Mercredi 14 mai 2008
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C'était avant les municipales et les cantonales d'il y a maintenant 2 mois. Chronqiue écrite et publiée le 14 mai 2007.... A
méditer après les résultats enregistrés le 16 mars dernier !
La rumeur enfle à Paris et elle commence à gagner les Provinces. Elle a même été évoquée au Conseil national du P.S. avec une information plus
précise délivrée par le Premier secrétaire. Certes rien ne se fera dans le courant du mois de mai mais il y a fort à parier qu’elle devrait se concrétiser au début de l’été durant la session
parlementaire. Nicolas Sarkozy reviendrait ainsi, avec la complicité du conseil constitutionnel, sur un engagement pris par sa majorité sortante et par lui-même. Mais dans le fond rien ne permet
d’affirmer que le bon peuple lui en tiendra rigueur. Profitant de la dynamique créée par des Présidentielles victorieuses et des législatives qu’il espère aussi satisfaisantes, le nouveau
Président s’assoirait sur l’engagement de repousser les élections municipales dans le courant du mois de mars 2008. Il est vrai que l’enjeu pour ses amis est assez important pour qu’il tente une
nouvelle manipulation du calendrier électoral. En effet en 2007 ils auront raflé tous les pouvoirs nationaux mais il leur manque beaucoup ceux qui sont au contact direct de la population.
Là, le hold-up est beaucoup plus délicat à réaliser car le rouleau compresseur médiatique n’a aucune efficacité… La télé et les sondages ne
servent plus à façonner à convenance l’opinion dominante. Alors il ne faut surtout pas attendre pour rentabiliser les efforts de ce début d’année. Les résultats dans les principales villes
françaises ne sont pas en effet pas du tout satisfaisants malgré les apparences.
Bordeaux en est l’illustration parfaite mais on peut y ajouter quelques autres situations paradoxales. Caen, que la gauche essaie en vain de
conquérir depuis des générations, a voté socialiste à 56,60 % (contre 50,5 % en 1995). Saint Etienne, dirigé par un maire UMP, n'a accordé qu'un médiocre 48,44 % à Nicolas Sarkozy (Jacques Chirac
avait réuni 53,7 % des suffrages en 1995). De nombreuses préfectures ou sous-préfectures de taille modeste telles Rodez (Aveyron), Privas (Ardèche), Sedan (Ardennes), Laon (Aisne) ou Laval
(Mayenne) ont placé Ségolène Royal en tête alors même que leur département votait en majorité en faveur de Nicolas Sarkozy. Même là où les bastions traditionnels de la gauche vacillent le
département du Nord , les villes résistent (Lille donne 55,92 % des suffrages à Ségolène Royal, contre 53,1 % pour Lionel Jospin en 1995). De plus, malgré un score national inférieur à celui de
Jospin en 1995, Royal fait mieux dans de nombreuses villes (Grenoble, Le Mans, Montpellier, Brest, Clermont-Ferrand...). Et comme a contrario Paris et Lyon n’ont pas témoigné d’un farouche
ancrage à gauche, il faut en profiter. Dans tous les cas, plus on s’éloignera et plus l’effet " présidentielles " s’effacera. L’entourage de Sarkozy le sait !
LE RETOUR SUR INVESTISSEMENT
Ces résultats sont actuellement passés à la moulinette par le Ministre de l’Intérieur. On les dissèque comme ceux des cantons renouvelables
afin de connaître avec exactitude le retour sur investissement que constituerait un accord avec Jean Louis Debré, néo-Président du Conseil constitutionnel. Selon les affirmations de François
Hollande les pourparlers auraient déjà débuté. Il faut en effet expliquer que la modification des dates des échéances électorales effectuées par l’Assemblée nationale puis le Sénat doit être
avalisée par le Conseil constitutionnel. Or il se trouve que, normalement, cette noble institution UMP ne devrait pas accepter ce retour sur un engagement pris compte tenu des délais (moins d’un
an). Il y a aussi, l’Association des Maires de France, qui avait déjà vivement réagi à une tentative de retour en arrière tentée par Nicolas Sarkozy ou quelques-uns de ses proches.
Nicolas Sarkpzy avait donc fait machine arrière devant les maires de France : " après avoir mûrement réfléchi, j'ai décidé que le
calendrier des élections municipales, cantonales et sénatoriales ne sera pas modifié", avait déclaré le ministre de l'Intérieur devant le 89e congrès des maires de France. Il avait expliqué
avoir " pesé le pour et le contre " entre " l'avantage pour le prochain gouvernement de disposer d'une longue plage de travail sans élection " et " l'inconvénient "
pour les élus d'avoir à enchaîner les élections en 2007. Plusieurs de ses amis n’ont pourtant pas renoncé à la modification car ils voient surtout leur intérêt.
