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Lundi 15 mai 2006 1 15 /05 /2006 07:17
Il y a des listes plus attendues les unes que les autres. Celles qui conduisent à un siège électif local ne passionnent plus personne, et pour les bâtir, il n’y aura guère de sélection à faire car les volontaires sont de moins en moins nombreux. Il faudra même lancer des appels au peuple 2008 pour compléter les effectifs défaillants. Il est vrai que le rôle est ingrat, et que le titre décroché ne correspond pas toujours aux espoirs.
En revanche, les annonces des candidatures pour devenir le premier des Françaises et des Français se multiplient. Un listing qui, selon les estimations les plus fiables dépasserait la centaine pour une seule place, pour les jeux du cirque élyséen. Désormais, il leur faut, épreuve redoutable, se constituer une... liste de 500 supporteurs, pour participer au match en deux mi-temps. Cette sélection s’annonce redoutable pour les "ailes droites" et les "ailes gauches" car, visiblement, on commence à serrer le marquage. Même si les Verts ont une renommée historique, ils risquent bien de ne pas pouvoir descendre dans le chaudron, car les avatars de Jospin ont singulièrement refroidi les participations désintéressées.
Croire que, dans le domaine sportif, la tâche s’avère plus aisée c’est méconnaître le contexte. De tous temps, une sélection de footballeurs pour une épreuve européenne ou mondiale a relèvé de l’équilibrisme. Il ne s’agit, contrairement à ce que l’on croit au comptoir du bar des Sports, pas uniquement de tactique ou de technique. Les paramètres sont bien différents et pas tous avouables.
Monsieur Raymond, rusé comme un Sioux, les connaît depuis belle lurette, car il a suffisamment fréquenté le milieu. Et il sait que ses prédécesseurs qui ont réussi, Michel Hidalgo et Aimé Jacquet, avaient en plus de leur savoir faire une dose de patience exceptionnelle.
MICHEL PLATINI ET SON EGO
Le premier nommé, a eu souvent à composer avec le trio Platini-Giresse-Tigana… Les observateurs ont été formels, il n’avait qu’une faible latitude pour composer la liste qu’il voulait. Michel Platini, et son ego démesuré, exigeait en effet la sélection de l’un et pas de l’autre, et réglait lui-même le dispositif tactqiue. Michel Hidalgo ne se serait pas permis d’annoncer une composition d’équipe sans son consentement. Des clans existaient (Stéphanois, Marseillais, Bordelais…), et il lui fallait, en permanence, effectuer de savants dosages pour ne pas froisser les susceptibilités.
Certains furent exclus de la liste, pour le Mondial en Espagne, pour des raisons peu avouables, liées à des histoires de jupons frivoles. Platini n’hésitait pas à lancer : " C'est lui ou moi ! A vous de choisir ! ". Il est vrai que si, par malheur, il avait décidé de ne pas jouer, le sélectionneur n’aurait pas eu de grandes chances de conserver ses fonctions. Roger Lemerre l’a appris à ses dépens, pour ne pas avoir su réaliser, en Corée, un pacte de non agression entre les tendances internes au groupe qu’il avait sélectionné.
Aimé Jacquet fut plus habile, en s’apuyant sur deux ou trois fortes personnalités indiscutab les. En accordant à Zinédine Zidane la sélection de son compère Christophe Dugarry, il savait qu’il pesait fortement sur le moral de son joueur référence. Duga était tout pour Zizou et, sans lui à ses cotés, il n’aurait jamais réalisé le Mondial français qu’il a réalisé. L’ambiance du groupe a beaucoup gagné en acceptant la présence de ce Lormontais, bouffon d’un Roi le plus souvent triste. Déjà heureux de se retrouver avec son pote de toujours, Zidane avait apprécié la présence de Bixente Lizarazu. Pour la composition de l’équipe, Jacquet avait un référent moral (Laurent Blanc) et un aboyeur fidèle (Didier Deschamps). Le reste se réglait les yeux dans les Bleus… avec plus ou moins de passion.
Tout commence donc avec la sélection, qui consiste à ne pas aviver les querelles historiques, à conforter les amitiés viriles, à jongler avec les intérêts particuliers.
SOUBRESAUTS PLUS OU MOINS AVOUABLES
Nul n’osera vous dire que la liste de Lemerre avait été secouée en Corée par des soubresauts plus ou moins avouables entre le clan des " Blacks " et celui des " non Blacks "… Cette triste réalité a probablement aussi pesé sur les décisions de Monsieur Raymond, qui n’a probablement pas voulu rallumer de vieilles querelles, et a donc évité de ramener dans le groupe des mauvais souvenirs.
Le moindre contentieux lié à une compétition, à un affrontement extérieur à l’Equipe de France, à un transfert manqué (n’est-ce pas Anelka?), à un entraîneur haï ou aimé, à un commentaire déplacé (n’est-ce pas Pirés?)… compte dans l’établissement d’une liste. On peut parier que dans les analyses " officielles " sur les absences notoires de la liste pour l’Allemagne, ce paramètre n’interviendra pas.
Il ne s’agit pourtant absolument pas de racisme, mais tout bonnement de manières différentes d’aborder la compétition, les matches, les après matches, comme c’est le cas dans tous les groupes. Le sélectionneur s’apparente alors à un metteur au point de la Formule 1, pour lequel le moindre détail compte. Il doit composer un moteur de Ferrari avec des pièces détachées arrivées de toute l’Europe. Si la technique compte, le flair ne doit pas faire défaut !
En choisissant Pascal Chimbonda, malmené par les Corses racistes, Monsieur Raymond a donné un signe fort aux Thuram, Wiltord, Thierry Henry, Djibrill Cissé. Ce sont des convictions personnelles réelles, mais elles ont été utilisées pour convaincre de sa volonté de travailler sur des bases saines. Le message est clair même si Chimbonda ne joue pas !
Pour soutenir Zidane il comptera, cette fois, sur Makélélé, un peu comme Platini s’appuyait sur Tigana ou Fernandez. Enorme " ratisseur de ballons ", le joueur de Chelsea est imposé par Zizou, car il sait que, sans lui, il n’aura pas les relances dont il a besoin pour être décisif. D’ailleurs, il ne faut pas être un grand tacticien pour constater que le Real a sombré dès qu’il a laissé filer vers Chelsea son " gregario " de luxe. Monsieur Raymond n’a donc pas hésité à offrir ce gage au revenant providentiel.
PARTAGE ET EQUILIBRE
Maintenant, il reste le plus délicat à expliquer car c’est le moins glorieux pour un supporteur naïf. Une sélection doit prendre en compte deux éléments étrangers au sport : le partage entre les clubs des 23 places disponibles, et l’équilibre entre les équipementiers personnels des joueurs.
