Vendredi 30 septembre 2005

Dans une vie journalistique antérieure j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnages divers et variés. Avec le recul, avec le filtre de l’expérience, je me suis rendu compte que je les avais souvent jugés dans l’urgence d’un métier où le pire ennemi demeure le temps. Le recul manque, de plus en plus, dans ce rôle de petit ou de grand " rapporteur ", car les délais techniques se sont sans cesse raccourcis. Ce n’est plus le contenu qui importe mais les contraintes horaires et financières de fabrication du contenant. Le travail du quotidien, au contact des mêmes personnes, devient alors le seul moyen d’apprécier ce que l’on trouve, progressivement, sous le vernis de la communication institutionnelle, spontanée, organisée ou tendancieuse. Dans cette mare aux alligators, où l’on se fait croquer en un instant, j’ai croisé les premiers sentiers, puis la route nationale et enfin l’autoroute vers le pouvoir de… Bernard Tapie. Je n’ai jamais eu de sympathie pour cette grande gueule, sauf quand elle a permis de clouer le bec d’Adolf Le Pen plus efficacement que les gants de boxe de Paul Amar !

Omniprésent durant les années fastes du vélo, quand un exploit n’était jamais suspect, conquérant en une période où Noël Mamère ne remarquait pas que ses copains de liste européenne étaient " génétiquement modifiés ", exubérant lors d’une épopée marseillaise où la télé s’empara des chevaliers de la balle ronde, tonitruant lorsque " Tonton " décida de se redonner de l’énergie en s’emparant de sa notoriété, Bernard Tapie, tel Picasso, connut des périodes différentes : la rose de gauche, la bleue OM, la verte écolo, la noire robe d’avocat. J’avoue l’avoir perdu totalement de vue quand il sombra corps et biens sur les écueils essentiels de sa vie : l’esbroufe et le mensonge. Et maintenant, je le regrette.

Notre société française, brutalement passée du fantasme de Mozart à celui de Tapie, avait commencé à s’ébrouer, grâce à lui, dans les petits matins chantants des " gestionnaires ". Le milieu traditionnel des affaires snobait ce " parti de rien " qui affichait son insolente réussite de " VRP en canards boiteux ". La gauche de l’énarchie, en transes populaires, se plaisait, en revanche, à s’encanailler avec un homme venu de nulle part, mais prêt à aller partout. Le show-biz adorait poser à coté de celui qui cumulait les unes des journaux. Les journalistes pouvant, à tout moment, recueillir un avis bien senti sur n’importe quel sujet, se vantaient d’être son " ami ". Les syndicalistes, secoués par un dépôt de bilan, l’appelaient au secours pour sauver les meubles d’usines en perdition. Une bonne part de certaines déviances actuelles débutèrent sous son égide, mais nul ne songea à s’en offusquer. Jusqu’au moment où il trébucha bêtement, sur tous les tapis verts où il évoluait pourtant avec virtuosité !

Ayant mis un genou à terre, dans l’absurde et rocambolesque affaire des primes occultes enterrées dans un jardin de banlieue, il fut méthodiquement piétiné par le pack de ses adversaires, ravis de le voir quitter leur terrain de jeu sur un brancard. Rien ne lui fut épargné, et je peux témoigner que ses " potes " qui n’auraient pas osé toucher à l’un de ses cheveux lors de sa splendeur, lui bourrèrent goulûment le pif dès qu’il fut hors d’état de répondre. Lui qui avait joué finement un " trois bandes " faillit perdre la boule. Il passa sur le billard des tribunaux, fut mis en chambre stérile à la Santé pour une greffe politique manquée, fut autopsié pour l’exemple, puis finalement incinéré pour effacer tout risque de contagion. Paix à ses cendres pensait-on… On ne le reverrai plus ! On trouva uniquement trace de son fantôme dans un vol au-dessus d’un nid de coucous, mais ce fut peu !

Or, depuis quelques heures, voilà ressuscité le Nanard qui voulait " bouffer du lion ". En conflit judiciaire avec le Crédit Lyonnais, qui doit rire aussi jaune que le maillot d’Armstrong sur le Tour, Bernard Tapie réclamait la bagatelle de 990 millions d'€ de dommages et intérêts. Il était tombé sur pire que lui : les requins du milieu bancaire ! Il avait été grugé, comme un rentier confiant son bas de laine à un escroc de bonne prestance.

La cour d'appel de Paris a jugé qu’il a bien été floué, lors de la vente du groupe Adidas, par cette officine qui nous a déjà piqué des millions et des millions d’€ pour renflouer le tonneau des Danaïdes de ses achats présomptueux.

