MAIS JE DEBLOGUE...
"L'opinion dominante c'est comme une vapeur qu'on respire.
C'est une intoxication indolore".
J. C. Guillebaud
Responsable de la Publication : jmdarmian@club-internet.fr
« Personne qui travaille comme salarié à un métier manuel dans une usine, un atelier, une mine, une entreprise agricole » indique le Larousse en dix volumes que mes parents m’ont acheté avec fierté il y a maintenant quelques décennies. Pour une fois je ne crois pas ce que je considère comme ma Bible car il ne donne pas sa véritable dimension à un statut beaucoup plus diversifié, beaucoup plus valorisant et dont on oublie désormais toute l’importance. L’ouvrier, « espèce en voie de disparition », va donc devenir plus rare dans un monde où le faire savoir a supplanté le savoir faire.
Il fut pourtant une époque où, aucun progrès ne fut possible sans la qualité de son travail, sans son esprit à la fois loyal et revendicatif, sans son sens du partage des tâches qui transforma le mot compagnon en camarade et sans sa volonté farouche de ne jamais livrer autre chose qu’un ouvrage parfait. Il fut même progressivement « classé », selon son talent, afin de permettre aux plus consciencieux d’entre eux de devenir des « contre maîtres » ou des « maîtres ». J’ai pourtant toujours préféré ceux qui choisissaient la voie de la promotion par la seule estime que leur procurait leur talent. Le respect qu’ils inspiraient constituait leur véritable grandeur. Ils entraient dans la mémoire du village ou à celle des familles. L’un de mes arrières grands-pères, compagnon du Devoir tué à la Grande Guerre avait ainsi « légué » son chef d’œuvre de charpentier dont sa veuve ne se serait séparée sous aucun prétexte. L’un de mes grands-pères fut ouvrier maçon et ses mains gercées adoucies à la vaseline, attestaient de la rudesse de son travail. Tous deux ont à leur façon marqué ma vie.
Durant près de deux siècles, regroupés dans une nouvelle classe sociale, ces ouvriers ont construit un monde meilleur dont ils n’ont jamais véritablement perçu les « bénéfices ». Sans cesse obligés de se battre pour imposer la valeur de leur participation au développement industriel ils ont, en plus, payé le plus lourd tribu dans tous les conflits dévastateurs de la planète. Au moment de la révolution industrielle ils avaient lentement supplanté les paysans dont les seuls revenus venaient des productions que la nature et leur sueur leur accordaient. Peu à peu, là où l’ambition se résumait à l’autosuffisance alimentaire, le système social substitua le poids de l’argent. La lutte des classes naissait.
Confinés, durant toute l’Histoire précédente dans l’isolement égoïste de l’artisanat les ouvriers basculèrent, sous la pression de la misère et du machinisme triomphant, dans la solidarité de classe.
La terrible caste des industriels capitalistes anglais fit en effet émerger, à cause de sa dureté, de son âpreté au profit, de son indifférence, de son mépris, le sentiment d’appartenance à une entité humaine détentrice d’un pouvoir chez les hommes et les femmes qu’ils exploitaient au maximum.
L’insécurité de ces derniers était totale : aucune garantie de maintien de l’emploi d’un jour à l’autre, un salaire misérable sous prétexte qu’il ruinait l’entreprise, les horaires épouvantables. Elle est de retour car les mêmes causes produisent les mêmes effets sauf que la solidarité a disparu!
DEMAIN NE RESSEMBLE PAS A HIER
J’ai donc une admiration infinie pour ceux d’entre eux qui eurent le courage de se lever, de refuser de subir, de lutter au prix de leur maigres avantages pour que demain ne ressemble pas à hier. Et, pas seulement pour eux mais aussi pour les autres. Ce n’est pas forcément sur les champs de batailles ou dans des circonstances exceptionnelles que se révèlent les meneurs, ceux qui font avancer réellement la société mais, plus prosaïquement, dans la grisaille du quotidien.
Ce qui était devenue au fil des ans la fameuse classe ouvrière n’a jamais autant manqué à ces hommes alliant la qualité de leur travail et l’exigence légitime de la voir reconnue. Elle s’est donc inexorablement délitée, éparpillée, parcellisée pour céder la place à un ventre mou social dont on sait qu’il n’a plus rien de commun avec celui des origines. Désormais la classe ce n’est pas d’être… ouvrier mais technicien. Que pèsent socialement un « meilleur ouvrier de France « ou un « Compagnon du Tour de France »?
Si les ouvriers au travail étaient 7,65 millions en 1975, ils étaient encore 6,15 millions en 2002. Leur productivité est passée de 3,4 en 1985 à 6,2 en 2000 mais leur part de cette création de richesse n’a pas suivi la même courbe de croissance.
Un processus d’implosion affecte depuis longtemps la classe ouvrière : disparité des activités et des statuts, dualité entre les ouvriers stabilisés (momentanément) et les ouvriers précarisés (CNE, CDI et maintenant CPE). Il faut déjà noter que le noyau historique des ouvriers d'industrie n'est plus majoritaire au sein de la classe ouvrière (2,2 millions en 2002 soit 35,6% des ouvriers ayant un emploi). Les emplois sont donc beaucoup plus nombreux dans le commerce, les services marchands et non marchands et les transports. Il n’y a plus, c’est une évidence, de condition ouvrière solidaire, comme il y a deux siècles, car il y a maintenant de multiples formes d'exploitation, sources éventuelles de multiples formes de rébellion. La « classe ouvrière » n’existe plus et les « ouvriers dits qualifiés » avec les départs massifs en retraite vont accentuer rapidement cette tendance dans le paysage social français.
On parle donc désormais de la catégorie des employés que les sociologues décrivent comme « un archipel à la dérive » de 6,9 millions de salariés en 2001, soit 29% de la population active (les ouvriers en représentant seulement 27%). Là encore, le multiplicité extrême des conditions de travail et d'emploi et le développement important des temps partiel concernant la plupart du temps les femmes va atomiser la conscience collective.
Les classes moyennes indépendantes ont été détruites par le mouvement accru de « salarisation » de la population active. Constituées de cadres, de techniciens, fortement ancrés dans les activités de service public, ayant un haut niveau de scolarisation elle représentent un tiers du salariat.
