Mardi 31 janvier 2006

L’économie parallèle ou souterraine prend de plus en plus de place en France. Elle est florissante dans les pays du Sud de l’Europe ou dans ceux qui viennent d’entrer dans le giron européen, mais le mal gagne du terrain chez nous. La société, comme la nature, a horreur du vide, et celui que laissent les saignées effectuées, année après année, dans les rangs des fonctionnaires chargés des contrôles, ouvre des brèches entières. La vague de fond portant la vox populi, heureuse de voir les ronds de cuir sacrifiés sur l’autel du libéralisme, ne prédispose pas à un retour en arrière. Alors, tous les trafics s’installent, et le système de la « débrouille » prend sa valeur maximum.

Dans le tram, hier en fin d’après-midi, j’écoutais un collégien, haut comme trois pommes et demie, à qui on aurait donné le Bon Dieu sans confession, proposer à un copain, des ipodes Mp3 à 40 € en avouant à voix basse qu’il « les touchait à 35 »… Aucune honte, et il glissait, en secret, qu’il avait déjà équipé toute… sa classe.

Dans une discussion, samedi soir, j’ai aussi appris comment on pouvait faire fortune en achetant les « reprises » des grands garages, (le représentant vous conseille d’aller chez cet acheteur, et avant que le gogo arrive, il lui téléphone pour lui donner le prix offert), avant de les revendre, retapées par des « ouvriers » venant se faire du « black », le soir, après le boulot.

Des retraités agricoles travaillent dans des propriétés en se basant sur la possibilité du quota horaire qui leur est légalement attribuée par la loi. Le seul problème, c’est que ce temps partiel autorisé est travesti en temps complet non déclaré.

Tout le monde sait également que les récupérations de certains fonctionnaires leur permettent de rénover des appartements ou d'effectuer des travaux divers, chez des propriétaires ravis de ne pas payer la main d’œuvre au prix réel.

Et, comme les hommes politiques de droite qu’ont élus les plombiers polonais, refusent le maintien de la TVA expérimentale à 5,5 %, il y a de fortes certitudes de voir le phénomène s’accentuer. Chaque jour ou presque, dans mes mandats électifs, je constate que peu de mesures réelles sont prises pour endiguer cette réalité, et que tout le monde s’arrange pour ne pas voir ou, plus encore, pour ne pas savoir.

DONNEURS D’ORDRE FRANÇAIS

Le travail clandestin ne rime pas forcément avec étranger en situation irrégulière. Ainsi, sur plus d'un millier d'employés contrôlés par la 12° section des Renseignements Généraux (RG) de la Préfecture de Police de Paris, ils n'étaient "que" 164, soit 16%, à ne pas avoir de titre de séjour.

En revanche, chez les donneurs d'ordre, véritables "maîtres d'œuvre" de cette économie parallèle, les trois quarts de ceux qui ont été traduits en justice l'an dernier étaient de nationalité française. La confection et la restauration sont les secteurs les plus touchés, mais de nouvelles activités se développent, comme la coiffure ou l'alimentation.

II y a plusieurs manières d’utiliser le travail clandestin. Le cas le plus simple consiste à ne pas déclarer l'entreprise elle même : elle n'a donc à payer ni charges sociales, ni impôts, ni taxes. Le deuxième cas, le plus fréquent, consiste à avoir une société déclarée en bonne et due forme, mais avec un certain nombre de salariés non déclarés, qui peuvent aussi être des étrangers en situation irrégulière, mais aussi avec un petit nombre de « déclarés », auxquels on  donne un nom commun qui couvre l’ensemble du groupe. Les agents de l’URSSAF n’ont pas le droit, en effet, de contrôler les identités…

Dans tous les cas, le but de l'opération est de faire le maximum de profit à moindre frais, en se soustrayant à tous les contrôles possibles : fiscaux, sociaux, mais aussi d'hygiène ou de sécurité. Ainsi, par exemple, on ne respecte pas les conditions de diplôme (CAP de coiffeur...), on travaille dans des locaux ou avec des machines qui ne sont pas aux normes (absence de ventilation, de protection...), ou on conserve des produits impropres à la consommation et dangereux pour la santé publique. Au bout du compte, ce sont autant de salariés non déclarés que le consommateur, le contribuable ou l'assuré social compensent sans le savoir. Et les impôts…baissent, grâce à la diminution des emplois publics. Du moins le fait-on croire .
400 LOIS ET 8 000 DECRETS

Il n’y avait en 2004 que 427 inspecteurs du travail, 813 contrôleurs en section d’inspection, pour 1,2 millions d’entreprises, et 15 515 700 salariés, pour 400 lois et 8000 décrets. Ils sont moins nombreux qu’au début du 20° siècle : il y avait 110 inspecteurs en 1910 pour 3 millions de salariés, 3 lois fondamentales et 80 décrets. Même dans la dernière décennie, leur nombre, leurs moyens d’action, les sanctions en droit pénal du travail, tout a reculé : la gauche avait ramené, en 2001, les inspecteurs du travail au nombre qu’ils étaient en 1987,  alors qu’il y avait 2 millions de salariés en plus !

