Cette chronique a été écrite et publiée le 12 mai 2007... Déjà on parlait des rapports entre la Droite et les médias... Le ton
s'est durci ! Bon retour en arrière
Quand on fait le point sur la situation du système médiatique français on s’accorde généralement à reconnaître qu’il n’existe véritablement, à l’échelle nationale, que 4 journaux que l’on peut
qualifier de réellement indépendants du pouvoir politico-économique. Attention il ne s’agit pas de mettre en doute le contenu des autres mais tout simplement de constater que leur survie dépend
essentiellement des fonds injectés par des financeurs plus ou moins intéressés. Le mal gagne également la province et il faut bien avouer que des régions entières sont désormais sous contrôle par
la situation de monopole ou par la constitution de réseaux apparemment diversifié mais, dans les faits, monolithique.
Le Canard Enchaîné, Politis, Marianne, Charlie Hebdo résistent encore dans un monde où les puissants s’offrent un groupe médiatique comme
autrefois leurs prédécesseurs entretenaient des bataillons de danseuses. Ils achètent un château dabs le Bordelais pour mettre sur leur table entre amis et il se font porter le soir à leur
domicile la morasse de la une de leur quotidien. Cette réalité aura fortement pesé sur la vie démocratique du pays tant par les dits que par les non-dits. Le phénomène n’est pas moindre dans le
secteur de l’audiovisuel où les " indépendants " sont à la marge et sur le " web " mais n’entreront jamais dans le PAF actuel.
Il est de bon ton de renoncer à dénoncer cette situation globale car elle relèverait, comme beaucoup d’autres du fantasme politique partisan.
En plus elle repose sur une mise en cause des qualités d’une profession dans sa globalité alors que très majoritairement elle témoigne d’une honnêteté intellectuelle indiscutable. Le propos
devient donc tôt ou tard dangereux car il est caricaturé en outrance politicienne de bas étage. Et pourtant… La réalité quotidienne est là : le danger ne vient pas toujours de la manière
dont sont traité les sujets mais de la place qu’on leur donne dans la hiérarchie quotidienne de l’info. On vient cette semaine d’en vivre un exemple concret qui selon moi illustre parfaitement
cette dérive de l’autocensure qui fait au moins autant de ravages que le contenu de ce qui est publié. Impossible d’y voir du parti pris puisque pour une fois il ne concerne pas l’intouchable
Sarkozy mais les socialistes !
Dans le livre qui dans un livre qui va faire fureur " Femme fatale " publié chez Albin-Michel deux journalistes du Monde ,
Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, évoquent une "crise conjugale" entre François Hollande et Ségolène Royal qui "prend un tour politique" avant l'investiture de cette dernière
en novembre 2006. Cet ouvrage dont je me garderai bien dans le contexte actuel d’apprécier le contenu pose un problème de fond pour la qualité du système médiatique français. En effet l’une des
auteures, Raphaëlle Bacqué explique qu’il ne s’agit pas d’un bouquin " pipole " mais que "la Femme fatale "est une enquête politique, pas un livre sur la vie privée du couple"
. Dont acte.
UN SILENCE OPPORTUN POUR UN LIVRE OPPORTUNISTE
Il faut donc reconnaître qu’il y a dans leur démarche qui n’a rien d’exceptionnel un hiatus de taille. Comment deux journalistes payées par le
plus grand quotidien français, renommées toutes deux pour leurs qualités professionnelles indiscutables, très en cour au Monde ont pu dissimuler… à leurs lecteurs toutes les informations qu’elles
possédaient ? Es
t-ce que l’éthique ne leur imposait pas d’écrire au fur et
à mesure de leur " enquête " faite dans le cadre de leur boulot quotidien ce qu’elles savaient et qui visiblement était décisif dans le cadre de la campagne interne du Parti
socialiste ? Ont-elles proposé à leur brillant directeur de la rédaction des papiers sur le sujet ? Les a-t-il refusés ? Dans quel but ? Le fondement même d’un support
médiatique est en cause puisque ses salariées utilisent un autre support pour livrer des informations capitales pour comprendre la manière dont s’est déroulée un période réputée démocratique de
la vie politique nationale. N’a-t-on pas passé un marché avec elles en leur demandant d’attendre les résultats du second tour avant de dévoiler ce que bon nombre de personnes savaient mais ne
pouvaient dévoiler sous peine d’être traduit devant un tribunal populaire…vengeur ?
Ces deux femmes ont accumulé une foule de preuves, de récits, de descriptions de moments réputés secrets qu’elles on conservé de par elles pour
les étaler sur la place publique massivement afin d’ouvrir les yeux à des militants éberlués.
En dehors de toutes considérations sur le cas précis il faut considérer que ces révélations posent forcément le problème de l’indépendance des
médias qui n’osent plus aller au fond des choses. Il démontre que dans le fond il faut tout savoir sur un événement mais ne le dévoiler que quand cela n’a plus d’influence sur… les lectrices et
les lecteurs. En plus, comme entre temps ce que bien des gens subodoraient prend une allure officielle en étant présenté sur de multiples plateaux télé, on en fait un succès de librairie beaucoup
plus rentable qu’une publication régulière dans un quotidien. Le journaliste d’enquête devient un infirme de l’info jusqu’au moment où il sait qu’il ne risque plus rien en balançant tout ce qu’il
a recueilli aux frais de son journal et se mettre à l’écrire ! Il faut s’attendre dans quelques jours ou au plus quelques semaines à ce que un ou deux journalistes explorent le camp Sarkozy…
mais encore faudra-t-il qu’ils trouvent un éditeur suicidaire.