Le mot « ouvrier » va donc disparaître du langage quotidien. Il y aura bientôt plus que ceux… de la dernière heure qui feront le régal du 13 heures de Jean Pierre Pernaut. Certains d’entre eux sont déjà présentés comme des « survivants » ou des « dinosaures ». Ils ne donnent pas une image toujours positive d’une filière pourtant porteuse de tant d’espoirs. D’ailleurs allez donc par exemplen peu expliquer à une famille que l’avenir de leur rejeton c’est d’être un bon ouvrier chaudronnier ou un excellent tailleur de pierres ou un chapentier qualifié!
Mais je déblogue…
Des conseils d’administration dans lesquels siègent des hommes grassement rémunérés jouent donc au Monopoly boursier sous l’œil bienveillant des tenants de la banque. Il ne sont parfois qu’une douzaine de part et d’autre pour sceller le sort de milliers d’autres personnes anonymes. Eux, ne prennent aucun risque réel puisque les fonds mis en jeu ne sortent pas de leur poche et les conséquences ne les priveront pas de leurs subsides quotidiens.
Durant le week-end, avec une hâte exceptionnelle, la France vient ainsi de voir l’un des symboles de son développement industriel public historique basculer dans le plus pur combat capitaliste. Une véritable révolution a été conduite à l’heure où les rugbymen français et italiens s’affrontaient et où la très grande majorité des gens concernés pensaient à tout autre chose qu’au devenir de leur entreprise. Gaz de France, tout de même encore très attaché à une certaine vision de l’aménagement égalitaire du territoire, avale Suez dont on sait qu’elle a représenté, durant des décennies, l’antithèse exacte du service public. En fait, ce gouvernement libéral qui a objectivement bradé pour le plus grand plaisir des places boursières Electricité de France, en invoquant la nécessité d’une gestion plus profitable, a eu peur d’une attaque en règle de Suez, groupe absolument privé, par le groupe italien Enel. On a donc vite cherché à présenter l’acquéreur hostile en grenouille susceptible de se transformer en bœuf : la proie devenant trop volumineuse à digérer, Bercy a pensé que le prédateur passerait son chemin !
Suez et Gaz de France évoquaient certes, depuis plusieurs années, un possible rapprochement. Ils avaient noué des partenariats, notamment sur la gestion de centrales électriques dans le sud de la France mais le processus a été accéléré après que le groupe italien Enel eut fait part, ces derniers jours, de son intérêt pour Suez en brandissant la menace d'une OPA. Des sources proches du dossier évoquaient même le dépôt d'une offre hostile dès ce matin. La fameuse rumeur boursière du week-end a provoqué un nouveau vent de panique au gouvernement, où on se mobilise déjà, depuis le mois de janvier, pour essayer de bloquer l'offre de Mittal Steel sur Arcelor. Pire que la grippe aviaire ou le chikungunya : une épidémie d’O.P.A. risquait de déstabiliser totalement le CAC 40. Impensable. Et là Bercy n’a pas attendu longtemps pour réunir la fameuse cellule de crise.
Perdre la sidérurgie, puis les gestionnaires de tout un pan de l’environnement (eau, assainissement, propreté avec notamment la célèbrissime Lyonnaise des Eaux) et de la production d’énergie ne pouvait qu’accréditer l’idée que le libéralisme sauvage conduisait à la perte totale de l’indépendance réelle de la France. Dominique, Marie, François, René Galouzeau de Villepin dit ici « Crin blanc », chantre du "patriotisme économique", et son ministre de l'Economie et des Finances, Thierry Breton, ont multiplié les consultations pour voir comment protéger Suez alors que l'Europe de l'énergie est en ébullition depuis l'OPA de 29,1 milliards d'€ du géant allemand E.ON sur l'espagnol Endesa, qui était convoité par Gas Natural. Une vaste foire avec braderie des ex-entreprises nationalisées est lancée !
Chacun est en train de venir y faire ses emplettes puisque chacun sait que l’avenir appartient à ceux qui contrôleront la distribution de ces éléments devenus vitaux que sont l’électricité, le gaz ou l’eau ! La guerre durable en Irak, le récent attentat manqué en Arabie Saoudite, les prévisions sur la fin de la ressource pétrolière obligent les investisseurs à trouver rapidement d’autres stratégies. Seuls ne survivront que les monstres froids capables de rafler sur des « services » indispensables le maximum de profit.
Ils ont fini par trouver la solution : sauver les amis de Suez en les faisant « digérer » par un autre ami ! Le plus extraordinaire c’est que, le gouvernement le plus à droite qu’ait connu la France, et qui n’a jamais cessé de clamer que la gestion des fleurons de feu le service public devait être confiée à une gestion privée plus efficace, vient de redécouvrir les vertus de l’interventionnisme étatique ! En effet le Ministère des Finances a vite déniché un « sauveur » parmi les entreprises qu’il contrôlait et ayant la possibilité de s’endetter. Le choix est tombé sur GDF en plein essor et surtout lancé dans une étrange concurrence avec sa jumelle d’EDF ! Il fallait un PDG docile et du sérail UMP pour sauver les « meubles » progressivement passés du mobilier national au patrimoine privé. Cirelli est de ceux là !
C'est d’ailleurs Crin blanc, qui avait annoncé lui-même l'opération avant de partir démoustiquer La Réunion. "Compte tenu de l'importance stratégique de l'énergie, la fusion entre Gaz de France et Suez semble aujourd'hui la voie la plus appropriée", a-t-il dit en présence des principaux intéressés. Il avait ajouté que la France avait ainsi "l'ambition de créer un des tout premiers groupes mondiaux de l'énergie, en particulier dans le secteur du gaz", Suez-GDF étant de fait un des leaders du gaz naturel liquéfié. Le principe étant décidé il faut préparer la cuisine juridique.
On annoncera donc d’abord aujourd’hui, avec force communiqués, que c’est bien GDF qui absorbe Suez et surtout pas l’inverse. Tout cela pour de préserver les apparences. Il est impensable, en terme de communication, de laisser à penser que Gaz de France est totalement privatisée en tombant aux mains de son ennemi héréditaire. Alors on va sortir de derrière les fagots de Bercy un montage en toc bâti sur le sable des apparences.