Ainsi comment aurait-on fait cohabiter une forte délégation de Marseillais avec des Parisiens aussi nombreux ? Du coup, Domenech a saupoudré, car il sait que la prédominance d’une école a conduit par exemple au désastre l’équipe de France lors de la Coupe du monde en Angleterre, avec la forte représentation nantaise d’antan. Alors, la répartition a été dosée : Lyon : 4 présents (Govou, Reveillère ont été écartés car à six c’était trop) Marseille : 2, Lens, Monaco, Nantes, Paris : 1 chacun. Les autres, éloignés du microcosme français, sont moins concernés.
Les Bleus vont ensuite être collectivement liés par des contrats fédéraux publicitaires. Ils sont signés, et chaque joueur sera obligé de s’y co nformer. N’empêche que, selon le résultat de la compétition, tous les équipementiers voudront leur part de gâteau derrière Adidas. Il est donc indispensable que tous aient dans la liste un ou plusieurs représentants potentiels, en terme de retombées médiatiques : Adidas, Nike, Puma, Umbro doivent donc s’y retrouver, car il est impensable que seule la marque aux trois bandes aient le monopole des vedettes. Les joueurs vont donc être redevables désormais vis à vis de leur "équipementier club", quand ils ne seront pas sous contrat avec l’équipe de France.
Zidane portera de l’Adidas en Bleu sans aucun problème, car il est sous contrat avec cette marque, comme les Marseillais Barthez, Ribéry et quelques autres. Ils seront majoritaires, même si Thierry Henry, Silvestre, Saha, Trézéguet, Viera… sont chez Nike, alors que les Lyonnais portent du Umbro, et quelques rares devront se débarrasser de leurs chaussures ou leurs maillots Puma. Le partage, au Mondial, s’est fait à coup de milliards de dollars.
Adidas sera le partenaire officiel de la Coupe du monde, et de six équipes nationales sélectionnées (Allemagne, Argentine, Espagne, France, Japon et Trinidad et Tobago) pour un budget : 16 millions d'€. Nike parrainera huit équipes nationales (Australie, Brésil, Corée, Croatie, États-Unis, Mexique, Pays-Bas et Portugal). Puma sera partenaire de douze équipes nationales (Angola, Arabie saoudite, Côte d'Ivoire, Ghana, Italie, Iran, Paraguay, Pologne, Suisse, République tchèque, Togo et Tunisie). Umbro demeurera le Petit Poucet avec seulement deux équipes nationales (Suède et Grande-Bretagne).
Les Bleus n’échappent pas à ce fléau du profit lié au sport, et ils entrent dans le champ commun. Monsieur Raymond a déjà soigné TF1 en donnant sa liste à 11 h 30, un dimanche, en direct, dans téléfoot. Il faudra néanmoins crier " Allez les Bleus… " et croire au miracle . Autrement, le mois de juin va être bien triste!
Mais je déblogue…
 
Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Dimanche 14 mai 2006 7 14 /05 /2006 07:17
Liberté, liberté chérie. Le refrain est bien connu, mais que ne fait-on pas parfois en ton nom ou en celui, encore plus idylliq ue, de la société parfaite. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire, dans une chronique, que j’étais pour l’obligation absolue de déclaration de domicile. Je n’ai jamais compris en quoi le fait, en arrivant dans une commune, de passer en Mairie donner son nom, son prénom et son adresse réelle constituait une atteinte à la liberté individuelle. Cette démarche éviterait tellement d’abus qui mettent en péril la crédibilité de tous les avantages sociaux dispensés par la puissance publique! On sait, en effet, que la fraude porte essentiellement sur les fausses déclarations, dans ce domaine, ou sur la base d’approximations ou de tricheries délibérées.
Il faut savoir, qu’en France, si la triche individuelle, en cette période de déclaration d’impôts sur le revenu, demeure un sport national, on assiste aussi à un développement durable d’organisations structurées pour collecter les fonds publics. Ce qui relevait de l’artisanat mute peu à peu en Petite ou Moyenne Entreprise de la fraude.
Beaucoup moins spectaculaires que les carambouilles de Clearstream ou que les affaires liées à la drogue ou aux cigarettes, ces pratiques sont dissimulées au grand public pour ne pas affoler les " cotisants " honnêtes. On évalue par exemple, au cours des derniers mois, le nombre de groupes structurés identifiés et donc sanctionnés, à une cinquantaine. Jamais on avait atteint un tel niveau.
Des millions d’€, ou même plus sûrement des milliards, s’envolent des caisses de l’Etat ou des orgnaismes parapublics, dans des versements indus. Mais, si l’on y ajoute les effets pervers du travail au noir non déclaré, des tours de passe-passe comptables, on pourrait probablement boucher les déficits constatés.
Mais qui aura le courage d’affirmer qu’il n’y a aucune atteinte fondamentale à signaler son lieu exact de vie solitaire ou familiale. L’inscription sur les listes électorales n’étant même pas obligatoire, le principe voulant que, pour vivre heureux, il faille vivre caché trouve de plus en plus d’adeptes. Les ASSEDIC, la CAF, la Sécurité sociale, la fiscalité locale, la TVA, l’URSSAF, dans leur globalité, sont doublement victimes de cette faiblesse déclarative. Par la perte de recettes dues aux fausses déclarations et, ensuite, par le versement indu d’allocations, le pays assume un volume de fraude croissant malgré des rapports qui s'accumulent.
DES CENTAINES DE SOCIETES FICTIVES
Récemment, les services spécialisés ont, par exemple, découvert un homme d’affaires organisé qui avait créé des centaines de sociétés fictives différentes, dans tous les départements français. Il les domiciliait en des lieux approximatifs, savamment repérés, pour, quelques temps après, en licencier, sans cesse, la même dizaine d’employés complices, qui percevaient ainsi les allocations légales de chômage. Le préjudice atteindrait le million d’€. Un autre, plus modeste, avait ouvert 167 comptes bancaires pour seulement 17 entreprises, toutes liées les unes aux autres, mais impossibles à identifier. Bien évidemment, ils investissaient dans des premiers versements légaux, pour ensuite tuer les " poules  aux œufs d’or " et passer dans tous les  guichets légaux en matière d’indemnisation. Des boîtes postales, des boîtes aux lettres sans logement vérifié, suffisaient à récupérer les pactoles durant des mois. Et les exemples sont nombreux.
Des dizaines de demandes de renseignements parviennent chaque mois en mairie, émanant d’hôpitaux à la recherche d’un patient ayant oublié de payer, et ayant confié au moment de son admission une fausse adresse. Les percepteurs poursuivent aussi vainement des mauvais payeurs, partis sur la pointe des pieds avec des dettes de restaurant scolaire, d’accueil périscolaire, de taxe d’habitation. On quitte une école sans aucune autre formalité que celle de solliciter un certificat de radiation et d’aller où bon vous semble. Pour les arriérés, il faut entreprendre des enquêtes de police pour récupérer les sommes dues.