Ces 1300 agents de contrôle établissent entre 15 et 25 000 procès verbaux selon les années, mais trois sur quatre sont classés sans suite, et quand ils sont jugés, cela débouche sur moins de 5000 condamnations par an, dont 98 % à des amendes limitées en moyenne à moins de 1000 €, à moins de 500 peines de prison, dont 480 avec sursis, et celles qui sont "fermes", en moyenne de 2 mois, le sont pour "récidive dans le trafic de main d’œuvre" ou "faute inexcusable avec mort d’homme".

Comment voulez-vous qu’avec si peu d’effectifs et de moyens, de suivi dans la sanction, l’inspection puisse être dissuasive et "entraver la liberté d’entreprendre", ainsi que le prétendent des députés de droite, signataires de la proposition de loi visant à supprimer carrément le corps des contrôleurs et des inspecteurs. Ils n’ont pas encore été entendus par le gouvernement, mais le Ministre utilise un procédé plus lent mais tout aussi mortel : il réduit les postes mis au concours, et ainsi va tarir peu à peu les services concernés.

Si l’on ajoute que les services de police et de gendarmerie sont orientés vers les contrôles… routiers beaucoup plus rentables pour l’Etat que ceux des chantiers ou des exploitations, il y a un boulevard ouvert pour la fraude constante.

On le constate lorsque les sapeurs-pompiers interviennent pour justement des accidents du travail. Malheureusement, dans ces circonstances il est particulièrement aisé de se rendre compte de la situation du blessé, qui parfois refuse le transfert vers l’hôpital pour éviter… des problèmes à son employeur !

Selon le Ministère de l’Emploi, le travail dit « au noir » représenterait environ 55 milliards d’€ de pertes chaque année pour les caisses de l’Etat. Une paille !

Il est vrai que les radars automatiques ont rapporté exactement 204,9 millions d'€ sans gros effort et… sans créer d’emplois. Soit le double par rapport à 2004, première année pleine, qui avait connu un très bon rapport, avec 106 millions d'€. Les 500 nouvelles boites grises prévues en 2006, devraient rapporter 40 millions d'€ supplémentaires. Encore un effort et bientôt ce ne sera plus la peine de payer d’impôts !

Mais je déblogue…

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Lundi 30 janvier 2006

Il arrive que l’on s’interroge sur le sens des mots dans notre propre langue, tant, au fil des siècles, il a pu évoluer. Cette mouvance constitue la preuve de la vitalité du Français dont on sait malheureusement la fragilité du statut de langue vivante mondiale. La confrontation avec l’anglais n’est pas en effet très favorable à notre langue maternelle qui en plus, de manière suicidaire, accapare chaque jour ou presque un mot venu d’Outre Atlantique. Il en est ainsi de deux mots dont on mesure chaque jour l’écart réel, alors qu’ils sont sensés être très proches : " peuple " et " people ". Si l’on se fie à leur signification initiale ils devraient constituer deux reflets identiques d’une réalité importante. Et pourtant, désormais, " people " a été singulièrement dévoyé de son sens originel. Quand, en effet, dans notre société médiatique, on utilise maintenant ce vocable anglais, c’est justement quand il faut tromper le… Peuple. Peuple et people c’est un peu les rapports entre le jazz et la java de la célèbre chanson de Nougaro ! Quand l’un arrive, l’autre s’en va...

LA VOLONTE DU PEUPLE.-
La première fois que j’ai pris conscience de l’importance de l’acception française, c’est en écoutant " religieusement " mon maître en blouse grise du CM2 me clamer la célèbre phrase qu’Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau claqua, le 23 juin 1789, en prenant à partie le marquis de Dreux-Brézé, officier venu porter l’ordre du roi de dissoudre l’Assemblée constituante : " Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ". Par cette phrase, celui dont on ne retiendra que le titre " Mirabeau ", allait entrer dans l’Histoire d’une façon fracassante ! Et pour moi, restait ancrée dans ma mémoire, cette notion flamboyante de " volonté du peuple " qui faisait la noblesse réelle de cette apostrophe célèbre. Le Peuple faisait sa première irruption dans l’Histoire de France en devenant une entité que l’on considérerait, par la suite, comme incontournable. La preuve, il fut décidé que toutes les décisions, même les plus terribles, seraient prises en son nom…

Bien que l’on ait véritablement du mal à cerner sa réalité, il reste le fondement du principe républicain. Il est invoqué tel un Dieu protecteur pour les décisions politiques souhaitées par les uns, ou comme un censeur par les autres, qui veulent mettre un terme à une période critiquable. Depuis plus d’un demi-siècle, et l’instauration du suffrage universel, son rôle a été revalorisé. On le consulte régulièrement, quitte à ensuite, comme l’ont fait, après le 29 mai 2005, les représentants de l’énarchie bien pensante, à se répandre sur l’absurdité de son comportement global. C’est devenu insuffisant !

