Jeudi 11 mai 2006
J’avais beaucoup aimé le film " Le promeneur du Champ de Mars ". J’ai eu un immense plaisir à suivre cette "fin" de François Mitterrand, magnifiquement interprétée par un Michel Bouquet d’autant plus époustouflant qu’il n’était pas un admirateur de celui qui était arrivé au pouvoir il y a eu 25 ans hier soir.
Ce 10 mai 1981, que j’ai vécu à Créon comme un profond moment de bonheur discret :  je n’ai ni klaxonné dans les rues, ni hurlé de triomphe, ni défilé, ni chanté. J’ai simplement partagé, en compagnie de quelques amis avec qui j’avais travaillé pour que ce moment arrive, à mon niveau, le bonheur de l’arrivée de la Gauche au pouvoir. Rien de plus que le sentiment du devoir accompli, même si, je l'avoue, je me méfiais du vainqueur. 
J’avais rejoint le P.S. cinq ans auparavant, imprégné des errances du PSU, et jamais, malgré toutes mes désillusions, je n’ai rompu le contrat moral avec mon espoir de changer le monde.
En regardant, hier soir, sur Canal +, une fois encore, ce face à face entre un homme et la mort, j’ai retrouvé des dialogues exceptionnels de vérité. Le Mitterrand qui se bat contre ce cancer de la prostate qui lui attaque les os, multiplie des phrases reflets de ce qu’il fut véritablement. Un florilège de mots, qu’il adorait égrainer comme un chapelet de cruautés lucides. Certains ont une résonance particulière en ce 10 mai 2001 pitoyable, avec un président fantômatique, enlisé dans les sables mouvants des affaires. Mitterrand aurait d'ailleurs lancé, à propos de Droopy : "Avec lui, ce sera pittoresque!" On est servi.
DES FINANCIERS ET DES COMPTABLES
" Je serai le dernier Président de la lignée de Charles De Gaulle… après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables " lance, en sortant de la cathédrale de Chartres, ce Président venu contempler les affres de la mort sur les visages des gisants des Rois de France. Etrange voyage que celui de ce film, qui nous fait essentiellement entrer dans le monde intérieur d’un homme obsédé par la trace qu’il laissera dans l’Histoire. Seul quelqu’un de sa génération, ayant traversé, avec plus ou moins de réussite ou de loyauté, les moments " gris France " de la vie publique, pouvait croire en cette résistance profonde au néant. C’est en l’observant que j’ai compris que, dans le fond,  on ne meurt définitivement que quand on n’existe plus dans le souvenir des autres. 
Le " promeneur du Champ de Mars " érige la souffrance en dopage de l’intelligence, la maladie en refuge de l’esprit. Ses références permanentes aux écrivains, aux poètes, aux musiciens, aux écrits contrastent, tout au long de ses derniers mois d’une vie hors du commun, avec les fuites organisées de sa mémoire. Bloy, Rimbaud, Duras, Lamartine, Grodeck, Valéry, Hugo, Chateaubriand, Balzac, Stendhal, Bach, Dostoïevski…surgissent, tour à tour, dans une phrase, comme autant de références rassurantes à ceux qui sont déjà entrés dans l’Histoire. Il s'accroche à eux avec l'énergie du désespoir ("Je ne suis pas une page qu'on arrache facilement").
Il en arrive à être bouleversant, pathétique, émouvant, maniant le réalisme le plus cru et la poésie la plus tendre. L’homme nu de la baignoire perd ses illusions de gloire. " En cinquante ans de vie publique, il se heurte à la réalité  ("La réalité rêvée et la réalité réelle mais il faut savoir préserver à travers tout ce temps ce que l’on croît être sa propre permanence… "). Dans le fond il sait que l’on ne retiendra pas les miasmes de son parcours dans les marigots politiques, mais seulement les odeurs des parcours dans les champs de coquelicots de la Gauche. Il ne restera que l’écume des bons jours, et le goût amer des mauvais.
" Il faut avoir la passion de l’indifférence car c’est le seul manière d’avancer… ". Le promeneur redevient un contemplateur du temps, de son temps et de celui des autres. " J'ai envie de dormir tranquile..." annonce-t-il en parlant du lieu où il sera enterré.
LA SINCERITE REPREND SES DROITS
Ce Mitterrand des six derniers mois de son " règne " efface tout ce qu’il y avait eu avant. Machiavel ne fait plus que de furtives apparitions. Molière entre parfois en scène avec le secret espoir d’y mourir. Jaurès ne traverse jamais les salles aux parquets cirés. La sincérité reprend froidement ses droits, sous les coups de boutoir d’un destin encore robuste. Il lui faut pourtant absolument revenir sur les racines d’une carrière plongées dans l’eau trouble de Vichy, comme pour en exorciser une " maladie " honteuse. Le promeneur joue alors au chat et à la souris avec celui qui n’a pas trouvé le moyen de démêler la pelote des certitudes. On ne les aura jamais.
Malgré les ombres, malgré les ambiguïtés, malgré les colères froides, malgré des propos cassants, j’aime ce vieillard qui lutte contre un mal implacable, sans illusion sur ses successeurs (" Pourquoi est-ce qu’ils m’en veulent tant ?) et ses ennemis (" Ils me haïssent parce que je suis, pour eux, un traître "). Le droit d’inventaire le sépare des uns. Le symbole qu’il porte en lui (" Moi, j’aurai au moins duré 14 ans et je n’aurai pas été chassé par la rue ") le fait haïr par les autres.
" Les affaires, la corruption, il n’en restera pas grand chose. La droite a fait et fera bien pire "… confie, sur un banc du Champ de Mars, un homme désabusé. Avec le recul, il y a, dans ce film, des moments prémonitoires sur le destin d’un Pays dont il parle toujours avec amour, ce qui lui permet de le tromper à l’occasion sans trop des scrupules. Il n’y a que ceux qui aiment qui peuvent trahir. Or, Mitterrand n’a pas de gêne à manquer à un engagement, car il sait que seul l’essentiel restera dans la mémoire des hommes.
Le pouvoir, drogue dure dont on ne sait plus se passer quand on y a goûté, vous permet de transformer en rêve d’éternité la brièveté des jours (" Le temps ? C’est lui qui me rattrape maintenant ! "). Lorsqu’il lui échappe, on sent bien que l’envie de lutter n’existe plus, que la douleur ne vaut plus la peine d’être endurée. Cette humanité vacillante sincère, nue, contraste avec la mégalomanie dénoncée par celles et ceux qui souvent s’étaient placés dans son sillage.
LISSE, DROIT, PARFAIT
Le promeneur du dernier acte d’une vie, ne regarde plus guère le paysage. Il se contente de se retourner, de temps à autre, pour mesurer le chemin parcouru qu’il voudrait lisse, droit, parfait. Celui des allées forestières de Latché ou de la rue de Bièvre. Sur les autres, il ne voyait que des sinuosités. Or, on sait que pour atteindre les sommets, seuls les sentiers en lacets sont propices à l'ascension. J’ai souvent été déçu par ce parcours tortueux, mais il faut reconnaître que, depuis, on a vu pire sans provoquer les mêmes effrois. Un peu comme si, dans le fond, Mitterrand avait ouvert la voie.
Se plaignant du trop-plein de " fils ", il ne se fait guère d’illusion quand il affirme cependant " qu’on le met en quarantaine ". Propre aux malades contagieux, cette disposition reflète l’angoisse des autres (dont souvent justement les plus proches) d’être contaminés par un microbe néfaste, par une proximité trop grande. Mitterrand inspire davantage la peur que le respect. Nul, parmi ses successeurs, ne sait s’il le supplantera dans l’Histoire. Les statues des commandeurs sont encombrantes.
Dans ce film, la fin du règne ressemble étrangement à celle de la vie de l’homme qui l’assume. Elle s’étiole dans un compte à rebours inexorable avec, comme seule obsession, celle de tenir la faible distance restant à parcourir. Les derniers jours, comme les derniers mètres, sont les plus difficiles à parcourir, quand l’estime et les forces se dérobent. Il faut alors se trouver une raison de regarder devant, au-delà de la ligne d’arrivée.
Mitterrand pensait donc certainement aux lendemains, quand il évoquait la suite : " Le candidat socialiste ? Un homme capable de cristalliser les espérances et les réalités de la Gauche ". Une formule à la fois synthétique et vaste.
" Je crois dans les forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas ! " annonça-t-il au soir du 31 décembre 1994. Esprit es-tu vraiment là ?
mais je déblogue…
 
