Symbole des années 80 durant lesquelles le fric coulait à flots, le Paris-Dakar devenu Dakar pour éviter la traversées de la France est en effet considéré comme une
agression écologique et une hérésie humanitaire. Des centaines d'autos et motos, sans compter les camions et les hélicos, peuvent-ils impunément venir polluer et dévaster des terres encore
préservées en plein coeur de l'Afrique ?
A une époque où l'écologie constitue l'une des préoccupations majeures de nos concitoyens, ce spectacle pour télévisions est-il encore tenable ? Il y a là dedans quelques relents néo-colonialistes
qui réveillent de plus en plus de consciences dans les pays traversés. D'autant que la course est régulièrement endeuillé par la mort d'enfants qui souhaitaient juste traverser la route. Leur route
qui le reste du temps n’est empruntée que pas des ânes, des dromadaires ou de rares camions poussifs.
En 2006, le décès de deux gamins, Boubacar Diallo et Mohamed Ndaw, a déclenché une importante vague de contestation étouffée avec quelques versements réputés
compensatoires. A tel point qu'un collectif demandant la suppression pure et simple du rallye, le CAVAD a été créé suite à ce drame, réunissant des associations françaises, africaines,
portugaises, espagnoles, marocaines, maliennes, guinéennes et sénégalaises. Une chanson, " Stoppez le Dakar ", interprétée par des petits marseillais, a été écrite en leur mémoire. On
se souvient aussi qu'en 1991, le chanteur Renaud avait consacré un titre au Dakar dans son album Marchand de cailloux, sobrement intitulé " 500 connards sur la ligne de
départ ". Elle fut prémonitoire mais aucun mort (et il y en eu pas mal sur la course) ne parvint à stopper cette épreuve dévastatrice dans la forme et sur le fond.
Beaucoup voyaient sans être entendus, dans l’ex-course Paris Dakar, une véritable atteinte à la dignité africaine. Tout ce fric dépensé pour traverser des zones où régnaient la famine et la
misère avait un caractère ostentatoire pour le moins discutable. Le plaisir des uns résidant dans des chronos d’enfer sur des pistes improbables ou des traces dans des terres vierges contrastait
avec le mépris que ce barnum pétrolier et mécanique. En prédisant qu’un jour ou un autre les Africains ne tolèreraient plus que l’on colonise leur territoire au nom de la " politique de
civilisation " voulant que la technique écrase des " primitifs " avides de quelques euros.
PLUS DE TELE… PLUS D’INTERET
Le samedi 14 janvier 2006, suite au décès d’un deuxième garçon sur les bords de la course, Gilles Ysern, directeur générale du groupe ASO, organisateur du Dakar,
déclarait : " Ce n'est pas à chaud qu'il faut se lancer dans une réflexion de fond sur le rallye. C'est ni le moment de rappeler qu’on a pris beaucoup de mesures en matière de sécurité, ni
celui de tirer des leçons de tout cela. Il faut un peu de temps. ". Depuis sa création, quarante-huit personnes sont mortes sur le Dakar. Des milliers de kilomètres de pistes ont été
défoncés par sa " caravane ". Des centaines de milliers de litres de carburant ont été brûlés en pure perte.
Des heures de publicité gratuite pour des automobiles surpuissantes et d'exaltation de la conduite " sportive " ont été offertes par les chaînes de télévision aux
constructeurs. Et tout cela simplement au nom de "l' aventure "…
Avec le montant de la redevance qu’ont failli payer les plus modestes retraités on a même failli cette année aller un peu plus loin dans le concept en allant défier d'Al-Qaïda Maghreb sur un
territoire où les erreurs du type " Dakar " lui prépare des lendemains de triomphe. Mettre en danger la vie des autres, agir en toute irresponsabilité vis-à-vis de l’environnement,
exalter la puissance mécanique et la domination économique, est-ce vraiment cela l'aventure ou est-ce purement et simplement de la provocation absurde ?