Tapie a gagné au  " Lyonnaismillions " de la République française, 135 millions d'€ à titre de dédommagements. La somme lui sera versée par le Consortium de réalisation, structure chargée d'assumer la gestion passée du… Crédit lyonnais, et par la banque elle-même. Superbe. Exceptionnel. Chapeau " Nanard ". Du grand art. Et dire que je ne t’ai jamais cru quand tu clamais, devant l’œil devenu méfiant des caméras, avant tes condamnations, que " tu avais confiance dans la justice de ton pays ! " Magnifique, mieux qu'une coupe d'Europe, tu as fait sauter la banque !

Je ne peux que te donner un conseil : surtout n’enfouis pas ce magot dans ton jardin. Il y a bien un couillon qui t’accuserait d’avoir acheté tes juges. Ne les place pour autant  au crédit Lyonnais, il  te les predrait en rien de temps. Vas donc comme au bon vieux temps les planquer en Suisse. Là bas, au moins, les banquiers savent garder un secret.

Selon que vous soyez puissant ou misérable. En politique Tapie fut puissant; en affaire il était devenu misérable. Il a réglé ce problème. Comme quoi, dans les milieux financiers, l'honneur a plus de prix qu'en politique.

Mais je déblogue…

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Jeudi 29 septembre 2005

Lorsque, ce soir, vous allumerez votre téléviseur, à 20 heures, je vous invite à vous munir de votre " zapette ". Vous savez ce petit appareil dont les jeunes usent et abusent, et qui donne une infinie puissance de décision à celui qui le possède. Bien plus que le sceptre ou la couronne, encore plus que le tablier de chef que vous a offert l’un de vos amis, cet appareil mythique de notre époque symbolise le pouvoir familial, et peut-être le pouvoir citoyen.

Le roi des maisons devient celui qui possède le droit de vous priver de la fin du film, de l’émission que vous souhaitiez voir, des informations que vous espériez suivre. Quand sa maîtrise est accordée à l’enfant, la tyrannie débute. Quand elle hésite entre le père et la mère, le rôle de chef de famille balbutie. Quand elle reste dans les mains du père, on peut parler de droit divin. Si la mère s’en empare, c’est le triomphe du féminisme militant. Il faut donc absolument, désormais, définir dans le contrat de mariage ou le PACS à qui sera attribué cet engin boutonneux, permettant d’accéder à la connaissance télévisuelle, pour éviter tout conflit post lune de miel. Je propose même que son sort soit fixé par l’un des articles du Code civil dont les premiers magistrats communaux donnent lecture avant les unions civiles en Mairie ! Des études affirment en effet qu’elle est à la base de 15 % des divorces ! Elle frappe chez les fameux mariés depuis moins de 7 ans mais aussi, et c’est plus grave, chez les seniors pour qui la retraite s’écoule sur un canapé !

Il est vrai que la " zapette " possède des pouvoirs exceptionnels dont rêvent tous les tyrans. Elle vous obéit au… doigt et à l’œil, contrairement à beaucoup d’autres sujets. Elle vous confère, ainsi, le pouvoir absolu. Elle vous autorise, par exemple, à couper le sifflet à n’importe quel homme politique important. Comme souvent,  les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, vous pouvez éviter de vous faire avoir, en interrompant  la présentation d’un budget de l’Etat reposant sur une croissance onirique, en occultant le partage du capital de la SNCM à géométrie variable selon l’intensité des déflagrations corses, en diminuant votre stress face à des images poignantes d' élèves de l’ENA menacés par les chasseurs de têtes, et inquiets sur l’avenir de leur école, en vous permettant de faire une infidélité à Julie Lescaut !

Cette " zapette " vous évite de vous poser des questions sur votre quotidien, ce qui par les temps qui courent devient inappréciable. Le problème, c’est que vous avez beau naviguer d’une journal télévisé à l’autre, après 20 heures, vous retrouvez exactement les mêmes sujets avec de légers décalages temporels… Il faut vous y faire, il n’y a plus de chaîne de service public en France. La soupe journalistique se ressemble, même si l’assaisonnement diffère. La " zapette " vous permet alors d’espérer fuir devant le programme commun, et je suis certain que parfois vous goûtez mécaniquement à cette opportunité.