Relire aussi la chronqiue antérieure :  "MON TONTON A MOI"
en Janvier 2006
 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Mercredi 10 mai 2006
" Il suffira pourtant de patienter et d’attendre les éditions prochai nes du Canard Enchaîné pour en vérifier l’authenticité. Nous en sommes rendus aujourd’hui au top des pratiques politiques que je déteste : s’il y a un problème ce n’est pas de la responsabilité de celui qui le pose, mais de celle des journalistes qui le portent à la connaissance du public. A eux l’indignité nationale, aux " coupables " la pitié du peuple ! … Elles finiront peu à peu par éroder les plus robustes résistances car on sait que les vocations de corbeaux sont, dans notre France démocratique, au moins aussi nombreuses que celles de redresseurs de torts. Il y gros à parier que, dans les prochains jours, les " bernés " ou les " porteurs de chapeaux " potentiels vont laisser filtrer quelques preuves de leur bonne foi. Soyez patients, un document nouveau va arriver dans une rédaction ou une autre, sans pour autant que cette perspective affole les intéressés. Et alors, le mal sera plus fort que les pansements déposés sur des jambes de bois ".
Voici deux extraits de la chronique que je vous proposais dans " La Vérité si je mens 3 " le 3 mai dernier. Partant de ce que je connais du monde de la presse nationale, j’étais certain de mon coup. Pour avoir fréquenté la mouvance des gens bossant pour le Canard Enchaîné, je ne prenais pas grand risque, avec mes affirmations, car je connais leurs habitudes immuables. Chaque fois, le monde politique français de tous bords se laisse trimballer par une rédaction sachant fort bien remuer le couteau dans les plaies du mensonge.
Depuis des décennies, les responsables pris en flagrant délit n’ont qu’une obsession : la fuite en avant! Leur technique est invariable : ils démentent, un peu comme un joueur de poker voulant voir jusqu’où peut aller son adversaire, et  finissent toujours par perdre car ils savent bien que l’adversaire a plus d’un as dans les mains, mais ils espèrent que le bluff portera ses fruits. Ils insistent même car ils ne peuvent pas faire autrement, et finissent vaincus car ils ignorent véritablement ce qu’il y a d’autre derrière une révélation.
Or, pour avoir indirectement travaillé pour le Canard Enchaîné, je sais que ce journal ne prend jamais aucun risque et qu’il possède obligatoirement les preuves matérielles du moindre mot figurant dans l’un de ces " papiers ". Peu de gens d’ailleurs écrivent dans le Canard car il s’agit d’un privilège réservé à ceux qui sont capables de bien ficeler humoristiquement une information, à partir des éléments sûrs en sa possession. C’est probablement l’hebdomadaire le mieux informé qui ne distribue qu’une très faible part du "pactole" qu’il a en sa possession. En plus, si le sujet est délicat, on consultera un pool d’avocats qui dira jusqu’où on peut aller sans risques.

 

 

 

