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Mercredi 7 mai 2008 3 07 /05 /2008 07:47
Dans de nombreux villages de France on célébrera demain la signature à Berlin de l'acte de capitulation de l'Allemagne nazie. Le 8 mai 1945 demeure une date clé de la vie sociale française même si le plus souvent sa commémoration se déroule dans l'indifférence quasi générale alors qu'elle devrait être un vrai rendez-vous avec une certaine idée de l'Humanité. Voici le discours que je prononcerai ce soir (la manifestation est avancée au 7 mai à Créon par solidarité avec les « petites » communes voisines qui pourront demain mobiliser leurs habitants). C'est une position sur ce rendez-vous historique revêtant pour moi une importance politique particulière dans le contexte actuel d'un an de présidence de Niciolas Sarkozy. Le 8 mai devrait être pour tous les Républicains sincères, les gens de Gauche convaincus, les démocrates réveillés et les humanistes authentiques autre chose qu'un jour de congé.


« On grava dans la pierre à la chaude tonalité blonde ou dans le marbre gris glacé le nom de ceux qui avaient donné durant la Grande Guerre leur vie pour défendre une Nation. Impossible de trouver sur le territoire, un seul village qui n'avait pas accompagné la douleur d'une famille ayant appris que le fils, le frère ou le père avait laissé sa vie dans la boue, le froid, les gaz ou la fureur des bombardements.
En Afrique, par delà les mers ou les océans, on se contenta de constater qu'il n'y aurait jamais de retour pour ceux qui avaient été combattre loin de leur quotidien. Ils ne seraient jamais inscrits sur un monument dédié à leur mémoire. Ils n'auraient comme linceul que la terre de cette France qu'ils n'avaient jamais antérieurement foulé aux pieds. Ils auraient mérité tous, autant que Lazare Ponticelli, dernier combattant de cette guerre dévastatrice l'hommage de la Nation dans laquelle ils auraient probablement choisi de vivre mais qui ne les avaient accueillis que pour mourir.
Alors que partout, chez nous comme ailleurs, on fixa des plaques modestes dans le chœur des églises ou on dressa des monuments prestigieux en souvenir de ceux qui avaient simplement accompli, de gré ou de force, leur devoir. Ces patronymes, patiemment gravés pour qu'une reconnaissance éternelle soit accordée à ces serviteurs obscurs de la République, auraient pu constituer au moment de la montée du nazisme, les remparts à l'intolérance, à la haine, au déshonneur du renoncement à combattre les idéaux néfastes. On les couvrit de drapeaux mais on oublia les fondements républicains de leur comportement, de leur sacrifice, de leur dévouement.
On se contenta de croire que le souvenir serait plus efficace que la lutte collective pour repousser les miasmes de la revanche.
On laissa le champ libre à une montée inexorable du concept voulant que l'Homme soit un loup pour l'Homme qui paraissait différent.
On oublia les pleurs de ces femmes habillées de noir qui arpentaient discrètement les hameaux pour tenter de redonner un sens à leur vie.
On effaça la terreur, les larmes, le sang, la douleur pour ne vivre que dans l'apparente nécessité d'une réconciliation entre puissances.
On se résigna collectivement, au nom du réalisme politique, à admettre ce qui était pourtant déjà inadmissible.
On ferma les yeux sur un pouvoir destructeur de la solidarité, de la fraternité et de la liberté pour se contenter des certitudes que le monde meilleur passait par la réussite économique.
On ne rappela jamais que la pire des défaillances que puissent connaître les démocraties c'est la perte de leur mémoire sur les chemins sinueux de leur Histoire.
