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LES STATISTIQUES

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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 11:18
Une analyse des derniers scrutins électoraux permet à tout militant de constater que les valeurs fortes de la politique ont été éludées au profit d'une personnalisation des scrutins. Depuis les présidentielles on le savait mais ce que peu de gens avaient imaginé c'est que cette « pipolisation » de la vie publique allait descendre dans les moindres villages. En effet, en se penchant objectivement sur les résultats des municipales et des cantonales on remarque que le « collectif » et le « programme » se sont massivement estompés devant « la personnalité » et « l'image ». Inutile d'aller très loin pour le constater : il a peu eu de purs choix politiques mais soit un satisfecit délivré à une « tête de liste » ou une « personne » ou un désaveu « particulier » pour une autre. Peu importe qu'un conseil municipal ait bien ou mal travaillé au service de l'intérêt général, on a jugé la valeur de sa « tête » porteuse.
L'intensité de sa présence quotidienne, sa qualité d'écoute, son implication dans la vie locale ont été les critères sur lesquels se sont prononcés les électrices et électeurs au niveau des plus petites comme des plus grosses cités. Ils n'ont même pas cherché le contenu « politique » d'une liste mais il ont transformé les scrutins an Star Ac' atténuée mais réelle de la démocratie. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal avaient conduit le pays à se prononcer sur des images, des symboles, des apparences. Le PS souffre actuellement de ne pas avoir de leader charismatique qui dégage une force tranquille valorisante. Personne n'impose son image et donc les idées ne passent pas et ne franchisent pas la barrière médiatique. Un homme d'Etat comme Laurent Fabius, parfaitement capable de diriger un pays et de trouver des solutions dans une situation de crise nationale et surtout internationale, est l'illustration parfaite de cette dérive du système démocratique : son image subie ne lui permet pas d'être audible dans le grand public. Il sait, comme Alain Juppé dans l'autre camp, que seul le temps avec beaucoup de travail peut permettre d'atténuer l'impact des apparences.
S'il avait fallu une preuve formelle de ce phénomène inquiétant pour les contenus politiques on la eu avec le débat sur la participation d'Olivier Besancenot à « Vivement Dimanche ». Qui aurait imaginé il y a 40 ans après mai 68 que le représentant emblématique de l'extrême gauche accepterait un jour de s'installer sur le canapé, certes rouge, mais tellement bien pensant du Roi de l'audimat dominical Michel Drucker ? Le champion de la lutte des classes face au faiseur de guimauve pour ménagères de plus de 50 ans ! L'ex candidat de la LCR à la présidentielle Olivier Besancenot a été obligé de défendre sa participation à l'émission , expliquant vouloir « plaider des causes » en profitant d'une « tribune permettant de s'adresser à des millions de personnes ». Une reconnaissance explicité de la mort du « politique » étouffé par un médiatique véritablement tout puissant. Besancenot, lui-même, admet de fait que le poids de l'image est infiniment supérieur, en raison de la carence totale d'éducation civique d'une population ne reconnaissant plus la valeur des idées et des principes mis en oeuvre.
Christian Picquet, chef de file de la tendance minoritaire de la LCR, avait d'ailleurs dénoncé la participation de « son » leader, estimant que « ce type d'émission ne contribue pas à la différence d'idées, mais au contraire dépolitise l'espace public ». On ne peut être qu'idéologiquement d'accord avec lui mais réalistement d'accord avec Besancenot... quand on voit la déliquescence du débat actuel.
UNE EMISSION POLITIQUE
« Je n'y vais pas en traînant les pieds. C'est l'occasion de plaider des causes au-delà du nouveau parti anticapitaliste » qui doit remplacer en fin d'année la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), a déclaré Olivier Besancenot sur RMC-BFM. Il a estimé que ce genre d'émission constituait « autant de tribunes qui nous permettent de s'adresser à des millions de personnes ». C'est certes exact mais c'est aussi désolant d'effectuer ce constat. Il affirme qu'en fait il n'y a plus dans la société actuelle d'autre alternative pour convaincre que celle du médiatique ... non politique ! Impossible de le démentir car les faits le démontrent amplement : pour exister il faut avoir une image, même en trompe l'œil, mais une image !
« Je ne me suis pas engagé en politique avec l'espoir un jour que je passe à la télé pour parler de moi. Mais si j'ai accepté d'être porte-parole d'une organisation, d'assumer une représentation médiatique, c'est pour aller y défendre des causes », a ajouté le facteur qui sait que ce n'est pas dans sa tournée qu'il améliorera son potentiel politique.
« Qu'on se fasse un avis en regardant l'émission. Et puis s'il y a une gauche modèle que ça gonfle à tout prix, y'a même une solution vachement plus simple, c'est d'éteindre son téléviseur », a-t-il lancé avec une évidente mauvaise foi car il sait bien que ce n'est pas à ce public là qu'il veut s'adresser et que donc de toutes les manières son passage sur le canapé druckérien ne changera rien à leurs convictions. Mais Olivier Besancenot n'en a cure. L'ancien candidat à la présidentielle de 2007 a posé ses conditions à l'animateur pour l'enregistrement qui se déroulera le 7 mai : ni femme ni enfant en plateau, rien qui soit lié à sa vie privée; mais des travailleurs, immigrés ou non, et des chômeurs avec lui en plateau pour l'émission.