ON TIRE BALLE APRES BALLE
Il y a une foultitude d’exemples qui ont mis à mal des gens certains qu’ils allaient s’en tirer sans trop de mal. Au Canard, on n’arrose pas la cible avec des rafales, on tire balle après balle, pour faire durer le scandale. Je peux vous assurer que, quand paraît une preuveje sais, par expérience, qu’il y en a trois ou quatre en réserve. Si le " coupable " bronche ou tente de se débattre, il en prend une " autre " la semaine suivante. Et ainsi de suite jusqu’à épuisement. Le ravitaillement en vol du Canard est constant et sans limite.
Crin Blanc et Droopy le savent bien, mais ils sont dans la nasse et n’ont aucune autre issue possible que le démenti. Plus ils vont de démener, et plus leur espace politique vital va se refermer. Visiblement, le général Rondot doit avoir un lourd contentieux avec eux. En spécialiste de la fuite organisée, il sait que, pour ne pas risquer un accident dans la vie publique, il vaut mieux mettre dans une enveloppe les copies des documents que l’on possède et les confier au Canard. Ce sera à la fois votre assurance-vie et aussi celle qui vous permettra d'avoir raison au fil des semaines. Vous laissez faire… les autres.
Il m’est personnellement arrivé d’avoir eu, entre les mains, trois dossiers extrêmement explosifs lorsque j’étais journaliste. Sur le premier, en Octobre 81, j’ai le souvenir d’avoir été conduit, comme dans un roman policier, avec mes preuves que j’ai toujours gardées, chez un avocat bordelais du journal pour lequel je travaillais. Il lut mon article, vérifia les pièces en ma possession et… autorisa la publication. En l’occurrence j’avais trouvé un " chef " courageux… Ce ne fut pas le cas pour le second dossier, car il était tellement dangereux (malversations dans des faillites d’entreprises en vue) que, après avoir rencontré, de nuit, celui qui me le proposait, j’eus la mauvaise idée de le confier au responsable de la rédaction, qui s’empressa de le planquer, et m’empêcha ainsi de réaliser un second coup.
Le troisième, en janvier 82, intitulé " le tiroir caisse des Girondins " me valut une menace précise et directe du président d’alors (il réclama à l’époque 400 000 F de dommages et intérêts si je ne fournissais pas les preuves de mes affirmations), ce qui calma définitivement mais velléités d’enquête. Dans les trois cas le Canard récupéra indirectement les infos et des preuves, et en fit d’excellents papiers. Quand le mercredi arrive un missile, il est donc bien plus prudent de ne pas aggraver la situation en assurant que tout est faux : ces gars là ne partent jamais à l’assaut sans une cartouchière bien remplie !
CE QU’IL FAUT LA OU IL FAUT
Rondot, en bon militaire, sait que la meilleure garde rapprochée est celle qui peut frapper vite et précisément, pas celle qui s’abrite derrière un gilet pare-balles. Il a donc lâché ce qu’il faut, là où il faut. Hier, on a donc appris que le " corbeau ", dans l’affaire Clearstream, était l’un des protagonistes de la guerre des chefs chez EADS. Rien d’étonnant car, dans le milieu des affaires, la lutte pour le pouvoir est encore plus rude que chez les politiques, mais elle intéresse moins la France d’en bas ! Ami de Crin Blanc, il a servi de paravent à une manipulation commanditée par Droopy, avec l’espoir d’en percevoir les dividendes.
Le Canard affirme que l’informateur de Crin Blanc , " accompagné de l'avocat Thibault de Montbrial, a rencontré secrètement le 30 avril 2004 le juge Renaud Van Ruymbeke pour lui livrer les pseudo-informations sur les listings informatiques. Il prétendait que des personnalités du monde entier détenaient des comptes à la société luxembourgeoise Clearstream, crédités de sommes d'origine frauduleuse. Jean-Louis Gergorin aurait refusé que l'entretien avec le juge Van Ruymbeke soit enregistré en procédure, et que les listings lui soient remis officiellement, en prétextant qu'il craignait pour sa vie " Et le Canard… enchaîne les dates, les preuves, les éléments compromettants, pour résoudre ce qui n’est une énigme que pour les malvoyants du journalisme.
Ensuite, Droopy prend une nouvelle " balle " qui tuerait n’importe quel élu de base. A l'appui de ses affirmations sur un compte de Droopy dans une banque japonaise, Le Canard publie un extrait restreint du PV de déposition du général Rondot, dans lequel le témoin assure: "il est indiqué sur les documents que vous avez saisis à mon domicile que ce compte a été ouvert à la Tokyo Sowa bank, et a été crédité d'une somme totale évaluée par les services de la DGSE à 300 millions de francs". A mon avis, ce n’est qu’une première " bastos " comme on dirait dans la milieu. Les autres vont suivre… car elles sont dans le chargeur. Laissez donc les démentis forcenés venir, et je vous prédis un tir à vue sans pitié.
QUE DEVIENT LE SECRET DE L’INSTRUCTION ?
Ce que personne ne se demande, c'est comment le P.V. d’une audition devant des juges impartiaux et sérieux peut finir, en intégralité, dans les corbeilles à courrier de la rédaction du Canard ? Imaginez ce que devient, dans notre pays, le secret de l’instruction, quand deux journaux en reçoivent régulièrement des morceaux choisis ! Que vaudrait le dossier d’un élu de base ? Que lui arriverait-il face à une telle pression ? Quelle est la fiabilité de la justice ? Quel est le corbeau ? Ce sont tout de même des questions à se poser.
Jour après jour, le Roquet de Neuilly apparaît comme le chevalier blanc, victime des vilains comploteurs masqués (ou du moins qui croyaient l’être !)… Il jubilait à Nîmes, cité des Crocodiles, où l’on versait déjà des larmes sur son sort.
Il n’est pour rien, garantit le Ministère de l’intérieur, dans les pratiques de ce "brillant" Général Rondot, qui bizarrement, a conservé chez lui, dans le vaisselier familial du salon, tous les documents accablant Crin Blanc et Droopy, afin que les juges ne se fatiguent pas trop à rechercher des preuves. Si ce gars-là a été le plus grand spécialiste français du secret, il y a lieu de s’inquiéter sur le niveau du reste des troupes ! Son incapacité à faire disparaître des éléments de preuve ne m’étonne plus sur le fiasco de l’opération du Rainbow Warrior !
A remarquer aussi que, chaque fois que l’on évoque la déclaration aux juges de cet éminent Général, les personnes mises en cause se déclarent outrées par ses calomnies, par leur caractère tronqué, par leur flagrante inexactitude… Incroyable, il a raconté n’importe quoi, à croire qu’il est atteint d’une mythomanie pathologique. Je comprends qu’on l’ait expédié à la retraite !
En fait, la manœuvre, parfaitement réglée, ressemble à une machine infernale qui a explosé, par un habile retournement de situation, à la figure de ceux qui croyaient l’avoir soigneusement montée. Et, croyez moi, le Roquet de Neuilly n’y est pour rien. C’est le général Rondot qui l’affirme, et ce gars-là, vous pouvez le croire…
Mais je déblogue…
 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Mardi 9 mai 2006