Des réseaux de fraude à la TVA existent. Il leur suffit de vendre et revendre toujours les mêmes marchandises qui sortent du territoire français en allant simplement prendre un bol d’air au delà des frontières pour revenir 48 heures plus tard avec une nouvelle facture. L’Etat remboursera la TVA sur des sommes jamais payées et qui couvrent largement tous les frais du transporteur, ravi d’avoir des clients aussi fidèles. Bien entendu, il faut des heures et des heures d’enquête pour détecter ces fausses facturations en série et comme l’Etat n’a plus de fonctionnaires, on ne peut que pécher au hasard. Le processus fait donc école.
On parle trop souvent des fraudes individuelles aux organismes sociaux, mais rares sont les dénonciateurs de celles, colossales, du milieu économique. Je connais personnellement des personnes qui ont bâti des empires en réglant absolument toutes les factures en liquide, et en n'utilisant les chèques que dans des circonstances exceptionnelles. Mais cela ne se dit pas, car cela ne correspond pas à l’opinion dominante sur le fraudeur, qui doit avoir l'image d'un immigré sans foi ni loi.
36 MILLIONS D’EUROS
Quelques 36 millions d'€ ont par ailleurs été détournés des caisses des Assedic entre 2002 et 2005 dans le Sud-Est de la France, par près de 2.000 faux chômeurs et 130 gérants de sociétés. Une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Marseille pour "escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux et déclarations mensongères en vue d'obtenir des avantages induits". Les contrevenants risquent des peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison. Le principe de la fraude était simple. Des faux emplois étaient proposés à des personnes, qu'il suffisait ensuite de licencier, afin de pouvoir justifier une ouverture de droits aux allocations chômage. Le réseau avait aussi d'importantes ramifications dans les départements des Bouches-du-Rhône, de la Drôme et de l'Isère. Les principaux organisateurs étaient, pour leur part, domiciliés dans la région de Marseille, et vivaient sur un grand pied.
Ces coups de filet, aussi spectaculaires soient-ils, ne suffisent pourtant pas à mesurer toute l'ampleur du fléau : des milliers de personnes bénéficient d'allocations, alors qu'elles n'y ont aucun droit. Des réseaux mafieux se sont introduits au cœur du dispositif. Ils ont organisé une escroquerie à grande échelle qui met en péril notre système d'assurance-chômage. Ce qui se passe actuellement aux Assedic est terrifiant. Des chiffres circulent : on parle de 3 à 4 milliards d'€ de fraude. Plus du quart du déficit de l'assurance-chômage. Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement par un manque évident de courage politique.
Plutôt que de tenter de colmater les brèches, en radiant systématiquement de pauvres gens pour des raisons plus ou moins acceptables, il suffirait de redonner aux Maires le soin, comme je l’ai déjà proposé, de délivrer une attestation de résidence après fourniture de pièces diverses. Des kits de fraude se vendent sous le manteau. Des faux papiers administratifs (bulletins de salaire, quittance de loyers, certificat d'hébergement, abonnement EDF), et les pertes de cartes d'identité se multiplient.
A l'échelle d'une commune paisible comme Créon, c'est déjà perceptible... Alors dans les villes, encore plus anonymes...
Mais je déblogue.  
Dessin de Plantu (Le Monde)
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Samedi 13 mai 2006 6 13 /05 /2006 09:04
Nous sommes, en permanence, sous la pression de la société de la sur-in formation. De toutes parts parviennent des messages plus ou moins honnêtes, plus ou moins construits et surtout plus ou moins utiles à la citoyenneté. La plupart d’entre eux s’adressent donc au consommateur qui sommeille dans la peau de tout électrice et tout électeur. D’ailleurs, cette face cachée des individus a vite été exploitée par le monde politique, toutes tendances confondues. Pour réussir, il est indispensable de parler au portefeuille (impôts, déductions, exonérations, procés-verbaux...) ou d’avoir une attitude « people » rassurante, plutôt que de s'évertuer à convaincre. Tout, normalement, s’effectue dans la plus grande médiatisation, et plus encore dans la transparence supposée absolue. Occuper le devant de la scène, sous les feux de l’actualité, constitue en effet l’obsession de bien des personnes dans une système qui multiplie les occasions de se faire connaître.
Paradoxalement, reviennent pourtant, de plus en plus, des habitudes plus sombres et moins glorieuses. Elles sont aussi vieilles que le monde, mais jamais peut-être elles n’ont été aussi présentes dans la vie publique. Ainsi, l’anonymat a désormais pignon officiel sur rue. Il est devenu, au fil des ans, une technique comme une autre de communiquer.
Les récents événements de l’affaire Clearstream mettent brutalement en lumière les bases peu glorieuses de pratiques d’un autre âge. En fait, ce scandale qui fait rire toute l’Europe, a ses racines dans des valises discrètes, et ce que l’on appelle des dessous de tables. Des pratiques discrètes sur des comptes discrets et effectuées par des hommes discrets. Tout s’effondre au moment où, pour une raison ou pour une autre, ce pacte du silence est brisé, ce qui peut être volontaire, ou effectué à l’insu du plein gré des comploteurs.
Il faut bien convenir que l’informatique sous toutes ses formes, avec des codes compliqués, a singulièrement facilité le retour en force du fameux ni vu, ni connu. La sordide manipulation des listings n’est surtout pas la première de l’histoire. Pas de grattage à l’ancienne, de vieillissement du papier, d’imitation pointue d’une écriture plus ou moins torturée : il suffit de scanner, de superposer, de rééditer pour donner au document une véracité délicate à contredire. Dans le secret d’un bureau techniquement solide, vous pouvez vous transformer en dénonciateur efficace.
LES AUTEURS SE REFUGIENT DERRIERE UN PSEUDONYME
Internet est ainsi devenu le nouveau royaume des corbeaux et, il faut bien le reconnaître, les blogs en sont les enfants les plus visibles. Je suis en effet stupéfait par le nombre de ces publications dont les auteurs se réfugient derrière un pseudonyme, plus ou moins évocateur. Peu de gens annoncent clairement, dignement leurs coordonnées exactes, comme si l’anonymat leur donnait un courage qu’ils n’auraient pas autrement. Même les "commentateurs" se défilent en bloquant l'accès à leur mail, afin que l'on ne puisse pas les interpeler personnellement. Tous les blogs du FN sont anonymes, sans que cela soulève de problème.
Ils ont probablement raison, quand je vois les déchaînements hostiles (jusqu'à les évoquer dans les instances officielles du PS au niveau national) que génèrent mes fragments de blog ci-contre, dont pourtant aucun ne fait autre chose qu’annoncer des faits jamais démentis à ce jour. L'honnêté intellectuelle devient dangereuse!