Tenez, ce jeudi soir, vous avez sûrement apprécié les reportages captivants, diffusés quasi simultanément, par TF1 et France 2 sur une terrible menace écologique : le rot des vaches ! Terrifiant le rot des vaches ! Sur France 2 " une jolie fleur de journaliste glissée, justement, dans une peau de vache " m’a stupéfié en m’apprenant que ces " terroristes " expédient … 90 rots quotidiens dans notre atmosphère, renforçant ainsi l’effet de serre. Réflexe d’effroi immédiat : coup de zapette et départ chez PPDA et sa gueule d’ange fatigué. Dramatique ! Les mêmes vaches (désolé pour le sexe féminin, ce " bouseux " de commentateur n’a pas cité les bœufs et les taureaux mais uniquement les vaches) sont là, menaçantes, mangeant paisiblement leur foin, lâchant leur bouse ou leur gaz d’échappement en toute quiétude. Mais que fait la police ? Le commentateur annonce, pour affoler les chaumières urbaines (normal on est sur TF1) que les bovidés français dégagent deux fois la quantité de méthane exhalée par toutes les raffineries françaises durant toute une année. De quoi vous faire enrager et bouffer de la vache à tous les repas ! Je décide donc de ruminer ma vengeance. Je vais proposer, pour devenir célèbre, un texte de loi imposant de munir les coupables de masques de récupération de leurs émanations gazeuses afin d’économiser le pétrole. Vite, vite, vite la " zapette". Il est urgent d’aller voir ailleurs. Soulagement instantané. Sur Arte on parle de Chanel. Ouf, uniquement de " jolies vaches déguisées en fleurs ! "

J’ai accompli le miracle du chef capable de passer, en un claquement de doigt, de la triste réalité au rêve. Ma liberté se réfugie dans une discrète pression de l’index…Celle des autres disparaît dans les mêmes conditions. Rebellez-vous. Agissez. Brisez rapidement vos chaînes.

Je vous propose donc de faire le " serment du jeu de paume ". Facile : vers 20 heures, ce soir, placez votre " zapette " dans la main droite, mettez-la face à votre télé branchée sur TF1, appuyez sur la touche 4 ! Vous entrerez dans le véritable Journal télévisé, celui des Guignols…

Dites après moi  : " je suis arrivé là par la volonté du Peuple, je n’en sortirai que par la volonté du Peuple. Je le jure ! ". Et soyez fier de votre amie la" zapette". Elle aura fait une œuvre révolutionnaire.

Mais je déblogue…

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Mardi 27 septembre 2005

Madame Soleil eut son heure de gloire. Celle qui fut l’une des premières à transmettre, par les ondes radiophoniques " d’Europe numéro oui ", ses prédictions astrales, eut l’honneur d’être citée par le Général De Gaulle lors de l’une de ses inimitables conférences de presse. Tout le cénacle des journalistes d’une époque déférente à l’égard du pouvoir, s’en esbaudit. Les grandes oreilles de Peyrefitte en frémirent de plaisir. Le Général faisait peuple, et plus encore, démontrait que les grands de ce monde pouvaient douter de leur bonne étoile et consulter des voyantes extra-lucides. On prétend que François Mitterrand aurait eu également recours à Elizabeth Tessier pour savoir quelles pouvaient être les résultats possibles de ses actions…

Droopy Chirac a toujours rêvé de faire mieux que ses deux " prédécesseurs ". Il cherche vainement, par tous les moyens, à s’inscrire dans l’Histoire, celle qui le sortirait de la grisaille quotidienne. Chaque matin, il lit donc, dès son réveil, l’horoscope d' Aujourd'hui en France pour savoir s’il a encore un avenir, comme d'autres parcourent le carnet des déces pour s'assurer qu'ils sont encore en vie malgré leur grand âge. On assure, dans son entourage, qu’il avait bien appris, dans ces prédictions réputées exemplaires, qu’une attaque le menaçait. Le seul problème, c’est qu’elle figurait dans les lignes consacrées à sa " vie sociale " et non pas dans le bref commentaire qu’on lui avait accordé après la rubrique " santé "… Il s’était donc vite prémuni contre la rage, au cas où le " Roquet de Neuilly " le mordrait méchamment lors d’un conseil des Ministres. Il avait sollicité une protection rapprochée pour éviter une agression latente… Et, manque de chance, le danger est venu d’ailleurs, d’une petite défaillance vasculaire que les oracles n’avaient pas envisagée.

La cote de confiance de Droopy, dans l’analyste astral du Figaro en prit un coup. Il fut décidé sur le champ de ne plus faire la moindre confiance à ce prévisionniste au moins aussi inconsistant que ceux qui, à Bercy, planchent sur le taux de croissance de la France. Là où De Gaulle et Mitterrand avaient réussi, lui se loupait terriblement. Une fois encore !