Désormais, on ne se contente plus de son verdict régulièrement porté par les urnes, car il faut tenter, par tous les moyens, de le devancer, d’anticiper, de prévoir. Alors on l’ausculte, on le scrute, on l’analyse, à l’aide de ce stéthoscope moderne qu’est devenu …le sondage. Il permet, chaque jour ou presque, de vérifier comment le peuple digère les pilules amères, comment il respire les miasmes politiques, pour qui bat son cœur, ce qui l’inspire ou qu’il exècre. Celui qui donnait sa volonté à Mirabeau, se réduit alors à des " échantillons " aléatoires, qui font le bonheur ou le malheur des gens qui gouvernent ou aspirent à le faire. Jamais Honoré Gabriel Riqueti n’aurait osé défier le représentant du Roi dans nos temps présents, sans un sondage lui précisant ce que souhaitait véritablement le Peuple !

PLUS DU PAIN ET DES JEUX.-
 Les femmes et les hommes politiques ont donc décidé qu’il devenait indispensable de fournir à cette entité anonyme mais précieuse, non plus " du pain et des jeux ", mais du… " people " ! C’est la dernière nouveauté du monde de la communication. L’idéal n’a plus la cote. Le discours de préau d’école a considérablement vieilli. La diatribe est passée de mode. Le programme ressemble à un mirage. L’engagement public n’a plus de crédibilité. Le débat ne passionne plus. Ce qu’il faut faire, c’est du " pipole " comme l’on dirait sur la Cannebière.

Ce ne sont donc plus les tribunes dans le Monde, les critiques du Figaro, les envolées de l’Humanité, les émissions d’Arlette Chabot, de Moatti ou de Calvi qui comptent. Il faut paraître dans les magazines sur papier glacé, ou apparaître sur des plateaux n’ayant plus rien à voir avec la politique.

Tous les " conseillers en image " vous l’assureront : un reportage people est incomparablement plus rentable qu’une interview relative à vos positions en matière de gestion publique. Chaque semaine, quelque 2,5 millions de lecteurs achètent en effet des journaux de ce type, et plus de 13 millions les lisent ! En été, ces chiffres augmentent d'environ 20 %. Sept titres se partagent ce marché : " Voici ", " France Dimanche ", " Ici Paris ", " Gala ", " Public ", " Point de vue " et " Closer ". Ajoutez les audiences réalisées par les grandes émissions de télé animées par des présentateurs vedettesj comme Drucker, Ardisson, Fogiel ou Durand et vous avez le secret pour séduire le Peuple ! Pour relancer votre carrièrej il faut accepter de dévoiler votre intérieur dans " Paris Match ", de poser décontracté pour " Voici " dans votre jardin, de s’asseoir sur le canapé avec vos enfants pour " Gala ", de laisser vos déboires conjugaux faire la une de " France Dimanche ", ou de médiatiser vos réconciliations dans " Point de Vue "...

DEJEUNER AVEC DRUCKER.-
On murmure que Yoyo Jospin va effecteur sa résurrection politique chez… Drucker, avec qui il a récemment déjeuné pour en fixer la date et les modalités. Il ne le fera plus devant le Congrès du PS. Il ne pourra pas le faire devant les militants qu’il a abandonnés. Ségolène ouvrira, en temps et heure, les portes de son appartement de Neuilly. Fabius hésite pour savoir s’il se remarie ou pas. Sarkozy, échaudé par le battage fait sur sa rupture avec Cécilia, sait qu’il est aussi efficace d’interdire de parler de sa réconciliation que de la médiatiser, car cela fait autant d'effet. Strauss-Kahn se promène, main dans la main, avec Anne Sinclair. Dominique de Villepin plait aux dames. Arlette Laguiller se rend aimablement chez Fogiel, aux côtés d’Adriana Karambeu. Jack Lang court d’une émission à une autre pour délivrer la bonne parole sur tout et n’importe quoi… La liste est infinie, et le peuple aura pour son argent de… " pipoleries ". " Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par une… volonté people, et que nous n’en sortirons que par la force des urnes ". Qui lancera ce défi à la face du peuple ?
Mais je déblogue… 

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Dimanche 29 janvier 2006

La famille. Une entité de plus en plus mouvante qui se compose, se décompose et se recompose désormais selon les aléas de la vie personnelle. Nul ne peut prétendre que son caractère sanctuarisé par des règles sociales ancestrales correspond à une réalité actuelle. Elle devient évolutive, conflictuelle ou restreinte et ne correspond plus à des concepts basés sur la continuité. Les racines s’oublient très vite sous la pression d’une société qui exige l’abandon comme rançon de l’efficacité.

On ne vit plus que dans l’égoïsme nécessaire. Celui qui excuse le désintérêt pour ses origines se permet d’occulter sereinement les manquements à la continuité. La famille devient un concept incompatible avec la notion de partage, puisque le chacun pour soi s’applique dans tous les aspects de la vie quotidienne. Il ne faut cependant pas désespérer, car le paradoxe réside dans le constat que les jeunes, certes souvent à cause des contraintes économiques, restent le plus longtemps possible dans le giron rassurant de ce cocon, où la métamorphose vers l’âge adulte dure maintenant parfois aussi longtemps que la gestation des éléphants.