Même parmi vous, les 162 abonnés que compte L’AUTRE QUOTIDIEN, la très grande majorité n’annonce pas franchement la couleur. Certains font dans l’inventif maladroit, qui traduit une vocation d’espion rentrée. Les membres des cabinets des grands de ce monde, se planquent par exemple derrière des anagrammes. En prenant le prénom de leur épouse certains espèrent ne pas être repérés. Le chiffrage, la cabalistique, l’allusion perfide, fleurissent et à peine 30 % des gens ayant rejoint la liste sont nettement identifiables. Cachés, peureux : comme le veut le monde actuel du débat!
Les messageries ne fonctionnent qu’avec des participants masqués. Tout écrire devient possible, et la liberté s’accommode bien de la discrétion absolue. A Venise, ou à la cour des puissants, durant des siècles, on a pratiqué le bal masqué comme exutoire aux convenances. Des millions d’internautes avancent donc comme des ombres mystérieuses, sans trop mettre en jeu leur responsabilité.
Le directeur de la rédaction de Sud-Ouest, dans une lettre moralisatrice peu amicale, adressée il y a quelques mois maintenant, soulignait la facilité de diffuser n’importe quoi sur les blogs et de s’affranchir de la nécessaire professionnalisation de l’information… Il oubliait de préciser que cette remarque justifiée n’était valable que lorsque l’écriture s’accompagne de l’anonymat. Dans tous les autres cas, le courage d'exister par une prise de position atypique ou une information, mérite le respect car on en connaît explicitement l’auteur, ce qui n’est pas, par exemple le cas, dans son propre journal, dans la rubrique hebdomadaire du « Tire-bouchon » et dans bien d'autres cas, où la signature n'est pas évidente.
 TRADITION BIEN FRANCAISE
Le "poulet" à l’ancienne devient pourtant rare. On ne découpe plus les lettres d’une "une" de journal pour composer un message signé « une personne qui vous veut du bien ! ». L’informatique ouvre beaucoup plus de possibilités en un temps plus restreint. Si j’affirme que cette tradition bien française existe encore, c’est que, dans les fonctions, qui sont les miennes, le courrier quotidien m’en apporte encore son lot. Les missives non signées du genre « je ne vous ai rien dit mais si vous allez à tel endroit vous constaterez… » appartiennent à la réalité de notre époque. Le Français cultive l’art de la dénonciation avec un certain talent.
On aime, par exemple, tellement son voisin que l’on ne veut pas qu’il ait des ennuis avec une construction non déclarée et, alors, pour lui rendre service, on le dénonce en tentant de ne pas se montrer. Impossible d’affronter un élu sur ses idées et ses conceptions, alors autant lui expédier quelques insultes non identifiables, que l’on pense bien senties, au fond d’une enveloppe.
J’ai eu ainsi la privilège de recevoir, il y a des années, d’amis qui ne me voulaient que du bien, un poème intitulé « Instit’ soit-il » soigneusement calligraphié. Lorsqu’il m’arrive de prendre des positions atypiques, ou que je n’assume pas des responsabilités aussi durement qu’ils le voudraient, quelques délateurs courageux déposent des messages dans la boîte aux lettres de la mairie.
Chaque fois, je pense que lors de la dernière guerre mondiale, bon nombre de dénonciations ont du parvenir sur les bureaux de la Gestapo ou de la Milice. Il paraît même que des centaines de femmes et d' hommes ont été, déportés ou tués par cet anonymat désastreux.
AUCUNE DES REGLES DE BASE
Depuis quelques jours, on a droit à un florilège de l’anonymat manié par des experts, des maîtres en la matière. On y trouve d’abord des services de l’Etat qui, par essence, relèvent de la discrétion absolue. Pas une trace, pas une preuve, pas une identification. Or, malheur des malheurs, aucune de ces règles de base n’a été respectée. Mieux, le plus éminent des spécialistes a tout fait pour que rien ne soit visible.
Ensuite, on accumule les rendez-vous réputés secrets, mais dont tout le monde connaît le lieu, l’heure, le contenu. Enfin on constate que la justice, dont le cabinet des juges doit étouffer tous les aveux, utilise également le système des preuves arrivées dans des lettres providentielles anonymes. Tout se passe en cachette, ou est réputé même « confidentiel défense » . Or, si tout s’apparente à la théorie forcément anonyme du complot, tout finit sur la place publique, sans que l’on cherche à identifier les livreurs à domicile.
Il y a des choses, dans la vie, qui ne sont jamais réalisées. Ainsi, vous aurez du mal à trouver quelqu'un qui vous envoie une lettre anonyme pour vous annoncer une bonne nouvelle.
Ce n’est pourtant plus totalement vrai, car les journalistes et les juges sont les plus heureux et comblés, quand sur leur bureau, arrive une enveloppe en kraft soigneusement cachetée. Mieux, maintenant ils ont même des courriels qui peuvent alimenter leur soif d’apprendre sur les turpitudes des autres sans efforts
L’ère des vengeurs masqués a sonné. Celles des menteurs masqués aussi. Le problème : ni les uns, ni les autres ne sont là pour sauver le monde ou défendre la veuve et l’orphelin. Ils sont là unqiuement pour défendre leur avenir et tuer les autres. Anonymement bien sûr!
Mais je déblogue…
 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Vendredi 12 mai 2006 5 12 /05 /2006 13:21
Toute société organisée repose, en fait, sur des piliers identiques. Le politique, l’économique, le médiatique et le judiciaire, restent les quatre grands secteurs que les hommes mettent désormais en place pour gérer leur quotidien ou tenter d’assurer leur avenir. De leur indépendance ou de leur imbrication dépend donc en grande partie l’authenticité de la démocratie.
Leur hiérarchisation révèle également les évolutions profondes qui parcourent les systèmes organisés. Durant des siècles, le politique a occupé la première marche du podium, car il s’était donné les moyens de peser sur tous les autres volets de la vie sociale. Or, depuis une décennie, on assiste, impuissants, à la déclinaison inexorable du politique. La déliquescence des rouages de ce qui fut la base d’un système à peu près convenable est accentuée par le fait que sa primauté est battue en brèche par les autres entités de plus en plus puissantes.
L’affaire Clearstream (ça ne s’invente pas) constitue l’illustration parfaite de la dérive des fondements même de la République. Une sorte de fonte de la " banquise " institutionnelle, qui conduit à la constitution d’un marécage de principes n’inspirant plus confiance du tout au " marcheur " citoyen.
Pas un seul secteur social n’a pas trahi. Pas un seul d’entre eux n’a pas " trempé " dans ce qui restera comme le symbole de la fin d’une époque. Pas un pilier qui ne se fissure pour menacer ruine. Certes, le politique, fortement miné par les attaques incessantes dont il fait l’objet, est au bord de l’effondrement pur et simple, mais les autres ne sont guère plus brillants. De jour en jour, leur crédibilité se lézarde.