Il fit donc, dès son retour à l’Elysée, un " brain storming " comme disent les " branchés " de la com. On réunit autour du convalescent, ses proches : Bernadette, son épouse, dont le prénom est prédestiné pour les visions valorisantes; Claude, sa fille, reine du PAF; Dominique et sa belle gueule de Saint ; Jean-Louis, Président de la plus grande assemblée des menteurs… Tous furent invités à chercher le nom d’une Pythie moderne susceptible de le seconder dans ses décisions essentielles.

On évoqua celui d’ Elizabeth Tessier ; mais " Astralement vôtre " aurait trop rappelé un " copier coller " avec Mitterrand et, en plus, c’est elle qui avait mis le vieux sur la voie de la victoire en 1988, en lui prédisant une victoire ! On pensa à Françoise Hardy, dont le talent est, paraît-il, reconnu. Mais elle passe pour avoir des idées de gauche. Alors on renonça à des approches astrales sous influence. Meny Grégoire semblait dépassée, et tous les autres n’avaient  visiblement pas la pointure… présidentielle. On décida donc d’attendre des jours meilleurs pour découvrir un talent caché, une étoile rare, une vocation affirmée. Heureuse décision prémonitoire car, désormais, Droopy possède, face à lui, chaque mercredi matin, le phénomène qu’il recherchait vainement depuis belle lurette.

Ce gars là vient de réussir une prouesse que ni Madame Soleil, en son temps, ni Elizabeth Tessier récemment, n’avaient réalisée. Mieux, il a dépassé Maigret, Navarro, Hercule Poirot et Julie Lescaut réunis. Il a effectué, devant des millions de téléspecteurs fascinés, l’exploit de l’année astrale. Après avoir tiré des plans sur les comètes, après avoir consulté sa boule de cristal, après avoir tiré les tarots, il a prévu jeudi dernier que ses services… réaliseraient une arrestation spectaculaire de terroristes dangereux cinq jours plus tard. De quoi vous mettre le George Bush et sa Candolice sur le cul… Eux, qui ne savent toujours pas annoncer la moindre interpellation, il leur a cloué le bec ! Lui, il était capable d’annoncer, dans une émission enregistrée la semaine dernière, sous la bienveillante houlette d’Elise Lucet,  que ses policiers, spontanément et sans aucun calcul…lundi matin, interpelleraient neuf poseurs de bombes potentiels, quelques heures avant la diffusion d’une émission enregistrée. Extraordinaire tour de passe-passe médiatique. Et savez-vous ce que prévoyait l’horoscope de celui que l’on appelle désormais le " voyant de la Place Beauvau ", sous la plume de Béatrice Guénin, dans Télé-Loisirs : "  vous réussirez mieux que la semaine dernière à vous adapter aux circonstances et vos relations avec votre entourage professionnel seront un peu plus détendues. Surtout si vous êtes du premier décan… ". C’est pas beau ça ? Pile poil ce qu’attendait Sarkozy ! Pile poil ce qui lui est arrivé !

Ce gars-là est né sous une bonne étoile. Bernadette va le prendre, maintenant c’est sûr, comme conseiller " horoscopique ". Pas sûr que Droopy ne soit pas un brin méfiant !

Ce matin, il sera sur ses gardes en le voyant arriver à la table du conseil des " liseurs dans le marc de café social ", des "interpréteurs de Constitution ". Ce bonhomme-là, Sarko la voyance, est capable de prévoir, pour Droopy, une défaite en 2007 et en plus, c’est une certitude, de tout faire pour que …ça se réalise !

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Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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Lundi 26 septembre 2005

Depuis maintenant une décennie, sauf absence pour réunion à l’extérieur très matinale, je me rends en mairie vers 7h 45, avant l’embauche générale, du lundi au samedi inclus. Ce petit quart d’heure reste probablement le plus agréable de la journée, car il me permet, paisiblement, avant que le téléphone se mette à crépiter, de vite me régaler avec le billet de Christian Seguin en dernière page de Sud-Ouest. Un brin de café dynamisant, agrémenté du sucre de l’humour, vous donne le moral pour au moins quelques minutes de plus. Comme pour les ortolans, il faut déguster ce texte ciselé, dans le silence et hors du monde; autrement, c’est du gâchis ! Les bureaux se meublent vite, et vient, vers 8h 45, le moment de l’ouverture des courriers, celui venu par les courriels, et celui servi par La Poste. Cette étape de la matinée me donne la température sociale de la période. Je tiens à ouvrir, personnellement, chaque message ou chaque lettre arrivant en Mairie, afin de connaître la réalité de leurs contenus. Ils sont bien différents techniquement, mais révèlent, tous deux, la situation profonde de la France d'en bas.