L’IMPORTANCE DU CHEMIN PARCOURU.-
 La famille c’est pourtant, avant tout, un espace dans lequel on peut mesurer l’importance du chemin parcouru. La meilleure des appréciations de sa vie personnelle réside dans cette capacité à comparer les évolutions des générations, et à respecter ce que la précédente a apporté à la suivante. Il y a ainsi dans la vogue présente des recherches généalogiques une volonté manifeste de se trouver des repères, destinés à se donner des origines. C’est inévitable, car selon une phrase célèbre " les peuples qui n’ont pas d’histoire sont condamnés à mourir de froid ", et certains se mettent à grelotter. Il en va de même pour les individus, qui devraient obligatoirement connaître la réalité de leurs lignées ancestrales, afin justement de ne pas mourir glacés par la réalité de leur parcours personnel. Il y a toujours en effet une lueur d’espoir dans le passé. Elle permet d’éclairer le présent, car aucune personne n’est le fruit du hasard. Elle n’est que la résultante d’une réalité antérieure, trop souvent méconnue.

Dans les familles, chacune et chacun devraient, dès que possible, par les photos, par la parole, s’emparer des histoires des générations antérieures. Trop d’enfants ne connaissent même pas le parcours de la génération des grands-parents. Ils sont, par la dure réalité des divorces, coupés de ces bienfaits, consistant à apprécier la vérité sur les premières bases de leur construction personnelle. Dans une vie professionnelle, maintenant malheureusement lointaine, j’ai pu constater que, trop souvent, les élèves ignoraient même la profession réelle de leurs propres parents, et celle de la génération antérieure relevait de l’exploit !

LES VERITES DE LEUR HISTOIRE PERSONNELLE .-
Les relations inter générationnelles sont pourtant fondamentales. Il faut bien convenir qu’elles ne figurent pas dans les priorités sociales présentes, qui tournent autour de la maison, du gazon et de la télévision. Pourtant, il faudrait que les " anciens " acceptent de ne pas se considérer comme des vieux cons lorsqu’ils apportent aux plus jeunes quelques bribes de leur histoire, car les plus simples, les apparemment banales, sont les plus riches. Consigner par écrit (pour celles et ceux qui le peuvent) les aspects les plus réels de son parcours, ne constitue nullement une vanité condamnable. Elle offre, au contraire, un exercice de modestie pour celles et ceux qui croiraient, un jour, avoir tout découvert du monde, et qui ignoreraient qu’il y a eu avant eux des défricheurs de la vie. Il est impossible d’être soi-même sans reconstituer les avatars ou les réussites antérieurs.

Peu d’analystes du mal des banlieues font référence à cette rupture réelle que génère inévitablement l’immigration. En effet, pour l’avoir vécu, comme petit-fils d’immigrés, l’absence de références à des visages, à des lieux de vie, à des anecdotes, à des parcours, à des paysages, prive forcément d’une part non scientifique du patrimoine génétique. Le mal se nourrit d'abord de l’absence de racines. Heureux sont celles et ceux qui peuvent, régulièrement, effectuer ce retour aux sources. Plus on accomplit ce parcours jeune, et plus son incidence sur l’avenir sera précieux.

La famille ne doit pas se " défendre " ou se " codifier " mais elle doit se vivre, sans aucun a priori. Justement, plus elle sera large, diversifiée, foisonnante, et plus elle constituera un substrat capital pour la croissance des esprits en formation. Justement, c’est parce que notre société a réduit ce concept à sa plus simple expression que les déracinés gisent au bord des chemins de la vie. Un père ou des pères, une mère ou des mères, un enfant, constituent ce que l’on appelle d’ailleurs, à juste titre, une " cellule familiale ". Mais on sait bien que les amibes, les microbes ou les virus (et je n’en suis pas sûr !), réductions outrancières de la complexité de la nature, ne constituent pas le plus rassurant des éléments.

RECONFORT PRECIEUX .-
Probablement sont-ce mes origines italiennes qui me conduisent à plaider en faveur de ces rassemblements familiaux, qui me réchauffent toujours le cœur. J’y trouve le réconfort précieux de savoir que je ne suis pas isolé, perdu, étranger, absent, au milieu de la foule humaine. La conjonction des générations (j’ai la chance extraordinaire de pouvoir en mettre encore 4 ensemble) me permet sans cesse de savoir d’où je viens, afin de pouvoir deviner où je vais

Dans le maison de retraite de Créon, où je me rends quasiment chaque jour, je souffre pour ces femmes et ces hommes que la raison a abandonné avant qu’ils puissent apporter aux autres le récit possible de leur propre parcours, dont aucun n'est banal. Je souffre encore plus pour celles et ceux dont on a distendu, déchiré ou rompu les liens avec le reste du groupe " famille ", et que l’on a " déposés " aux objets trouvés de la vie. Quel gâchis ! Le personnel s’efforce certes dans des ateliers de recueillir en permanence les fruits encore agréables des mémoires vives. Malheureusement, c’est souvent au seul bénéfice des autres…car le premier cercle susceptible d’en profiter s’est évanoui, comme celui créé par un caillou jeté sur la surface lisse d’un étang.