En fait le mélange des capitaux (au total Suez affiche une capitalisation boursière de plus de 43 milliards d'€ contre seulement 29 milliards pour Gaz de France) va conduire à une privatisation incontestable de Gaz de France sans mise sur le marché. En cas de fusion par simple échange d'actions, les 80% de l'Etat dans le capital du gazier se transformeraient en une participation de 32,4%, en dessous des 34% souhaités par les pouvoirs publics pour conserver selon eux une minorité de blocage. Mais ne vous faites pas trop d’illusions la loi interdisant à l'Etat de descendre sous les 70% de GDF sera sacrifiée sur l’autel du libéralisme triomphant dès la semaine prochaine. Le gouvernement aura alors inventé, après « l’arroseur arrosé », le film de « l’avaleur avalé ! »
Et pendant ce temps les salariés des deux « fusionnés » embauchent ce matin. A leur place je douterai de mon avenir car ils risquent bel et bien de mourir étouffés, dans quelques mois, par les « effusions » en cours… Qui trop s’embrasse mal étreint.
En tous cas sur le terrain, à Créon comme ailleurs on doit se préparer, après la destruction du « monopole public » à devenir les otages d’un concessionnaire en situation de « monopole privé ». Et là ce ne sont pas les usagers qui en tireront bénéfice ! C’est une certitude.
Mais je déblogue…
Dans tous les Ministères on met donc en place des cellules spécialisées pour maîtriser au mieux un système dans le fond très réduit car doté de seulement quelques éléments clés. Regardez bien : toutes les catastrophes politiques arrivent quand un Ministre ne prend pas la mesure réelle de l’impact de ses déclarations ou de l’image donnée par son comportement dans un contexte de plus en plus préoccupant.
Christian Seguin, dans sa toujours succulente chronique de la dernière page de Sud Ouest, décrivait récemment, avec humour, les exigences de cette nouvelle donne d’une fonction éjectable. Présence sur le terrain, mobilité, propos mesurés répétés, graduation dans la réplique… et tendance à minimiser toutes les conséquences de la crise traversée voire tenter de lui tordre le cou. Pour ne pas avoir su mettre en place cette stratégie Mattei (canicule), Fillon (réforme du bac), Voynet (marée noire), Allègre (éducation) et bien d’autres ont été dans des situations très difficiles voire renvoyés dans leurs foyers. Alors, désormais, les conseillers échaudés par ces erreurs scrutent heure par heure la gestion des périodes critiques. Ils pilotent les ministres dans le brouillard. Ils jouent les infirmières de réanimation.
Dès qu’un problème national faisant la une du journal du 20 heures de PPDA, de celui de Jean Pierre Pernaud ou LCI (on sait que c’est TF1 qui fait et défait l’opinion en transformant un fait en événement), se retrouve à la une du Parisien on décrète, dans une première note, l’état d’alerte. Il suffit que la nouvelle soit ensuite reprise en boucle par France Infos, RTL ou Europe n° 1, que Le Figaro s’émeuve, qu’elle soit confirmée par Le Monde pour que l’on se décide à passer à l’offensive.
La première phase n’est en effet que défensive et se résume par l’envoi de quelques communiqués rassurants. Il faut débuter moderato. Les ministres concernés ne se mouillent guère dans les premiers jours et se contentent de réponses laconiques à la sortie de l’Elysée le mercredi vers midi. Elles se ressemblent toutes et se résument par une formule simple : « dormez tranquilles on veille ! ». Tout le monde connaît pourtant la gravité de la situation mais tente de gagner du temps. C’est ainsi que, dans l’affaire de la grippe aviaire, peu de monde a souligné qu’entre la découverte du canard contaminé à Versailleux et la mise en place du périmètre sécurisé il s’est passé… une semaine ! Les dindes ont été les victimes expiatoires du va et vient des journalistes venus pour elusr canards respectifs!
En général si le ton monte et si les sondages confirment l’inquiétude populaire on renforce alors les bénéfices de France Télécom en créant une cellule dotée d’un numéro vert. Elle est réputée pouvoir répondre à toutes les questions ou surtout écouter pour tenter de rassurer celles et ceux que TF1 ou Le Parisien ont affolés. Il est indispensable de vite diffuser cette possibilité de contact direct sur les écrans plats pour que le sentiment de rapidité et d’efficacité entre dans les esprits. En revanche, il faudra des heures de patience aux gens concernés par le problème pour obtenir le standard annoncé. Mais nul ne le saura à par eux !
Quand ces structures sont en place un déplacement sur les lieux, quels qu'ils soient, est indispensable pour démontrer qu’en homme de terrain on n’hésite pas à sortir de la théorie de crise pour se confronter à ses réalités. Le « grade » de celui qui vient a son importance. Un directeur de cabinet, un secrétaire d’Etat, un Ministre, un Ministre d’Etat, le Premier Ministre ou le Président de la République se rendant sur l’île de la Réunion ne porteront pas ainsi le même message. Droopy ne se déplacera qu’en bout de course quand le cas est très grave mais la hiérarchie des atterrissages a été déjà soigneusement respectée : Barouin a précédé « Crin Blanc » et Bertrand qui viennent tenter de colmater la brèche ouverte par une très mauvaise analyse de l’importance de l’épidémie de chikungunya. Là je vous donne ma parole qu’ils annonceront « de nouvelles mesures » ce qui, en langage convenu, veut dire qu’ils n’avaient rien fait jusque là !
En général celui qui se rend sur place revêt pour les caméras la tenue ad hoc. Ainsi, dans l’Ain, on a vu Bussereau habillé en laborantin travaillant dans une unité de culture de virus mortels…affronter le virus H5N1. Le Ministre tout terrain arrive forcément avec des crédits débloqués pour faire face aux dépenses ou aux manques à gagner J’attends de savoir comment les visiteurs pour 36 heures à La réunion vont arpenter les hôpitaux et les rues de Saint Denis et ce qu'ils ont dans leur sacoche!
Lorsque la crise risque d’évoluer de manière néfaste on anticipe vite le désastre en allant au journal de TF1 pour tenter de juguler l’impact des prévisions de quelque spécialistes mal embouchés. Un simple coup de téléphone suffit pour cela. Il faut cependant une préparation spéciale comme pour les entretiens d’embauche. Costume sombre, cravate monocolore, visage fermé, mains jointes, ton ferme… il faut assurer et rassurer. Allez je vous parie, dès maintenant, que "Crin blanc De Villepin" sera vite chez PPDA à son retour. Quelques chiffres clés, des références précises et surtout de la compassion pour les victimes éventuelles ou les personnes touchées seront obligatoires. Ce qui est le top quand tout va mal c’est que vous soyez ami avec le journaliste qui vous questionne. Tenez, regardez le savoir-faire, dans ce domaine, du Roquet de Neuilly.