Par internet déboulent massivement, chaque matin, des dizaines et des dizaines de sollicitations vous prenant pour un " débile potentiel " susceptible de réaliser des placements miraculeux au Nigéria, au Libéria, en Côte d’Ivoire ou au Cameroun… Comme autant d’hameçons lestés par l’appât du gain facile pour gens qui se prendraient pour des requins de la finance internationale, ils s’étagent sur une demi-douzaine de lignes. N’est-ce point révélateur de cette mondialisation technologique exacerbée, que ces sollicitations surréalistes dans un anglais commercial approximatif, vantant avec des séries de zéros dignes d’un boulier chinois, des revenus secrets, pillés aux gouvernements africains ? Il faut cliquer ferme sur le clavier pour se débarrasser de ces envahisseurs d’une boîte aux lettres que l’on croyait préservée des " pubs intempestives ". Ne lisez pas trop et éliminez, éliminez. Tâche d’autant plus difficile que lorsque vous avez exterminé la tentation de l’argent, il faut désormais vous battre avec celle du sexe… Rassurez-vous, rien de bien affriolant. Seulement des offres de Viagra ou autres médications en solde, dont je me demande toujours pourquoi elles sont expédiées vers une…Mairie. A moins que ses émetteurs pensent, comme leurs détracteurs libéraux, que les fonctionnaires français sont particulièrement impuissants pour faire face aux situations créatives ? Là encore, la poubelle virtuelle s’emplit en quelques secondes.

Des petits clics répétés suffisent à conserver les 4 ou 5 messages réellement intéressants… Prudence tout de même, puisque vous pouvez trouver parmi eux les résurgences modernes du syndrome des années 40. En effet, les courriels, avec un bon pseudonyme hiéroglyphique, vous permettent d’expédier une critique plus sophistiquée, mais aussi anonyme, que la bonne vieille méthode des lettres découpées dans le journal avant d’être méticuleusement collées sur une feuille blanche. Internet a offert une seconde vie aux dénonciateurs masqués, aux courageux de l’ombre, aux mesquins contrariés, aux irascibles de comptoirs, aux oublieux de la signature… Ils savent que leur " pseudo " les préserve du danger d’une identification potentielle. Je réponds donc, parfois dans le vide, sans savoir à qui parviendra le message. Il reste les autres, les grains ou milieu de l’ivraie…J’essaie de leur accorder tout l’intérêt possible, en les considérant comme une marque de confiance.

Il est alors temps d’utiliser le coupe papier, et de passer à un travail en apparence plus traditionnel. En apparence seulement, car la pub envahit la sacoche. Documentations pour "collectivités Crésus", colloques ou symposiums pour élus ou techniciens peu regardants sur les montant des droits d’inscription, monceaux de catalogues annonçant des promotions sur les promotions, dépliants bricolés d’artistes en quête d’arbres de Noël à animer…Le clic est moins facile mais le classement est tout aussi direct.

 Il faut conserver,  le doigt sur la couture du pantalon, les circulaires officielles comminatoires des différents représentants d’un Etat exigeant pour les élus, mais peu regardant sur ses pratiques à géométrie variable. Virgules oubliées, centimes d’€ mal gérés, tampons absents dont l’Europe se régale, photos trop pâles, trop foncées, mal cadrées… L’Etat veille et démontre par ses remarques sévères qu’il a encore un rôle capital dans la gestion de la nation. Il oublie cependant de payer ce qu’il doit aux communes, mais rien de plus normal, car c’est lui qui fixe les règles, et qu’il est inconcevable de dénoncer ses carences. Essayez donc d’accuser un gendarme d’être un voleur ! Et là encore, le peu qui subsiste témoigne plus que tous les reportages, toutes les émissions de débats, de la triste réalité de notre pays.

Des demandes d’emploi, émouvantes, désespérées, maladroites ou flatteuses, de femmes qui rament dans la vie pour décrocher le poste en or : agent spécialisé des maternelles, ou employée dans les écoles ou les maison de l’enfance… A peu près une lettre quotidienne arrive, comme une bouteille jetée dans la mer du chômage dont, je vous le prédis, les statistiques vont s’améliorer sous peu ! Comment peut-on continuer à former des promotions entières de " CAP petite enfance " alors que l’on sait que la natalité ne permettra pas indéfiniment des embauches ? Moins on trouve, sur le CV, de qualifications et plus la demande vers les services scolaires est forte. Le flot continu des envois devient oppressant, car chaque fois, on sent bien que la réponse causera une forte déception.

