Mercredi 28 novembre 2007
Il est arrivé que l’on reproche à Jacques Chirac, ses multiples escapades dans les pays étrangers pour des périples officiels plus ou moins indispensables. Il faut
convenir que ce n’était qu’un gentil touriste par rapport à son successeur. Le Chef de l4etat actuel parcourt la planète avec une voracité digne des grands explorateurs. Il est passé par ici, il
repassera par là … il court, il court le Sarko. Il a, en quelques semaines, quasiment effectué un passage sur tous les continents comme s’il désirait rapidement se donner une dimension
internationale. Le problème c’est qu’il est allé, un peu vite en besogne, en allant s’incliner devant George W. Bush déjà à deux reprises ; en se rendant donner une poignée de main
franche et massive à Poutine ; en finissant hier par une indulgente promenade chinoise propice au président Hu Jintao. Ces trois démocrates méritaient-ils les salamalecs qu’ils ont obtenus de
la part du représentant officiel du pays des Droits de l’Homme ou du moins de ce qu’il en reste ? Celles et ceux qui ne font pas du réalisme politique une règle de conduite s’interrogent sur
ces visites officielles qui viennent après le Maroc et qui précèdent… l’Algérie. On constate simplement que le résultat se traduit par des contrats commerciaux réputés mirifiques que l’on impute Ã
celui qui se targue d’être une sorte de directeur des ventes de ses amis grands patrons du CAC 40 !
Signe des temps on a oublié les envolées du type " Vive le Québec libre ! " ou de la symbolique fraternité entre Helmut Kolh et François Mitterrand sur le site de Verdun. On est
entré dans la valorisation du tiroir caisse ou du moins des promesses de " dons " pour le Téléton en faveur de la croissance française !
La Chine et la France ont signé, des contrats commerciaux pour un total d'environ 20 milliards d'euros et dans une société du profit combien cette référence vaut
toutes les autres. Le plus important concerne la vente de 160 appareils par Airbus, principalement de la famille A320, pour près de 12 milliards d'euros. Dans le nucléaire, Areva a vendu à la
Chine deux réacteurs EPR, ainsi que du combustible nécessaire à leur fonctionnement, pour un montant total de 8 milliards d'euros. La France et la Chine ont également convenu d'étudier la
possibilité d'une coopération dans le domaine du recyclage nucléaire, avec la création d'une usine évaluée à 15 milliards d'euros, a affirmé le président français Nicolas Sarkozy.
Des accords moins importants ont également été conclus, à l'occasion de la visite en Chine du chef de l'Etat qui, lors d'un entretien avec son homologue Hu Jintao s'est félicité du
" montant inégalé des grands contrats " et de " l'engagement de la Chine " dans ces contrats. Le groupe français d'électricité EDF va prendre environ 30% du
capital d'une co-entreprise, avec son partenaire chinois CGNPC, qui exploitera des centrales nucléaires en Chine. D'autres contrats concernent notamment le géant français de transport de
conteneurs CMA-CCM, l'équipementier en télécoms Alcatel-Lucent (extension de réseaux GSM en province) ou encore par le laboratoire Sanofi-Aventis (construction d'une nouvelle usine de vaccins
anti-grippaux). Le Yuan a coulé à flots même si ces achats ont été effectués en dollars pour une bonne part ! On ne parlera surtout pas des contreparties que la France a dû laisser dans les
négociations politiques.
En fait lors de ces déplacements on a pu constater que la lutte était sévère pour savoir qui devait accompagner le Chef de l’Etat. Etre ou ne pas être associé pour
paraître aux cotés de Nicolas Sarkozy constitue le véritable enjeu de la cour présidentielle. Appartenir aux invités de l’Elysée semble être devenu un enjeu fondamental.
MAMAN, FISTON ET DELON
Plusieurs journaux commentaient par exemple hier les rumeurs sur l'absence de la secrétaire des droits de l'Homme, Rama Yade, en Chine, aux côtés de Nicolas Sarkozy.
Selon les déclarations du porte-parole de l'Elysée si Rama Yade n'est pas partie, c'est parce que le chef de l'Etat français aborderait lui-même le sujet des droits de l'Homme " avec les
plus hauts dirigeants chinois " (cause toujours tu nous intéresses). Mais, depuis, la rumeur enfle : ce serait la ministre de la Justice, Rachida Dati,, qui, elle, fait partie du
voyage, qui aurait exigé que Rama Yade ne vienne pas… Et quand elle veut quelque chose elle l’obtient et elle n’aime pas l’ombre !
Mme Sarkozy, mère, Andrée Mallah officiellement, ne connaissant pas la Chine a profité de l’aubaine pour accompagner fiston et s’occuper de son petit-fils qui avait
besoin d’une nounou. Il y avait en effet aussi Pierre Sarkozy et Thierry Herzog, l’avocat de papa (au cas où !) dans l’un des quatre avions de la généreuse République française ! Le
président avait proposé à sa mère, qu’il surnomme " Dadou ", diminutif d’Andrée, de l’accompagner pour qu’elle découvre les soldats de l’armée enterrée. " Dadou ", 80 ans, a tout de suite
accepté. Connue pour son sens de la repartie, elle a amusé les invités du président par son humour. On est de suite rassuré elle a rentabilisé le coût de son déplacement ! Par contre on ne
l’est pas pour Alain Delon.
