Les déjeuners à l'Elysée ressemblent à ces regroupements de conjurés qui se préparent à passer à l'offensive. On y réunit de temps en
temps des troupes à convaincre d'entrer dans la lutte ou prêtes à se ranger dans le sillage du chef. Il en a toujours été ainsi mais de manière plus ou moins ostentatoire. L'autre soir, Nicolas
Sarkozy avant voulu partager son gâteau d'anniversaire présidentiel avec 262 députés parmi... ses amis (ou réputés comme tels). Un petit souper pour renouer le dialogue avec ceux qui se demandent
tout de même légèrement si leur idole ne les conduits pas vers le précipice en jouant de la flûte aux rythmes changeants. Certains auraient eu si l'on se fient aux diverses fuites livrées par la
presse la digestion difficile. Il a en effet tapé à bras raccourcis sur Chirac l'accusant d'avoir mal gouverné la France et surtout il a raillé les multiples candidatures de son prédécesseur.
"Moi, j'ai été élu dès la première fois", a-t-il fait remarquer selon un convive choqué par cette vantardise mal placée car de multiples participants doivent leur siège... à Jacques Chirac
et pas nécessairement à celui qui se prend de plus en plus pour un nombril ! « C'était un discours tourné plus vers le passé", a déploré Jacques Le Guen. "J'ai eu l'impression que
c'était un discours de campagne électorale. Cela ressemblait plus à un rassemblement de militants qu'à un rassemblement d'élus avec le président ». Ce gars là ne sera plus des déjeuner au
palais présidentiel car il n'a pas encore compris que quand on va mal on ne peut se refaire une santé que sur le dos des autres. Rien ne vaut une ou deux bons ennemis pour relancer une solidarité
accrue.
Selon un autre député villepiniste, Nicolas Sarkozy s'en est pris à la presse. « Il n'y a pas d'opposition. C'est la presse qui fait fonction d'opposition », aurait-il dit à ses invités pour les
persuader que tout ce qui arrive de mauvais à la majorité en ce moment ne serait dû qu'à un manque de docilité d'une poignée restreinte mais active de journaliste peu compréhensifs. Jacques Chirac,
François Mitterrand, Charles de Gaulle, mais aussi François Bayrou, et, de nouveau, la presse : nul n'a échappé à la charge de Nicolas Sarkozy, hier, lors d'une réception censée remobiliser les
députés UMP. De Gaulle et Mitterrand ne pourront pas se défendre.
Chirac empêtré dans ses déboires judiciaires ne peut pas s'exprimer sans risques majeurs. Bayrou lui n'a même plus le fauteuil de maire de Pau pour la ramener. Il ne reste donc que la presse.
Le chef de l'Etat a par exemple accusé les médias de ne pas avoir assez relayé la condamnation de Ségolène Royal pour refus de paiement de ses anciennes collaboratrices. La cour d'appel de Rennes a
en effet donné raison le 10 avril à deux anciennes attachées parlementaires de Mme Royal, qui réclamaient depuis 1997 le versement de plusieurs mois de salaires non payés. OFFENSIVE TOUS AZIMUTS Incroyable qu'un Président de la République puisse s'ériger en directeur des rédactions nationales et accuser
L'Express, le Parisien, l'AFP et le Journal du Dimanche de ne pas avoir assez développé cette information sur son ancienne rivale. Incroyable que celui qui a bénéficié à de multiples reprises de
« services personnalisés » des médias détenus par ses amis de un an puisse tomber si bas.