Il y a aussi les enveloppes blanches du Conseil général. Aussi nombreuses que les précédentes, mais totalement différentes, car elles concernent les attributions d’heures d’Allocation Personnalisée d’Autonomie. Elles s’accumulent, comme autant de signes avant-coureurs de la mutation démographique galopante dont tout le monde parle, mais que personne ne veut voir. Près de 200 dossiers d’aide à domicile sur 9 commune (8500 habitants) sont actuellement traités par le CCAS de Créon. Et là, dans le tas de courrier, de très, très rares demandes d’emploi avec des diplômes, des références sérieuses, des formations spécifiques, tournées vers le 3° ou le 4° âge. Le vieux est moins populaire que le nouveau-né. La toilette des personnes âgées est  moins exaltante que le changement des couches. La Résidence pour Personnes Agées est moins valorisante que la maternelle. Chaque missive attribuant un quota horaire reflète pourtant une détresse morale ou physique, un isolement dévastateur, un appel à l’aide. Mais les stratèges de la formation professionnelle n’ouvrent pas, tous les matins, le courrier dans les mairies.

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Dimanche 25 septembre 2005

Les jours se suivent et se ressemblent. Les déclarations inconsidérées se multiplient comme si le choix délibéré avait été fait par le gouvernement de baser toute sa politique sur le principe de la fuite en avant. Le " premier des ministres de Sarkozy " a déclaré, par exemple, avec un aplomb dénotant une méconnaissance totale de ses dossiers, qu’il fallait exiger d’Hewlett Packard le remboursement intégral des subventions publiques reçues pour son installation en France.

 De Villepin, qui mériterait d’être plus connu sous le patronyme de " Jean Sans Terre élective", endosse le rôle de " Robin des Bois " acharné à faire rendre gorge aux pilleurs de l’économie française. Replié dans la " forêt de Matignon ", mal secondé par " le Petit Jean de Neuilly " trop prompt à se quereller, par " frère Tuck Borloo " trop souvent imbibé, par " Will… Larcher " qui n’a pas trop la tête de l’emploi, le seigneur de Sherwood n’a guère la cote auprès du peuple actif. Il décoche des flèches dans le vide, alors qu’il aurait tout intérêt à les économiser.

JOUER LES FIERS-A-BRAS

Visiblement pris de court par l’annonce du licenciement de 1240 " serfs de l’électronique ", il a voulu jouer les fiers-à-bras en utilisant le fameux " retenez-moi, ou je fais un malheur ! " Il a demandé illico à ses hérauts des étranges lucarnes, de relayer cette déclaration de guerre à une multinationale affichant 3,5 milliards de dollars de bénéfices en 2004 et très tentée par une délocalisation asiatique. " Retenez-nous, ou nous faisons un malheur avec lui ! " ont répété ses vassaux pour que dans toutes les chaumières on perçoive bien le message.

" Retenez moi ou je fais un malheur " a asséné en province le " premier des ministres  de Sarkozy ", histoire de montrer que, lui, n’avait pas peur, une fois encore, d’un géant américain. Il lui " volerait " quelques dollars, en compensation d’un pillage en règle des emplois qualifiés français. Coluche avait un excellent sketch sur ce sujet, où il contait l’histoire du gars, au bistrot, encaissant taloche sur taloche, mais continuant à faire semblant d’être capable d’étriller son adversaire… jusqu’au moment où il oubliait, sous les coups, sa fierté mal placée et ses griefs initiaux. Que voulez-vous que " Jean sans terre élective " pût faire contre une entreprise tentaculaire dont la tête est installée dans un bunker géant outre atlantique, anonyme, inflexible, vraiment peu soucieuse que ses employés français connaissent des difficultés pour payer leur pavillon neuf de banlieue ?

