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LES STATISTIQUES

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Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /2008 13:41

Chaque fois qu'il a rencontré son ami pour quelques mois encore, George W. Bush, le Président de la République française s'est senti obligé de faire du suivisme, afin de démontrer qu'il appartenait aux « grands » de ce monde. Ce choix politique, car il s'agit bel et bien d'un choix politique, a conduit la France à intégrer le dispositif de première ligne de l'OTAN, et donc à participer avec beaucoup plus de moyens aux dispositifs en place sur divers théâtres d'opérations militaires. Ces prises de position consistant à annoncer aux responsables américains que notre armée, en piteux état sur le plan matériel, allait accroître sa présence en Afghanistan, alors que quelques semaines plus tard, il fallait annoncer qu'elle n'avait même plus les moyens de maintenir son niveau de présence sur le territoire national. Tous les analystes objectifs avaient à ce moment-là prédit que l'envoi d'un contingent supplémentaire de quelques centaines d'hommes constituait une erreur, dans la mesure où personne ne savait trop si nous avions les disponibilités humaines. Annoncer des milliers de suppressions de postes, des réductions de crédits d'équipement drastiques colle mal avec une volonté démonstrative de jouer dans la cour des grandes puissances. Le niveau des différents engagements (Liban, Côte d'Ivoire, Tchad, partiellement Afghanistan...) suffisait amplement aux possibilités qui sont les nôtres. En effet, bien des casernes sont vides, en raison des indispensables rotations sur les lieux d'intervention et, surtout, les matériels s'avèrent très insuffisants.
Dès le lendemain du 11 Septembre 2001, la France avait suivi les États-Unis dans sa chasse aux talibans et à Al-Qaida. D'abord, avec son aviation puis, dès 2002, avec ses troupes au sol. Elle a hérité du contrôle alterné de Kaboul, la capitale. Une zone stratégique, mais pas la plus dangereuse. La France, qui participe aux frappes aériennes, est aussi chargée de la formation des officiers et forces spéciales de l'armée afghane, ainsi que du déminage du secteur. La décision, prise ce printemps par Nicolas Sarkozy, d'envoyer 700 hommes supplémentaires, porte à 2 600 le nombre de Français qui seront sur place d'ici la fin du mois. Ces renforts ont été envoyés dans la province de Kapisa, au nord-est de la capitale, pour prendre le relais des Américains. La France vient aussi de reprendre le commandement de Kaboul, qu'elle partage avec l'Italie et la Turquie, et où elle compte aujourd'hui 1 400 hommes. Une lourde responsabilité dans un contexte où les talibans, alimentés par des combattants venus de l'extérieur, reprennent l'offensive avec un soutien plus ou moins grand de la population de certaines provinces.
UNE ATTAQUE TRES INQUIETANTE
Pour masquer la faiblesse pathétique des moyens engagés par l'armée française en Afghanistan, et surtout la totale incapacité de la France à déployer 3.000 hommes sur n'importe quel théâtre d'opérations sans travailler auparavant quarante ans sur le projet, pour finalement recourir à la logistique américaine, on a parlé du très  «impressionnant » dispositif aérien, qui se résume en fait à sa plus simple expression, faute de moyens disponibles : deux Super Etendard, appareils dont le premier prototype a volé en... 1974, et trois Mirage 2000, appareils dont le premier prototype a volé en... 1978, et qui était conçu, au départ, pour être un intercepteur et un avion de supériorité aérienne. Aucun hélicoptère de combat (officiellement), seul type d'appareil actuellement en service dans l'armée française, pouvant être efficace pour les missions d'appui-sol... et qui a singulièrement manqué hier. Certains prétendent que ce sont les soldats eux-mêmes qui s'achètent des treillis convenables ou des gilets de combat, afin d'être plus opérationnels. On affirme aussi que les engins de transport des troupes les rendent vulnérables, car ce ne sont que des « véhicules de transport », sans véritable protection en cas d'attaque. Pas de système de détection des bombes disposées sur les itinéraires...et pas de protection du plancher de certains véhicules en aluminium. Bien évidemment,  si quelqu'un publiait une analyse de ce type, il serait immédiatement taxé d'être un traître à la Patrie !
Les talibans ont eu l'initiative de l'attaque meurtrière ayant laissé 10 morts sur le terrain. La colonne française était, selon les exégètes militaires, attendue au sommet d'un col. Les talibans, même s'ils ont perdu des hommes au cours de l'action, avaient décidé où, quand, et comment agir,   et c'est probablement un signe très inquiétant pour l'avenir. Les Français n'ont pu que réagir face à un adversaire invisible sur le terrain, et qui sait que les Forces françaises manquent cruellement de moyens de renseignements sur place. A la guerre, avoir l'initiative est, en général, plutôt un signe d'efficacité.
