bec et ongles son patrimoine réduit pratiquait la tactique du " wait and see ", qui valut tant de victoires improbables à la Prude Albion. Ljungberg, Henry, Fabregas… pesaient sur le résultat final d’une confrontation pourtant de plus en plus inégalitaire. Le décompte des secondes retrouvait sa prééminence sur celui des millimètres. La résistance s’organisait face à une attaque mitraillette… Elle s’avérait de plus en plus pénible, un peu comme celle que tentent d’organiser les gamins constructeurs d’un château de sable face à des vagues incessantes d'un océan hostile.
Impossible d'endiguer ce déferlement permanent de Barcelonais survoltés. Franchement, l’abnégation anglaise méritait le respect. Elle ne déboucha pourtant que sur des regrets quand Eto’o, beaucoup plus vif, plus direct qu’un Ronaldinho manquant bizarrement de netteté technique, se transforma en flèche mortelle.
La grande désillusion arrivait. Elle se matérialisa par deux coups du sort en quelques minutes. L’implacable logique du nombre reprenait ses droits. Les Catalans s’emparaient du contrôle des opérations pour pratiquer le jeu du " toro ". La poudre des Gunners avait pris l’eau et le ciel venait brutalement de leur tomber sur la tête.
DE PLUS EN PLUS IMPLACABLES
La pluie continuelle doucha les dernières feux d’une formation épuisée. Les regrets envahissaient les travées. Nul ne savait ce qu’aurait donné la même affiche si pour une seconde et quelques millimètres, Lhemann n’avait pas changé la donne initiale. Les compétitions de haut niveau se révèlent désormais implacables. Leur résultat repose, de plus en plus, sur des fautes et pas forcément sur des réussites. Le reflet d’un monde dans lequel il n’y a plus de droit à l’erreur. Comme en rugby, il ne faut surtout plus donner de ballons aux adversaires; dans le monde du football la défaite passe par quelques instants d’égarement. En fait la 18 ° minute portait en elle le résultat impitoyable. Lhemann coûtait cher à son équipe. Dans tous les sens du terme. 
Le Mondial qui débutera dans moins d’un mois sera de la même veine. Il reposera sur la capacité des équipes à être d’abord solides dans leur tête et dans leur organisation, à assumer cette pression constante qui provoque les incidents transformant les détails en catastrophe. Le talent viendra après et les artistes attendront à la porte des stades.
 On a du mal à envisager que les Bleus aient cette force collective, sur la base d’un groupe relativement hétéroclite. Il y aura forcément des surprises, car la préparation mentale prendra le pas sur bien d’autres critères. Je prends les paris que Sarkozy et De Villepin vont aller les voir en stage pour leur apporter leurs savoir faire en la matière...
Ce qui est frappant c’est que, dans le fond, le nombre de présents sur la pelouse du stade de France qui se retrouveront en Allemagne était relativement faible, comme si les recruteurs n’avaient pas les mêmes repères que les sélectionneurs. Il faut admettre que les retombées financières d’une Coupe du Monde et d’une Coupe des Champions ne sont pas du tout les mêmes pour les professionnels. La victoire en Champion's League assure un pactole considérable pour le club vainqueur de l’une, alors que l’autre coûte aux fédérations. La sortie hasardeuse de Lhemann aura fait un déçu inconsolable : le trésorier d’Arsenal ! Pour une seconde et quelques millimètres!
Mais je déblogue… 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : SPORT
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Samedi 22 avril 2006 6 22 /04 /2006 07:17

La rumeur parcourt les rédactions espagnoles. Elle d onne lieu à une forte rivalité entre les supports médiatiques car elle est d’importance. Elle dépasse toutes les autres facettes exceptionnelles de l’actualité nationale ou internationale. L’Espagne, et par ricochet la France, est plongée dans la plus grande perplexité. Le problème c’est que l’info exclusive diffusée par la radio espagnole " Cadena Ser " attendra mercredi pour être confirmée ou infirmée. En effet, c’est ce jour là que, lors d’une conférence de presse à laquelle des dizaines de micros et de caméras tenteront de sa faufiler, Zinedine Zidane scellera  le sort de sa carrière. La rumeur file plus vite que Ronaldo dans tout Madrid : notre Zizou désormais éclipsé par l’extraordinaire talent de Ronaldhino bouclerait son parcours professionnel  après la Coupe du Monde en Allemagne laissant le Real orphelin de son meneur de jeu. Il n'irait pas au bout de son contrat!