La situation devient donc extrêmement grave, car plus les jours passent, et plus le recours à une " autorité sauveuse " va prendre corps. Un peu comme, quand la IV° République a vacillé, le Pays n’a pas eu d’autres recours que d’aller quérir l’homme providentiel, celui qui incarnait la rigueur et la capacité à mettre un terme à la démolition organisée de la maison commune. Le problème, c’est que nous n'avons actuellement, dans les réserves de la République, aucune personne ayant cette stature. Et que si nous vivons sous la menace du " coup d’état permanent ", il ne repose que sur la multiplication des " effets d’annonces " d’un insatiable agité des estrades.
Dans quelques semaines, à ce rythme, le pays ne réclamera pas nécessairement une Lady Di de la politique, mais une femme ou un homme d’état à poigne, décidé à donner un grand coup de pied dans une fourmilière en train de devenir folle et de s’auto-détruire de l’intérieur.
MANQUER D’OXYGENE
Le système politique malade s’oriente vers le coma, avec comme seule excuse potentielle le fameux " ce n’est pas moi c’est l’autre ". Il risque rapidement de manquer d’oxygène, et de sombrer dans l’inaction forcée totale, au moment où justement il devrait faire preuve d’une vigueur accrue. Un peu comme dans la célèbre chanson de music hall :  tous les organes vitaux sont atteints. Victime d’une "légère attaque cérébrale", le Président s’enfonce dans l’irresponsabilité absolue. Il se contente de maintenir une illusion de capacité à gouverner, en effectuant des dénégations permanentes. A chaque mise en cause, il n’a qu’une seule manière de démonter sa lucidité : " je n’ai rien vu, rien entendu, rien dit " de manière ostensiblement méprisante. L’électroencéphalogramme quasiment linéaire devrait affoler la " famille ", alors qu'elle se contente de laisser filer la situation.
Le " coeur " même de l’Etat n’a plus aucune fiabilité. Il est agité de soubresauts constants, attaqué de toutes parts pour avoir probablement tenté d’expédier vers les autres " organes " des toxines mortelles. Là encore, tous les électrocardiogrammes d’opinion s’orientent vers la platitude absolue… Aucun problème : laissons le s’épuiser à petit feu pour tenter la greffe en dernière extrémité.
Et vous avez le " poumon ", celui qui ne manque pas d’air, qui court dans tous les sens en expliquant que sans lui il n’y aura plus un souffle de vie dans la partie droite du corps. Il essaie de récupérer l’enveloppe charnelle, avant autopsie publique, en prétendant que lui, et lui seul, peut lui redonner vie.
Tout le reste, nécrosé et paralysé, est agité de spasmes permanents, totalement inutiles pour estomper ce que l’on appelle la déchéance physique totale, la mort clinique annoncée. Le politique ne se rend même plus compte de la gravité de son état. Elle attend une perfusion de sang frais, mais celle-ci n’est prévue que dans un an, et on ne sait pas si la poche qui arrivera ne sera pas pire que le mal en cours.
MONDIALISATION OUTRANCIERE
Le système économique vient de révéler ses limites dans la vallée d’Aspe et à Toulouse. C’est un tout petit événement à l’échelle des problèmes que pose la mondialisation outrancière, mais qui renforce le sentiment général sur le rôle des investisseurs. La liberté absolue réclamée par ses responsables conduit inexorablement à la mise en cause de décisions dans lesquelles l’humain n’a plus sa place. Ils clament sans cesse leur pureté, leur honnêteté, leurs misères causées par des contraintes outrancières infligées par le monde politique. Cette rigueur morale et philosophique dont ils n’ont rien à faire, par ailleurs, au quotidien.
Dans l’affaire Clearstream, on retrouve en effet l’éternelle notion de profit au centre de la machination. Mieux c’est (et on l'oublie) par le système économique (vente d’armes, commission occultes, luttes de pouvoir interne…) que le scandale est arrivé. On constate avec des cris de vierges effarouchées que EADS, entreprise type de la mondialisation, exemple européen de la réussite, a servi de nid à une machination politique. Un exemple, parmi tant d’autres beaucoup moins médiatisés, de l’absence totale de clarté entre les mondes des affaires et de la politique.
En fait, le problème Toyal soulevé par Jean Lassalle ne fait qu’illustrer le mépris des grandes entreprises vis-à-vis de ces élus du Peuple qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, et qui ne portent pas un regard admiratif sur cette caste dirigeante se croyant tout permis. Ils sont tellement habitués à avoir des gens aux ordres (via des combines liées au profit) et qu’ils transforment en valets de leurs pratiques, qu’ils ont été traumatisés par l’entrée en résistance individuelle de l’un d’eux. La perte de confiance dans les responsables économiques est au moins aussi grande que la défiance vis-à-vis des décideurs gouvernementaux. L’écart considérable entre le phénomène Lassalle, et la vision qu’avaient les PDG de tous poils des hommes politiques, est gigantesque.
DECALAGE AVEC LA REALITE
Pour les médias, il faut bien reconnaître que la situation n’est guère plus brillante. Comment voulez vous que des téléspectateurs un tant soit peu lucides croien t dans l’éthique journalistique, quand ils constatent le décalage entre la réalité et ce qu’ils donnent en pâture au bon peuple ?
Comment croire qu’il n’y a pas de manipulation médiatique évidente quand on constate que c’est un… journaliste du Figaro qui a servi d’intermédiaire entre le Général Rondot et Nicolas Sarkozy, que c’est la femme d’un Ministre en exercice, ennemi déclaré de Crin Blanc, qui donne les dernières nouvelles du front de l’affaire, que les enveloppes secrètes arrivent spontanément dans les salles de rédaction ? A qui veut-on faire croire que le déluge de copies des auditions des uns et des autres n’est que le fruit d’un désir citoyen de transparence ? Quel est le gogo qui peut admettre que les silences pesant de TF1 ou de France 2 sur Clearstream relèvent seulement du souci d’indépendance ? Avez vous compté, simplement, en une semaine, à combien de reprises, sur ces deux chaînes, les noms de Nicolas et Ségolène en balade ont été prononcés, comme si c’étaient les seuls porteurs d’un idéal républicain ?
Le système médiatique, incapable de s’assumer financièrement, est devenu l'otage des financiers ( cf le cas Dassault ou la situation de France Soir ou le virage de Libé ou les problèmes traversés par le Monde), pour lesquels le contenu éditorial doit être au service de leur idéologie. Là encore, la perte de confiance s’accélère au détriment de l’information, pilier comme les autres de la démocratie.