Il y a des courants forts qui traversent les sociétés, selon les époques. Ils s’attachent, paraît-il, à des mots ou à des formes de pensée. Ainsi des statistiques sur l’emploi d’une expression ou sur un préfixe dénotent de fortes évolutions des comportements. Le début du XXI° siècle sera marqué par une parcelle dont on méprise l’impact : anti. Désormais, pour exister, il faut absolument être anti quelque chose ou anti quelqu’un. La source de cette méthode de pensée pourrait se trouver dans la lourde période de l’affaire Dreyfus, puisque la France fut partagée en deux camps farouchement opposés.
Le problème vient de la multiplicité des prises de position négatives, dont on se demande parfois si elles ne constituent pas les seuls ferments de la solidarité. L’association, conçue à ses origines pour construire, pour améliorer, pour apporter un supplément de bien-être, grâce à des objectifs bien définis, devient essentiellement, au fil des années, un moyen de s’opposer à un projet, à tout ce qui peut traduire d’une manière ou d’une autre une facette de l’intérêt collectif.
Certes, il est louable qu’il existe, dans une démocratie, des contre-pouvoirs, mais ils deviennent très préoccupants quand ils ne sont que la conjonction d’anti tout et rien. Il suffit que durant une semaine vous suiviez attentivement l’actualité, pour vérifier que les oppositions de toutes natures prennent le pas sur le progrès. Durant ces derniers jours les " anti-ours ", les " anti-OGM ", les " anti-pub ", les " anti-tabac ", les " anti-L.G.V ", les " anti-grand contournement de Bordeaux ", les " anti-pont levant sur la Garonne " ont occupé le devant de la scène nationale ou locale. Ils se croisent d’ailleurs, se retrouvent, se confortent et finissent par accaparer les débats en cours.
UNITES COMBATTANTES SUR LE FRONT DE LA VIE PUBLIQUE
Afin que les choses soient claires, j’appartiens, moi aussi, à quelques-unes de ces unités combattantes sur le front de la vie publique, car il est inévitable de ne pas être d’accord avec chaque conception de la vie collective. Parfois, j’en perçois le caractère difficilement acceptable, surtout quand, à mon tour, je me retrouve face au " mur " des anti… Tous mes efforts de maçon de la conviction pour construire des arguments positifs me paraissent alors vains et sans grande portée.
Le débat ne repose plus, en effet, sur le raisonnable mais sur l’outrancier et l’approximatif avec très loin, là-bas, en toile de fond, l’intérêt de la majorité. On se heurte, en permanence, à une minorité plus ou moins agissante. Compte tenu du fait qu’il n’y a jamais de projets parfaits, de décisions susceptibles de rallier l’unanimité, de propositions idéales, l’armée des anti recrute en permanence. Elle se répand dans les villes et les campagnes à une impressionnante vitesse, mettant parfois en péril les fondements actuels de la représentation politique. Elle-même n’échappe pas à la crise, car les fronts anti-l'un ou anti-l'autre prolifèrent.
D’ailleurs, le principe a atteint son sommet, récemment en France, avec l’élection de Jacques Chirac, il y a exactement 4 ans ; puis iI a été confirmé par le résultat du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Bien des malheurs actuels du gouvernement ont leurs racines dans le fait que les dernières échéances électorales nationales n’ont jamais constitué une adhésion à un homme ou à un programme, mais le refus d’un autre homme et d’un autre programme. En 25 ans seul Mitterrand aura réussi la performance d’avoir deux " adhésions " incontestables, malgré tout ce que l’on peut avoir à lui reprocher, du Peuple. Depuis, on vote " contre " avant de voter " pour ". Lionel Jospin, faute d’avoir mobilisé positivement, en a fait la douloureuse expérience. Le Pen en demeure en revanche,  le principal bénéficiaire.
LES FAMEUSES COTES DE POPULARITE
Cette situation permet de relativiser les commentaires actuels sur l’élection présidentielle de 2007. En effet, ils reposent essentiellement sur les fameuses cotes de popularité positive…c’est à dire sur une vision globale, vague, de l’image portée par des personnes.
Si l’on prend un peu de recul, il faut constater objectivement que ces résultats ne correspondent pas au vote ultérieur des " sondés ". En effet, si l’on se donne la peine de revenir en arrière sur les présidentielles, et les intentions de vote plus de 6 mois avant, voici les résultats de l’IFOP avec, entre parenthèses, le score constaté au 1° tour.
1974 : Mitterrand en tête à 36 % (43,2), Giscard affiche 27 % (32,6), Chaban-Delmas 26 % (15,1). Giscard élu !
1981 : Giscard en tête avec 34 % (28,3), Mitterrand  à 19 % (25,8), Chirac à 12 % (18), Le Pen à 0,5 %. Mitterrand élu !
1988 : Mitterrand est à 38 % (34,1), Raymond Barre à 25 % et… Chirac à 18 % (Chirac à 19,9), Le Pen à 10 % (14,4). Mitterrand élu !
1995 : Balladur se promène à 33 % (18) devant Rocard à 25 % devant … Delors à 24 % (Jospin : 21), Chirac à 17 % (21). Le Pen à 11 % (15). Chirac élu !
2002 : Jospin obtient 27 % (16,2), Chirac 26 % (20) et Le Pen… 8 % (16,9). Chirac élu !
Sauf en 1988, jamais, à plus d’un an du premier tour la cote de popularité constatée n'a été confirmée par le résultat. Michel Rocard en est le plus bel exemple, Balladur le second et a contrario Chirac et Le Pen les contre-exemples. Rocard a toujours été plus populaire que Mitterrand. Balladur n’a jamais été devancé par Chirac sauf dans les dernières semaines précédant le scrutin.
Et, toutes les analyses démontrent que ce que l’on croit être la vérité, un an avant, n’a aucune réalité au moment de passer dans l’isoloir. Au passage, il faut avoir le courage de remarquer que Le Pen a, chaque fois, bien mieux fait que les intentions affichées en sa faveur un an avant. Or, actuellement, le dernier sondage lui donne 18 % selon la SOFRES… Si les tendances antérieures se confirment, on peut déjà sortir les pancartes des anti-Le Pen !
UNE MEFIANCE IMPOSSIBLE A ERADIQUER
L’angoisse de l’avenir ne facilite pas l’adhésion positive. Une méfiance qu’il devient impossible d' éradiquer sur les promesses contenues dans les programmes et sur les ménagements. La multiplicité des tromperies n'arrange pas la tâche des femmes et des hommes sincères. Les O.G.M. comportent par exemple des risques, mais il est très difficile de les connaître et les maîtriser. Faute de transparence réelle et de respect des règles élémentaires de précaution, on fabrique des anti…OGM
En proposant des tracés invraisemblables pour le grand contournement de Bordeaux, on facilite la contestation, puisque certains constituent visiblement de la pure provocation. En focalisant tous les maux de la terre sur le tabac, mais en oubliant sciemment la bière, les alcools forts, le cannabis, les produits dangereux contenus dans l'alimentation, on coupe la France en deux : fumeurs et anti-fumeurs. En inondant les boîtes aux lettres, les écrans télé, les pages des journaux, les murs des villes ou les entrées de village, de pub, on exaspère les citoyens qui deviennent anti-pub!
En fait, chaque fois qu’apparaît un renoncement à affirmer des principes clairs, que l’on détecte, sous-jacente, la notion de profit, que la concertation arrive trop tard, que l’on s’éloigne de la notion essentielle du principe de précaution, on détruit un peu plusAinsi au nom d’une conjonction d’intérêts particuliers on étouffe lentement la notion  d'intérêt général. Rançon de l’égoïsme institué en style de vie.
Mais je déblogue…
 