" Cela fait des semaines que l'on me dit que je suis invité d'honneur du président Sarkozy lors de son voyage en Chine. Sachez que je n'ai besoin de personne
pour aller en Chine ",
ENCORE UN DECU ET DES HEUREUX
Il y en a un autre qui a ravalé par anticipation ses ambitions de séjour officiel à l’étranger avant d’être laissé à la maison. Enrico Macias a assuré hier qu'il ne
se rendrait pas en Algérie, son pays natal, à l'occasion de la visite d'Etat du président Nicolas Sarkozy du 3 au 5 décembre, estimant qu'il n'était pas le bienvenu dans le pays. " Je ne
me rendrai pas dans un pays où je ne serai pas le bienvenu ", a déclaré au quotidien arabophone Ech-Chourok le chanteur pied-noir, qui devait effectuer son premier retour depuis l'exode
de 1962, après l'indépendance de l'Algérie.
Le président " Sarkozy m'a conseillé de patienter ", a-t-il ajouté, en réaffirmant qu'il " se rendrait un jour en Algérie quel qu'en soit le prix ". Il y a
probablement bien d’autres complots pour se retrouver dans le sillage du VRP offrant des voyages, des honneurs et des affaires à ses amis ! Il a beaucoup de déceptions. Il y a beaucoup
d’ambitions. Il y a pas mal de complots pour rester dans la cour " impériale " en goguette.
Pas moins de 41 chefs d'entreprises, triés sur le volet, ont ainsi participé au voyage présidentiel. Parmi eux, bien évidemment, quelques stars de l'establishment qui
ont pu discuter avec Françoise de Panafieu, chef de file UMP aux municipales à Paris, elle aussi invitée présidentielle ! Jean Pierre Raffarin et Serge Dassault comme parlementaires, Patrick
Balkany comme ami ont découvert retrouvé Pékin avec Nicolas. La liste mériterait d’être soigneusement examinée car elle est véritablement de la tendance Fouquet’s !
LE SERVICE MINIMUM
Plusieurs associations de défense des droits de l'Homme, interrogées par Nouvelobs.com ont par contre différemment réagi aux propos tenus par le président de la
République lors de sa visite officielle en Chine. La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) regrette des propos trop allusifs. " On attendait plus de fermeté de sa
part ", déclare la responsable du bureau Asie, qui rappelle les avancées au minimum insuffisantes de la Chine en matière de droits de l'Homme.
La position d'Amnesty International est moins contrastée. " Le bilan de cette visite est un peu désolant ", déclare la responsable de la
coordination Chine, qui s'interroge: " On apprend, par des communiqués de l'Elysée, que le président de la République a abordé les droits de l'Homme, mais dans quelle mesure, sous quelle
forme ? ". Elle constate " qu'on s'est abstenu d'intervenir efficacement sur les sujets sensibles des libertés bafouées ". Mais chut, ce n’était pas l’objectif réel de ce
périple : il fallait d’abord comme ce fut le cas avec Poutine (élections) et Bush (Irak) rassurer les officiels chinois en leur démontrant qu’ils pouvaient dormir tranquilles pour les JO de
Pékin.
Pour le Tibet, il a déclaré qu'il ne souhaitait aucun changement tout en demandant plus d'avantages pour le peuple tibétain. Il a donc effectué le service minimum.
Dans son action en Chine, il avait déclaré qu'il s'inscrirait dans la continuité de Jacques Chirac, mais en faisant beaucoup mieux. Il a réussi. Il a signé de plus gros contrats.
Mais sur la question des droits de l'homme, il a été fidèle à son prédécesseur. Son voyage ne sert à rien. Sa décision de ne pas partir avec Rama Yade, secrétaire
d'Etat aux droits de l'homme, représente un signal fort. Quand il se rend dans le pays où les droits de l'homme sont le moins respectés, il lui demande de la boucler.
En fait il lui a manqué une bonne dose de bravitude dans certains domaines.
Mais je déblogue…
a en effet commenté l'acteur. Il raconte qu'il a attendu jusqu'à ces derniers jours une confirmation du service de protocole de l'Elysée, en vain.
" Je respecte la décision du président ", a poursuivi Alain Delon, " mais il appartient au staff d'avoir au moins la courtoisie, la politesse, la décence, voire le
devoir d'en avertir les intéressés. (…) Il y a là -dedans une telle goujaterie, une telle grossièreté! (…) Il y a, au niveau de la communication du président, une bande de charlots ! Je me sens très
humilié par ce mépris ". En voici un déçu du Sarkozysme !
GRAINS DE SEL