CONFIANCE EN LA JUSTICE DE MON PAYS
Il restait la justice. Combien de fois avez vous entendu cette phrase sentencieuse depuis quelques jours : " je fais confiance à la justice de mon pays… " . C’es t le hasard, mais après Outreau (bel exemple de fiabilité de la justice), on apprend hier que le plus emblématique des chevaliers Bayard de l’instruction lave moins blanc qu’on le croyait.
La chaîne LCI (un pur hasard) a affirmé hier que le magistrat chargé de l'enquête sur la vente de frégates françaises à Taïwan avait "directement négocié" avec Jean-Louis Gergorin, un vice-président d'EADS, pour que ce dernier lui remette, de manière anonyme, des informations concernant le dossier. Le ministre de la Justice, Pascal Clément, a immédiatement annoncé qu'il avait saisi l'Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) afin que toute la lumière soit faite sur cette rencontre "hors procédure". Saint Copé a fait un émule : finie la langue de bois!
Renaud Van Ruymbeke, le juge sans peur et sans reproche se trouve à son tour pitoyablement pris les doigts dans le pot nauséabond de Clearstream… Il ne lui reste qu’à faire comme Chirac, De Villepin, Gergorin et consorts : démentir et nier ! La chasse aux élus est fermée pour quelque temps…
Que reste-t-il de solide ? A quel repère se raccrocher ? En quel idéal croire ?
Surtout pas en un président de la République élu avec plus de 80 % des suffrages. Pas non plus en un PDG de multinationale parlant de ratios, de développement. Méfiez-vous des détenteurs de cartes de presse, car elles peuvent en avoir la couleur, la saveur, l’odeur, mais pas nécessairement la valeur qu’on leur attribue.
Mais je déblogue…

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Jeudi 11 mai 2006 4 11 /05 /2006 07:17
J’avais beaucoup aimé le film " Le promeneur du Champ de Mars ". J’ai eu un immense plaisir à suivre cette "fin" de François Mitterrand, magnifiquement interprétée par un Michel Bouquet d’autant plus époustouflant qu’il n’était pas un admirateur de celui qui était arrivé au pouvoir il y a eu 25 ans hier soir.
Ce 10 mai 1981, que j’ai vécu à Créon comme un profond moment de bonheur discret :  je n’ai ni klaxonné dans les rues, ni hurlé de triomphe, ni défilé, ni chanté. J’ai simplement partagé, en compagnie de quelques amis avec qui j’avais travaillé pour que ce moment arrive, à mon niveau, le bonheur de l’arrivée de la Gauche au pouvoir. Rien de plus que le sentiment du devoir accompli, même si, je l'avoue, je me méfiais du vainqueur. 
J’avais rejoint le P.S. cinq ans auparavant, imprégné des errances du PSU, et jamais, malgré toutes mes désillusions, je n’ai rompu le contrat moral avec mon espoir de changer le monde.
En regardant, hier soir, sur Canal +, une fois encore, ce face à face entre un homme et la mort, j’ai retrouvé des dialogues exceptionnels de vérité. Le Mitterrand qui se bat contre ce cancer de la prostate qui lui attaque les os, multiplie des phrases reflets de ce qu’il fut véritablement. Un florilège de mots, qu’il adorait égrainer comme un chapelet de cruautés lucides. Certains ont une résonance particulière en ce 10 mai 2001 pitoyable, avec un président fantômatique, enlisé dans les sables mouvants des affaires. Mitterrand aurait d'ailleurs lancé, à propos de Droopy : "Avec lui, ce sera pittoresque!" On est servi.
DES FINANCIERS ET DES COMPTABLES
" Je serai le dernier Président de la lignée de Charles De Gaulle… après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables " lance, en sortant de la cathédrale de Chartres, ce Président venu contempler les affres de la mort sur les visages des gisants des Rois de France. Etrange voyage que celui de ce film, qui nous fait essentiellement entrer dans le monde intérieur d’un homme obsédé par la trace qu’il laissera dans l’Histoire. Seul quelqu’un de sa génération, ayant traversé, avec plus ou moins de réussite ou de loyauté, les moments " gris France " de la vie publique, pouvait croire en cette résistance profonde au néant. C’est en l’observant que j’ai compris que, dans le fond,  on ne meurt définitivement que quand on n’existe plus dans le souvenir des autres. 
Le " promeneur du Champ de Mars " érige la souffrance en dopage de l’intelligence, la maladie en refuge de l’esprit. Ses références permanentes aux écrivains, aux poètes, aux musiciens, aux écrits contrastent, tout au long de ses derniers mois d’une vie hors du commun, avec les fuites organisées de sa mémoire. Bloy, Rimbaud, Duras, Lamartine, Grodeck, Valéry, Hugo, Chateaubriand, Balzac, Stendhal, Bach, Dostoïevski…surgissent, tour à tour, dans une phrase, comme autant de références rassurantes à ceux qui sont déjà entrés dans l’Histoire. Il s'accroche à eux avec l'énergie du désespoir ("Je ne suis pas une page qu'on arrache facilement").
Il en arrive à être bouleversant, pathétique, émouvant, maniant le réalisme le plus cru et la poésie la plus tendre. L’homme nu de la baignoire perd ses illusions de gloire. " En cinquante ans de vie publique, il se heurte à la réalité  ("La réalité rêvée et la réalité réelle mais il faut savoir préserver à travers tout ce temps ce que l’on croît être sa propre permanence… "). Dans le fond il sait que l’on ne retiendra pas les miasmes de son parcours dans les marigots politiques, mais seulement les odeurs des parcours dans les champs de coquelicots de la Gauche. Il ne restera que l’écume des bons jours, et le goût amer des mauvais.
" Il faut avoir la passion de l’indifférence car c’est le seul manière d’avancer… ". Le promeneur redevient un contemplateur du temps, de son temps et de celui des autres. " J'ai envie de dormir tranquile..." annonce-t-il en parlant du lieu où il sera enterré.
LA SINCERITE REPREND SES DROITS
Ce Mitterrand des six derniers mois de son " règne " efface tout ce qu’il y avait eu avant. Machiavel ne fait plus que de furtives apparitions. Molière entre parfois en scène avec le secret espoir d’y mourir. Jaurès ne traverse jamais les salles aux parquets cirés. La sincérité reprend froidement ses droits, sous les coups de boutoir d’un destin encore robuste. Il lui faut pourtant absolument revenir sur les racines d’une carrière plongées dans l’eau trouble de Vichy, comme pour en exorciser une " maladie " honteuse. Le promeneur joue alors au chat et à la souris avec celui qui n’a pas trouvé le moyen de démêler la pelote des certitudes. On ne les aura jamais.