REMBOURSER LES SUBVENTIONS
En plus il a commis le " bug " dont ne se remettrait pas n’importe quel élu de base dans une réunion publique. Il s’est aventuré, lui le bien noté de l’ENA, lui le bulbe des Ministères, lui le technicien de la gouvernance, à demander, haut et fort, à HP de rembourser des subventions qu’on ne lui a jamais attribuées ! Superbe : le tapis rouge de l’absurdité s’est déroulé sous les semelles des Sebago des tueurs américains. La jubilation : " retenez-nous, ou on meurt de rire ! "
Pour son arrivée en Isère, Hewlett Packard n’aurait en effet sollicité que l’aménagement de 2 carrefours giratoires sur des zones d’activités, comme n’importe quelle autre entreprise le fait en France. Un malheureux million d’€ …payé par le Conseil général de surcroît (mais surtout pas par l’Etat), que réclame pourtant  ce dernier par la voix de son premier des ministres. Le dossier avait été sûrement soigneusement préparé et plus encore soigneusement étudié ! N’est pas Robin des bois qui veut ! D’autant que chez HP on s’est empressé de rappeler que les caisses publiques avaient encaissé sans sourciller quelques millions de taxe professionnelle ayant permis de payer 700 giratoires.
N’empêche que ce " bug " pose un problème fondamental : les aides financières publiques, réellement apportées au système économique avec nos impôts se justifient-elles ? Comment des élus peuvent-ils être du camp de ceux qui veulent tout privatiser en prétendant que l’état n’a plus de rôle à jouer dans l’économie, alors qu’en même temps ils dispensent encore des subsides, sans garantie, à des entreprises dont on sait qu’elles ne feront que passer ? Comment justifier que l’on donne aux uns ce que l’on a ponctionné aux autres ? Comment expliquer qu’EDF, GDF, SNCF, Air France, Thomson… et une kyrielle d’autres entreprises ont été ou seront " privatisées " à tout rompre, pour récupérer des fonds publics que l’Etat restitue à d’autres entreprises créatrices  " provisoires " d’emplois ? Pourquoi diable renoncer au service public, au nom de la rentabilité, si c’est pour, à côté, subventionner des secteurs privés aléatoires ? L’engagement financier de l’Etat est-il plus mauvais dans les entreprises nationales que dans les multinationales anonymes ? Ne faut-il pas arrêter de  sans cesse courir après un développement spectaculaire, pour privilégier un développement durable reposant sur des filières limitées mais rentables ?

SES DIRIGEANTS UTILISERONT D'AUTRE SUBTERFUGES
Hp, après bien d’autres, se moque comme de son premier dollar des menaces de création d’une loi française sur la restitution des subventions lors de suppressions d’emplois. Ses dirigeants utiliseront d’autres subterfuges (dépeçage de leurs usines en structures sous traitantes plus aisément délocalisables, étranglement du carnet de commande conduisant au dépôt de bilan, refus d’investir dans des modernisations, plans sociaux subventionnés par l’Etat – préretraites notamment - ..) pour échapper à un texte dont les décrets, comme pour beaucoup d’autres textes votés, paraîtront dans plusieurs mois ou ne paraîtront même jamais !
Alors " Jean sans terre élective " n’a trompé personne en voulant remplacer Robin des bois. Il a simplement davantage discrédité la politique dont on se plait à répéter qu’elle ne sert à rien, qu’elle n’a aucun pouvoir, qu’elle est rongée par sa terreur de l’économique.
En attendant, les salariés d’Hp seront heureux, dans quelques jours, d’apprendre que les statistiques du chômage sont meilleures, que le marché de l’emploi s’améliore, que le PDG d’HP Europe pense beaucoup à eux. Croix de bois, croix de fer, ils seront protégés par les nouvelles dispositions de l’ANPE sur le suivi individualisé, sur les sanctions au troisième refus d’emploi, sur le contrat de travail de deux ans, sur les nouvelles tranches d'impôt sur un revenu qu’ils n’auront plus…

Mais je déblogue…

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : SOCIAL
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Samedi 24 septembre 2005

La solidarité est, on l’oublie trop souvent, une notion récente. Elle n’appartient que depuis peu au contexte  social. C’est certainement la raison pour laquelle les Révolutionnaires d’après 1789 ne l’ont point ajoutée à Liberté, Egalité et Fraternité au frontispice des mairies. Il lui était difficile d’exister antérieurement, puisque le soutien aux plus défavorisés ne passait que par la condescendante charité. Celle qui arrivait d’en haut, des nantis vers les plus pauvres, dont on ne supportait plus la présence.

La solidarité rassemble, elle,  toutes les catégories sociales, élargit la volonté de protéger ou de soutenir son prochain, tient davantage compte de l’esprit que du montant de l’aide. Elle entre de moins en moins dans le quotidien, car elle suppose une lame de fond émotive. Elle ne s’impose plus que dans les situations de crise, et surtout en réaction à une attaque menaçant durablement ou ponctuellement un groupe ou un individu. Jamais peut-être notre société n’a été aussi éloignée du concept de solidarité durable, érigée en principe de vie. Les mutualistes, les coopérateurs, les syndicalistes fondateurs, appartiennent aux dinosaures d'une époque révolue.