Comme toujours en pareille circonstance, une autre réalité, plus banale, moins fracassante pourrait être en fait annoncée par le clan Zidane en cette occasion : l’évocation du film de Douglas Gordon dont Zinédine est le héros et qui porte le titre déjà attirant : " Zidane un portrait du XXI° siècle ". Cette œuvre de 90 minutes réalisée le 23 avril 2005 lors du match Real Villareal avec pas moins de 17 caméras filmant Zinedine sous de multiples angles  , devrait sortir le 24 mai, hors compétition, lors du… 59 ° festival de Cannes. Une ville dont il ne pouvait pas un seul instant se douter qu’il deviendrait, un jour,  la vedette d’une manifestation très éloignée de ses préoccupations. Ce projet dingue, monté par deux artistes contemporains connus, l'Ecossais Douglas Gordon et le Français Philippe Parreno a surtout consisté à convaincre Zidane de jouer... Zidane. Et quel rôle : il a marqué, a pris un carton rouge, joué le jeu mieux qu'espéré… On attend le résultat !
IL A TOUJOURS VECU DE PASSION

Probablement que la vérité se situera, mercredi prochain, sur les deux tableaux : retraite et promotion. Une attitude qui correspondrait véritablement aux habitudes de l’entourage de celui qui laisse à son frère le soin de gérer toute sa carrière extra sportive. Lui, le gamin de " La Castellane " à Marseille, n’a jamais été un homme d’affaires avisé et sa fortune lui est totalement méconnue. Il a jusqu’à présent surtout vécu de passion pour ce ballon qu’il est l’un des rares au monde à pouvoir dominer avec une désarmante facilité.

En 1992, Zidane est recruté par Rolland Courbis (on peut penser ce que l’on veut de Courbis, mais il a le foot dans le sang) pour le compte des Girondins de Bordeaux. C’est durant cette période que j’ai pu le côtoyer sans pouvoir honnêtement écrire, aujourd'hui que j’ai beaucoup échangé ou partagé avec lui. D’abord parce qu’il était d’une avarice de mots et d’une retenue maladives avec la presse. Ensuite, il était fort difficile d’entrer dans le triangle bordelais " Duga-Liza-Zizou " compact, et d’une solidarité à toute épreuve. Il en était médiatiquement le maillon faible et donc les deux autres le protégeaient avec vigilance. Enfin, le privilège de l’interroger revenait aux professionnels les plus chevronnés du service des Sports de Sud Ouest. Pourtant, j’ai une anecdote le concernant qui m’a marqué à double titre.

J’avais toujours rêvé en tant que journaliste de suivre et d’écrire sur un match de l’équipe de France de football qui n’était pas encore devenue celle des " Bleus ". Or le hasard fait que le 17 août 1994 se déroule, à Bordeaux, la rencontre France-Tchéquie. Avec un immense plaisir, je suis " sélectionné " pour participer au groupe qui suivra cette rencontre et je suis chargé du papier sur les jeux et les joueurs. Personne n’est sûrement plus heureux que moi… de travailler ce soir-là.

J’ai déjà eu le privilège d’entrer à La Réserve de Pessac où logeaient les internationaux. Pour moi, ancien joueur passionné, questionner Aimé Jacquet que je retrouvais après sa période faste aux Girondins,  plaisanter avec des vedettes en devenir, écrire sur leurs états d’âme : Je suis heureux, car ces faits représentaient le nec plus ultra du journalisme.

MON PAPIER EN SERA PLUS VITE BOUCLE

Le soir,  je me lance consciencieusement sur mon bloc dans mon papier, afin de remplir mon contrat dans les délais. Pas grand chose à se mettre sous la plume, car la déroute menace quand les Tchèques inscrivent à la 45° minute leur… second but. La France hoquète et ne parvient pas à donner un espoir de redressement. Mon papier en sera plus vite bouclé. D’ailleurs, pour ne pas retarder la sortie des premières éditions, je le téléphone aux sténos dans un vacarme critique de plus en plus exigeant. Le boulot est terminé. Zinédine Zidane est entré sur la pelouse (63° minute) pour obtenir sa première sélection qui l’empêchera d’aller un jour vers la sélection algérienne. Jacquet assure l'avenir sans le savoir véritablement ,car il faut le dire, il ne pressent pas le rôle qu'aura Zidane.