D’ailleurs ce n’est même pas les menaces des groupes terroristes qui ont conduit les organisateurs de cette brillante épreuve à renoncer à leur épreuve
" rentable ". C’est tout simplement l’inénarrable Daniel Bilalian qui en a décidé ainsi. Il a été le premier, hier en fin de matinée à annoncer sur Europe 1 qu’en raison des
risques terroristes en Mauritanie, la course avait été annulée. " C'est un coup dur, car c'est une épreuve sur laquelle nous misons beaucoup chaque année. Mais c'est une décision réfléchie de
la part de ASO. Cela devenait un pari impossible à tenir. Il était également hors de question d'envoyer les journalistes sportifs de France Télévisions sur un lieu de guerre! "
Un épilogue logique pour l’édition 2008 puisque depuis quelques jours, les nuages n’avaient cessé de s’amonceler au-dessus de la mythique épreuve et… vous aurez remarqué lé délicatesse de
Bilalian qui a seulement pensé à la santé de " ses journalistes " dont le charismatique Gérard Holtz pourtant prêt à affronter tous les dangers ! Les autres, dans le fond, il
semble qu’il n’aurait pas été choqué si un malheur leur était arrivé ! Or dans notre " civilisation " sarkozyste quand il n’y a plus de caméras et de journalistes comparses
l’événement n’a aucun intérêt à être maintenu. La mort du Dakar vient de France Télévisions mais surtout pas… d'Al-Qaïda Maghreb ! Si la télé avait accepté de couvrir la course avec un
risque d’attentat, l’audience aurait été encore plus extraordinaire. Dommage qu'il ait fallu des actes terroristes pour en arriver là! C'est meêm catastrophique sur le plan des principes.
NOUS AVONS UNE RESPONSABILITE
On a même eu droit enfin au réveil d’une conscience, celle d’Ari Vatanen installé dans le sud de la France depuis 1990 où il a acquis une ferme et un vignoble. Ce
pilote quadruple vainqueur de l’épreuve s'intéresse désormais à la politique et est élu en 1999 au Parlement Européen sur la liste d'un parti finlandais conservateur bien qu'il continue à vivre
en France, à Rognes (13) Il travaille sur des thèmes tels que les taxes automobiles, les règles de trafics, l'aide au développement ou les règles agraires. En 2004, il est réélu avec la liste de
l’Ump. Ari Vatanen est un vrai défenseur de la vie humaine, il n'hésite pas à marquer son opposition à la peine de mort et il a pris, hier uen position louable : " Le fait d'annuler le
rallye doit nous réveiller: le destin des Africains, c'est le nôtre ". Cette réaction est complétée par une considération encore plus critique : " c'est très dur pour le sport,
mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. On se rend compte (des effets) de la politique des pays occidentaux en Afrique depuis 50 ans. Les gens y sont tellement désespérés
qu'ils s'abandonnent au terrorisme et aujourd'hui le rallye est pris en otage par les voyous, les terroristes et les fanatiques. Les pays africains sont rongés par la corruption mais nous avons
une responsabilité", estime aussi Ari Vatanen.
Il devrait confier son point de vue de représentant de l’Ump à un certain… Nicolas Sarkozy. En effet en recevant Kadhafi et en lui offrant une notoriété il a sûrement combattu la corruption
et le terrorisme. Tout comme l’affaire de l’Arche de Zoé ayant obligé la France à renforcer son soutien militaire au régime corrompu de Deby.
Vatanen pourrait par exemple lui expliquer comment début 2007, un peu dépassé par les différentes factions qui titillaient sa légitimité, Idriss Deby a eu un besoin
pressant de matériel. Oh, pas du neuf, finances obligent, mais de l’efficace. Et le maître de N’Djamena a jeté son dévolu sur de vieux blindés. Par chance, la Sofema, un office français
d’exportation de matériel militaire, en a en stock. Très exactement en Belgique, dans sa filiale Sabiex, spécialisée dans le reconditionnement, le réassemblage ou la remise à neuf de
blindés.