On avait pourtant assuré que ce serait la der des der, l'ultime affrontement entre des paysans, des commerçants, des artisans, des enseignants, des médecins, des fonctionnaires, des ouvriers, des gens simples ou instruits de toutes conditions, de toutes convictions, de toutes religions. Or la France se retrouva plongée dans le pire des drames qu'elle eut à traverser : la guerre 39-45 fut bel et bien celle de Peuples et plus seulement celle des militaires. Elle causa des millions de victimes innocentes, elle rabaissa la nature humaine à ses penchants les plus odieux. Elle révéla les aspects terribles de la délation, de la bassesse, de la trahison, de cette indifférence que seuls les vrais résistants surent briser.
Les monument ne pouvaient plus porter la liste des millions de victimes mortes loin des combats : enfants, jeunes, femmes, vieillards. Ils furent des millions emportés par une mort atroce dans la nuit et le brouillard. Ils furent toutes et tous les victimes de l'indifférence à l'égard d'idées et de comportements que l'on estima ne pas avoir à combattre au moment où ils devaient être combattus.
C'est la signification de cette cérémonie de commémoration de la signature de la capitulation de l'Allemagne nazie devant la force des armées alliées. Elle ne porte pas que les glorieux épisodes des affrontements des armées mais elle porte les visages ordinaires de gens ordinaires à jamais engloutis par une idéologie qui n'a en fait jamais totalement disparu de notre société puisqu'elle peut se montre au détour d'une banderole dans un stade, avec la profanation de cimetières, avec des déclarations inadmissibles dans un journal.
Les femmes ont été au cœur de cette dernier conflit mondial en Europe. D'abord comme les innocentes victimes de la solution finale. Ensuite avec ces figures fortes que furent Lucie Aubrac, Germaine Tillon récemment disparues et dont ne mesure le courage que quand on sait ce que furent la clandestinité, la torture, la déportation. Enfin il y a eu toutes celles qui connurent la séparation terrible avec leurs enfants, qui firent tourner la propriété, l'entreprise, la famille. Ces femmes qui, plus que d'autres, conduisirent le Conseil national de la Résistance à accorder à toutes les autres le droit de vote, les allocations familiales et la sécurité sociale.
Je vous remercie d'avoir une fois encore, à l'aube d'un nouveau mandat municipal fondé sur la citoyenneté, le respect, la démocratie, compris que sans une farouche volonté collective de ranimer en permanence la flamme de la mémoire nous sommes condamnés à mourir de froid. Votre présence conforte ce sentiment que je porte en moi depuis très longtemps que seule la valeur de l'exemple peut servir les valeurs républicaines. Or la France ne donne plus l'exemple au monde même si parfois elle prétend donner des leçons.
Nous ne pouvons pas nous contenter de mots mais il nous faut montrer par nos actes que nous restons farouchement résolus à combattre toute résurgence de l'exclusion par la race, par la religion, par les opinions, par la couleur de la peau, par simplement le comportement social.
La commémoration du 8 mai 1945 n'a jamais été pour moi autre chose qu'une affirmation d'une volonté collective de maintenir les principes essentiels du vivre ensemble dans un monde tolérant et pacifique. Elle doit rester le symbole de la révolte qui doit nous animer quand l'intolérable rôde autour de nous. Merci à celles et ceux qui ont su, dans la tourmente, il y a maintenant plus de 60 ans, oser se révolter.
Germaine Tillon, morte il y a quelques semaines à 101 ans, après avoir consacré toute sa vie à lutter contre les injustices espérait qu'un jour nous changerions notre devise républicaine en mettant le mot « fraternité en tout premier. Elle voulait ardemment que « liberté et égalité » viennent après le beau mot de « fraternité ». C'est en effet la vertu qu'elle aurait voulu léguer à ses contemporains.
Je reprends à mon compte ce vœu car jamais peut-être notre pays et notre monde n'ont eu autant besoin de redonner à la fraternité sa véritable place. Que ce 8 mai 2008 soit pour nous une étape de plus pour le devoir de mémoire que nous devons à toutes celles et tous ceux qui comme Germaine Tillon avaient donné un sens à des mots dont le poids devient de plus en plus mince pour le malheur des peuples oublieux".

