Vendredi 19 octobre 2007
Le moins que l’on puisse écrire c’est que le gouvernement actuel a de la suite dans les idées. Constatant que, malgré toutes les mesures multiples et variées proposées en faveur des plus favorisés au détriment des moins favorisés, il demeure au top des cotes de popularité, il avance à marche forcée dans le même sens. Les discussions sur le budget 2008 vont être l’occasion pour les députés UMP les plus zélés de glisser quelques amendements susceptibles de satisfaire les amis qui les ont soutenus. Il faut absolument satisfaire l’extrême droite avec les tests ADN et la droite avec les prélèvements fiscaux.
Ainsi l'assemblée nationale a adopté, hier, un amendement permettant aux chefs d'entreprise de déduire de l'impôt sur la fortune (ISF) les sommes qu'ils investissent dans leur entreprise pendant une durée minimum de cinq ans, dans le cadre du budget 2008. Les députés de la majorité ont adopté cet amendement de Lionel Tardy (UMP), au grand dam de l'opposition, lors de la discussion sur le projet de loi de finances 2008. Le gouvernement s'est déclaré " sensible " à cette proposition qui veut encourager " les entrepreneurs à investir dans leurs propres sociétés ", mais a présenté un sous-amendement pour que " les sommes restent investies pendant une durée d'au moins cinq ans ". Encore un cadeau effectué à ceux qui ont déjà été largement servis dans les mesures antérieures.
Les députés PS ont voté contre, en rappelant que le rapporteur général du budget, Gilles Carrez (UMP), avait déclaré que " l'on ne peut évidemment pas bénéficier d'une réduction d'ISF en investissant dans sa propre entreprise ", lors de la discussion sur le paquet fiscal l'été dernier. Mais le grand spécialiste du budget de l’Etat a perdu la mémoire en dînant avec les patrons investisseurs. Il ne savait pas encore que l’un de ses éminents collègues aurait une idée lumineuse quelques semaines plus tard le mettant en difficulté. Il y aura bien d’autres occasions d’accentuer le déficit budgétaire en laissant filer toutes les recettes de solidarité.
S’ENRICHIR EN DORMANT
Par exemple les mêmes représentants du peuple ont instauré un taux de prélèvement forfaitaire libératoire unique de… 18 % sur les dividendes d'actions et les obligations, dans le cadre de l'examen du même projet de budget 2008. Les amendements UMP proposaient en effet de fixer " à 18% le taux du prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes " et " de porter à ce niveau, en le relevant (de deux points), le taux du prélèvement forfaitaire libératoire " sur les obligations, ont été adoptés. Jusqu'à présent, les dividendes d'actions étaient taxés uniquement au titre de l'impôt sur le revenu. 
Désormais les contribuables auront le choix. Selon Gilles Carrez, la taxation des dividendes au titre de l'impôt sur le revenu atteint 21,5%. Les revenus des obligations bénéficiaient, eux, jusqu'à présent d'un prélèvement libératoire de 16%. Ce sera simplifié et encore plus avantageux pour celles et ceux qui font fortune en dormant. Les élus de gauche ont voté contre ce dispositif qui, selon eux, " privilégie la rente par rapport au travail ".
Ces deux faits d’une seule journée durant laquelle des salariés tentent de défendre quelques avantages lié à la pénibilité ou à l’histoire de leur boulot suffiraient à illustrer le comportement du gouvernement le plus à droite que l’on ait eu depuis des lustres. Pas une seule mesure qui ne fleure bon le profit, ce profit qui n’a plus comme objectif l’amélioration du niveau de vie général mais plus prosaïquement le développement du compte en banque des particuliers déjà nantis.
Bien évidemment il faut bien donner un signe fort purement fictif aux classes moyennes. Elles doivent se sentir associer à ce festival d’exonérations qui leur fera croire qu’elles mettront fin à leurs soucis de fins de mois. Nicolas Sarkozy a promis une " France des propriétaires " et il doit absolument tenir parole. En travaillant plus en gagnant moins les salariés pourront aller davantage chez leurs banquiers… pour emprunter durant trois ans moins cher. En une période durant laquelle les taux d’intérêt augmentent, les durées s’allongent… et plus encore les prix des terrains à bâtir flambent en raison de leur rareté, les députés ont tenu un bout de la promesse sarkozyste. Elle avait été singulièrement ébréchée par les " sages " qui avaient rappelé aux innocentes victimes, ayant cru que l’heure des crédits immobiliers gratuits étaient arrivée que, jamais une loi ne peut avoir d’effet rétroactif.
A CHACUN SON INTERET