 
 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Lundi 8 mai 2006
L’immigration alimente, en ce début mai, le débat national. Ce thème occupera, une fois encore, le devant de la campagne présidentielle et il suffira d’une étincelle naturelle ou artificielle pour provoquer une nouvelle déflagration raciste le moment venu. Malheureusement, sur ce sujet, comme sur bien d’autres, les personnes en ayant vécu les réalités devraient être entendues et surtout écoutées. Les gens issus de l’immigration ne sont pas conviés à cette décision, puisqu' aucun des Français possédant une expérience dans ce domaine ne siège parmi les gens chargés de rédiger la loi. Et il y a fort à parier que ce n’est pas demain ou même après demain qu’ils auront les moyens de défendre leur vision de ce phénomène, pourtant aussi vieux que la société.
En effet, il suffit de se pencher sur un livre d’histoire pour constater que, de tous temps, il y a eu des flux migratoires plus ou moins forts entre les continents. Des milliers de Français sont partis vers les Amériques pour, avec espoir, y vivre ; et découvrir la précarité, le rejet, le combat pour la vie. Ou pour bien d’autres destinations, au moment où le contexte économique les poussait à aller chercher un revenu vital minimum ailleurs. On oublie de dire que les jeunes sont d’ailleurs encore nombreux à quitter leur ville ou leur village pour trouver un boulot, plus ou moins instable, en Angleterre ou en Espagne. Logement médiocre, difficulté de communication, rythme de travail exigeant, regret du pays natal, retours fréquents vers la famille : ils traversent souvent des difficultés similaires à celles que connaissent celles et ceux qui veulent venir chez nous pour tenter, enfin, d’entrer sur le chemin de la réussite. Il faudrait les questionner, leur demander comment ils vivent ou ont vécu cette impérieuse nécessité voulant que, pour exister, il faille se rendre sur une autre terre.
L’immigration n’est vécue que sous sa facette médiatique, et donc sur celle des apparences. Elle est rarement analysée à la lumière de l’histoire, car ce serait admettre des années ou des siècles d’erreurs dont nous payons tout simplement l’ardoise. Comme la tentation française consiste à se considérer comme les seuls porteurs des grandes valeurs humanistes, il s’avère impossible de remettre en cause des pans entiers de ce qui constitue l’image d’Epinal de notre pays. Et ce, d’autant plus que tous les partis politiques actuels ne sont que les héritiers de ceux qui ont plus ou moins bien assumé les décisions, sous toutes les Républiques successives.
EN CONNAITRE LES REALITES
Les hasards de la vie font que j’ai connu, comme petit-fils et fils d’immigrés, le contexte social existant autour de ce choix de vie. Je ne l'ai pas appris dans des livres ou devant la télé. je l'ai vécu. J’ai toujours voulu en connaître les réalités, afin de pouvoir apprécier celles du présent. Ce qui m’a frappé c’est la pérennité du processus.
Tout commence toujours par une terre ne pouvant plus nourrir les personnes qui y sont nées. Une famille nombreuse, une propriété insuffisante, une rentabilité nulle et obligatoirement vient l’envie d’aller louer ses bras ailleurs. Aucun argument n’a raison de ce besoin, reposant sur une vision partielle des autres économies, obligatoirement meilleures que celle que l’on vit chaque jour. Toutes les difficultés présentées (difficulté du voyage, conditions d’accueil, rareté du travail, incertitudes administratives…) ne changent rien à ce qui constitue une obligation.
Mon grand-père, il y a un siècle, a donc été l’un de ces clandestins qui franchissent les frontières de nuit, à pied, pour ne pas se faire intercepter… Il avait accompli, à deux ou trois reprises, des voyages incertains entre la Vénétie italienne et le Nord de la France, comme saisonnier dans les immenses propriétés de Picardie. Chaque retour au pays renforçait sa volonté d’émigrer, car les jeunes autour de lui ne parlaient que de départs vers l’Amérique (pour les plus riches) ou vers d’autres contrées plus proches, ne nécessitant pas l’investissement d’une longue traversée.
Les filières existent depuis des siècles. Les passeurs aussi. Le financement de ces passeport vers une liberté "économique" n’a jamais disparu. Le premier qui réussit indique nécessairement aux autres les moyens de rejoindre ce qui est devenu un Eldorado.
Croire que ce système va disparaître, du jour au lendemain, par une loi relève de l’utopie complète. Il y aura toujours des clandestins à régulariser, sauf à dresser un mur autour de l’Europe. Allez donc durant quelques jours partager dans un village du Burkina Faso, les conditions réelles dans lesquelles vivent les candidats à l'émigration, refusez la chambre d’hôtel climatisée ou le repas aseptisé, et ensuite vous discuterez différemment de l’immigration clandestine. En rassemblant, récemment, pour une soirée conviviale, à Créon, tous les témoins de cette période d'avant-guerre où " les Italiens venaient manger le pain des Français " les participants non concernés ont pris conscience que rien n’avait véritablement changé sur l’accueil réservé aux immigrés !
LES MACARONIS
Les premiers bénéficiaires de ce phénomène social constant sont en fai t toujours les mêmes : les acteurs économiques. Mon grand-père endura le martyr dans les hauts fourneaux de Talange, tenus pas les fameux maîtres des forges. Son frère effectuait 16 heures consécutives de travail dans cet enfer, et lui ne sut jamais tenir ce rythme… Dans le quartier où s’entassaient les " Macaronis ", il ne rêvait que de rassembler sa famille constituée d’une épouse enceinte de mon père et d’une petite fille de quelques mois… Une unique pièce, au-dessus d’un café, hébergera tout le monde arrivé bien évidemment dans la clandestinité. Il fallait en passer par là... et dire que ce problème va se régler en l'interdisant par une loi, c'est une fois encore jeter de la poudre aux yeux des citoyens crédules!
L’étape du rapprochement familial n’a pas changé, et ne changera pas. Qui ose prétendre que cette envie est illégitime ? Que dirait-on si on interdisait à un Français expatrié de faire venir à ses cotés ses enfants et sa femme ? Qui peut sans cynisme assurer que la séparation familiale constitue une avancée pour le pays des droits de l’Homme ?
Légiférer sur ce sujet, comme sur bien d’autres, devrait impliquer une prise en compte des réalités, et pas seulement des batailles absurdes de mots à des tribunes, discréditées par leur incapacité à régler le sort des puissants. En se contentant de soigner les effets et pas nécessairement les causes d’un phénomène planétaire (et pas, comme on le fait croire, strictement européen) on met un cautère sur une jambe de bois !
PAPIERS TELLEMENT DESIRES
Mon grand-père mettra plus vingt ans pour obtenir la nationalité française. Quand il arrivera à "toucher" ces papiers tellement désirés, il s’efforcera par tous les moyens de les respecter. Et, lentement, il empruntera l’ascenseur social, traversant des étages plus ou moins difficiles.
Malgré tous ses efforts, il ne devint jamais réellement Français. Il resta pour certains le "Macaroni". Mon père, malgré un mariage " mixte ", comme ce fut le cas pour quasiment tous les gens de la seconde génération, restera lui aussi, durant des années, le fils du Macaroni. J’ai en mémoire les propos tenus, un soir, dans une réunion publique des municipales de Sadirac, où avaient surgi les vieux démons d’avant-guerre. Un affront. La blessure demeure.
En fait, l’immigration ne pose un véritable problème que si le Pays où elle s’exerce traverse une crise sociale. Le racisme qu’elle génère, le rejet qu’elle suscite, ont leurs racines dans l’absence d’avenir pour les femmes et les hommes qui voient arriver ce qu’ils prennent pour des hordes barbares, des sangsues sociales, des prédateurs d’emplois, des marginaux culturels.
On ne fait des lois que pour conforter l’opinion dominante. Il faut absolument, pour les gouvernants, aller dans le sens de ce que l’on croit être celui de l’histoire. La tendance s’accentue : l’Assemblée nationale ne fait que suivre ce qu’elle estime lui apporter la considération populaire, et bien évidemment le Roquet de Neuilly ne se prive pas de conforter un processus désormais incontournable. La France éternue, et les députés s’enrhument.
Ils ne régleront rien du tout avec un texte complexe, répressif, destiné à flatter l’ego d’une partie de l’électorat silencieux, inutile. Ils accentueront le désarroi de gens seulement en quête d’un espoir de vivre mieux. La loi Sarkozy va assurer aux entrepreneurs la possibilité, désormais, de proposer des Contrats Première Embauche (CPE) pour étrangers. Des femmes et des hommes malléables que l’on pourra opposer à ces jeunes Français rebelles à la flexibilité. L’intégration ne sera pas meilleure, et l’immigration se stockera aux portes de l’Europe pour aller vers des pays plus accueillants. Mais les élections présidentielles proches exigent que l’on hurle  avec les loups, qui demeurent des loups pour les hommes !
Mais je déblogue…  
 