Il suffit de constater combien les " Maîtres du monde " américains ont découvert avec ébahissement, à leurs dépens, la dure réalité de l’égoïsme triomphant, pour se persuader que libéralisme intégral et notion d’entraide sont, chez eux, aussi profondément éloignés que les deux parois du Grand Canyon du Colorado. La réussite individuelle, le culte de l’argent-roi permettant de se garantir contre les aléas de la vie, le sentiment insécuritaire se traduisant par le repli frileux sur son salon, la religion du moi d’abord, les autres après… ne préparent pas au mieux, culturellement, à concéder aux autres une place dans son cœur . Les cyclones ont décapé ce vernis de l’aisance matérielle pour mettre à nu l’incapacité d’entraide sur le territoire des Etats, pourtant soit-disant unis, d’Amérique. Cette tragédie humaine devrait interpeller tous les adeptes du libéralisme à la George Bush car, outre les dégâts matériels, elle va détruire la confiance d’un Peuple dans son système social.

Chez nous, la société a vite réagi, en remplaçant la solidaire physique citoyenne  par la culpabilisation médiatique de masse. L’exception française a su conjuguer le besoin naturel  d'apitoiement et la déliquescence du tissu social élémentaire. La solidarité de proximité n’existe plus que si la télé la porte, si l’image valorise votre geste, si vos yeux portent votre cœur, si vos vedettes favorites vous le demandent. La canicule, ce fut un malheur n’ayant pas eu  de marraines prestigieuses ou de parrains exceptionnels. Elle ne relevait donc pas de la solidarité. Il aurait fallu une soirée télé spéciale, avec Gérard Holtz sautant en parachute dans un dé à coudre, mimi Mathy tentant un " dunk " sous le nez de Tony Parker, Johnny Halliday chantant Nabucco à la Scala de Milan, Florent Pagny portant sur son dos un inspecteur des finances, Bernadette et David imitant Sherley et Dino… La solidarité a besoin de spectacle pour ouvrir les cœurs et dénouer les cordons de bourses de plus en plus plates. Les médias se planquent donc quand il n’y a rien de particulier à se mettre sous la plume, sous le micro, ou sous l’œil de la caméra.

Ce week-end, Créon reçoit la Virade nationale de l’association " Vaincre la mucoviscidose ". S’il est une maladie usante, insupportable quotidiennement pour des enfants, des adolescents, de rares adultes, c’est bien celle-là. Manque de chance pour celles et ceux qui en sont atteints, elle n’est pas spectaculaire. Elle ronge, fatigue, absorbe toute l’énergie, érode lentement les défenses : une issue lente est programmée, qui n’accorde une espérance de vie que de 39 ans. Il faut,  de la part des parents, une force morale exceptionnelle pour tenir chaque jour, face à la souffrance de leur fils ou de leur fille. Se laver en permanence les mains, nettoyer tout ce qu’il est possible de nettoyer, veiller aux courants d’air, construire des menus spéciaux, ne pas oublier les innombrables gélules de Créon, médicament miracle actuel : autant de contraintes qui n’offrent aucun intérêt à être filmées.

La Virade du " Créon ", destinée à aider plus de 6000 jeunes Français, n’a recueilli qu’un soutien très réservé du milieu scolaire, pourtant prompt à collecter les pièces jaunes élyséennes, a mobilisé trop peu de visiteurs cet après-midi, et n’a donné lieu qu’à de rares annonces médiatiques…Il lui manquait, probablement, la dimension événementielle qui sied désormais à toute action de solidarité. Que de la randonnée pédestre sans esprit de record, rien que des jeux collectifs paisibles, que des dizaines de citoyens tentant, au nom des autres, de découper puis de rassembler 3600 carrées de tissu, que du dialogue social autour d’une maladie encore très méconnue. La déception inévitable !

La maman d’une petite Créonnaise atteinte par la mucoviscidose en avait les larmes aux yeux, en soirée. Elle sait, depuis quelques mois, qu’elle devra vivre encore longtemps dans la crainte, avant d’avoir confiance en l’espoir…Cet espoir que les autres devaient lui insuffler lui aura manqué, comme le souffle à la vie de sa petite. Dans la poussette, celle-ci dort. Elle ne peut pas encore être déçue par un pays où un chèque donne bonne conscience, surtout si c'est la télé qui vous le réclame…

Mais je déblogue…

Par Jean-Marie Darmian - Publié dans : ACTUALITE
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