Et pour une fois je ne déblogue pas trop... Du moins je le crois !

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Commentaires

bravo pour ce superbe et émouvant discours!!!!
puisse-t-il toucher le plus de gens possible!
Commentaire n°1 posté par marie-claire le 07/05/2008 à 10h25

Non, Jean-Marie, tu ne déblogues pas du tout ! Et Marie-Claire a raison, c'est un magnifique et émouvant discours que tu as prononcé ce soir, et je suis sûre que tous ceux qui l'ont écouté ce soir ont été profondément émus, comme je l'ai été moi-même en le lisant.
Peux-tu imaginer à quel point cette évocation d'une période que j'ai moi-même, comme bien d'autres, vécue a fait se réveiller de souvenirs douloureux...Mon premier souvenir d'enfant - ce n'est même pas à proprement parler un souvenir, mais plutôt une image qui s'est gravée à tout jamais dans mon esprit de jeune enfant (j'avais deux ans) - c'est la vision de mon père endossant la capotte de son uniforme militaire, et me prenant dans ses bras pour m'embrasser une dernière fois avant de partir rejoindre son régiment....
Tous les souvenirs me sont revenus à la mémoire, cet après midi, alors que je m'apprêtais à écrire ce commentaire. Je crois que nous avons vécu tout ce que tu évoques dans ce discours : la peur et l'exode sur les routes encombrées de malheureux qui fuyaient devant l'armée allemande, le retour à Blois parce que ma mère, employée de Mairie, avait reçu un message du Maire, un ami, qui lui demandait de rentrer pour ne pas laisser "la place" aux allemands, la découverte, à l'arrivée, de l'appartement ravagé par une bombe incendiaire, et l'obligation d'aller vivre chez les grands parents, et puis, tout ce qu'une population civile peut endurer , losqu'elle vit en zône occupée ! Je me souviens les nuits où ma mère me faisait dormir avec elle parce que je tremblais comme une feuille en entendant les lourds bombardiers allemands qui survolaient la maison pour aller larguer leur cargaison de mort, on ne savait pas où; je me souviens de la tristesse de ma mère et de mes grands parents, qui sont restés une année entière sans la moindre nouvelle de "leur" prisonnier, de leurs larmes lorsque la première lettre est arrivée , des lettres que l'on me faisait écrire(...à l'époque, on apprenait à écrire à l'école maternelle!) sur le papier fourni par l'armée d'occupation allemande, avec un crayon à papier, pour que l'occupant puisse gomer ce qui ne devait pas être lu dans les camps, je me souviens même que mon père était au stalag 18A...Et puis, je me souviens encore des balles traçantes qui passaient devant nos fenêtres et étêtaient le lilas de la cour; de l'abri que nous avions creusé dans le jardin, pour nous y abriter -de façon bien illusoire- lors de chaque alerte ou de chaque bombardement; de notre attente angoissée sur la route, le jour où ma mère, partie à bicyclette pour nous chercher du lait dans une ferme située à quelques kilomètres de là, n'est revenue que quelques heures plus tard, à pied....parce qu'un soldat allemand avait eu besoin de cette bicyclette qui lui était pourtant si précieuse pour aller au travail...Je me souviens aussi des longues heures passées à essayer de capter radio Londres... sous la photo de Jaurès qu'il n'était pas question de cacher, en dépit des risques !
Je me souviens de beaucoup d'autres choses, qu'il serait bien trop long de raconter ici. Deux derniers souvenirs, quand même : la liesse populaire qui a marqué le 8 mai 1945 - c'est le premier jour où j'ai mangé du "pain blanc" préparé à la hâte et avec amour par notre boulanger ; et enfin, le jour merveilleux où on est venu me chercher à l'école (en CM1) pour me conduire à la gare où mon père venait d'arriver. Je le revois au milieu d'un groupe de "libérés" : je l'ai reconnu (?) sans la moindre hésitation...
Je pourrais écrire des pages et des pages sur cette période qui n'a pas été vraiment insouciante, mais ne m'a pas laissé que des mauvais souvenirs, tant mon entourage, surtout composé de femmes, bien sûr, s'est ingénié à me protéger.
Il faudra bien un jour que je me décide à écrire, moi aussi, ma "Sauterelle Bleue"....

Commentaire n°2 posté par Annie PIETRI le 07/05/2008 à 22h59
Merci Jean Marie ...merci sincèrement pour ces mots si bien utilisés ..pour les phrases si réelles de ces années d'horreur pour de nombreuses familles.
Non , les familles qui pleurent encore ceux qui ne sont jamais revenus ne pourront jamais oublier que la paix est toujours obtenue mais à quel prix...
Les souffrances , les privations , la peur , les armes et une poignée d'hommes qui doit trouver des accords pour que les combats cessent .......les tueries ne comptent pas ... Quand tous les responsables de notre nouvelle EUROPE COMPRENDRONT CELA .

Comme Annie , je me souviens moi aussi ..ma grand Mére était commercante .. la grande maison réquisitionnée par le claquement des bottes"" 5 personnes dans une chambre avec un fils de 12 ans malade qui attendait la mort ...1 seul homme invalide restait dans ce petit pays ....que des femmes et l'agriculture en numéro 1. Seul mot d'ordre se taire tout se passerait bien ........

Ensuite mon enfance , adolescence a été marqué par les récits de mon pére ..Il s'était sauvé ...fait prisonnier à Lille et à pieds ILS SONT CONDUITS en Autriche .....ceux qui ne marchaient pas abatus.....ensuite camions et conduits dans des camps ...son meilleur repas " des sardines et du pin d'épice ""
cela a duré plus de 4 ans avec de l'eau sale , 1 patate , de la boue dans l'ecuelle.....trés malade des bronches ..par miracle rapatrié sanitaire .. j'ai connu mon pére malade toute sa vie . je ne l'ai jamais entendu prononcer des mots de haine , de vengeance c'était la guerre disait il....il a été le premier à conseiller ma plus jeune soeur de prendre une correspondante Allemande . LE PLUS BEAU CADEAU , je lui donné ..il m'a fallu 4 ans avec beaucoup d'aides diverses .....pour retrouver ses 5 copains d'infortune de milieu différents ...de régions différentes ...celui qui m'a donné le plus de mal était tout prés de moi Coutras .....changement de professions ...de situation géographique ...etc..un travail plus qu'ardu mais il m'a transmis sa force et j'ai réussi ....quelle fiérté ce jour là. CES HOMMES SE SONT TOUS REVUS ... mon pére est parti il y a 18 mois .2 de ses compagnons sont partis la même année.