Lorsque j’ai accueilli, à deux reprises, à Créon, Sig Ahmed Ahmed qui fut le Président des Touaregs, et qu’au hasard d’une promenade, je lui ai montré la Maison de retraite, j’ai lu, dans son regard, perçant au dessus de son bandeau, un brin d’étonnement. En lui expliquant qu’on ne pouvait plus, dans notre société moderne, prendre en charge les " anciens ", en raison de leur handicap ou des exigences de nos propres vies, il ne m'a pas paru que je l’ai convaincu du bien-fondé social de la démarche. Il a gardé une vision différente de la nôtre du progrès social. Mais elle est sûrement arriérée.

Mais je déblogue…  

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Samedi 28 janvier 2006

Mozart aurait eu 250 ans. Cette année 2006 va donc être une déferlante permanente de biographies, de festivals, d’expositions, d’hommages en tous genres, et chacun va quérir, chez le plus célèbre des compositeurs francs-maçons, " sa " vérité". Sa vie et son œuvre vont être disséqués, pour donner au monde la véritable dimension de celui qui fut, en paraphrasant un mot célèbre, " encore plus grand, mort que vivant ". Que l’on ne s’y trompe pourtant pas, Mozart ne fera pas, pour autant, dans tous les foyers une apparition aussi tonitruante que celle des vainqueurs de la Star’Ac. On en est encore à des années lumières… Il connaîtra un retour en grâce posthume accentué, mais de là à le voir envahir les ondes de ses créations, il y a un abîme infranchissable, en l’état actuel du niveau culturel global de notre société. Il serait d’ailleurs absurde de penser que sa musique était très " populaire " à son époque, et il serait déjà probablement ébahi par sa diffusion actuelle.

Mozart n’a jamais été autant d’actualité dans une société où la notion de " prodige " ne fait que croître et embellir. Durant des décennies, elle avait perdu de son intérêt, au profit de la seule réussite en temps et en heure, alors que maintenant, tout doit être précoce. Il en est ainsi des légumes, des fruits, des apprentissages, des expériences, comme des enfants. Dans de nombreuses familles plane encore ce que j’appelle le " fantasme de Mozart ".

Un mal dont les ravages sont réels, mais sur lequel personne n’ose trop réagir. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, les parents pratiquent le " mozartisme " sans le vouloir. Dans le domaine de l’éducation, du sport, de la culture, des loisirs il est devenu de bon ton de lancer le plus tôt possible une progéniture réputée " géniale " ou " surdouée " ou " hyper-active " dans le plus modeste des cas.

MAJOR DE POLYTECHNIQUE.-
Tous les enseignants ont eu, par exemple, à régler le problème récurrent des parents venant implorer que leur fille ou leur fil " saute " une classe (entrée prématurée au CP ou exemption de l’ex-CE1), car ils estiment que ce serait du temps perdu. Un jeune qui a un an d’avance, constitue un capital de notoriété familiale non négligeable, jusqu’au jour où il le paie très cher, car pour un " Mozart " qui réussit, il y en a un autre qui bascule dans l’échec absolu. Mais personne ne veut le savoir… Tant pis, le risque est à courir, comme s’il s’agissait d’un " placement ", dont les dividendes seraient à percevoir un jour ou l’autre. J’aime bien d’ailleurs quand François Dubet, sociologue bordelais au franc parler remarquable, explique " que tout notre système éducatif ne travaille, à tous les étages, qu’à une seule finalité : fabriquer le major de Polytechnique ! " car il ne fait que reproduire le symbole de sa propre réussite !

Ce syndrome du " Mozart scolaire " ne frappe pas, contrairement à une idée répandue, seulement parmi l’élite du pays, mais se diffuse de plus en plus dans toutes les couches sociales. Il faut, par exemple, que le " petit " entre absolument à 2 ans à l’école maternelle, alors que nul ne sait exactement les dégâts réels que cause une présence physique quotidienne trop longue dans une structure collective souvent surchargée… et quelles seront les conséquences d’une rupture affective prématurée. Mais il doit être...en avance au cas où il aurait, un jour du retard!

LE BABY QUELQUE CHOSE.-
Le sport génère aussi ses "Mozart" avec la complicité des fédérations. Les " écoles " diverses entament la spécialisation des activités dès… 4 ou 5 ans. On délivre des licences à des enfants soumis à une impulsion donnée par les parents, ou une image télévisée, mais sûrement pas par l’attrait de la discipline concernée. Il existe le " baby judo ", la " baby gym ", le " baby tennis ", le " baby basket "… le " baby quelque chose ", mais pas encore le " baby foot ", car ce serait péjoratif. N’empêche que le ballon rond se pratique, en compétition, de plus en plus tôt, et que le spectacle est sur le bord de touche, où les " impresarii " ne manquent pas. Et pendant ce temps, on sacrifie les profs de gym sur l'autel de la diminution du nombre de fonctionnaires... Or, c'est au collège et au lycée que l'on apprend réellement la pratique sportive. Dommage!