Selon le Canard Enchaîné du mardi 22 février les journalistes de la rédaction d'Europe-1 ont découvert que Jean-Pierre Elkabbach avait demandé « conseil à Nicolas Sarkozy » au sujet du « recrutement du journaliste qui serait chargé de suivre l'UMP". Selon le Canard, un journaliste qui voyageait récemment dans l'avion du Vice Premier Ministre à destination de Chamonix, l'a interrogé au sujet de rumeurs qui circulaient dans la rédaction d'Europe-1. Nicolas Sarkozy a alors confirmé sans problème que Jean-Pierre Elkabbach l'avait bien consulté sur cette embauche. "Pas gêné le moins du monde", raconte Le Canard, le ministre a ajouté : "Bien sûr que je suis consulté. Je suis ça de près, ça fait partie du travail politique. (…) Si vous saviez. Il n'y a pas qu' Elkabbach qui fait cela…". Ca peut aider à gérer les crises et de s’assurer que vos propos seront bien repris.
Dormez tranquilles et relisez la chronique de L’AUTRE QUOTIDIEN pour savoir ce que l’on ne vous dit pas…sur le futur de la grippe aviaire (1). Je vous done ma parole que je n'ai pas été embauché par Sarkozy!
Au fait les premiers malades du chikungunya ont été hospitalisés à Paris et la circulaire du Préfet vers les maires, prévoyant le recensement des sépultures vacantes, des lieux de stockage des cercueils, n’est qu’une vue de l’esprit. TF 1 ne vous en pas parlé!
Mais je déblogue…
(1) Enchainez les canards
Depuis quelques semaines, les opérations coups de poing se multiplient dans les grandes surfaces. Les viticulteurs de la FDSEA s’attaquent aux prix de vente inférieurs à 2 € de la bouteille de vin rouge de Bordeaux. Ils considèrent, à juste titre, qu’à ce tarif là le producteur n’a pas une rémunération lui permettant simplement de couvrir les frais incontournables de son exploitation. Cette démarche témoigne du désespoir d’une profession en proie aux doutes les plus forts sur son avenir. Mais, il faut bien avouer qu’elle a quelque chose d’étonnant de la part de gens adhérents à la FNSEA en Gironde dont justement, l’un des credo politique, a toujours été majoritairement le… libéralisme et plus encore la libre concurrence. Ce type de démarche contestataire relevait jusqu'à présent de leurs adversaires sur l’échiquier verrouillé du syndicalisme agricole. Les temps changent!
PAROXYSME DESTRUCTEUR
Tant que les prix ont été à la hauteur de leurs espérances, les viticulteurs estampillés FDSEA n’ont absolument pas dénoncé ce système commercial pervers qui leur apportait une rente de situation par des ventes massives via les centrales d’achat. Il leur évitait d’investir en temps et financièrement pour se créer une clientèle particulière ou au moins diversifiée et surtout leur permettait d’écouler rapidement leurs stocks. Dans le fond les forces les plus motivés de la FDSEA se battent désormais contre le paroxysme destructeur de ce qu’ils ont, eux-mêmes, contribué à créer.
L’exemple typique est constitué par les fameuses foires aux vins constituent l’une des principales filières de promotion des récoltes. On va se battre cette année pour y accéder et forcément… il faudra montrer sa capacité à conjuguer l’excellence du produit et un prix performant. Autant dire réaliser un exploit ! Il y a fort à parier que pour accéder au " marché " certains vont encore " casser " les prix ou constituer les fameux lots alliant quelques grands crus alléchants avec des " petits " vins déstockés à moins de 2 €… Faute de solidarité dans les revendications et plus encore, victimes de leur individualisme viscéral, les propriétaires exploitants vont creuser leur propre tombe économique.
QUALITE MAXIMUM…COMMUNICATION OPTIMUM
Je suis rentré extrêmement " pessimiste " de mon voyage au Chili où dans la prestigieuse vallée de Colchagua où j’ai été ébloui par la splendeur en devenir des propriétés viticoles. Nous avons été reçu dans la Viña Santa Cruz appartenant à Carlos Cardoen. Une propriété de 560 ha d’un seul tenant avec 400 ha de " rouge " et 160 de " blanc " où, non seulement, tout a été conçu pour assurer une qualité maximum (arrosage au goutte à goutte de la totalité du vignoble, restriction drastique sur les traitements chimiques, bodéga de haute technicité avec matériel italien dernier cri et barriques françaises, œnologue et maître de chai français, installation d’un lycée spécialisé pour avoir du personnel qualifié…) mais aussi pour une communication optimum (espaces de réception au cœur de la propriété, adjonction d’un fort volet culturel sur les racines du terroir, qualité esthétique des plantations…).
Carlos Cardoen, passionné par le vin, résume sereinement sa stratégie : " pour la qualité ce n’est qu’une question de temps et de technique et nous y arriverons mais en revanche je sais que tous les efforts dans ce domaine seront inutiles si nous ne savons pas commercialiser notre production. Je suis conscient qu’il faut beaucoup investir dans ce domaine. Pour moi l’un des meilleurs vecteurs demeure le tourisme culturel ". Et dans ce secteur il a mis le paquet en créant un musée, une ligne de chemin de fer sillonnant la vallée et une marque lui permettant de s’affranchir de toutes les pesanteurs de notre système.
Son vin s’appellera le " Chaman " en hommage à ces hommes relais entre la terre et les dieux et il le lancera comme n’importe quel produit de luxe (affichage, pub dans les magazines haut de gamme, réceptions de presse,..). Mieux, dans chaque chambre d’hôtel de Santa Cruz, on trouve une bouteille gratuite délicatement posée sur la table des hôtes étrangers de telle manière qu’ils se sentent obligés de ramener dans leur pays un souvenir de la production chilienne… On est assez loin des virées vengeresses dans les supermarchés pour surveiller les étiquettes ! Dans quelques temps le " Chaman " de Carlos Cardoen comme " l’Altaïr " de Serge Dassault figureront sur les plus grandes tables du monde et des vins plus " modestes " débouleront sur le marché avec une excellent rapport " qualité-prix "
IRONIE DU SORT
La mondialisation de la production et plus encore la baisse de la consommation vont accentuer le malaise. Avec un peu de courage dans l’analyse il est aisé de retrouver bien des points communs avec, suprême ironie du sort, les problèmes rencontrés par les agriculteurs… des pays sous-développés. Ceux d'être eux qui produisent du café, du cacao, du coton, du sucre ont enfin trouvé des alliés objectifs dans les pays… développés. En effet, en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie les producteurs se plaignent, depuis très longtemps, sans parvenir à se faire entendre, avec le soutien des ennemis mortels de la FNSEA, (les potes alter mondialistes de la Confédération paysanne de José Bové) du fait que les multinationales ne rémunèrent pas leurs " matières premières de la terre " au " juste prix ". Carrefour, Auchan, Leclerc, Champion, Lidl… pratiquent dans tous les domaines (et pas seulement celui du vin) l’iniquité du prix d’achat au nom du " saine concurrence " !