JE crois que cet égoisme avec la vie actuelle épargnera beaucoup de personnes hommes ou femmes car l'histoire existe ...les histoires de toutes ces personnes qui ont donné leur vie pour sauver la FRANCE méritent plus que notre respect !

Je suis certaine que JEAN Marie ne déblogue pas dans cette magnifique reconnaissance ...Il en faudrait de plus nombreux qui suivent le même chemin...........
Commentaire n°3 posté par DANYE le 08/05/2008 à 01h42
D'accord avec Marie-Claire, De l'émotion pure !!
Et pourtant, après ces deux guerres mondiales, nous n'avons toujours pas compris, nous ne comprendrons jamais. Et la prochaine, celle de la FAIM MONDIALE, sera, sans doute, la vraie DER des DER pour l'espèce humaine ... J'ai peur pour mes enfants, j'ai peur pour leurs lendemains...
Commentaire n°4 posté par D'jeff le 08/05/2008 à 09h11

@Danye,
....mon père a été fait prisonnier, lui aussi, dans le Nord, à Cassel très exactement, où il aurait dû rejoindre son régiment qu'il n'a jamais retrouvé.... Ils erraient sur les routes, les uns ayant des armes, les autres des munitions..., mais sans jamais avoir eu réellement l'occasion de ce battre. Lui aussi, comme ton père, a rejoint la cohorte des prisonniers emmenés, à pied, en Autriche.... Voyage très éprouvant, on s'en doute, et tout au long duquel des informations contradictoires nous étaient fournies par des prisonniers évadés : c'est ainsi qu'à plusieurs reprises, on est venu raconter à ma mère  que l'on avait vu fusiller son mari sur le bord d'une route...et rien ni personne pour démentir, durant de longues semaines! Quel courage a-t-il fallu à ces femmes restées seules pour garder l'espoir de voir revenir un jour ceux qu'elles aimaient....Il a ainsi marché jusqu'à Klagenfurt,en Carinthie, près de la frontière Yougoslave. Ils étaient trois ou quatre amis qui ne se sont jamais quittés, et que nous avons revus à plusieurs reprises après le retour. C'est d'ailleurs lors de ces rencontres que nous en avons le plus appris sur leur captivité. Ils étaient dans une ferme où l'on cultivait les pommes de terre...et se sont "débrouillés" pour ne pas mourir de faim.....

Commentaire n°5 posté par Annie PIETRI le 08/05/2008 à 10h08
* ANNIE ..c'est un peu le même parcours que nos péres ont dû suivre .....les rumeurs , les fausses nouvelles nous arrivaient par les évadés aussi ..Par deux fois il a tenté de le faire...... ..battu , blessé , repris et attaché !!sauvé par le partage des faibles rations de ces camarades.. aucun paquet envoyé lui arrivait ....toujours subtilisé ... ses seules demandes sur des chiffons de papier"" ma maman qui réside en Bourgogne me le disait au tél hier soir "" de la nourriture ... de la nourriture ...ces journées sont de douloureux souvenirs pour ces millers de femmes qui souffraient sans savoir quand cela se terminerait. .QUEL COURAGE POUR TOUTES CES JEUNES FEMMES ET TOUTES CES MERES.

Je refuse de penser que les Francais doivent mourir de faim..je pense à l'avenir de mes 2 petits enfants aussi ...mais tout changera quand les hommes qui nous gouvernent retrouveront un semblant d'intelligence et d'humilité.....

Combien faudra t il de Coluche ....de bénévoles ... de secours populaire ... toutes les autres oeuvres de charité .. la solidarite du Conseil Général pour arrêter ce carnage des assistés ....on ne sait plus parler que du mot social...logement , nourriture , vacances ..il faut qu'il existe ** .. il donne des emplois , des notoriétes...des commissions ...notre monde est malade ! personne n'a encore trouve le vrai nom de cette maladie qui existe depuis un certain temps et qui va empirer. la grogne monte et s'emplifie un peu plus chaque jour .QUE SERA DEMAIN ? COMBIEN DE D'jeff tremblent pour leur descendance ?

NOUS NE POUVONS QUE SOUTENIR LES HOMMES , LES FEMMES
QUI COMME JEAN MARIE DARMIAN n'ont pas peur du mot "engagement " EN GIRONde nous pouvons être fiers de ces personnes ....qui crient les vérités qui nous arrivent les unes derriére les autres ........
Commentaire n°6 posté par DANYE le 08/05/2008 à 13h57
 
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