Rien de bien sensationnel jusqu’à ce que le novice place une frappe terrible des 25 mètres dans les cages situées devant un virage sud qui exulte. Il a remplacé Martins et permet au moins de justifier la confiance de Jacquet… Je ne vais tout de même pas rappeler le journal pour changer mon article ? Sauf que le bougre espédie deux minutes plus tard une reprise victorieuse de la tête dans les mêmes filets. Deux buts en deux minutes ! Un exploit qui soulève ce qui n’était que le Parc Lescure et va, deux ans plus tard, installer définitivement Zidane au poste de meneur de jeu des Bleus.

SANS SE POSER DE QUESTIONS METAPHYSIQUES

Je reprends vite mon stylo bille et le téléphone pour ajouter quelques lignes sur la prouesse d’un joueur, encore plus inquiet qu'à l'habitude lors de retrouvailles dans le paddock avec le presse avide de tout savoir sur ce qu’il est incapable de dire… Zidane est simplement heureux. Il ne sortira rien d’autre car, chez lui, à cette époque là, il n’y a aucun calcul, aucune roublardise, aucune exploitation. Il ne saura rien expliquer de ce qu’il avait accompli spontanément, naturellement, honnêtement sans se poser de questions métaphysiques ou tactiques. Pour lui, ce soir là, il est plus terrorisé par les retombées de son doublé que satisfait.

Je le revois avec son regard de cocker triste éclairé par un zeste de sourire gêné dans l’eau froide de sa timidité profonde. J’ai découvert alors progressivement que son royaume se limitait à un rectangle plus ou moins vert et que dès qu’il en franchissait les frontières géométriques blanches il devenait maladroit, introverti, peureux.

Chaque fois qu’ensuite j’ai croisé sa route sous le maillot des Girondins, j’ai toujours eu en mémoire cette soirée qui lui avait apporté la notoriété et qui, à moi, m’avait permis de partager un moment exceptionnel. Rencontre fortuite de deux passions qui ne grandiront pas, bien évidemment, de la même manière. Jamais je ne l'ai entendu se plaindre. Jamais je ne l'ai vu défendre quelqu'un d'autre que son copain Duga qui lui doit toute sa carrière internationale. Je ne l'ai jamais senti soucieux de devenir le symbole de l'intégration.  

LE SOL DES MESQUINERIES HUMAINES

Je ne sais pas, évidemment , encore ce qu’annoncera Zidane mercredi. Je suis seulement certain que s'il arrête, celui qui  aura le mieux parlé de lui n’est autre que… Charles Baudelaire dont la passion pour le sport n’existait pas. Oui. Charles Baudelaire, car il a génialement transcrit cette opposition extraordinaire entre le poète merveilleux qui nous régale de ses arabesques imprévues et l'homme sans inspiration qui se retrouve tellement gauche sur le sol des mesquineries humaines.

Zidane, toi qui ne fut jamais mon ami, mon complice, si je prononçais le discours de ton départ en retraite, je me contenterais donc de te lire ceci :

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Toute sa carrière s’y retrouve. L’enchantement d’un instant permet toujours de supporter les désillusions qui suivent. Je crains beaucoup pour lui quand il quittera le lieu vert de sa seule passion. Seuls celles et ceux qui n’ont jamais eu l’âme d’un poète des stades peuvent le comprendre. Et, par les temps qui courent ils sont rares, très rares. Trop rares!