En août, le Conseil constitutionnel avait en effet censuré le principe d'une rétroactivité du crédit d'impôt de 20% qu'avait fait voter le gouvernement dans le cadre de la loi Tepa. La mesure ne s'appliquant finalement qu'à compter de la publication de la loi dans le Journal officiel, le… 24 août. Le président socialiste de la commission des Finances Didier Migaud (PS) a donc fait remarquer que la date d'entrée ne vigueur du dispositif n'étant pas inscrite dans le projet de Budget, " les dispositions s'appliqueront à partir du 1er janvier 2008 " contrairement à l’effet d’annonce d’il y a quelques mois. Un tour de passe-passe qui réjouira les emprunteurs qui ont cru dans un paradis fiscal dévolu à d’autres. Il n’y aura aucune rétroactivité malgré les affirmations de la Ministre des Finances.
Le dispositif, prévu dans le projet de loi de finances examiné à l'Assemblée, sera applicable à tous les actes d'acquisition (logement ancien) ou déclarations d'ouverture de chantier signés (logement neuf) et procurera un avantage fiscal maximum s'élèvant à 3.000 € pour un couple sans enfant et à 3.400 € pour un couple avec deux enfants. Son coût estimé est de 220 millions d'€ en 2008. Une somme dérisoire qu’il faut rapprocher d’une autre : 600 millions d'€, qui est le nouveau montant, avancé hier matin, dans Le Parisien, au sujet du " trésor de guerre " constitué par l'UIMM, l'union des industries et métiers de la métallurgie. C'est dans ce pactole que le président de cette puissante fédération du Medef (patronat) Denis Gautier-Sauvagnac est soupçonné d'avoir effectué des retraits colossaux à des fins qui restent à identifier. Financement d'entreprises (notamment en cas de grève) financement syndical, financement politique ?
En tous cas on sait désormais que ces investissements dans leurs entreprises les propriétaires pourront avec un zeste d’habileté comptable les déduire de leur ISF ! Mais ils peuvent être rassurés : en ce qui les concerne il n’y aura pas non plus de rétroactivité pour les délits éventuels et les intérêts procurés par le placement de ces sommes considérables sont définitivement acquis. On peut même imaginer qu’un député UMP en mission propose pour la loi des finances 2006 invente un amendement biscornu qui exempte les généreux de l’UIMM de toutes poursuites. L’imagination ne manque pas au pays des lobbies.
UNE RUMEUR POUR UN PROFIT
Pendant le même temps l’action Lagardère était en forte hausse hier, après une information de presse rapportant que le président du groupe, Arnaud Lagardère, pourrait vendre 40% du groupe de médias et d'aéronautique à des "actionnaires amis" et se retirer de la cote. Arnaud Lagardère, qui détient 13% du groupe, envisage de faire entrer le Qatar et d'autres "actionnaires amis" dans le capital du groupe à hauteur de 40% et de le retirer de la cote, afin de se " protéger ", affirme l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur paru jeudi. Tiens donc revoici le Qatar pour sauver des amis du Président en difficulté. On se souvient que c’est l’émir de ce pays béni qui a contribué financièrement à " sauver " les otages bulgares de Kadhafi ! Encore de bonnes affaires à effectuer pour ceux qui ont les moyens de les suivre au moment opportun. Il aura suffi d’une rumeur pour que quelques vendeurs opportunistes ou inspirés (Lagardère en connaît à EADS) pour que quelques dizaines de millions d’€ s’accumulent sur des comptes en banque déjà bien garnis.
Il faut " faire en sorte que les différents politiques fiscales, sociales, environnementales, économiques prennent en compte la question de la pauvreté pour agir en amont et pas pour réparer les dégâts après ", avait expliqué Martin Hirsch. Nicolas Sarkozy a pour sa part déclaré qu'il ne voulait pas " gérer la pauvreté ", qui n'a plus reculé depuis 20 ans, mais la " combattre ". " Cela fait 20 ans que, gauche et droite confondues, on cherche à agir sur les conséquences alors qu'il faut avoir le courage de s'attaquer aux causes ", a-t-il fait valoir. Les députés UMP l’ont entendu. Ils s’attaquent à la résorption de la pauvreté en rendant les plus riches, plus riches encore.
Avec la loi des finances ils ont pourtant une belle opportunité de lui donner raison : taxer les plus values boursières, moraliser les marchés, restaurer la progressivité réelle de la contribution solidaire à la vie collective, cesser d’exonérer celles et ceux qui gagnent toujours plus en travaillant toujours moins. Or ils vont passer leurs nuits à tenter de refiler des amendements destinés à contourner les textes généraux applicables aux communs des citoyens. 
La croissance ne sera pas au rendez-vous, les ressources de l’Etat vont fondre sous l’influence des idéologues du supposé " gagnant-gagnant " toujours plus pour ceux qui gagnent le plus, le déficit budgétaire va s’accroître et en avril 2008 sortira le plus drastique des plan d’austérité qu’ait connu notre pays. En attendant les précautions auront été prises pour que les amis n’aient pas à en souffrir.
Mais je déblogue…
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil

Flux RSS

  • Flux RSS des articles

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 072 855

PAGES LUES

7 110 461


 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus