MAIS JE DEBLOGUE...
"L'opinion dominante c'est comme une vapeur qu'on respire.
C'est une intoxication indolore".
J. C. Guillebaud
Responsable de la Publication : jmdarmian@club-internet.fr
L'information passe souvent sur le fondamental afin de ne s'arrêter que sur le superficiel. Elle a cette particularité de reposer
essentiellement sur un mode de hiérarchisation dont on peut discuter les fondements. C'est ainsi que ces jours ci la revitalisation de l'alliance entre les « Frenchies » et la « perfide Albion »
a occulté bien des points essentiels pour l'avenir. C'est ainsi que les épouvantables constations faites sur la fonte des calottes glaciaires ont été reléguées au second voire au troisième plan !
Et pourtant bien plus que de savoir si les tenues officielles de Carla vont être commercialisées dans trois ou six mois on aurait dû ouvrir les journaux sur ces phénomènes dramatiques.
Grâce aux observations réalisées avec ce satellite, la Nasa a constaté que l'Arctique a perdu environ 10% de sa couche de glace permanente tous les dix ans depuis 1980.
La couche de glace s'épaissit en hiver et fond en partie quand le soleil revient au printemps et à l'été. La glace qui ne fond jamais, même lors des plus fortes chaleurs de l'été, est appelée la
couche de glace permanente. Or cela se passe en ce moment. Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre longtemps pour trouver des solutions technologiques. Les océans et les terres
environnantes dans la région arctique se sont réchauffés d'environ 1 degré Celsius au cours de la dernière décennie et la fonte de la couche de glace permanente dans l'océan Arctique se
transforme alors en cercle vicieux. L'océan en pleine eau absorbe davantage l'énergie du soleil que la glace, qui a un pouvoir réfléchissant, ce qui entraîne le réchauffement de l'eau, qui
provoque la fonte des glaces, qui entraîne l'agrandissement de l'océan en pleine eau et depuis quelques jours le système tourne à plein régime dans l'indifférence générale. Ou presque !
Ce réchauffement de l'océan Arctique a pourtant eu récemment des conséquences spectaculaires. En septembre, des chercheurs américains et canadiens ont annoncé que la plus importante plate-forme
glaciaire de la région arctique, vieille de plus de 3.000 ans, s'était rompue entre 2000 et 2002, une conséquence selon eux du réchauffement climatique à long terme . Des petits changements
concernant la glace pourraient avoir de grandes conséquences sur le cycle de l'eau et finalement sur le climat. Hier le climatologue allemand Christian-Dietrich Schönwiese affirmé que jamais la
situation liée n'avait été aussi préoccupante.
La fonte de la banquise dans l'Arctique est plus rapide qu'en Antarctique et représente une grave menace pour la montée des eaux. "Il y a une bombe à retardement au Groenland", a-t-il déclaré
hier, en marge d'un congrès sur les variations climatiques extrêmes qui se déroule jusqu'à demain à Hambourg (Allemagne) et auquel participent quelque 700 experts... ignorés du grand public !
La fonte de la banquise au pôle nord est susceptible d'entraîner une montée du niveau des eaux sur la planète beaucoup plus importante qu'évoquée pour l'instant, estime Christian-Dietrich
Schönwiese. Dans cet ordre d'idée le Centre national de la neige et de la glace de l'Université du Colorado (NSIDC) a annoncé mardi qu'un énorme pan de la banquise antarctique (pôle sud),
équivalent à près de quatre fois la superficie de la ville de Paris, a commencé à se désintégrer sous l'effet de la rapidité du réchauffement climatique. Selon des images satellite, cette
désintégration porte sur un pan de glace de 414 km2 faisant partie du plateau Wilkins. Elle a commencé le 28 février par le soudain décrochage d'un iceberg de 25,5 km de long sur 2,4 km de large
sur le flanc sud-ouest. Cet fonte est irréversible et va causer des dégâts durables car le processus décrit plus haut va accentuer.
UN RECORD ABSOLU
Tous les chercheurs sont donc inquiets. L'Arctique est en train de changer rapidement. Ce qui doit nous inquiéter, c'est que cela se passe maintenant et que nous allons devoir nous adapter à ce
changement et les responsabilités sont claires :le réchauffement climatique est probablement en partie dû à des variations naturelles du climat. Mais les spécialistes considèrent qu'une partie de
ce réchauffement est dû à l'activité humaine. Plus personne ne la maîtrise véritablement car tout le monde considère que l'effort quotidien est à effectuer par... l'autre ! C'est valable
localement comme globalement à l'échelle de la planète !
L'explorateur allemand Arved Fuchs, l'un des auteurs de la première traversée à pied de l'Antarctique en 1989, a exprimé son inquiétude face à ce phénomène très menaçant. Il a lui aussi renvoyé à
la situation en Arctique, plus dramatique à ses yeux : la partie des glaces proches du Pôle nord ayant fondu au cours de l'été dernier correspond à quatre fois la superficie de l'Allemagne ! «
C'est le record absolu depuis qu'on observe ce genre de phénomènes », a souligné l'explorateur
Selon les modèles climatiques, la banquise arctique disparaîtra pendant l'été d'ici à 2050 ou 2100. Or un nouveau calcul basé sur les mesures récentes et effectué par l'équipe de la climatologue
Julienne Stroeve ( université du Colorado, Boulder ) montre que la banquise, observée en septembre, fond trois fois plus vite que ne le disent les modèles, ce qui avancerait de trente ans la date
fatidique. Ce n'est pas paradoxalement fait pour inquiéter les pays riverains qui y... voient une aubaine économique dans la logique du profit organisé. C'est ainsi que les Russes surveillent
avec envie cette « déglaciation » qui leurs permet de revendiquer des territoires susceptibles de receler des matières premières d'avenir. Le brise-glace atomique "Rossia" a ainsi acheminé vers
l'Arctique de l'Est une expédition scientifique dont les membres ont passé six semaines à prospecter mètre après mètre la dorsale océanique de Lomonossov. Ce même brise-glace est récemment parti
pour une nouvelle mission consistant à poursuivre l'étude du plateau continental, y compris à l'aide d'appareils submersibles téléguidés. C'est devenu plus important que la conquête de
l'espace.
LES RUSSES OCCUPENT LE TERRAIN
L'importance de la mission confiée aux chercheurs est claire : ils doivent présenter des preuves
convaincantes attestant que le pôle Nord appartient à la Russie. Et il n'est pas seulement question du pôle Nord. Il s'agit d'un immense territoire océanique représentant un triangle dont la base
s'étend de la frontière norvégienne à l'ouest, au dtroit de Béring à l'est, au total 1,2 million de kilomètres carrés, autrement dit la superficie de l'Italie, de l'Allemagne et de la France
prises ensemble. La Russie, comme hier l'Union soviétique, a toujours considéré ce territoire comme sien. Encore dans les années 1920, le gâteau arctique a été divisé en cinq morceaux entre
l'URSS, les Etats-Unis, le Canada, la Norvège et le Danemark. C'était avant l'adoption de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer qui a limité les frontières extérieures des
puissances polaires à une zone économique de 200 milles nautiques au large de leurs côtes, le reste de l'océan étant proclamé patrimoine commun de l'humanité. Mais il y a une exception à la
règle: toujours conformément à la Convention, n'importe quel Etat peut élargir ses frontières maritimes de 150 milles supplémentaires s'il prouve que le plateau océanique en question représente
un prolongement immergé de sa masse terrestre.
Dans le cas de la Russie, il s'agit donc de prouver que la dorsale de Lomonossov est un prolongement de la plate-forme continentale sibérienne. Il y a cinq ans, la Russie a saisi la commission ad
hoc de l'ONU, mais ses arguments n'ont pas convaincu. Dans deux ans, Moscou compte renouveler sa tentative, et les chercheurs russes travaillent actuellement sur le problème. Le prix de la
question est connu: selon des estimations préalables, les réserves d'hydrocarbures du "triangle" revendiqué par la Russie représentent... 100 milliards de tonnes d'équivalent pétrole, soit un
quart ou un tiers des réserves mondiales. Alors la fonte de la banquise, ils n'en ont rien à faire !
UNE ZONE DE CONFLITS POTENTIELS
C'est pourquoi, comme on aurait dû s'y attendre, la campagne arctique lancée par Moscou n'a guère enthousiasmé les autres prétendants à la région arctique. Et ils sont nombreux ces derniers
temps: le Danemark, par exemple, affirme que le pôle Nord et ses environs n'appartiennent qu'à lui en raison de la proximité immédiate du Groenland, le Canada soutient de son côté que la dorsale
de Lomonossov vient du continent américain, tandis que les Norvégiens s'empressent désormais de régler le vieux différend avec la Russie concernant la zone litigieuse de 155 000 kilomètres carrés
en mer de Barents. On se chamaille. On se surveille. On s'attaque. On se militarise en douce.
Les Etats-Unis ont eux aussi redoublé d'activité. Encore en mai dernier, le vice-président de la commission aux affaires étrangères du Sénat américain, Richard Lugar, avait exigé que Washington
rejoigne au plus vite la Convention sur le droit de la mer afin d'éviter que Moscou s'approprie les régions riches en pétrole et en gaz. La dernière action des Russes a tout particulièrement
froissé les Etats-Unis. Le porte-parole du département d'Etat, Tom Casey, a déclaré sur-le-champ qu'un drapeau planté sous la banquise n'avait aucune valeur juridique.
Toutefois, il est difficile de souscrire aux tentatives des Américains, comme à celles des autres prétendants aux hydrocarbures arctiques, pour remettre en cause le droit des Russes à leur partie
du plateau continental océanique.
Il ne reste plus à Nicolas Sarkozy de nommer Claude Allègre qui nie tout réchauffement climatique comme médiateur international dans cette affaire. Ces serait un moyen de lui offrir ce poste dont
il rêve et de mettre tout le monde d'accord : la banquise fond normalement et personne n'en profite pour étendre son territoire. Ce serait dans la droite ligne de la politique actuelle : pour ne
pas avoir à régler un problème, il suffit de le nier ! Et pendant ce temps plonge un glaçon dans son cocktail en se promettant de se revoir dans trente ans. Quand ils sera trop tard !
Mais je déblogue...