Mais je déblogue… 

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : SPORT
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Jeudi 6 avril 2006 4 06 /04 /2006 07:56

Le monde du ballon rond français est en deuil. Le Lyon est mort mardi soir… Il a emporté dans sa tombe de San Siro les espoirs de tout le football hexagonal. Et pourtant, ils étaient au plus haut. En une période où nous perdons dans tous les domaines, un résultat positif chez les Italiens, qui ont tenté de nous piquer GDF ou Suez, aurait permis à De Villepin de regagner quelques points dans les sondages. Dommage qu’à quelques centaines de secondes de ce qui aurait été un exploit, les Gones aient cédé.
Comment voulez-vous, après une telle désillusion, que le moral des troupes cocardières soit au beau fixe ? Elles l’ont dans les chaussettes, et même sous les crampons. Une victoire sur canapé avec une série de Kronenbourg aurait probablement réveillé le patriotisme qui sommeille dans le cœur de tout supporteur.

En fait les "Brésiliens au cœur de Lyon" n’ont pas pu enrayer cette formidable machine à broyer les optimismes béats qu’est encore le Milan A.C. Et d’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement, en cette période électorale de l’autre coté des Alpes. Berlusconi a dû sérieusement mettre la main au porte-feuille pour donner des ailes à "ses" joueurs, alors qu’il est à quelques heures d’une échéance pour le moins incertaine. En plus, il a véritablement une chance insolente quand, au coup de sifflet final, il a appris que l’Inter de Milan, le rival de toujours, avait chuté en Espagne. La Champion’s League avait des allures de triomphe annoncé.
Dans ce mélange explosif entre politique, football, argent, Lyon a une longueur de retard. La leçon immuable de ce type de rencontre se résume en effet en un seul mot : réalisme. Le f
ootballeur français serait poète insouciant (tiens donc). Le footballeur italien tiendrait du tueur froid, un brin mafieux (tiens donc). Un peu comme si l’on mettait face à face notre Crin Blanc et le "Cavaliere". Une apparence dont il faut se méfier, dans la mesure où tous deux peuvent s’entendre comme larrons en foire.

UNE CLASSE D’ECART

Lorsque, hier soir, on avait le privilège de suivre un Juventus de Turin-Arsenal, ou un Barcelone-Benfica, on ne doutait pas un instant que Lyon était à son véritable niveau. Il y a une classe d’écart entre des formations dotées de véritables artistes, et un champion de France, certes volontaire, mais manquant singulièrement d’adresse. Il n’y a pas photo entre Fred et Ronaldinho, entre Carew et Henry, entre Wiltord et Etoo. Croire qu’ils évoluent, dans les grandes circonstances, sur les mêmes bases, c’est penser qu’il n’y a pas d’écart entre le talent et le labeur.
Les clubs français, malgré tous leurs efforts, ne pourront jamais combler l’écart qui s’est creusé en Europe entre les "grands" et les presque "grands", car il faut beaucoup plus que de l’argent pour attirer les plus talentueux chevaliers de la balle ronde. Le contexte, l’ambition réelle, les retombées ultérieures, jouent pour une bonne part dans le choix des stars. Or, tout au long de la saison, la concurrence et l’émulation ne sont que rarement au rendez-vous en Ligue 1.
Lyon ne peut espérer qu’une ou deux rencontres de haut niveau en championnat national, alors que ses rivaux en ont une bonne demi-douzaine. Ce n’est pas à Troyes, à Ajaccio, à Toulouse ou à Nice que les prétendants au titre européen trouvent les préparations dont ils ont forcément besoin.

Il faut, une fois dans sa vie, avoir vécu des confrontations à San Siro, au Nou Camp ou à Highburry pour comprendre ce que ces remarques signifient comme pression, comme atout, dans des moments de doute ou d’angoisse de perdre. Inimaginable, tant qu’on n'a pas ressenti cette chair de poule redoutable, qui ne vous permet pas de vous sentir totalement à l’aise dans ces enceintes exceptionnelles.
En France, sauf à un degré bien moindre, à Marseille ou à Paris, les grands soirs, il n’y a que des échantillons de situations identiques. Les Lyonnais ont payé cette insuffisance de haut niveau permettant que vous alliez toujours un cran au-dessus du quotidien dans les moments qui l’exigent. Le Real, le Bayern et les autres clubs sont de plus en plus dans la même situation.

