Lundi 5 mai 2008
Quand vous êtes au plus mal et que tout s'effondre autour de vous il faut tenter de restaurer la confiance par une bonne « guerre ». D'abord parce qu'elle oblige votre propre camp à serrer les rangs derrière vous sous peine d'être accusé de traîtrise et ensuite parce qu'elle met le camp adverse dans la difficulté. Il semble que Xavier Darcos mal en point dans bien des domaines ait décidé d'adopter cette tactique pour dissimuler ses errements dans tous les domaines. Par exemple sa volonté de réformer les programmes de l'école élémentaire purement idéologique car destiné à satisfaire les angoisses parentales relatives aux difficultés de leur progéniture va provoquer des effets induits majeurs dont bien évidemment personne ne parle. Ainsi il fait un cadeau royal aux éditeurs français puisque tous les manuels scolaires du pays devront être mis eu pilon et changé. D'ailleurs ces entreprises devaient avoir des « indics » pédagogiquement bien placés car ils proposent déjà à l'achat des nouvelles versions adaptées à un programme réputé amendable. A moins que quelques fonctionnaires haut placés aient décidé des contenus bien avant que soit menée la concertation ! C'est du Darcos tout craché car on sait qu'il a eu dans sa carrière girondine des talents « d'anticipation » que l'on a oubliés.
Impossible de passer sous silence que son souci d'inscrire son nom par une énième réforme de forme au Ministère de l'Education nationale va coûter cher aux... contribuables locaux. En effet il faudra renouveler tous les livres scolaires sur les budgets communaux ce qui n'a pas été prévu dans les budgets 2008. C'est l'illustration parfaite de ce mépris que cultivent les Ministres pour les collectivités locales qui ploient sous des décisions nationales contre lesquelles elles n'ont aucun pouvoir. Les maires se retrouveront une fois encore sous le feu croisé des enseignants revendiquant les outils liés à une réforme qu'ils ne voulaient pas et des parents n'admettant pas que l'on ne trouvent pas les fonds utiles à leurs enfants... sans augmenter des impôts qu'ils ont déjà du mal à payer.
Il sera encore demain par des lycéens qu'il leur sera difficile d'atteindre le niveau que l'on attend d'eux avec moins de personnes présentes physiquement dans leurs établissements, avec des crédits consacrés à la culture, au sport, aux options massivement supprimés, des profs absents que l'on n'aura plus aucun moyen de remplacer faute... d'heures supplémentaires et de crédits pour vacataires. Ils savent que déjà on rappelle les retraités en les suppliant de venir donner un coup de main... bénévole ! Leurs manifestations traduisent une réelle inquiétude que Nicolas Sarkozy a pourtant niée lors de sa dernière intervention télévisée. Il est vrai que quand ces jeunes constatent que l'Agence nationale pour l'Emploi tétanisée par sa destruction potentielle programmée propose des emplois à.. Pondichéry à 360 € par mois. Et des emplois niveau BTS pour jeunes parlant anglais couramment. Il est vrai que chez nous on pratique l'immigration choisie et qu'il n'y a pas de raisons que l'Inde ne s'y mette pas aussi.
Pour ressouder les rangs derrière lui et faire oublier ces sujets importants, il réouvre donc la guerre avec les communes sur son fameux service minimum. Une attitude qu'en d'autres temps on aurait qualifiée de « poujadiste » va conduire à une nouvelle distorsion entre la volonté idéologique ministérielle et la réalité du terrain. C'est en effet une véritable escroquerie morale que cette proposition qui dissimule sous un souci de « confort » des familles une tentative de destruction de l'école publique.
UNE EBAUCHE DE TRANSFERT
En effet, dans le système républicain actuel, il faut sans cesse rappeler que l'acte éducatif relève de l'unique responsabilité de l'Etat. Il fixe les orientations, il publie les programmes, il détermine les horaires et il est le seul à assumer le contrôle de la mise en œuvre de ses directives. Les collectivités locales n'ont aucun droit de regard sur le temps scolaire et si un maire voulait se mêler de pédagogie ou de contenu de l'enseignement, de qualités professionnelles du professeur l'Etat lui rappellerait ses... limites.
Or, sciemment, par son système de service minimum, Xavier Darcos instille un énième transfert : faire prendre en charge par du personnel non qualifié donc forcément moins coûteux, ne dépendant pas de la responsabilité de l'Etat, un temps scolaire qui relève légalement de sa responsabilité ! Je demeure persuadé que son insistance vise simplement à démontrer que les communes pourraient fort bien comme c'est le cas dans les pays nordiques ou anglo-saxons se substituer à terme à l'Etat pour gérer globalement les écoles. Darcos anticipe et prépare simplement l'opinion publique à ce nouveau transfert.