Pour avoir été joueur, éducateur, entraîneur, secrétaire, président d’un club de foot, je sais en effet que certains matchs du samedi m’ont inquiété sur l’avenir du sport. Ils ne sont trop souvent que la caricature d’un monde sportif mercantile, proposé par les pros du " haut niveau ", dans lequel je ne crois pas comme exemple, pour l’avoir côtoyé en tant que journaliste, durant près de 20 ans.

Comme j’assiste à toutes les assemblées générales de tous les clubs, je constate avec désespoir que dans les catégories des – de 15 et – de 18 ans, c’est l’hécatombe. Il ne reste plus qu’à peine 15 % des " Mozart " de la première heure, tant ils ont été usés par une pratique intensive prématurée. Il n’y a plus aucune spontanéité, aucune envie, aucun plaisir de jouer, mais seulement la désillusion de ne pas avoir atteint le niveau des virtuoses. La finalité du sport a pris le large ! C’est la raison qui nous a poussé à développer sur Créon depuis maintenant 10 ans une école " multisports ", afin de proposer un choix véritable aux enfants en âge de participer à la vie associative. Engagement que nous encourageons avec l’attribution des carnets de chèques " Créon + " pour chaque jeune (0-18 ans).

FANTASME DE TAPIE.-
La musique, la danse, n’échappent pas à cette mode de la précocité triomphante. Elle est beaucoup plus présente chez les filles que maman met illico au piano pour qu’elles puissent jouer la " lettre à Elise " devant la famille émerveillée ou qu’elles soient filmées en petits rats lors du gala annuel… La " Mozartmania " a donc de beaux jours devant elle.

Le malheur, c’est qu’elle a du mal à trouver sa place dans une société du profit, de la rentabilité immédiate, de la concurrence effrénée, du matérialisme absolu. La France cultive le paradoxe de naviguer, en permanence, du fantasme de Mozart au fantasme de… Tapie. Elle balance entre le " siècle des Lumières " et celui de l’argent facile.

Elle vit dans l’illusion qu’elle est encore " l’enfant prodige " du monde, celui qui le premier l’aurait ouvert à la culture, au sport, à l’éducation… C’était peut-être vrai il y a  250 ans, mais depuis, il a coulé beaucoup de notes à Salzbourg ou ailleurs. Nos " Mozart ", à nous, s’appellent Magalie, Lorie, Jean-Michel Jarre ou Zidane ! Excusez du peu!

Mais je déblogue… 

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Vendredi 27 janvier 2006

Je suis entré en clinique hier après-midi pour des examens délicats. Je reprendrai en principe les chroniques demain. Sauf... découverte particulière

En attendant  je suis contraint de vous offrir un BEST BLOG 2005 de circonstance. Il n'avait provoqué aucun commentaire. Comme quoi...

Cancer. Quel mot fait davantage peur, dans notre société, que celui-ci ? Hier soir, la Mutualité française organisait une réunion débat, à Créon, sur le cancer du sein. Une soirée pour laquelle les organisateurs attendaient la foule. Leur déception fut donc réelle quand ils constatèrent que seulement une trentaine de personnes, pour la plupart de plus de cinquante ans, avait accepté le défi que représentait une information sur un mal que la grande majorité fait semblant de ne pas connaître. C’est bien connu, le cancer frappe les autres et chacun a sa recette pour croire que jamais il sera touché par ce mal maudit. Alors, le seul fait de venir entendre le mot, de dialoguer sur ses conséquences, d’évoquer ses méthodes de détection constituait une épreuve trop dangereuse. Il vaut mieux ne pas tenter le diable. D’ailleurs, les médecins présents ont indiqué que toutes les campagnes de prévention, se heurtent à un comportement irrationnel : la peur du verdict. On préfère vivre dans l’ignorance que dans la connaissance. On préfère ne pas avoir à affronter la vérité douloureuse plutôt que de se coltiner ses dégâts.

LA VERITE REDOUTABLE.- Le cancer constitue en effet le pire épouvantail de la vie quotidienne. Les médecins spécialistes présents indiquaient que, au moins une fois par semaine, ils voyaient encore arriver des patientes atteintes depuis des années d’une tumeur irrémédiable pour ne pas avoir osé affronter le diagnostic. Elles s’enferment dans l’irréversible alors qu’un geste simple de confiance leur aurait permis de garder l’espoir. Mourir dans l’ignorance devient le gage de la sérénité. Tous les appels à la détection précoce ne rencontrent donc pas un public attentif. Quand on sait qu’une femme meurt, chaque heure, en France d’un cancer du sein, il y a lieu de s’interroger. Comment vaincre cette appréhension de lendemains douloureux ? La minute de vérité devient aussi redoutable que celle de la mort.