Que fait la FDSEA si ce n’est réclamer l’établissement d’un commerce équitable du vin en France ? Le commerce équitable n’est en effet qu’un commerce social dont le but n'est pas la recherche du profit maximal mais la création d'une économie qui remet l'homme et la nature au cœur de ses préoccupations. Apparu dans les années 1960 sur l'initiative d'organisations non gouvernementales en Angleterre et aux Pays Bas, a pour principe d'aider des coopératives d'artisans dans les pays en développement à se développer de manière durable. Pour cela, il garantit à ces petites coopératives de bénéficier d'un prix juste pour leur travail afin de leur permettre de mieux répondre à leurs besoins fondamentaux (santé, éducation, logement) et d'investir dans le développement de leurs exploitations.
PARTAGE DE MANIERE EQUITABLE
La notion de commerce équitable est apparue et s'est progressivement précisée dans les pays occidentaux qui ont pris conscience que les bénéfices de la croissance des échanges et du commerce n'étaient pas partagés de manière équitable par tous les pays ni par toutes les couches de la population mondiale (déséquilibres Nord-Sud -pays exclus de la mondialisation et des échanges...) mais nul n’avait prévu que nous en aurions besoin !
Il vise à favoriser les producteurs contribuant à un développement durable par l'amélioration des conditions des échanges. Le commerce pour être équitable doit être solidaire (travailler en priorité avec les producteurs les plus défavorisés dans une démarche solidaire et durable), direct (éviter les intermédiaires pour maximiser la marge du producteur), juste (garantir un prix d'achat juste permettant aux producteurs de répondre à leurs besoins fondamentaux), transparent (assurer une parfaite traçabilité du produit et des circuits de commercialisation), qualitatif (offrir au consommateur final un produit authentique), respectueux (environnement et valorisation des savoir-faire traditionnels). Autant dire un véritable programme pour sauver une filière ! Et le FNSEA a du boulot devant elle pour mobiliser ses adhérents sur ces perspectives...
Les visites dans les rayons des grandes surfaces vont se poursuivre car le problème est ailleurs !
Mais je déblogue…
Nous entrons, dans toutes les collectivités locales, dans la période la plus usante de l’année, celle qui nécessite un moral d’acier et une conviction forte dans la fonction de maire. Les aléas du quotidien n’existent plus. Le contact avec les gens se réduit. Le silence de la fin de l’hiver renforce le sentiment de solitude, naissant du pouvoir. Plus la taille de la collectivité dont ils ont la charge à ses aises et moins ils sont sujets à cette crise de mysticisme financier. Ils confient en effet, aux " services " le soin de leur éviter la prise de tête. Ou, plus prosaïquement, ils appellent au secours le Percepteur en lui demandant de prendre en compte le mauvais moment à vivre. Ils se contentent de lire ensuite des litanies de chiffres sans aucune justification autre que celle de ne " pas augmenter les impôts locaux ".
Tout maire qui se respecte entre, lui, en retraite, s’enferme dans son bureau, et cherche la vérité sur un tableur Excel. Il se réveille la nuit en traquant désespérément des chapitres évanouis ou des dotations salvatrices. Il fait des cauchemars de faillite potentielle et ne rêve plus que de gains mirifiques au loto. Il sait que, quoi qu’il fasse, ce sera insuffisant pour les uns et forcément trop dispendieux pour les autres. Avec un brin d’expérience il ne fait plus aucune illusion sur son sens de la pédagogie car à l’arrivée, comme pour tous les élèves, il ne sera jugé que sur son bulletin de notes. Le sien est envoyé dans tous les foyers par le surveillant général des collectivités que l’on nomme autrement " percepteur ". La feuille d’impôts devient la hantise du citoyen et de l’élu. Alors qu’elle ne reflète absolument pas la sincérité et la réalité du travail effectué au service du public.
DESENGAGEMENT DES PARTENAIRES HABITUELS
Depuis bientôt trente ans, à Créon, les deux Maires qui se sont succédés ont eu cette particularité, assez rare, de se coltiner personnellement à leurs budgets. La loi leur confère cette responsabilité et ils l’ont toujours assumée sans recours à des tiers extérieurs. Ecrire que, dans le contexte actuel cette démarche est facile, ce serait trahir la réalité. D’abord parce qu'il n’y a aucune excuse en cas de dérapage ou d’imprévision. Ensuite le casse-tête inévitable du "je fais encore plus avec encore moins" n’est jamais aisé à résoudre et enfin, il faut bien reconnaître que la complexification des procédures ne sécurise guère celui qui doit les appliquer.
Le mois de mars devient donc celui des contradictions car effectuer des propositions " sincères et véritables " relève désormais de la prouesse puisque les informations émanant de l’Etat parviennent très tard et ne sont jamais porteuses de nombres rassurants. Il faut donc estimer, jauger, prévoir avec ses propres " outils " et l’espoir d’une bonne surprise.
Le désengagement financier de partenaires se distribuant, dans de faux débats pour téléspectateurs insomniaques, des bombardements de chiffres totalement confus et abscons sur les plateaux de télé ou dans les hémicycles ne relève pas de la polémique. Il est révèle, palpable, indéniable. Le reste n'est que supercherie car il se constate au moment où l’on inscrit des recettes sur une ligne de son tableur. Chacun cherche des subterfuges pour masquer la nécessité qu’il a, faute de moyens, de ne plus intervenir dans la gestion locale, laissant le Maire, seul face aux besoins de proximité de la population. Le poker menteur devient une méthode de gouvernement…Il ne se joue d'uatant plus aisément que les gens ne connaissant aucun des règles du jeu et que l’on peut donc aisément tromper.