A l’époque, engluée dans les sables... libyens, la Sofema ne pratiquait pas des prix exorbitants. Il ne restait qu’à obtenir l’autorisation de la commission interministérielle d’exportation de
matériaux de guerre (CIEMG). Pas facile tant la situation est tendue au Tchad. Les autorités françaises craignaient que les blindés vendus ne s’en aillent guerroyer au Soudan, base arrière des
rebelles, et ne provoquent un embrasement de la région. Une intervention providentielle venant de l’Elysée chiraquien a sauvé la situation ! Les blindés sont arrivés. Récemment. Nous ne
payons tous ces arrangements quis e multiplient, se démultiplient et ce n’est pas fini ! Comment voulez-vous que l’Afrique ait le moindre respect pour notre politique de civilisation !
Comment voulez-vous que le Dkar ne sucite pas des haines? Comment voulez vous que notre civilisation soit admise et admirée?
DES LARMES DE CROCODILES
"Le Dakar est un symbole et rien ne peut détruire les symboles" ont lancé les organisateurs du Dakar
en confirmant contraints et forcés l'annulation du rallye-raid pour la première fois de son histoire. Mais la pression était trop forte. Depuis la mise en garde du gouvernement français hier,
déconseillant fortement à ses ressortissants y compris "ceux du Dakar", de se rendre en Mauritanie, après l’assassinat de quatre touristes français le 24 décembre lors d’une attaque
attribuée à l’islamisme radical, cette décision était sérieusement envisagée par ASO, la société qui organise l’épreuve.
Pour officialiser l'annulation de la course, ils ont publié un communiqué: "Après différents échanges avec le gouvernement français -en particulier le ministère des Affaires étrangères- et
compte tenu de ses fermes recommandations, les organisateurs du Dakar ont pris la décision d'annuler l'édition 2008 du rallye, programmée du 5 au 20 janvier entre Lisbonne et la capitale
Sénégalaise". Pour expliquer cette première annulation du rallye-raid depuis 1979, les organisateurs évoquent " des menaces directes lancées contre la course par des mouvances
terroristes ". La Mauritanie devait portant être le principal attrait de ce Dakar: huit des quinze étapes de la course devaient s’y dérouler et une journée de repos devait se tenir à
Nouakchott, la capitale. L’épreuve devait pénétrer en Mauritanie le 11 janvier pour n’en sortir que le 19, veille de l’arrivée.
Dans le même ordre d'idée, les organisateurs expliquent que "la responsabilité première d'ASO est de garantir la sécurité de tous: celle des populations des pays traversés, des concurrents
amateurs et professionnels, français comme ressortissants étrangers, des personnels d'assistance technique, des journalistes, des partenaires et des collaborateurs du rallye. ASO réaffirme que la
sécurité n'est pas, n'a jamais été, et ne sera jamais compromise au sein du rallye", rappelant que la "menace terroriste anéantit une année de travail, d'engagement et de passion pour
tous les participants et acteurs". Tiens donc on parle de profits. Mais au fait ils étaient réalisés sur le dos de qui, sur les terres de qui, sur le patrimoine de qui ?
On ne va pas tarder sur France Télévisions à écraser des larmes de crocodiles africains, vous savez les mêmes que l’on n’a pas vues quand les enfants sont morts sur
leur route. Il est vrai qu’avec un baril de pétrole à plus de 100 dollars, la faiblesse réelle de quasiment tous les gouvernements des pays traversés, le Grenelle de l’environnement qui balbutie,
le pouvoir d’achat français en chute libre la gabegie du Dakar aurait fait tache. Alors autant l’annuler et passer à autre chose d’essentiel ce week-end ; Carla est-elle avec Nicolas dans la
luxueuse villa du Roi de Jordanie ?
Mais je déblogue…
GRAINS DE SEL