En fait le comportement, face au cancer insidieux, menaçant, destructeur, cache un vision sociale de plus en plus inquiétante. La vérité angoisse, terrorise, conduit, de plus en plus, à se cacher. Cette attitude ne concerne pas seulement la santé mais toutes les autres facettes de la vie sociale. On ne veut pas voir le déficit de son compte bancaire en fin de mois, les loyers impayés qui s’accumulent, les dettes qu’engendreront des dépenses inconsidérées. On refuse de prendre en compte l’attitude tyrannique des enfants. On ne réagit pas à leurs échecs, à leurs manquements aux convenances, à leurs devoirs… On oublie le respect des règles élémentaires de la vie collective pour se donner l’impression d’être au-dessus des contingences ordinaires des autres. On espère simplement ne pas être pris par le " gendarme " de la vie, par ce destin dont on sait qu’il échappe à tout contrôle.

LE DIAGNOSTIC TERRORISE.- Même si personne le reconnaît jamais nous n’avons jamais été aussi nombreux à lire les horoscopes, à en rire faussement quand ils sont trop optimistes, mais à s’inquiéter intérieurement quand ils ne sont pas conformes à nos espérances. Je sais que personne ne reconnaîtra cette réalité, comme tant d’autres, et que les sondages en matière de taux de lecture de ces rubriques des journaux et des magazines ne traduit pas la réalité. Toutes les études sérieuses le prouvent : les pages les plus lues des quotidiens sont celles de l’horoscope et des avis de décès. L’une parle de l’avenir et inquiète. L’autre parle du passé et rassure car elle persuade que nous avons encore échappé à la mort.

Dans le fond, plutôt que d’apprendre par une mammographie que l’on risque de mourir d’un cancer, certaines optent aussi pour les tarots, la boule de cristal, le marabout ou les cartes. Les femems et les hommes peuvent, en effet, remettre en cause le verdict des voyantes, des astrologues, des guérisseurs mais pas celui des médecins, des radiologues, des chirurgiens. Et cette marge d’erreur les rassure. En revanche le diagnostic les terrorise.

MOYEN DE DEFENSE.- Le cancer ronge pourtant méthodiquement  l’espérance de vie. Il brise les certitudes. Il ressemble à une nouvelle peste dont on ne connaîtrait pas les véritables causes. Il entre brutalement dans les familles. Il n’épargne personne. Il s’impose sans vergogne. Pour celui du sein c’est statistiquement 1 femme sur 10 qui est atteinte par ce fléau. 42 000 nouvelles d’entre elles sont touchées chaque année. Nul ne pourrait se résigner à pareil désastre. Nul ne devrait l'accepter. Nul ne ne saurait l'ignorer quand on précise que 30 % de mortalité seraient évités par une réponse massive aux campagnes de prévention.

Anatole France affirmait que " la vie enseigne qu'on n'est jamais heureux qu'au prix de quelque ignorance ". Cette réunion qui se voulait ouverte sur la prévention aura été l’illustration parfaite de cette pensée. Elle n’est guère rassurante sur le système social actuel dans lequel l’ignorance constitue de plus en plus un moyen de défense contre les inévitables aléas de la vie. Savoir engage. Ignorer préserve…

Mais je déblogue…

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Jeudi 26 janvier 2006

L’évolution sociale la plus importante des dernières années concerne la suprématie qu’a lentement pris la forme sur le fond. Cette modification d’une hiérarchie, apparemment peu importante, devient cependant fort préoccupante. Elle met même en péril des pans entiers des références fondamentales de notre système. Pourtant le mal progresse, sans que les gens en aient pleinement conscience. Non seulement ils subissent le phénomène, mais parfois ils l’encouragent ouvertement, car il facilite outrancièrement leur appréciation de la vie quotidienne. Il constitue même un système de défense, évitant toute remise en cause profonde.

La forme l’emporte désormais dans tous les domaines. Le savoir-faire devient, par exemple, secondaire par rapport au faire-savoir. Vos idées n’ont pas plus de valeur qu’un prêche dans le désert si vous n’avez pas accès aux médias. Et ces derniers en jouent avantageusement, en menaçant, plus ou moins ouvertement, les porteurs de projets ou d’idées de leur fermer cette porte vers les autres, s’ils s’autorisent la moindre critique.

Ne croyez surtout pas que c’est une vue de l’esprit car, chaque jour, dans les rédactions, on trie le bon grain de l’ivraie, sur la base de critères absolument pas liés à l’intérêt de l’information, mais plus prosaïquement à son intérêt économique, en matière de vente potentielle ou d’Audimat quotidien. Le fond manque d’intérêt ! La forme a ses exigences !

FAMEUX VICE DE PROCEDURE.-
Le phénomène est identique pour la justice, où les avocats recherchent avec avidité,le fameux " vice de procédure " qui pourra exempter un coupable d’une inévitable sanction. Tous les actes de la vie publique sont donc marqués par des obsessions répétitives : le quorum est-il atteint ? les délais ont-ils été respectés ? les pièces sont-elles irréprochablement ordonnancées ? Plus question d’apprécier le contenu de l’action et sa véritable portée : l’essentiel repose sur la rigueur de la forme. La qualité des arguments, du projet, de la gestion, n’a qu’une importance limitée. L’importance d’un acte devient accessoire face à une erreur de méthode. Chaque jour, ou presque, une procèdure quelconque chute sur une brindille administrative.