Le président de la République, qui fait la "une" de Paris Match le même jour avec son épouse, a aussi vertement critiqué Marianne, qui titrait "Putain, 4 ans..." son numéro du 3 mai. "Dans un
pays où il n'y a plus d'opposition, la presse s'attribue la fonction d'opposition", a estimé M. Sarkozy, selon la députée du Val-de-Marne, Marie-Anne Montchamp, citée par l'AFP. C'est très
inquiétant pour la démocratie dans notre pays et pas un seul journaliste ne devrait être indifférent à ces charges dramatiques pour leur indépendance. Même s'il est habituel que les auteurs de
turpitudes diverses mettent en accusation celles ou ceux qui les rapportent davantage que celles et ceux qui en sont les auteurs ont ne peut rester que pantois devant des attaques aussi ciblées
dans un pays où le journalisme n'est guère outrancièrement critique. Ces critiques ont été appuyées par l'UMP. Celle-ci a, une nouvelle fois, accusé, l'AFP de "censure" pour ne pas avoir diffusé
son communiqué sur la condamnation de Mme Royal. L'UMP a regretté "que, sous couvert d'une ligne éditoriale, l'AFP censure un parti politique".
Le 1er mai, déjà, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, avait déploré, par lettre ouverte au PDG de l'agence, Pierre Louette, l'absence de reprise d'un de ses communiqués contre Mme Royal. Le
lendemain, la Société des Journalistes (SDJ) de l'AFP avait dénoncé des "tentatives de pressions politiques", rappelant que cette affaire avait été largement couverte. Les syndicats de
l'agence ont aussi dénoncé ces "pressions".
Sous le titre « Deux poids, deux mesures », l'UMP renouvelle ses attaques contre l'AFP, lui reprochant de ne pas avoir repris ce fameux communiqué qui devait avoir une importance capitale
pour la vie quotidienne de millions de Françaises et de Français. Le parti affirme que ce nouvel épisode « pose la question de la situation de quasi-monopole de l'AFP, de sa soi-disant ligne
éditoriale et de l'objectivité qui lui est demandée dans ses statuts » (sic). LA CHASSE AUX SORCIERES
Quelques heures auparavant on avait élargi le cible en taillant le Journal du Dimanche pour ne pas avoir publié dans son édition papier un sondage plus positif que les autres sur sa récente
intervention à la télévision. Or j'ai à de nombreuses reprises attiré l'attention des lectrices et des lecteurs de L'AUTRE QUOTIDIEN sur le rôle des sondages du JDD qui construit grâce à sa
propension à sonder sur tout et n'importe quoi une opinion dominante désastreuse. Nicolas Sarkozy confirme bien cette facette du système médiatiQue en reprochant justement à cet hebdo de ne pas en
avoir encore assez fait en sa faveur.
Le directeur des rédactions du Parisien, lui aussi mis eu banc des accusés, Vincent Régnier, a estimé parfaitement infondés les reproches faits au quotidien. Dans une mise au point publiée dans
l'édition de ce matin du Parisien/Aujourd'hui en France, le directeur des rédactions du quotidien écrit que ses « propos sont parfaitement infondés », soulignant que Le Parisien a fait état de
l'affaire Ségolène Royal, à plusieurs reprises, et en donnant la parole aux différents protagonistes. Mais c'est probablement insuffisant ! Il est devenu angoissant qu'un erspônsable de quotidien
soit contraint de se justifier après des propos tenus devant des représentants du Peuple par le garant de la liberté... le la presse !
« Notre exigence, au Parisien et Aujourd'hui en France, est d'informer au quotidien sans parti pris, avec rigueur et en toute indépendance », conclut Vincent Régnier. Mais qui donc lui demande de
faire le contraire ? A sa place je serais très inquiet sur mon job quand on sait quelles sont les pratiques actuelles du pouvoir... républicain !