Troisième photo : Mes grands-parents avec mon père et ma tante en 1925 à Talange
 

SI VOUS NE L'AVEZ PAS FAIT LISEZ L'ARTICLE "ZIDANE L'ALBATROS"
DANS CE BLOG SUR LA RETRAITE DE ZIZOU
 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Dimanche 7 mai 2006

Les repas entre amis politiques (je sais c’est déjà antinomique),  constituent pour moi des moments privilégiés. D’abord, parce que ce sont des haltes sur les chemins du quotidien, durant lesquelles les décisions, les faits, les propos, les gestes échappent aux règles habituelle s de la prudence. Nul n’est là pour juger, et on peut véritablement se laisser aller : on respire autre chose que l’opinion dominante habituelle. La vie publique ressemble, ensuite, à celle de l’abeille que l’entomologiste a marqué d’un point de couleur, et dont il observe en permanence les allées et venues, les comportements, les actes pour en tirer des conclusions plus ou moins vérifiables sur ses états d’âme. La pression naît de ce sentiment qui plane sur l’interprétation qui pourrait être faite de tout écrit, toute parole, toute attitude. Un soir ou un midi, de temps en temps, il devient donc possible d’échapper, dans une ruche plus ou moins fournie, à la loupe des savants du café du commerce ou de ceux formés pour justement détecter les « pailles » dans les regards des autres.

Dans ce type de moments, trop rares, se pratique le sport le plus agréable. Il devient en effet possible de se défouler en effectuant un parcours de vérité particulièrement bienfaisant, consistant à pouvoir dire ce que l’on ne peut jamais ou rarement dire. Il n’y a rien de plus agréable que ce parcours dans le quotidien qui vous affranchit de toutes les prudences. On tire à vue, avec une propension à la rafale vacharde qui porte, vous vous en doutez bien, toujours sur les absents.

D’ailleurs hier, au Lac, tous les ténors du PS avaient réservé une bout de salle de restaurant pour "dépioter" avec leurs "amis" un contexte particulièrement serré. En revanche, en dehors de ces moments de vérité, ils sont allés faire un tour sous les regards plus ou moins amènes des troupes rassemblées en faveur du projet. Les crimes parfaits ne se commentent que dans un cercle restreint, et s’effectuent dans la pénombre des cabinets. La spécialité française à laquelle on ne fait plus assez référence, repose sur cette propension à régler les choses les plus importantes de la vie, autour d’une table publique ou privée. Quand on lance à quelqu’un : « on se fait une bouffe » c’est, qu’en général, on a besoin d’en expédier aux autres…

AJUSTER LES POSITIONS

Lors de l’apéritif, première étape,  moment clé de ce type de rencontre, se confient les nouvelles les plus proches. On échange sur l’immédiat, pour éventuellement ajuster les positions qui pourraient être prises ultérieurement. Les propos se confient en tête à tête, afin de prendre la température du moment. Les groupes ne se constituent qu’autour des responsables, dont il faut absolument connaître par avance les états d’âmes, au cas où il faudrait s’exprimer un peut trop brutalement. Ce « round d’observation » est particulièrement intéressant à analyser. Il donne, en premier lieu,  la « tonalité » du menu du jour. En général, il vaut d’ailleurs mieux écouter que s’exprimer.

La durée de cette partie apéritive dépend souvent de la ponctualité des invités. L’importance se juge ainsi parfois au retard… Celui qui s’estime indispensable donne du temps au temps, sachant que nul n’osera s’installer en son absence.