PAS LES MOYENS
Des moyens aériens, drones, hélicoptères, avions, auraient pu précéder la colonne et reconnaître les lieux. mais la France n'a pas de drones en Afghanistan, et elle ne possède que deux très précieux hélicoptères Caracal, qui ont été utilisés pour l'évacuation sanitaire dans l'urgence. Cette faille dans l'intervention française est bien connue désormais de Talibans, de mieux en mieux structurés, et qui connaissent l'importance des moyens aériens du type hélicoptères dans la guerre afghane. Les Russes pourraient, dans ce domaine, donner d'utiles conseils !
Avant de franchir le col, les paras auraient débarqué des véhicules légers qui leur assuraient une protection, très minime dans un tel contexte, pour aller reconnaître les lieux à pied, et ils ont été pris sous le feu de l'ennemi qui les attendait, pour les avoir vu arriver de loin. La réalité de l'armée française est celle-ci.
En effet, on a trop tendance à penser qu'un soldat partant hors de ses bases habituelles est « opérationnel » sans accompagnement logistique. Cette conception « cinématographique » des combats permet seulement d'effectuer des effets d'annonce, mais pas de se lancer dans la « police » du monde. Avons-nous réellement les moyens d'une ambition de ce type ? Avons-nous la certitude que l'envoi de centaines de soldats supplémentaires pour se refaire une virginité auprès des Américains s'accompagnera des crédits budgétaires nécessaires ? Les attaques répétées et violentes des extrémistes talibans sont en passe de mettre en échec cette volonté occidentale, puisque le prix à payer est extrêmement lourd : 176 soldats sont morts depuis le début de l'année. Dans certaines régions, la violence a augmenté de 50% par rapport à 2007, et l'embuscade de hier démontre qu'elle ne faiblira pas. Et qui dit situation complexe, dit ambiguïté déontologique.
PARTOUT ET NULLE PART
Ceux qui soutiennent la présence française, « pour la liberté », affirment qu'un retrait signifierait céder face au terrorisme. D'où la nécessité d'une présence, mais peut-être dans de meilleures conditions. Déjà des experts britanniques se prononcent pour des effectifs autrement plus nombreux... et la France va donc se lancer dans l'aventure consistant à se substituer aux forces armées afghanes. L'objectif initial des forces internationales reste de reconstituer un état aussi solide que possible, dans un pays dans lequel les références démocratiques demeurent hésitantes. En fait, comme souvent, c'est la faiblesse des moyens mis dans le développement social, dans l'éducation, dans la construction, qui génère la mise en œuvre des dispositifs militaires. Faute de pouvoir convaincre, les tenants du pouvoir cherchent à vaincre. Faute de savoir rassurer, ils s'évertuent de séparer. Faute d'éduquer, ils se proposent de condamner. On continue à croire dans les vertus de la force, pour imposer « nos » pseudos valeurs sociales ,qui ne reposent plus nécessairement sur des bases très solides.
Dans l'opération Licorne, une force de quelques milliers de soldats français est stationnée en Côte d'Ivoire,  sur une mission de maintien de la paix des Nations Unies. Ces troupes ont été initialement envoyées dans le cadre d'un pacte de protection mutuelle entre la France et la Côte d'Ivoire, mais la mission a depuis évolué dans le courant de maintien de la paix des Nations Unies. Les armées françaises ont également joué un rôle de premier plan, dans le cadre de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, sur la frontière entre le Liban et Israël, dans le cadre du cessez-le-feu. Actuellement, la France a 2000 militaires déployés le long de la frontière, avec de l'infanterie, des blindés (les rares qui peuvent être opérationnels), de l'artillerie et de la défense aérienne. Il se murmure que l'on a retiré quelques unes de ses armes efficaces (mitrailleuses sophistiquées) à cette force, positionnée au Liban, pour l'envoyer d'urgence en Afghanistan. Notre pays n'a plus les moyens de financer trois théâtres d'opérations, sur 3 continents différents, et avec des types de mission différents. Le fameux « livre blanc » de la défense a des pages parsemées de sang depuis hier, mais on ne peut pas doter les plus nantis d'un bouclier...fiscal et offrir aux militaires celui qui leur permettrait d'exercer leur métier dans des conditions convenables.
Mais je déblogue...

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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