DEVENIR LES ROIS AILLEURS

L’O.L. et son président croient un peu trop au seul pouvoir de l’argent. En étant les Princes chez eux, ils pensent trop facilement devenir les Rois ailleurs. Or ils sont encore loin du trône. Le football français vit en effet à crédit. Les responsables de la L.N.F. affichent un optimisme de façade. Malgré les efforts significatifs des clubs, le résultat net comptable cumulé est en effet toujours déficitaire (-32,5 M€), à peine meilleur que pour la saison 2003-2004 (-36 M€). Ce déficit s'explique par un résultat hors exploitation négatif (-20 M€), dû aux impôts (4 M€), aux frais financiers (4 M€), à la participation des salariés (1,6 M€) et à un résultat exceptionnel - principalement des provisions pour risques et charges (10,6 M€) - qui sont venus grever le résultat d'exploitation. N’empêche que, dans cette spirale, le recrutement de quelques pointures devient problématique.
Or Jean Michel Aulas en convient implicitement : Lyon en a besoin. "Nous pouvons aussi nous dire que ce sont toujours les grands joueurs qui font la différence comme Inzaghi ou Shevchenko, qui ont su marquer les buts lorsqu'il le fallait. Il faut retenir surtout les aspects positifs plutôt que les points négatifs. Nous avons mené un formidable combat, en faisant douter l'AC Milan. Nous avons été très proches du but, mais lorsque l'on ne gagne pas, il faut se remettre en cause. Je ne sais pas s'il nous manque (NDLR : un grand joueur) mais l'absence de Juninho à l'aller ou de Tiago au retour, ont probablement contribué au résultat. Si nous pouvons renforcer encore l'équipe, nous le ferons. Nous avons déjà fait cette année de gros efforts pour avoir des joueurs de grande qualité, en quantité, car nous avons un effectif considérable pour jouer sur tous les tableaux ». Le problème, c’est jusqu’où peut aller l’inflation des budgets français dans une situation économique difficile.

PENSIONNES AMERICAINS

Les récents événements dans la France du ballon rond doivent donner à réfléchir. La chaîne Canal +, plus ou moins accusée de mélange des genres en diffusant fort souvent les matchs de sa propre formation, a lâché prise. Il est quand même extraordinaire d’apprendre qu’elle aurait vendu le P.S.G. pour 50 millions d’€, comme on solde sa bagnole à bout de souffle. La chaîne cryptée a trouvé un accord avec l'ancien président de Lille (L1) Luc Dayan et le fonds d'investissement américain Colony Capital, qui ont fusionné leurs candidatures, mais des détails restent en suspens.
Les "pensionnés américains" vont avoir la chance de contempler, et vont sûrement se passionner, pour Rothen, Cissé, Armand, Pauletta, Déhu, Alonso... courant sur une pelouse, mais surtout, ils vont exiger, à la fin de chaque année, des profits convenables… Une donne nouvelle, en cette année où le Stade de Reims de Raymond Kopa fête, un demi-siècle plus tard, son accession à sa première finale de la Coupe d’Europe des clubs champions face au… Real Madrid. Déjà un, raté de peu!

Raymond Kopa et Roger Piantoni, ainsi que d`autres gloires du football des années 50 ont communié dans le souvenir de la finale perdue (4-3) il y a 50 ans, par le Stade de Reims contre le Real Madrid de Gento, également présent en Champagne. "Contre le Real, on menait 3-2 à 20 minutes de la fin", s`est souvenu Raymond Kopa. Tiens donc : 20 minutes de trop ! A Milan il n'en a manqué que… 2 à Lyon : le foot français s’améliore.
Reims en 1956 et 1959, Saint-Etienne en 1976, Marseille en 1991 et Monaco en 2004 ont connu la même désillusion. Seul l`OM a remporté cette fameuse Coupe en 1993.
Comme la France moderne a toujours le culte de Poulidor, on peut s’attendre à ce que l’on vive encore longtemps sur un lit de regrets… En foot, comme dans d’autres secteurs.
Mais je déblogue...