Certains membres de l'UMP se sont d'ailleurs opportunément démarqués du dernier communiqué de leur parti contre l'AFP. Pour l'élu parisien Bernard Debré / « c'est une méthode inefficace, inamicale
et inutile. Si on n'arrive pas à faire passer un communiqué, c'est qu'il n'est pas intéressante ». Le 2 mai, la Société des Journalistes de l'Agence avait vu dans la diffusion de cette lettre
ouverte des « tentatives de pressions politiques ». Ces gars là doivent être des « persécutés » ou des « gauchistes » véhéments car ils n'ont aucune crainte à avoir dans ce domaine. En fin presque
! DEUX POIDS DEUX MESURES
Le groupe Lagardère Active (Lagardère vous avez celui qui fait du vélo avec l'hôte de l'Elysée), qui édite Le Journal du dimanche (JDD), a en effet annoncé, pure coïncidence, le départ de Jacques
Espérandieu, directeur de la rédaction du... JDD. Dans une allocution très brève devant les salariés, M. Espérandieu a déclaré : "Ce départ, je ne l'ai pas souhaité." Il avait rejoint le
journal en septembre 2005 avant d'être nommé directeur de la rédaction fin 2005. M. Espérandieu n'a pas voulu commenter davantage ce qui ressemble étrangement au départ spontané du directeur de
Paris Match. . Christian de Villeneuve devrait le remplacer.
Ce transfuge du Parisien avait rejoint le groupe Lagardère fin 2006 au plus fort de la campagne pour les Présidentielles. L'histoire semblait donc écrite dès l'arrivée de M. de Villeneuve comme
directeur général des rédactions de la presse magazine France (Le JDD, Paris Match, Elle...). "Il nommera dans les prochaines semaines un directeur de la rédaction délégué", précise
mercredi le groupe Lagardère. Recruté en interne ou à l'extérieur.
"Les pressions ont été fortes, mais Espérandieu a résisté", soulignaient plusieurs journalistes du JDD. Il avait même été reçu par... Nicolas Sarkozy (tient donc), qui ne voulait pas de
nouvelles vagues après le licenciement d'Alain Genestar, le directeur de Paris Match, remercié en juin 2006 pour avoir publié une photo de Cécilia Sarkozy et de Richard Attias en "une" de
l'hebdomadaire. Répondant aux inquiétudes de la rédaction sur l'indépendance, Didier Quillot, président de Lagardère Active Média, venu s'expliquer devant les salariés, a affirmé que "la
direction n'avait pas la moindre volonté d'influence sur la ligne éditoriale". C'est certain vous pouvez leur faire confiance : ces gars là tiennent leurs promesses mais on ne sait pas vis à
vis de qui.
Ce nouveau accroc médiatique intervient après la faute lamentable commise par le détestable Jean pierre Elkabbach. Lui en revanche a trouvé des patrons compréhensifs malgré une prise de position
très critique de la rédaction d'Europe 1. A l'issue de son audition, le C S A dont on connaît le sévérité (sic) a adressé à la société éditrice « une mise en demeure de respecter l'obligation, qui
s'impose à tous les services de radio et de télévision, d'assurer 'l'honnêteté de l'information' conformément aux stipulations de la convention conclue avec le Conseil le 11 juillet 2005 ». Dans un
communiqué, Lagardère Active a dit prendre acte de la décision du CSA et a tenu « à rappeler à cette occasion son soutien à Jean-Pierre Elkabbach, à Europe 1 et à l'ensemble de ses équipes,
dont la rigueur et le professionnalisme font la réputation de la station ». Il est vrai qu'Europe 1 n'a pas été placée sur la liste des médias ayant commis un crime de lèse majesté.
Elkabbach, lui ne risque rien : il ne sera pas viré car soir il déjeune à l'Elysée, soit il est payé à la télé par... les contribuables, soit il sert la soupe à ses maîtres. Lui il ne manquera pas
la diffusion d'une info hostile à Ségolène Royal ou un communiqué de l'Ump ou plus encore un coup de pouce à son maître. Et pourtant jamais la situation médiatique n'a été aussi préoccupante mais
lors d'un pont prolongé comme celui qui est ouvert on pourrait même faire un coup d'état sans que la France se réveille !
Mais je déblogue...
GRAINS DE SEL