D'UN PITEUX NIVEAU
Mardi soir, par exemple, le budget de cette structure nouvelle totalement étrangère au contribuable, qu’est le " pays " était en discussion. Il aurait fallu 114 élus présents. Une véritable mini assemblée nationale avec le même syndrome de l’absentéisme puisque le premier souci fut celui du quorum… On attendit ce fameux 58° arrivant sans lequel toute délibération n’était pas valable. Il est vrai que les absent(e)s n’eurent pas tort tant le débat fut d’un piteux niveau.
On s’apostropha (sans arrières pensées politiques soyez-en assurés !) pour savoir si la contribution des Communautés de Communes à cette entité chargée de l’aménagement cohérent du territoire devait être de 1,60 € ou de… 2 €. Un enjeu colossal qui permit au poujadisme le plus basique de s’exprimer. On brocarda du fonctionnaire trop payé, on se gaussa de gaspillages supposés honteux, on en profita pour invoquer le courroux du contribuable pressuré, on a mis en doute l’efficacité de toute concertation, on ajouta une dose évidente de mauvaise foi en effectuant des calculs d’apothicaires ou des analyses simplistes, on ergota sur des sommes dignes d’associations de pécheurs à la ligne. Bref on donna une véritable leçon de non gestion locale.
En fait, en quelques secondes, un constat politique courageux (mais on ne fait plus de politique car c’est un gros mot !) aurait suffit à régler ce différend de poids portant sur…une augmentation de 0,40 € par habitant !
Les élus, à tous les niveaux, ne cherchent plus à progresser, à construire, à avancer pour le mieux-être de leurs mandants mais à démontrer qu’eux savent, contrairement à leurs collègues, économiser l’argent public chez les autres mais pas necessairement chez eux. Les plus "libéraux", pourtant soucieux de rappelerailleurs les vertus de l’initiative, de l’action concrète, du développement économique font semblant d’être des parangons de gestion publique. On entre dans l'ère du national poujadisme libéral!
Il est vrai qu’avec une seule journée de remorquage du Clemenceau (45 000 € par jour durant 90 jours minimum) leurs amis du gouvernement auraient vite épongé les 0,40 € de sur cotisation à payer par les Communautés de Communes du Pays Cœur Entre Deux Mers. Mais la mascarade du porte-avions c’est de la gestion libérale efficace !
AIDE TOI LE CIEL NE T’AIDERA PLUS
En effet il aurait suffi, pour parler d ce qui s'est passé au Pays, de comparer deux recettes pour démontrer la supercherie d’un système incapable de respecter ses engagements. En effet par la loi, Députés et Sénateurs mettent en place des concepts sans assurer ceux qui les mettront en œuvre auront, sur la durée, les moyens promis pour les faire vivre. La déconnexion entre les lois et leur application pérenne sur le terrain, constitue en permanence le problème fondamental d’un budget. Impossible de le boucler quand toutes les aides antérieurement assurées se retrouvaient réduites à peau de chagrin ! Le Pays doit cependant continuer : Préfet, Conseil régional et Conseil général l’exigent mais ils n’ont plus aucun moyens à lui accorder pour son fonctionnement! Le dicton le plus répandu à l’heure de la présentation des budgets de toutes sortes se résume dans un " aide toi le ciel ne t’aidera plus! "
En mars je n’aurai pas moins de 5 budgets différents à bâtir et à soutenir. Au total ils représentent plus de 5 millions d’€ dont je devrais assumer ensuite la responsabilité de l'exécution.
Je sais déjà que, chaque semaine, je scruterai fébrilement les recettes et je mécontenterai mes collègues en refusant des dépenses qu’ils jugent pourtant indispensables. Je sais que je n’aurais plus d’aides extérieures faciles mais qu’il me faudra faire le siège des amis pour décrocher des subventions dont j’ignorerai quand elles arriveront dans les caisses. Je sais que la trésorerie, devenue la hantise des maires qui bougent, nécessitera une surveillance constante. Je sais que, pendant ce temps, j’entendrais des Ministres déclarer qu’ils débloquent des fonds pour soutenir ceci ou pour aider cela.
Je sais que la rencontre citoyenne du premier trimestre consacrée au budget n’attirera personne car je sais maintenant que pédagogie et politique sont comme le jazz et la java de Nougaro. La démagogie de la feuille d’impôts brandie comme le Coran par le contribuable infidèle reste la seule vérité que croît connaître le citoyen ! Le reste c’est de la politique !
Mais je déblogue…
Zéro. Le chiffre culte de l’époque. Durant des décennies il a symbolisé l’échec scolaire. "Prendre un zéro" constituait la honte susceptible de vous faire passer de mauvais moments à la maison. Impossible d’effacer un tel affront surtout si la collection se…pointait dans le reste du trimestre. Une première fois dans ma vie, j’ai récolté ce chifrre redouté. C’était en Troisième dite spéciale au Cours Complémentaire de Créon pour avoir refusé au nom d’une remarque injuste de réciter un poème de Victor Hugo ! A l’école normale un zéro coûtait une " grande sortie " de retenue et donc quasiment un mois de maintien dans le cloître laïque. J’en ai eu un autre comme " otage " pris au hasard dans une salle d’étude pour un mini chahut sans coupable auto désigné. J’ai haïs le zéro car pour moi il fut, dans ces circonstances, un outil de répression détestable.
Désormais le zéro ne fait plus peur sur les bancs des écoles mais, par contre, il hante les nuits de tous les responsables. En effet, il tourne à l’obsession quand il est joint au mot risque… Il y eut plusieurs périodes dans l’évolution de l’Homme, celle que nous traversons, avec plus ou moins de bonheur, restera comme celle du " risque zéro ". Dans tous les domaines, cette préoccupation s’est emparée de la société qui a entamé la quête du Graal.
Au moindre zéphyr, au moindre bobo, au moindre comportement suspect, à la moindre bouchée, au moindre événement climatique, ressurgit, plus ou moins, masqué le sentiment que la " sécurité " n’est pas suffisante. Il suffit d’ailleurs que la télé s’empare d’un faits divers pour, qu’immédiatement, le pouvoir politique promette, selon l’impact du désastre, une nouvelle norme, une circulaire exhaustive, un décret intraitable ou, cerise sur le gâteau, une loi détaillée portant le nom de son initiateur.