Certains proposent septembre mais dans un souci de ne pas trop forcer la main on s’orienterait vers fin octobre début novembre ce qui aurait
pour avantage de ne pas à l’avenir mettre en concurrence les échéances électorales en cas de concomitance. Comme le freluquet de Baroin va devoir laisser la place à un fidèle parmi les fidèles on
peut compter sur une opération savamment réglée. Il suffira de trouver un bon prétexte pour que les députés se penchent sur ce sujet de la plus haute importance et de demander aux copains de se
préparer dans le cadre des législatives en cours.
UN INCONTESTABLE HIATUS
La bizarrerie française réside dans le fait que les électrices et les électeurs font depuis des années plus facilement confiance aux gens de
gauche pour gérer leur quotidien local que pour leur confier les clés du pouvoir central. Des milliers de mairies sont gérées par des socialistes, les récentes cantonales avaient vu une douzaine
de départements basculer dans le rose (59 conseils généraux contre 49 à la droite), la quasi totalité des régions sont à gauche… mais ce " pactole " impressionnant ne produit jamais
l’effet escompté depuis maintenant quelques échéances nationales consécutives. Il faudra bien un jour avoir le courage de s’interroger sur ce hiatus entre des réalités contradictoires.
N’empêche que Nicolas Sarkozy devra compter avec ce " tissu " solidaire très compact qui s’est installé sur le territoire depuis
plusieurs années. Il va tout faire pour desserrer ce qui risque bien de devenir le seul contre pouvoir réel dans la pays. Quand l’Assemblée nationale, le Sénat, le conseil constitutionnel, le
conseil d’état, la Cour des Comptes, le Conseil Supérieur de la Magistrature, le Conseil supérieur de l’Audiovisuel… sont présidés ou " meublés " par des élus ou des personnalités
nommées issues de l’UMP on atteint le niveau le plus inquiétant pour la démocratie depuis belle lurette. Jamais du temps de Mitterrand, quel que soit l’avis de ses détracteurs il n’avait
bénéficié d’une telle palanquée de pouvoirs acquis à sa cause.
ABSOLUE SEPARATION DES POUVOIRS
Montesquieu, auquel on a souvent référence, insistait sur l’absolue séparation des pouvoirs a fin de respecter un véritable équilibre. Il
distinguait trois fonctions devant être organiquement distinctes les unes des autres : " la fonction de faire des lois : faire des règles générales qui sont applicables à tous les
citoyens sans exception ; la fonction d'exécuter : elle consiste à appliquer les règles générales aux cas particuliers et s'assurer que règnent la paix et la sûreté qui seules permettent
l'entrée en vigueur des lois ; la fonction de juger : elle consiste à punir les crimes, sanctionner ceux qui enfreignent la loi. Elle consiste également à trancher les différends des
particuliers à propos de l'application des lois. ". Cette séparation en France n’est plus que théorique car dans les faits elles sont désormais au seul service d’un homme et d’un parti.
Seuls les supporteurs inconditionnels peuvent prétendre le contraire. Dans quelques semaines le pouvoir central sera totalement aux mains de l’UMP ou de ses affidés.
Le problème c’est que la fracture va s’accentuer entre les exigences que manifestent au quotidien les citoyennes et les citoyens vis à vis de
leurs élus locaux alors que ces derniers seront otages de l’échelon national. Il suffira patiemment d’étrangler financièrement et réglementairement les communes, les départements, les régions qui
déplaisent en transférant des responsabilités sans les crédits qui vont avec.
Il va falloir que la résistance s’organise solidairement très vite à ce niveau de proximité avec les gens. Et c’est certainement ce que l’UMP
voudra empêcher le plus rapidement possible en profitant de la dislocation interne du PS et de son incapacité à réagir après les législatives pour hâter le renouvellement.
Dans un tel contexte il paraît bien vain, en effet, de parler présidentielles 2012 au PS alors que les têtes de liste pour les municipales, les
candidat(e)s aux cantonales devront probablement être désignés dans l’urgence. Forcément une nuit des longs couteaux sera passée par là et aura effectué des ravages à la base. Il faudra encore
une fois la digérer sur le terrain. Dans le fond Sarkozy se contentera d’exploiter les faiblesses d’adversaires essentiellement préoccupés d’obtenir des victoires internes leur permettant
d’essuyer ensuite des défaites externes.
Mais je déblogue…
GRAINS DE SEL