Malgré les ombres, malgré les ambiguïtés, malgré les colères froides, malgré des propos cassants, j’aime ce vieillard qui lutte contre un mal implacable, sans illusion sur ses successeurs (" Pourquoi est-ce qu’ils m’en veulent tant ?) et ses ennemis (" Ils me haïssent parce que je suis, pour eux, un traître "). Le droit d’inventaire le sépare des uns. Le symbole qu’il porte en lui (" Moi, j’aurai au moins duré 14 ans et je n’aurai pas été chassé par la rue ") le fait haïr par les autres.
" Les affaires, la corruption, il n’en restera pas grand chose. La droite a fait et fera bien pire "… confie, sur un banc du Champ de Mars, un homme désabusé. Avec le recul, il y a, dans ce film, des moments prémonitoires sur le destin d’un Pays dont il parle toujours avec amour, ce qui lui permet de le tromper à l’occasion sans trop des scrupules. Il n’y a que ceux qui aiment qui peuvent trahir. Or, Mitterrand n’a pas de gêne à manquer à un engagement, car il sait que seul l’essentiel restera dans la mémoire des hommes.
Le pouvoir, drogue dure dont on ne sait plus se passer quand on y a goûté, vous permet de transformer en rêve d’éternité la brièveté des jours (" Le temps ? C’est lui qui me rattrape maintenant ! "). Lorsqu’il lui échappe, on sent bien que l’envie de lutter n’existe plus, que la douleur ne vaut plus la peine d’être endurée. Cette humanité vacillante sincère, nue, contraste avec la mégalomanie dénoncée par celles et ceux qui souvent s’étaient placés dans son sillage.
LISSE, DROIT, PARFAIT
Le promeneur du dernier acte d’une vie, ne regarde plus guère le paysage. Il se contente de se retourner, de temps à autre, pour mesurer le chemin parcouru qu’il voudrait lisse, droit, parfait. Celui des allées forestières de Latché ou de la rue de Bièvre. Sur les autres, il ne voyait que des sinuosités. Or, on sait que pour atteindre les sommets, seuls les sentiers en lacets sont propices à l'ascension. J’ai souvent été déçu par ce parcours tortueux, mais il faut reconnaître que, depuis, on a vu pire sans provoquer les mêmes effrois. Un peu comme si, dans le fond, Mitterrand avait ouvert la voie.
Se plaignant du trop-plein de " fils ", il ne se fait guère d’illusion quand il affirme cependant " qu’on le met en quarantaine ". Propre aux malades contagieux, cette disposition reflète l’angoisse des autres (dont souvent justement les plus proches) d’être contaminés par un microbe néfaste, par une proximité trop grande. Mitterrand inspire davantage la peur que le respect. Nul, parmi ses successeurs, ne sait s’il le supplantera dans l’Histoire. Les statues des commandeurs sont encombrantes.
Dans ce film, la fin du règne ressemble étrangement à celle de la vie de l’homme qui l’assume. Elle s’étiole dans un compte à rebours inexorable avec, comme seule obsession, celle de tenir la faible distance restant à parcourir. Les derniers jours, comme les derniers mètres, sont les plus difficiles à parcourir, quand l’estime et les forces se dérobent. Il faut alors se trouver une raison de regarder devant, au-delà de la ligne d’arrivée.
Mitterrand pensait donc certainement aux lendemains, quand il évoquait la suite : " Le candidat socialiste ? Un homme capable de cristalliser les espérances et les réalités de la Gauche ". Une formule à la fois synthétique et vaste.
" Je crois dans les forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas ! " annonça-t-il au soir du 31 décembre 1994. Esprit es-tu vraiment là ?
mais je déblogue…
 
Relire aussi la chronqiue antérieure :  "MON TONTON A MOI"
en Janvier 2006
 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Mercredi 10 mai 2006 3 10 /05 /2006 07:17
" Il suffira pourtant de patienter et d’attendre les éditions prochai nes du Canard Enchaîné pour en vérifier l’authenticité. Nous en sommes rendus aujourd’hui au top des pratiques politiques que je déteste : s’il y a un problème ce n’est pas de la responsabilité de celui qui le pose, mais de celle des journalistes qui le portent à la connaissance du public. A eux l’indignité nationale, aux " coupables " la pitié du peuple ! … Elles finiront peu à peu par éroder les plus robustes résistances car on sait que les vocations de corbeaux sont, dans notre France démocratique, au moins aussi nombreuses que celles de redresseurs de torts. Il y gros à parier que, dans les prochains jours, les " bernés " ou les " porteurs de chapeaux " potentiels vont laisser filtrer quelques preuves de leur bonne foi. Soyez patients, un document nouveau va arriver dans une rédaction ou une autre, sans pour autant que cette perspective affole les intéressés. Et alors, le mal sera plus fort que les pansements déposés sur des jambes de bois ".
Voici deux extraits de la chronique que je vous proposais dans " La Vérité si je mens 3 " le 3 mai dernier. Partant de ce que je connais du monde de la presse nationale, j’étais certain de mon coup. Pour avoir fréquenté la mouvance des gens bossant pour le Canard Enchaîné, je ne prenais pas grand risque, avec mes affirmations, car je connais leurs habitudes immuables. Chaque fois, le monde politique français de tous bords se laisse trimballer par une rédaction sachant fort bien remuer le couteau dans les plaies du mensonge.
Depuis des décennies, les responsables pris en flagrant délit n’ont qu’une obsession : la fuite en avant! Leur technique est invariable : ils démentent, un peu comme un joueur de poker voulant voir jusqu’où peut aller son adversaire, et  finissent toujours par perdre car ils savent bien que l’adversaire a plus d’un as dans les mains, mais ils espèrent que le bluff portera ses fruits. Ils insistent même car ils ne peuvent pas faire autrement, et finissent vaincus car ils ignorent véritablement ce qu’il y a d’autre derrière une révélation.
Or, pour avoir indirectement travaillé pour le Canard Enchaîné, je sais que ce journal ne prend jamais aucun risque et qu’il possède obligatoirement les preuves matérielles du moindre mot figurant dans l’un de ces " papiers ". Peu de gens d’ailleurs écrivent dans le Canard car il s’agit d’un privilège réservé à ceux qui sont capables de bien ficeler humoristiquement une information, à partir des éléments sûrs en sa possession. C’est probablement l’hebdomadaire le mieux informé qui ne distribue qu’une très faible part du "pactole" qu’il a en sa possession. En plus, si le sujet est délicat, on consultera un pool d’avocats qui dira jusqu’où on peut aller sans risques.

 

 

 

ON TIRE BALLE APRES BALLE
Il y a une foultitude d’exemples qui ont mis à mal des gens certains qu’ils allaient s’en tirer sans trop de mal. Au Canard, on n’arrose pas la cible avec des rafales, on tire balle après balle, pour faire durer le scandale. Je peux vous assurer que, quand paraît une preuveje sais, par expérience, qu’il y en a trois ou quatre en réserve. Si le " coupable " bronche ou tente de se débattre, il en prend une " autre " la semaine suivante. Et ainsi de suite jusqu’à épuisement. Le ravitaillement en vol du Canard est constant et sans limite.