Raymond Kopa et l'Europe : éternel recommencement du foot français

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : SPORT
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Vendredi 24 mars 2006 5 24 /03 /2006 07:17

Le monde du ballon ne tourne plus rond depuis un quart de siècle. Et ce n’est pas le procès en cours à Marseille qui va améliorer l’image de ce qu’il ne faut considérer comme un sport que quand il est totalement dépourvu d’enjeu financier. Le déballage, qui a choqué aujourd’hui Robert Louis-Dreyfus, appartient pourtant au conte de fées pour supporteurs crédules à coté de ce qui s'est déroulé durant 15 ans. Selon l’agence de presse Reuters le propriétaire de l’OM a lancé : « l'audience m'a révélé ce qui m'avait été dissimulé et qui heurte ma morale", dans une déclaration dont il a, explique-t-il, "pesé les termes". Heureux soient les "innocents", le royaume de la Champion's League leur est ouvert
«Je ne crois pas avoir commis d'infraction, même par négligence ou imprudence. Il appartiendra à (votre) juridiction de dire ce qu'il en est, mais je souhaitais dire publiquement ma grande tristesse", a-t-il même ajouté face aux juges, des larmes dans les yeux. Poursuivi pour "abus de biens sociaux" dans une quinzaine de transferts douteux entre 1997 et 1999, le PDG d'Adidas  était à l'époque actionnaire et président du club marseillais. "A ce titre, je n'entends ni m'abriter derrière mes obligations professionnelles, ni exciper des vicissitudes de l'existence, pour éluder mes responsabilités", a-t-il dit.
Il a encore estimé que les débats "ont démontré l'existence de dérives dont le football est la principale victime".
"Même si c'est mon patrimoine personnel qui en a été directement affecté", a rappelé celui qui a investi 160 millions d'€ dans les caisses du club, "je ne me suis pas investi autant pour que mon sport favori soit éclaboussé par ce qui apparaît être un système de fraude généralisée", a-t-il encore déclaré. "Je ne peux davantage supporter l'idée que l'on puisse penser que je couvrirais ces comportements par laxisme ou vanité, ni surtout que je les aurais facilités de quelque manière que ce soit", a-t-il précisé.
Je ne mettrai pas en cause la sincérité de ce mea culpa émouvant, mais avec le recul, je suis contraint d’avouer que, ne pas savoir que le foot n’est plus qu’une question de magouilles et de fric, c’est tout bonnement continuer à croire au Père Noël à 50 ans ! Robert Louis-Deyfus ne devait pas s’intéresser beaucoup au milieu du ballon rond, pour ignorer ce qui se pratique depuis au moins 25 ans!

L’ARGENT VINT PERVERTIR LE CHAUDRON

La technique globale de dissimulation des salaires a en effet de longues années d’existence. Elle a débuté aux temps désormais lointains des fameux verts, et de la caisse noire de ce brave Roger Rocher. Pour attirer les meilleurs joueurs étrangers, il avait absolument besoin de les rémunérer sans les affoler par des impôts trop élevés.
L’argent vint alors pervertir le chaudron, et les différences de traitement direct ou caché des joueurs mirent à bas toutes les belles images gravées dans la légende. On se chamailla,  en douce. Et on finit par lâcher des infos ou à se montrer trop gourmand au moment des renouvellements de contrats. On cassa l'espoir. On tua la légende.

Ce système fonctionna cependant longtemps sans trop de problèmes (sauf ceux générés par des querelles entre étrangers et français, au courant des véritables rémunérations) jusqu’au moment où, justement Bordeaux et Marseille voulurent aussi leur part de gloire. Tous les coups bas furent alors permis : dénonciations, intimidations, double jeu, débauchage des uns et des autres avec des salaires bas mais fictifs, car compensés par des versements occultes… On ne laissa pas Saint-Etienne en paix!
 Chaque fois que l’on fut pris hors-jeu, sous un maillot ou un autre, on s’évertua à adapter le principe de la double rémunération aux vedettes arrivant sur la Cannebière ou au Haillan. Ainsi, tout le mérite d’un Président à la robuste moustache, fut de s’adapter à l’échec stéphanois. Il inventa la "caisse noire extérieure". Le stratagème fonctionna parfaitement, et lui permit de recruter des joueurs domiciliés à quelques encablures de paradis fiscaux très peu regardants sur les comptes numérotés. Le principe en était simple : puisque Roger Rocher avait dû avaler sa pipe après s’être fait pincer les mains dans une caisse noire française, il créerait, lui, le pactole à l’étranger.