PLUSIEURS CENTAINES DE TEXTES
En France, il faut savoir qu’un Maire, non seulement doit être parfaitement au courant de milliers de textes législatifs de gestion, mais ils se doit aussi de connaître, sur le bout du doigt, plusieurs centaines de textes techniques purs définissant des produits, des techniques, des procédés. Compte tenu de son " incompétence de citoyen moyen ", il a donc recours à des bureaux spécialisés qui se développent à une allure vertigineuse pour… contrôler absolument tout. Il arrive même qu’on lui demande d’apporter la preuve qu’il a contrôlé les contrôleurs. Si je me réfère à ces derniers jours à Créon, deux épisodes illustrent cette tendance.
Mardi matin, le vétérinaire a débarqué au restaurant scolaire. Rien de plus normal et je ne songe pas, un instant, à en contester l’utilité. De son inspection, il ressort que globalement les 70 000 repas fabriqués le sont dans des conditions normales mais, c’est une certitude, le… risque zéro n’est pas atteint. Il faut donc que les cuisiniers aient en permanence une feuille et un stylo en mains et qu’ils se persuadent que le… thermomètre est devenu leur outil de travail essentiel. Prise de température au moment où l’on fabrique le plat. Prise de température au moment de faire cuire le plat. Prise de température au moment où l’on sert le plat tant dans la salle que chez les personnes âgées… La température vous dis-je est devenue la garante absolue du risque zéro énoncé par la procédure HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point ou Analyse des dangers et maîtrise des points critiques).
Nous avons essuyé un blâme sévère car nous n’accompagnions pas chaque livraison des repas du troisième âge de la traçabilité de la viande bovine. Une étiquette indiquant la provenance de la bête doit obligatoirement être communiquée à celui qui reçoit ce service social. La vache folle a frappé !… la Grippe aviaire va lui succéder ! L’an prochain, je vous le parie, il faudra deux étiquettes avec une supplémentaire pour la volaille. Des prélèvements dans des pots aseptisés doivent être stockés avec autant des soins que des lingots dans le coffre de la Banque de France. Au cas où…
Le Maire, responsable de cette structure, se doit d’exiger le risque zéro ! On lui demandera des comptes si, par malheur, un dérangement intestinal collectif frappe les utilisateurs. On exigera que les menus soient parfaits c’est à dire aseptisés mais goûteux, avec des produits excellents mais peu chers, servis dans les meilleurs conditions mais dans un temps rapide ! La quadrature du cercle!
J’attends le rapport du vétérinaire… pour découvrir tous les autres points qui me vaudront une nuit plus blanche que les autres.
TRES LEGER FACTEUR INQUIETANT
Dans un tout autre domaine, il faut absolument anticiper pour être tranquille. L’orgue rénové va, dans les prochains mois, prendre place sur le balcon de l’église Notre Dame de Créon. L’instrument massif mais splendidement restauré sera démonté et remonté dans ce lieu qui n’a jais encore vu arriver pareil occupant. Il existe un très léger facteur inquiétant dans cette initiative. Que faire ? Risque zéro ! Nous avons donc contacté, mercredi matin, un bureau spécialisé qui va effectuer de savants calculs avant de nous délivrer une autorisation d’installer l’orgue sur le balcon. Sait-on jamais si une pierre se détachait avec les vibrations ? Ne doit-on pas envisager un effondrement sous le poids ? Comment faisaient-ils au XVII° ou au XVIII° siècles ?
Il en va de même pour n’importe quel chantier, pour n’importe quelle action effectuée au nom de la collectivité, pour les produits comme pour les outils.
Désormais la visite de contrôle a autant d’importance que la réalisation elle-même car elle décide en définitive de son ouverture. Vérification de la hauteur ou de la largeur des marches d’un escalier, composition d’un revêtement en matière plastique, pose de panneaux, envois de papiers vers la Préfecture : il faut prévoir à tous les risques afin de les ramener à zéro.
RIEN LUI ARRIVER
Le citoyen exige, selon ses pratiques, ses passions, ses besoins que l’accident soit impossible. Il monte en avion, fait du ski, emprunte la route, pratique un sport, mange dans un lieu public, construit en bordure d’une rivière, mange du poulet ou de la vache, se promène dans un chemin peu fréquenté, accomplit volontairement des actes plus ou moins prudents et il exige que la collectivité garantisse qu’il ne pourra rien lui arriver ! Les assurances ne suffisant plus car elles constituent la preuve qu’il existe bien un risque…
Alors on aseptise, on standardise, on codifie pour éviter d’être pris en défaut avec l’espoir que l’on maîtrisera les aléas du destin ou les hasards normaux de la vie jusqu’au jour où une nouvelle brèche s’ouvre inévitablement dans cette carapace que l’on croyait invulnérable. Pourtant toutes les précautions, toutes les directives, toutes les vérifications ne parviendront pas à effacer les erreurs humaines, les aléas climatqiues, les imprévus sans lesquels la science n’aurait plus rien à faire. Le du zéro absolu demeure pourtant le plus fort sur les bancs du collège ou du lycée sur dans la vie courante. Ce n’est qu’une exigence inaccessible aprsè laquelle court la société civilisées!
Mais je déblogue…
Les hasards des passions font que je suis, actuellement, face à un énorme pensum à lire. Il constitue l’ouvrage de référence sur l’affaire Dreyfus. Fait de textes courts, précis, extrêmement documentés, ce « dictionnaire » écrit sous la direction de Michel Drouin, malheureusement trop volumineux pour être « populaire », devrait constituer, un siècle après la réhabilitation définitive du capitaine le plus célèbre de l’Histoire de France, (ce fut le 12 juillet 1906), une référence pour l’analyse des événements actuels. Il contient et illustre en effet, deux vices redoutables de notre société réputée républicaine : l’erreur judiciaire et l’antisémitisme. Or, il se trouve que, depuis des semaines, toute l’actualité tourne autour de ces tristes réalités. Au fil des pages, je frémis en suivant, avec une précision scientifique, l’évolution d’un dossier beaucoup plus révélateur qu’on ne le croît de la réalité hexagonale passée et… actuelle.