Tenez je prends date : quand une professeure des écoles maternelle sera malade, on peut facilement deviner la prochaine étape. L'Education nationale ayant perdu des milliers de postes décrètera le service minimum et... incitera les mairies à effectuer le remplacement avec les ATSEM... et lentement mais sûrement on ira vers deux idées forces du libéralisme : la destruction d'un système éducatif national et plus encore la chute de la formation nécessaire pour devenir enseignant. Et d'ailleurs c'est trop souvent le cas car les enseignants ne se rendent pas compte qu'en cédant la spécificité de leur métier à d'autres ils finissent pars e mettre eux-mêmes en danger.
Derrière l'insistance de Darcos on retrouve les idéaux de la Droite réactionnaire souhaitant une privatisation plus ou moins effective de l'enseignement en France ! Et les parents aveuglés par leurs problèmes personnels approuveront cette volonté qui les débarrasse un peu plus de leur responsabilité à l'égard du parcours de leur enfant.
PARTI PRIS INADMISSIBLE
Le Journal du Dimanche cite des membres du cabinet du ministre prévenant que « si les négociations sur la généralisation n'aboutissent pas, on passera par la loi » démontrant ainsi la volonté réelle d'un Ministre de passer par-dessus l'avis de plus de 20 000 maires qui n'ont pas accepté sa décision. Un véritable mépris pour les pouvoirs locaux mais il faut l'admettre puisque Darcos a été renvoyé chez lui par les habitants de Périgueux qui n'ont pas du comprendre le bien fondé de ses décisions ministérielles.
« C'est un engagement que nous avons pris qui est attendu par les parents d'élèves de droite comme de gauche dans toutes les communes de France », déclare de son coté le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre dans un communiqué qui a eu l'avantage d'être repris par les agences de presse preuve qu'il n'est pas censuré comme il le prétend ! Pour lui, il est dans l'intérêt des enfants « de ne pas subir une journée de plus loin de l'école » en mai, déjà marqué par de nombreux jours fériés.
 Les parents, eux, « ne peuvent être pénalisés une journée de plus » à rechercher une solution de garde. Par ailleurs, le député UMP des Hauts-de-Seine demande au maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui avait refusé d'appliquer le service minimum en janvier, « de prendre ses responsabilités (sic) et d'assumer ce pour quoi il a été élu: rendre service aux Parisiens » loin des partis-pris « idéologiques ». Un bel exercice de politique politicienne justement qui traduit justement le pire coté de la vie publique : justifier l'injustifiable.
DES REFORMES DANGEREUSES
Bertrand Delanoë avait alors jugé « inconcevable de sous-traiter à une commune une responsabilité de l'Etat ». on pourrait envisager que quand les policiers ne peuvent pas pour une raison ou une autre assumer leur service on demande aux Maires de prêter leurs policiers municipaux ou mieux les agents de sécurité de vois publique ou mieux encore des vigiles ! Pourquoi ne pas penser que quand les personnels des hôpitaux sont en grève on ne sollicite pas le maire pour organiser la continuité du service public de santé en affectant auprès des malades des aides ménagères ou des aides à domicile ? Si un jour il manque un juge on peut se souvenir que le Maire est Officier de Police judiciaire et qu'il est chargé de veiller au respect de la loi et lui demander de le suppléer.
La République française se délite par petites touches. L'unité nationale reposant sur le même service rendu égalitairement à tous les habitants est oubliée puisque désormais il y aura bien une école à deux vitesses avec des communes disposant des moyens humains pour répondre aux insuffisances de l'Etat et celles qui ne le pourront jamais. Tout maire qui participera à ce démantèlement progressif et organisé des services publics le fera par inconscience totale des enjeux ou plus certainement pas complicité politique.
Même les parents d'élèves de la PEEP, fédération que l'on ne peut pas suspecter de gauchisme outrancier sont circonspects sur les réformes ministérielles. Ils ont bien compris que le dispositif de remplacement des professeurs absents pour une courte durée, entré en vigueur en septembre 2006 sous l'autorité du premier ministre d'alors, Dominique de Villepin était déjà un échec et que la situation allait s'aggraver. Selon le sondage, 44 % des parents ont en effet constaté des absences non remplacées depuis le début de l'année scolaire. Malgré la réforme, le collège et le lycée semblent les plus concernés par les cours annulés faute de remplaçants que les écoles. « En matière d'éducation plus encore qu'ailleurs, on lance des réformes sans se soucier de leur efficacité. Puis on s'étonne quand des enquêtes internationales s'alarment sur l'aggravation de l'échec scolaire en France, déplore Anne Kerkhove nouvelle présidente de la PEEP. S'il y a aujourd'hui une leçon à tirer, c'est qu'il faut s'arrêter pour évaluer le travail accompli.» Elle aurait dû en parler à son Ministre favori qui lui a rendu visite pour annoncer le bienfait de ses réformes !
Mais je déblogue...
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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