COURIR LE MONDE

Ainsi on vit, par exemple, les Girondins courir le monde, partir faire des tournées aux USA, au Qatar, aux Emirats Arabes Unis, au Japon contre l’avis du staff d'Aimé Jacquet, ou aller disputer des rencontres amicales, des tournois, loin de la France. On constata que des frais pharaoniques accompagnaient ces sorties ainsi que celles en Coupe d’Europe, dans les pays de l’Est, en Irlande, ou en Turquie. On surévalua des transferts de joueurs "ordinaires" en ne donnant réellement qu’un faible montant au club d’origine, alors que le contrat portait une somme conséquente. Les bénéficiaires de ces largesses (restaurants, hôtels, boîte de nuit, clubs...) restituaient une bonne part des subsides alloués avec un chèque allant du pays en question vers le Lichtenstein, le Luxembourg, la Guyane néerlandaise, le Sénégal ou les Saint Martin…
Le procès de la gestion des Girondins de Bordeaux dans les années quatre-vingt, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux en apporta la preuve très partielle. La justice soupçonnait l’ancien patron des Girondins de surfacturations lors de transferts de joueurs et des détournements de fonds à l’occasion de matchs européens, entre 1983 et 1990, dont le montant global atteignait 40 millions de F.
L’examen de deux transferts très ordinaires permit de démonter une faible part de la "pompe à fric": celui du Croate Robert Zagar, du club de Rijeka, en juin 1988, pour la somme de 1,6 million de F., dont seulement 600.000  ont été versés au club croate, et celui du Danois Jesper Olsen de l’équipe anglaise de Manchester United en novembre 1988 pour 7,456 millions de francs, alors que le contrat initial, rédigé en Grande-Bretagne, prévoyait l’achat du joueur pour la somme de 3,75 millions de F.  Le reste constituait le matelas utile pour les seconds salaires, et il serait naïf de penser qu'il n'y a eu que ces deux cas!

EXONERES D’IMPOTS ET DE CHARGES

Grâce à cette source constamment alimentée, les Girondins purent régler, sans passage sur le territoire français, des suppléments salariaux exonérés d’impôts et, plus encore, de charges sociales. Des internationaux allemands ou anglais, tant à Bordeaux qu’à Marseille, furent les bénéficiaires de ce montage inattaquable car ne relevant pas du fisc français. Il fonctionna d’ailleurs dans les deux clubs (et dans d’autres) sans que l’on s’étonne outre mesure de la faiblesse des salaires versés en France à des joueurs gagnant antérieurement beaucoup plus chez eux…
En fait, les Girondins et l’OM avaient le même inspirateur croate. un artiste en la matière. Il prenait même le risque de porter des valises, prélevées sur les recettes en liquide des guichets, effectuées lors de grandes rencontres. Jusqu’au jour où les "grandes gueules" des présidents des deux camps les firent s’affronter, et donc se balancer des gnons ou des crocs en jambes en veux-tu, en voilà. On se piqua des joueurs. On se savonna la planche à billets. On se mit à pratiquer la surenchère, ce qui vida de plus en plus rapidement les comptes off-shore. On se heurta au fait que les sommes « libres » devinrent moins fortes. Mais, j’ai l’intime conviction qu’il est longtemps resté (et qu’il reste encore) sur des comptes secrets, des fonds issus de ce montage, car ils n’ont pas tous été utilisés pour les clubs…
Quand les présidents concernés tombèrent à leur tour, victimes de leur mégalomanie, le milieu se lança dans une autre manipulation (le concept fut parisien à l'origine) qu’il officialisa par les fameux contrats d’image. Si le contrat était "légal", l’image était très brouillée et floue (les sponsors - notamment les èquimentiers - payaient à la place du club), ressemblant à de la poudre aux yeux, et surtout à du « travail fictif » largement rémunéré. On demeurait sur les mêmes bases, mais avec un semblant de légalité supérieure basée à l’étranger…
Bien évidemment toute ressemblance avec des personnes ou des faits, que j’ai bien connus, ne serait bien évidemment que pure coïncidence.
Mais je déblogue…

Montage photo vu sur humour.starmoteur.com

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : SPORT
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