Crin Blanc et Droopy le savent bien, mais ils sont dans la nasse et n’ont aucune autre issue possible que le démenti. Plus ils vont de démener, et plus leur espace politique vital va se refermer. Visiblement, le général Rondot doit avoir un lourd contentieux avec eux. En spécialiste de la fuite organisée, il sait que, pour ne pas risquer un accident dans la vie publique, il vaut mieux mettre dans une enveloppe les copies des documents que l’on possède et les confier au Canard. Ce sera à la fois votre assurance-vie et aussi celle qui vous permettra d'avoir raison au fil des semaines. Vous laissez faire… les autres.
Il m’est personnellement arrivé d’avoir eu, entre les mains, trois dossiers extrêmement explosifs lorsque j’étais journaliste. Sur le premier, en Octobre 81, j’ai le souvenir d’avoir été conduit, comme dans un roman policier, avec mes preuves que j’ai toujours gardées, chez un avocat bordelais du journal pour lequel je travaillais. Il lut mon article, vérifia les pièces en ma possession et… autorisa la publication. En l’occurrence j’avais trouvé un " chef " courageux… Ce ne fut pas le cas pour le second dossier, car il était tellement dangereux (malversations dans des faillites d’entreprises en vue) que, après avoir rencontré, de nuit, celui qui me le proposait, j’eus la mauvaise idée de le confier au responsable de la rédaction, qui s’empressa de le planquer, et m’empêcha ainsi de réaliser un second coup.
Le troisième, en janvier 82, intitulé " le tiroir caisse des Girondins " me valut une menace précise et directe du président d’alors (il réclama à l’époque 400 000 F de dommages et intérêts si je ne fournissais pas les preuves de mes affirmations), ce qui calma définitivement mais velléités d’enquête. Dans les trois cas le Canard récupéra indirectement les infos et des preuves, et en fit d’excellents papiers. Quand le mercredi arrive un missile, il est donc bien plus prudent de ne pas aggraver la situation en assurant que tout est faux : ces gars là ne partent jamais à l’assaut sans une cartouchière bien remplie !
CE QU’IL FAUT LA OU IL FAUT
Rondot, en bon militaire, sait que la meilleure garde rapprochée est celle qui peut frapper vite et précisément, pas celle qui s’abrite derrière un gilet pare-balles. Il a donc lâché ce qu’il faut, là où il faut. Hier, on a donc appris que le " corbeau ", dans l’affaire Clearstream, était l’un des protagonistes de la guerre des chefs chez EADS. Rien d’étonnant car, dans le milieu des affaires, la lutte pour le pouvoir est encore plus rude que chez les politiques, mais elle intéresse moins la France d’en bas ! Ami de Crin Blanc, il a servi de paravent à une manipulation commanditée par Droopy, avec l’espoir d’en percevoir les dividendes.
Le Canard affirme que l’informateur de Crin Blanc , " accompagné de l'avocat Thibault de Montbrial, a rencontré secrètement le 30 avril 2004 le juge Renaud Van Ruymbeke pour lui livrer les pseudo-informations sur les listings informatiques. Il prétendait que des personnalités du monde entier détenaient des comptes à la société luxembourgeoise Clearstream, crédités de sommes d'origine frauduleuse. Jean-Louis Gergorin aurait refusé que l'entretien avec le juge Van Ruymbeke soit enregistré en procédure, et que les listings lui soient remis officiellement, en prétextant qu'il craignait pour sa vie " Et le Canard… enchaîne les dates, les preuves, les éléments compromettants, pour résoudre ce qui n’est une énigme que pour les malvoyants du journalisme.
Ensuite, Droopy prend une nouvelle " balle " qui tuerait n’importe quel élu de base. A l'appui de ses affirmations sur un compte de Droopy dans une banque japonaise, Le Canard publie un extrait restreint du PV de déposition du général Rondot, dans lequel le témoin assure: "il est indiqué sur les documents que vous avez saisis à mon domicile que ce compte a été ouvert à la Tokyo Sowa bank, et a été crédité d'une somme totale évaluée par les services de la DGSE à 300 millions de francs". A mon avis, ce n’est qu’une première " bastos " comme on dirait dans la milieu. Les autres vont suivre… car elles sont dans le chargeur. Laissez donc les démentis forcenés venir, et je vous prédis un tir à vue sans pitié.
QUE DEVIENT LE SECRET DE L’INSTRUCTION ?
Ce que personne ne se demande, c'est comment le P.V. d’une audition devant des juges impartiaux et sérieux peut finir, en intégralité, dans les corbeilles à courrier de la rédaction du Canard ? Imaginez ce que devient, dans notre pays, le secret de l’instruction, quand deux journaux en reçoivent régulièrement des morceaux choisis ! Que vaudrait le dossier d’un élu de base ? Que lui arriverait-il face à une telle pression ? Quelle est la fiabilité de la justice ? Quel est le corbeau ? Ce sont tout de même des questions à se poser.
Jour après jour, le Roquet de Neuilly apparaît comme le chevalier blanc, victime des vilains comploteurs masqués (ou du moins qui croyaient l’être !)… Il jubilait à Nîmes, cité des Crocodiles, où l’on versait déjà des larmes sur son sort.
Il n’est pour rien, garantit le Ministère de l’intérieur, dans les pratiques de ce "brillant" Général Rondot, qui bizarrement, a conservé chez lui, dans le vaisselier familial du salon, tous les documents accablant Crin Blanc et Droopy, afin que les juges ne se fatiguent pas trop à rechercher des preuves. Si ce gars-là a été le plus grand spécialiste français du secret, il y a lieu de s’inquiéter sur le niveau du reste des troupes ! Son incapacité à faire disparaître des éléments de preuve ne m’étonne plus sur le fiasco de l’opération du Rainbow Warrior !
A remarquer aussi que, chaque fois que l’on évoque la déclaration aux juges de cet éminent Général, les personnes mises en cause se déclarent outrées par ses calomnies, par leur caractère tronqué, par leur flagrante inexactitude… Incroyable, il a raconté n’importe quoi, à croire qu’il est atteint d’une mythomanie pathologique. Je comprends qu’on l’ait expédié à la retraite !
En fait, la manœuvre, parfaitement réglée, ressemble à une machine infernale qui a explosé, par un habile retournement de situation, à la figure de ceux qui croyaient l’avoir soigneusement montée. Et, croyez moi, le Roquet de Neuilly n’y est pour rien. C’est le général Rondot qui l’affirme, et ce gars-là, vous pouvez le croire…
Mais je déblogue…
 
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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