Le placement à table devient alors la seconde étape de ce repas entre amis. Il faut, non pas être à coté du mentor du jour (ou supposé tel) mais le plus possible face à lui, car c’est le meilleur moyen de se positionner en tant que référence. Ces places là sont chères, et ne relèvent pas de l’appropriation sauvage. En général, elles sont vite occupées par les plus ambitieux. On les repère aisément, car ils vont discrètement effectuer un droit de préemption en plaçant un objet personnel qui ouvre ensuite, au moins, des possibilités de négociation.

Si on vous affecte une place aux cotés de la personne la plus influente, ce n’est que pour affirmer votre rôle de chef potentiel ou parfois, et c’est beaucoup plus subtil, pour ne vous attribuer qu’un rôle honorifique, et vous écarter de l’action elle-même. Il faut surtout être attentif au fait qu’en se mettant du même côté que le leader, on se privera du fait qu’il mémorise votre visage et votre prise de parole. Mieux vaut donc être visible de lui à une place plus lointaine. Autre détail à ne pas négliger : le sens du parcours des aiguilles d’une montre. C’est en effet sur cette base-là que circulera, ensuite, la première possibilité de donner son avis. En s’asseyant par exemple à côté du leader, mais à sa gauche, on est quasiment sûr que, quand votre tour arrivera, tout aura été déjà dit, et que vous risquez de ne pas faire très original…

INSTALLATION COMPLEXE ET SUBTILE

Cette installation très complexe et extrêmement subtile constitue un préalable au véritable repas entre « amis politiques », qu’il faut nettement distinguer dans la hiérarchie du « buffet entre amis », et du « banquet entre amis », beaucoup moins importants, car beaucoup moins valorisant pour les participants. Ce sont un peu ce que sont les « concerts grand public » au « soirées de cabaret ». Le nombre nuit fortement à l’efficacité du projet.

Dans un premier temps, en général, il est indispensable d’écouter l’analyse de la puissance invitante. Par respect et par tradition, c’est elle qui va donner le « la ». Ce sera, soit la confirmation de ce que l’on a glané dans la période d’attente avant de passer à table, soit la surprise totale qui va nécessiter un réajustement des positions. Ce propos liminaire se prononce très souvent après l’entrée. Il n’est jamais extrêmement agressif ou inédit. Il se contente de faire un point sans trop d’aspérités, dans l’attente des commentaires des uns et des autres. Il ne soulève que rarement de l’étonnement ou des interrogations profondes car, en France, dans un repas, il ne faut surtout pas gâcher les premiers pas dans le menu. Le repas perdra ensuite de son importance quand on entrera dans le débat si c’est l’objet du jour. Souvent, en effet, une extrême prudence autour de la table conduira les convives à … rester sur leur faim ! Ils repartiront sans avoir pu exprimer autre chose qu’un soutien appuyé à l’invitant du jour.

STRATEGIE BIEN MAITRISEE

A contrario, il arrive que, immédiatement, par une stratégie bien maîtrisée les empêcheurs de déjeuner paisiblement entre amis sévissent. Ils savent que, pour affirmer une identité, il est indispensable de faire dans la contradiction. Ils n’ont une chance de marquer des points que s’ils sont dans les premiers ou… les derniers intervenants lors du tour de table, car  ils auront le privilège d’avoir lancé la discussion, et on ne fera plus que référence à leurs propos avec ce début d’intervention dévalorisant pour les autres : « comme on l’a dit tout à l’heure… »  ou, pire : « je partage tout à fait l’analyse de… ». En fin de parcours de la parole, on peut se distinguer en prenant à contre-pied l’ensemble des intervenants et en jouant le vilain petit canard grincheux qui a la digestion des arguments difficiles. Tout dépendra, en fait, de l’ambiance générale, soit optimiste (pas de critiques et tout va bien dans le meilleur des mondes possibles) soit pessimiste (alerte générale, repli stratégique, attente de jours meilleurs…).

La manière de quitter les lieux deviendra alors primordiale : retraite discrète, après un sentiment d’échec, départ pour des raisons d’emploi du temps, quand on a constaté que rien de dangereux ne s’était produit, maintien sur place jusqu’au dernier moment pour savourer son succès ou pour, tout simplement, ne rien manquer au moment crucial du café. C’est en effet à ce moment là que se règlent les comptes, et que tombent les phrases les plus dures ou les plus significatives. Il est bien connu que c’est aussi entre la poire et le fromage que se font, en France, les véritables confidences.

Dans un repas entre amis, il vaut donc mieux ne pas trop s’absenter, car les amis qui vous veulent du bien finiront, un jour ou l’autre, par profiter de votre départ anticipé pour balancer la flèche qui tue.

Allez n’hésitez pas, si par hasard, en politique ou ailleurs, on vous invite à « faire une bouffe… » sachez que la meilleure chose qui puisse vous arriver, c’est qu’à la fin du repas on vous propose d'en faire une autre pour régler les problèmes qui n’ont pas été évoqués lors de celle-ci. Ce sera la preuve que le menu a constitué l’essentiel de la réunion.