Exemple concret : hier, dans un conseil de discipline de la fonction publique où je devais siéger, il y avait 2 collèges : 3 élus locaux, 3 représentants du personnel. Le quorum est fixé par la loi à… 2,5 (sic) dans chaque collège ! Nous n’étions que… 2 parmi les élus et la réunion a donc été repoussée d’un mois (délais de convocation oblige) en raison de la faute commise. Il manquait la " moitié d’un élu " pour délibérer !

Tous les chefs d’établissements scolaires vous le confirmeront, des parents engagent un avocat quand leur gamin est convoqué pour une faute grave. Les conseils de discipline tournent alors aux procès des… responsables pour savoir s’ils n’ont pas, par hasard, commis une erreur misérable sur le processus de convocation ou sur un rapport. Un Recteur ne prendra en effet jamais le risque de confirmer une sanction, pour une faute indiscutable d’un élève, s’il sait la décision entachée d’une erreur pouvant le conduire devant un tribunal administratif. La forme s’impose !

Un gendarme doit aussi sans cesse veiller à ne pas oublier une croix ou un détail dans un dossier, car le juge ne lui fera pas de cadeau sur le dossier, malgré tous les éléments à charge. Hier un automobiliste obtenait l’annulation d’une contravention car l’imprimé envoyé ne précisait pas explicitement le retrait d’un point de son permis de conduire ! Et je n'ose pas parler d'un maire !

Cette mise en forme devient obsédante, et masque maintenant le fondement même de l’action. Certes, la rigueur demeure la plus grande garantie contre les abus en tous genres, mais au prix de telles lenteurs, qu’elle paralyse les plus dynamiques.

ON ETALE LE PARASOL.-
Chacun sait que le respect de la loi constitue la base de la démocratie, mais la complexification formelle de la loi ne protège pas nécessairement les plus démunis. Elle creuse même une flagrante inégalité, reposant, on le voit chaque jour ou presque, sur la capacité individuelle de se " payer " ou non un " bon " avocat ou un " bon " technicien !

Parallèlement, la plus grande théorie sociale actuellement en vogue, devient alors celle du parasol ! Autrefois, face à une situation pouvant présenter un danger procédural, on avait l’habitude de recourir à " l’ouverture du parapluie "… Cette précaution est aujourd’hui dépassée : on étale un parasol pour table de jardin ! Plus aucun risque, même au prix d’un renoncement à une conviction profonde. Plus aucune décision sans une analyse méticuleuse des étapes antérieures ne devient possible. La notion d’initiative, d'espérience, de nouveauté, devient réservée aux aventuriers sociaux les plus convaincus.

ANALYSE DE L’OPINION.-
Le phénomène touche aussi la politique. Ainsi, plutôt que d’affirmer une conviction forte, le candidat cherche d’abord à aller dans le sens de l’attente des gens. Tous les jours, sur les bureaux ministériels, un conseiller bien intentionné dépose une " analyse de l’opinion ". Elle servira de base aux discours de la semaine, et aux interventions médiatiques du Ministre. C’est ainsi que Robien (de) s’en prend à la méthode globale de lecture, alors qu’elle n’existe plus. Peu importe : il flatte dans le sens du poil celles et ceux qui se répandent sur les carences de l’école publique…en matière de savoir. Demain, il pourrait annoncer le retour de la plume sergent Major, la remise au goût du jour de la blouse grise, l’apprentissage précoce du chinois, ou la lecture systématique de la Bible, si… des sondages lui promettaient une remontée de sa fameuse cote de popularité. Rassurez-vous, ce n’est pas mieux à gauche où, pour quelques voix à récupérer à… droite, on est prêt à vendre son âme au colonialisme nostalgique ou au racisme latent. L'essentiel, c'est de mettre les formes!

Tout l’art de la forme repose ainsi désormais, en politique, sur des " petites phrases ". Elles sont préparées avant chaque intervention médiatique et, sur la base de la technique sommaire qui fit le succès de Georges Marchais, sans se soucier de la question, on vous formera à l’art de la placer. On sait que le lendemain, la presse ne retiendra que ces quelques mots chocs, qui serviront de socle idéologique, et qui forgeront une notoriété.

Qu’a mis en mémoire  l’histoire des débats télévisés entre candidats aux présidentielles ? Probablement pas les professions de foi, mais plus synthétiquement une réplique, ou un attaque courte, ciblée, concrète… On a retenu la forme et jamais le fond. D’ailleurs, on sait fort bien que, dans le fond, vous ennuyez prodigieusement un auditoire en lui présentant des idées, en organisant un débat, en proposant un choix réel… Laissez vous porter par l’opinion dominante, et vous vous assurerez un avenir. En la combattant, vous allez vers des ennuis garantis. Que vous soyez en grande forme ou pas!

Mais je déblogue…

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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