Emu, Michel Drucker a confié à Alain Krivine : « Ça va être l'émission la plus politique que j'aurais faite de ma vie.» En fait l'animateur vedette affirme qu'il s'agit bien d'un moment de divertissement qui devient une référence politique affichée. « Il a raison de ne pas négliger trois ou quatre millions de téléspectateurs. On n'est pas si souvent invité à la télévision pour ne pas y aller quand ça se présente » a vite répondu Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), citée par le Figaro. Alors tout va pour le mieux dans la meilleure extrême gauche donneuse de leçons du monde. Il est certain que Drucker aurait rêvé d'avoir assis à sa... gauche Che Guevara ou Léon Trotsky. Quel scoop !
QUARANTE ANS PLUS TARD
C'est Jospin qui va l'avaler de travers lui qui par déontologie croyait-il avait refusé de se rendre chez le « camarade » cycliste du bois de Boulogne. Il va donc retrouver la LCR qui lui a fait tant de mal aux présidentielles de 2002chez Drucker, le jour du Seigneur ! Quarante ans après Mai-68, une sorte de pavé d'audimat dans la mare des hommages pesants et pompeux de la pseudo-révolution qui a agité le quartier Latin et les jeunes filles latines et permis à de futurs bobos de s'essayer à l'anarchie. Je suis d'autant plus à l'aise qu'il y a quatre décennies j'en étais... et je n'aurais jamais imaginé finir maire de la ville où j'avais vécu et de devenir conseiller général. Heureusement que je ne suis resté anar que durant un bon mois car j'aurais bien du mal à me glisser dans les costumes que m'a confié le suffrage universel.
Olivier Besancenot, fer de lance acéré de la LCR, chère à Alain Krivine dénonciateur zélé des renoncements de la gauche traditionnelle, mais moins à Arlette Laguiller, déjà passée chez Drucker, car elle au moins avait l'âge des hommages de départ vers la retraite va se retrouver prisonnier du culte de la « personnalité » télévisuelle. Jusqu'ici, le postier, fan de NTM et pourfendeur d'une mondialisation trop ultralibérale à son goût, intransigeant aboyeur très accroché aux mollets des socialistes accusés d'être des pourvoyeurs d'eau tiède médiatique, à l'occasion, apparaissait régulièrement comme le dernier représentant présentable de ce qu'on persiste encore à qualifier de « gauche de la gauche ». Jusqu'ici. Parce que désormais, donc, et à partir du 11 mai prochain, date de son dépucelage druckerien, le camarade Besancenot aura posé ses fesses, comme les autres, comme les Royal, les Bayrou, les Lang, les Sarkozy, les DSK, les Hollande cédé aux sirènes de la renommée télévisuelle.
Une journée chez « Mimi Drucker », terrible résistant aux idées dominantes, avec Coffe à la fin, Canteloup ou Roumanoff, et puis des amis, et puis des chansons. Libé nous annonce du lourd : un Jean Ferrat par-ci, un Aznavour par-là, et même un gentil mot du nouveau kaiser bavarois Franck Ribéry. De quoi réchauffer les jambes lourdes et les articulations douteuses de toutes les ménagères de plus de 60 ans qui se rappelleront avoir battu le pavé. Elle constateront que de leur temps, un révolutionnaire, c'était autre chose quand même. J'espère qu'elles se souviendront de slogans qu'elles lançaient dans les rues sur une ORTF qui portait la parole bénie du pouvoir en place. On devrait d'ailleurs trouver des déclarations de « papa » Krivine dans les archives de l'INA à ce sujet.
LE POUR ET LE CONTRE
En fait Besancenot a raison d'aller chez Drucker. Et ce n'est pas moi qui l'empêcherait de le faire. Je le regrette profondément mais c'est une nécessité actuelle des carrières politiques. Désolé mais je l'admets et je le comprends. Ce qui est inquiétant c'est que la vie politique en soit réduite à ce genre de dérive et je conçois aisément que le facteur de la LCR tournant et retournant les arguments dans sa tête n'ait pas eu d'autre choix que celui d'accepter une proposition aussi alléchante. Il a effectué un constat : le militantisme politique ne suffit plus, il faut personnaliser à outrance celles et ceux qui l'illustre. Je le constate. Je le regrette. J'ai du mal à l'admettre mais ce n'est pas moi qui ait côtoyé durant 20 ans le monde médiatique et qui souvent en exploite les faiblesses qui nierait la réalité de cette évolution. Je ne peux pas m'empêcher de le regretter mais encore plus que Besancenot je n'ai la possibilité de l'éluder.
N'empêche que le leader de la LCR prend un risque très fort car aujourd'hui, l'image des hommes politiques est fabriquée par la télévision elle-même, qui n'est plus seulement un moyen, mais est devenue une fin en soi : les émissions de variétés à forte audience, comme celles de Michel Drucker, Marc-Olivier Fogiel ou Thierry Ardisson, sont considérées comme des passages obligés pour qui veut toucher un plus large électorat. Comparer les discours des communicants et des politiques sur les conséquences de cette surmédiatisation : d'un côté, son efficacité est mise en avant (Jacques Séguéla explique la défaite de Lionel Jospin en 2002 par son refus de participer à l'émission de Michel Drucker) ; de l'autre, on en souligne les dangers (uniformisation des discours et des apparences, décrédibilisation des hommes politiques). Il tombe dans le pot commun. Il s'inscrit sur la liste des « consentants »et sort de celle des « résistants ». Pour un révolutionnaire donneur permanent de leçons au sociaux-démocrates compromis c'est un handicap.
Mais je déblogue...
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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