L’acharnement terrible mis pas des accusateurs, des procureurs, des juges, des hommes politiques pour faire condamner un innocent et, plus encore, pour ne pas reconnaître ensuite leur erreur n’est pas sans rappeler des facettes de l’affaire d’Outreau. Le déchaînement autour des juifs, au début d’un XX° siècle du progrès, confinait au nazisme rampant. Le dramatique fait divers ayant frappé Ilan Halimi a surgi dans notre quotidien pour rappeler que, ce que Brecht appelait « la bête immonde », demeure une menace pour l’humanité. La conjugaison de ces deux événements me plonge dans la plus grande perplexité car elle témoigne du recul indéniable de la raison, de la culture, de l’éducation réelle, de la tolérance.
IMPITOYABLE CUREE MEDIATIQUE
Quand je parcours l’horrible séquence de quasiment 12 ans de la vie d’Alfred Dreyfus, j’ai envie de dénoncer encore plus fort, avec plus de véhémence, les ravages de « l’opinion dominante », tant elle a joué un rôle prépondérant dans son calvaire. Cette impitoyable curée médiatique pour d’abord dénoncer, ensuite avilir et enfin détruire un homme aura constitué la pire des tortures. Quelle souffrance a dû endurer Dreyfus !
Notre société a pourtant renforcé, décuplé ces pratiques d’acharnement sur des coupables susceptibles d’exorciser les démons silencieux que porte une société durant un laps de temps déterminé. Même s’il n’y avait pas encore le choc des images il y avait le poids extrême des mots. Des assommoirs !
Comment des journalistes ont pu, chaque matin, se regarder dans une glace après avoir écrit, le lendemain de la dégradation d’un Capitaine innocent affrontant ses bourreaux avec un stoïcisme remarquable, les commentaires suivants : « Son attitude à la parade d’exécution achève de le condamner selon moi. Pour s’être prêté aussi docilement, aussi passivement, à un pareil supplice, cet homme ne doit avoir aucune sensibilité morale. Pas un geste de révolte, pas un cri d’horreur, pas une larme, pas un murmure. C’est vrai qu’il a plusieurs fois protesté de son innocence mais toutes ces protestations sonnaient faux. On y sentait aucune chaleur humaine. On aurait dit la voix d’un automate… » écrivit par exemple Marcel Paléologue dans un « Journal de l’affaire Dreyfus ».
« Le voici devant moi à l’instantanée du passage, l’œil sec, le regard perdu vers le passé, sans doute puisque l’avenir est mort avec l’honneur. Il n’a plus d’âge. Il n’a plus de nom. Il n’a plus de teint. Il est couleur traître. Sa face est terreuse, aplatie et basse, sans apparence de remords, étrangère à coup sûr, épave de ghetto… ». ajouta Léon Daudet dans Le Figaro. « Quand il s’avança vers nous, le képi enfoncé sur le front, le lorgnon sur son nez ethnique, l’œil furieux et sec, toute la face dure et qui bravait, il s’écria, que dis-je ? il ordonna d’une voix insupportable : « Vous direz à la France entière que je suis innocent ! » « Judas, traître ! » ce fut une tempête… » éructa Maurice Barrés dans Le Figaro. On sait où finirent Léon Daudet et Maurice Barrés sur l’échiquier politique ! Ils ne furent jamais condamnés pour leurs propos atroces, pour leur haine purulente, pour leurs accusations honteuses.
OBSERVATION HUMILIANTE
Actuellement la justice s’ébroue et se débat afin d’échapper à l’observation humiliante que lui inflige le monde politique, celui qu’elle haït plus que tout. Il dissèque publiquement les dysfonctionnements d’une entité inattaquable. La justice, comme toutes les institutions, a toujours eu horreur que l’on mette en doute la moralité, la fiabilité des siens car ce serait introduire le doute sur sa qualité collective conduisant les citoyens à perdre leurs illusions sur l’équité du système judiciaire. Et, par les temps qui courent, les juges , confrontés à une « exigence de résultats », n’ont pas besoin de tels révélateurs, de plus télévisés, pour en arriver là ! Le monde à l’envers : les stylos, les micros, les caméras, les claviers se tournent vers les juges et non vers les accusés potentiels. Pas facile de passer du rôle d’observateurs à celui d’observé !
Dreyfus, malgré toutes ses dénégations, malgré l’absence de preuves « sincères », malgré toutes les manquements à la rigueur dans l’investigation a sans cesse eu, face à lui, une machine collective à broyer. La commission d’enquête parlementaire censée porter le regard du Peuple sur le fonctionnement d’un pouvoir garant de sa liberté ne semble pas intéressée par le rôle joué par les médias dans l’affaire d’Outreau. Elle n’a pas prévu d’auditionner les auteurs des « fuites », les relayeurs de rumeurs, les « juges » de la plume du micro, de la caméra ou du clavier. Elle ne semble pas s’inquiéter de ces connections entre justice et presse dont on sait désormais l’effet dévastateur. Dreyfus en fut la victime exemplaire. Il n’y a plus de Zola pour sauver l’honneur !
UNE COALITION CONTRE NATURE
Pris en otage par une hiérarchie ravie de se construire des certitudes sur sa loyauté et son patriotisme, le Capitaine condamné à croupir sur l’Ile du Diable, aura été la victime expiatoire de cet antisémitisme rampant dans la société française. Indubitablement il est toujours là, il rôde, il se reconstitue en réaction à un autre racisme. L’extrême droite organise quelques dérapages de temps en temps pour entretenir la flamme des ses troupes nostalgiques. Le négationnisme sert de socle aux attaques ciblées. Mais maintenant les antisémites historiques ont reçu en renfort les intégristes constituant ainsi progressivement une coalition contre nature. Les profanateurs de cimetières juifs rejoignent les lanceurs de cocktails Molotov sur les synagogues dans une haine sommaire dont les « Barbares » auront été les ignobles disciples. Ils cultivent une haine commune tout en étant férocement opposés.
D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui rejoignent d’ailleurs ceux du CRIF, on avait pourtant constaté une baisse des actes antisémites en France. En effet, on comptabilisait en 2004, 974 actes antisémites, tandis qu’en 2005 ont été recensés, 504, soit moins de 48%. Dans près de 50 % des actes antisémites, les auteurs restent inconnus et, dans 42 % des cas, ils «se rattachent à une problématique « proche orientale », selon la terminologie des Renseignements Généraux. Dans les cas de menaces, 36 % des auteurs connus sont proches de l'extrême droite.
L’atroce mort d’Ilan Halimi ne plaide plus pour la sérénité… La justice devra être à la hauteur ! La presse aussi !
Mais je déblogue…