Mais je déblogue…   

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Samedi 6 mai 2006
Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais quand un partisan du OUI au traité européen se réveille, et qu’il cherche des arguments destinés à stigmatiser l’idiotie du " mauvais " peuple, il ressuscite, un an après, deux fantômes. Le " plan B " dont il rappelle, avec un sourire narquois, qu’il n’a jamais existé, et le " plombier polonais " dont il se plait à souligner qu’il n’est jamais venu…culpabilisant le citoyen du NON. Ces épouvantails, agités sous le nez rougi par la honte de ces adversaires d’une Europe outrancièrement libérale, sont censés le faire revenir au bercail de la raison.
Hier, ils auraient pu seulement rappeler que la Grande Bretagne de cet admirable Tony Blair n’est véritablement pas prête à s’ancrer au Continent. Et, à la place de Ségolène, je me garderais bien de réaffirmer mon admiration pour celui qui vient d’essuyer un échec patent aux élections de proximité. Il serait étonnant que maintenant le beau Tony lance une consultation sur une Europe, dont les plus ardents défenseurs furent... les Polonais.
On aurait pu aussi revenir sur cette " unanimité " indispensable pour adopter toute harmonisation des statuts sociaux, fiscaux, économiques. Je me souviens avoir rappelé, dans des débats, que cette disposition conduirait à la régression dans tous les domaines. Seule la majorité qualifiée peut relancer un processus européen digne de ce nom. La preuve ? Elle a été fournie, hier, par la situation nouvelle de… la Pologne où, faute de promouvoir les plombiers, on vient de donner leur chance aux pires fachos !
Désormais, après l’Autriche qui avait installé Heider et ses partisans, après l’Italie où Berlusconi a gouverné avec l’extrême droite, il faut se rendre à l’évidence, les xénophobes, les populistes, les anti-européens viscéraux viennent d’accéder au pouvoir dans le pays de sa Sainteté feu Jean-Paul II.
Pour trouver une unanimité sociale et politique à 25, le boulot n’était déjà pas facile; désormais il relèvera de la prouesse. Dommage que nos analystes politiques ne se penchent pas sur cette situation révélatrice du virage brusque à Droite que prend une Europe désabusée, et surtout angoissée, par son avenir.
IL FALLAIT TROUVER UNE SOLUTION
Les élections législatives de septembre 2005 n'avaient pas permis, en Pologne, de dégager une majorité parlementaire. Elles ont, en revanche, rendu la vie politique très instable malgré la victoire globale d’une droite se réclamant du libéralisme économique. Il fallait donc trouver une solution.
Le frère jumeau du Président de la République, apparemment majoritaire, a échoué depuis 6 mois dans ses démarches d’alliances diverses et variées. En pactisant officiellement avec la Ligue des familles polonaises (LPR, extrême droite) et le parti populiste Samoobrona (Autodéfense), le conservateur de Kazimierz Marcinkiewicz vient de réussir à devenir majoritaire au parlement polonais. Il était lassé de diriger un gouvernement minoritaire…
Désormais, il n’y a pas plus à droite, dans toute l’Europe, que la Pologne. Le PIS a été inexorablement contraint de nouer des alliances pour parvenir à former une coalition durable. Après avoir fait entrer au gouvernement " Autodéfense ", parti des populistes antilibéraux d'Andrzej Lepper, les conservateurs sont rejoints à quelques postes clés du pouvoir par l'extrême droite de la Ligue des familles polonaises (LPR).
La coalition disposera de 218 députés sur 460. Une alliance complémentaire avec la frange " poujadiste " assurera au gouvernement une majorité à hauteur de 245 députés. Au cours d'une cérémonie retransmise à la télévision, le président polonais Lech Kaczynski a donc illico nommé, aux postes de vice-Premiers ministres, le chef de Samoobrona Andrzej Lepper et celui de la LPR Roman Giertych. Ils seront chargés respectivement des portefeuilles de l'Agriculture et de l'Education. Samoobrona a obtenu en outre les ministères du Travail et du Bâtiment, et la LPR également le ministère de la Mer, nouvellement créé. Dramatique ! Sur la scène européenne, ces Ministres là ne manqueront pas d’allure quand ils rencontreront l’élite du gouvernement de Crin Blanc.
ADMIRATEUR AFFIRME DE HITLER
De Robien accueillant, à Paris, son alter-ego polonais Roman Giertych, chargé de la défense de la laïcité de l’Europe, ça ne manquerait pas d’allure ! Quant au numéro 2 Nicolas Sark ozy, il pourrait recevoir ce " formidable " démocrate qu’est Andrzej Lepper, 50 ans, ancien syndicaliste paysan, naguère adepte des passages à tabac des huissiers, et grand admirateur des techniques de communication de... Hitler.
Ancien boxeur, éleveur de cochons et paria de la vie politique pendant des années en Pologne, ce populiste a réussi à gagner définitivement une respectabilité en accédant au poste de vice-premier ministre.
Conscient de sa nouvelle importance, Lepper fait aujourd'hui très attention à son image et à ses mots, modérant son hostilité à l'Union européenne, et affirmant qu'il ne veut plus renégocier que quelques articles du Traité d'adhésion. Moins radical sur l'économie de marché qu'il réfutait (il veut une taxe sur les supermarchés étrangers), il affirme désormais volontiers qu'il est lui-même un "capitaliste", propriétaire d'une ferme de 300 hectares. Oubliées les paroles bienveillantes sur la politique économique antilibérale d'Adolf Hitler ainsi que l'admiration pour l'homme fort de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, à qui il avait souhaité une présidence à vie. Incroyable retour de l’histoire que l’arrivée d’un " national socialiste " au pouvoir, dans un pays de l’UE et surtout, quelle claque pour celles et ceux qui rêvaient d’un Traité conduisant l’Europe vers le progrès !
Dans le fond, les deux seuls qui peuvent pousser un ouf de soulagement, sont les frères Kaczynski. Vous vous imaginez un instant, ils doivent recevoir en visite officielle fin mai de sa Sainteté Benoît XVI, et il est impossible qu’il n’y ait pas un gouvernement stable… pour accueillir le successeur très progressiste de Jean Paul II.
EN TRAIN DE CHANGER
Longtemps, dans l'Europe de l'extrême droite, le Royaume-Uni a fait figure d'exception. A la différen ce de la France, de la Belgique, de l'Italie, de la Scandinavie, des Pays-Bas, aucune formation n'était jusqu'à présent parvenue à émerger en s'attaquant à la question de l'immigration. Cela est peut-être en train de changer, avec la montée en puissance du British National Party, qui a fait une percée aux élections locales de hier. Issu du " National Front ", un ramassis de crânes rasés néonazis et de hooligans, avec lequel il jure n'avoir plus de liens aujourd'hui, le BNP est à 7ou 8 %, ce qui en Angleterre est un score exceptionnel. Il fut un temps où son leader Griffin promettait de défendre "les Blancs d'Angleterre à coups de botte et à coups de poing", dénonçait la "conspiration juive" et courtisait le colonel Kadhafi.
Si l'on en croit ce diplômé de Cambridge (élève moyen mais lui aussi bon boxeur), ce passé est révolu. Le discours s'est policé. Même s'il appelle toujours vigoureusement à mettre fin à l'immigration et dénonce "l'islam, cette religion pernicieuse", Griffin a biffé de son programme l'expulsion des étrangers, et drague des recrues plus présentables.
Toutes les études (secrètes bien évidemment) du Ministère de l’Intérieur le prouvent : la tendance va vers une consolidation de l’adhésion aux thèses défendues par Griffin ou Lepper dans de récentes campagnes électorales. Bien plus que la grippe aviaire, la peste brune menace l’Europe.
Devinez donc à qui, depuis hier, et après analyse, les résultats anglais et polonais vont donner des idées ?
Mais je déblogue…
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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