MIS DANS DES PLACARDS DORES OU CLOUES AU PILORI
L’indépendance qui permet la révélation, la véritable information que les autres n’ont pas, la remise en synergie d’éléments apparemment
disparates n’existe quasiment plus. Et pire : les journalistes qui veulent encore y croire sont rapidement ramenés à la réalité. Ils perdent leur boulot, ne sont plus embauchés car suspectés
d’être des emmerdeurs permanents, des empêcheurs de tourner en rond quotidiennement. Ils sont bannis de la presse bien pensante ou mis à l’écart par leur hiérarchie dans des placards dorés. Le
mal s’insinue partout. Il ne se voit pas mais il est pourtant bien réel. Impossible de quantifier ce comportement qui n’a rien de répréhensible mais qui pèse sur le comportement global des médias
à l’égard des pouvoirs en place. Le directeur de Paris-Match n’aura été que
la partie visible d’un iceberg beaucoup plus retors.
On l’a bien vu dans l’affaire Clearstream où ce pauvre Denis Robert aura enduré les pires sarcasmes pour avoir dénoncé des faits que les autres
avaient oubliés. Il n’a été soutenu dans ces démêlés moralement terribles et financièrement dévastatrices avec la justice que par une frange de ses collègues. Son comité de soutien pressent cette
indifférence mortelle de ses pairs et sait que depuis dimanche dernier son sort ne suscitera pas un engouement dans la profession. Il a donc cette semaine regretté l’absence d’un soutien franc,
massif et protecteur de la communauté journalistique dans son ensemble. Il a appelé les journalistes à envoyer une photo de leur carte de presse afin de les mettre en ligne sur le blog. Les
écrivains peuvent de leur côté envoyer une copie de leur carte professionnelle.
"Soutenir Denis Robert, c'est organiser un cordon sanitaire autour de ceux dont le métier est d'informer et montrer que les journalistes savent aussi se mobiliser et résister aux pressions
qui s'intensifient pour contrôler l'information", estime le comité. Il a en effet eu le mérite de lancer une véritable débat sur la protection de sources d’information car toute le fameux
" courant clair " aura tourné autour de ce fondement du journalisme. Il paie cher, très cher son audace d’avoir transgressé le silence des agneaux du journalisme.
ACTIONS PRECISES ET CONCRETES
D’ailleurs ça n’a pas échappé au pouvoir politique actuel. Comme il ne reste quasiment que le Canard Enchaîné qui ose foncer à partir de
sources extrêmement fiables, le rouleau compresseur s’est mis en route dès le second tour des présidentielles oublié. Deux actions concrètes, précises, incontournables n’ont pas angoissé les
citoyennes et les citoyens d’un pays anesthésié par les sondages. On préfère parler des problèmes des
couples plus proches des gens que des événement mettant en cause les fondements de la démocratie.
D’abord la justice a fini par coincer le flic qui a dévoilé l’enquête commanditée par la hiérarchie du Ministère de l’Intérieur sur le proche
de Ségolène Royal venu de Greenpeace. Il apprendra ce que veut dire le droit de réserve. Une remarquable efficacité qu’on aimerait bien voir appliquer aux nombreuses fuites qui émaillent toutes
les grandes affaires judiciaires et toutes les enquêtes sur les bavures poLicières. Un signe fort est donné : toute personne qui sera prise en flagrant délit de crise de conscience par
rapport aux ordres qui lui seront donnés sera immédiatement sanctionnée… On donne le change en allant chez l’avocat de Sarkozy comme s’il était assez idiot pour avoir conservé, chez lui, dans son
bureau professionnel le double d’audition du responsables des services secrets qu’ils auraient obtenus avant la date annoncée. Entre nous si cet avocat de l’ex-Ministre de l’Intérieur avait
commis une telle bourde il lui faut le virer de suite. L’avertissement n’est pourtant pas sans frais dans la période actuelle.
Ensuite il fallait montrer que si " l’émetteur " de l’info malvenue était " sanctionable ", le " récepteur " ne
le serait tout autant. Quelques heures plus tard un juge d'instruction a donc tenté en vain d'effectuer une perquisition dans les locaux du… Canard enchaîné dans une enquête visant
d'éventuelles violations du secret de l'instruction dans l'affaire Clearstream. Le signal est… clair : il n’y a plus de lieux sanctuarisés pour les contre-pouvoir. Et c’est immédiatement mis
en action. Sans délais !
La filière médiatique est ainsi mise sous contrôle à travers ces faits qui interviennent dans la semaine qui suit l’élection présidentielle.
Etranges coïncidences… ou manifestement inquiétantes coïncidences. Mais qui s’en préoccupe ?
Mais bien évidemment je déblogue…
JE PRENDS UNE SEMAINE DE VACANCES.
Je vous propose donc chaque jour une chronqiue écrite antérieurement pour vous démontrer que L'AUTRE QUOTIDIEN a parfois un peu d'avance sur la réalité.
GRAINS DE SEL