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Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /2008 07:51

Impossible que le syndrome de Big Brother ne vous rattrape pas un jour. De toutes les manières, même si vous courez vite et que vous avez l'impression d'être au bout du monde, vous n'échappez jamais à celui qui veut tout savoir de vous. La situation est angoissante car, en plus, la filature s'exerce à votre insu et sur tous les terrains, sans aucune autre autorisation que celle que vous avez vous-même donnée. Utiliser un téléphone mobile, une carte de péage d'autoroute, un ordinateur connecté sur internet, une carte bancaire, un GPS... contribue à votre traçabilité citoyenne. N'importe quel organisme officiel ou officieux sait à tout moment où se trouve, s'il en éprouve le souhait, n'importe quel utilisateur de ces outils électroniques du XXI° siècle. Dans une journée, vous semez derrière vous des indices permettant de reconstituer vos choix (caisse d'un supermarché pour vos achats), votre parcours (autoroutes ou GPS), vos conversations (mobile). En fait, tout ce que la société présente comme des outils libératoires ne sont que des chaînes supplémentaires, nous rendant esclaves d'un pouvoir de moins en moins respectueux de l'indépendance individuelle, au nom de la sécurité collective.
Par exemple, un éditeur thaïlandais met en vente FlexiSpy, un logiciel proposé par l'éditeur Vervata, présenté comme un petit programme inoffensif, qui doit être « consciemment installé et paramétré par un utilisateur pour fonctionner ». Seulement, rien ne vous empêche d'installer ce détective privé sur un téléphone portable, avant d'offrir ce dernier à un proche ou à un employé. Une fois en planque, FlexiSpy opère de la manière suivante : il enregistre dans un fichier l'historique des communications téléphoniques passées par le propriétaire du mobile, reçues ou envoyées, ainsi que les adresses url des sites visités. Une fois le ventre plein, il transfère ces données au serveur spécialisé sur lequel vous n'avez plus qu'à vous connecter - via login et mot de passe - pour prendre connaissance des faits et gestes du propriétaire.  Mais Vervata ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Une seconde mouture de FlexiSpy est en préparation, qui verra l'extension de la surveillance aux MMS ainsi qu'aux courriels, et vous permettra d'écouter furtivement, et en direct, les communications passées depuis le téléphone piégé. En vente sur Internet prochainement, et... utilisable par n'importe qui en quelques minutes.
Il existe même sur le marché un téléphone espion facile à placer. Il s'agit d'un mobile Nokia modifié, qui permet d'espionner tout ce qui se passe autour du mobile, sans que personne ne s'en rende compte ! Le Nokia 3310 vous permet d'espionner occasionnellement diverses personnes. Dans ce cas, vous faites semblant d'oublier votre mobile espion dans un endroit quelconque (bureau, chambre, voiture...). Lorsque vous appelez sur le portable, celui-ci va décrocher automatiquement sans sonner, sans vibrer, sans clignoter, et personne ne se doutera de rien, puisque le mobile n'aura, en apparence, aucune réaction ! Et une fois l'espionnage terminé, vous raccrochez tout simplement ! Aussi simple dans un cas que dans l'autre. Il se murmure même que, si votre portable est éteint, des spécialistes peuvent, à distance, l'activer pour entendre vos conversations hors temps de connexion ! En fait, il ne faut surtout pas parler de choses confidentielles devant son téléphone !
BRACELETS EN OR
La nouvelle trouvaille réside dans l'utilisation, hors système judiciaire, du bracelet électronique. On vient d'imaginer que l'on pourrait l'utiliser pour des malades, des bébés, des personnes à surveiller de tous ordres. Dans une maternité jusqu'ici sans histoire, la géolocalisation des nouveau-nés a fait son entrée, il y a déjà un an. Équipés d'un bracelet électronique, les bébés peuvent être localisés à tout instant par le personnel soignant. Dès qu'un nourrisson s'éloigne du périmètre de la maternité, l'ordinateur central déclenche une alarme... L'objectif est véritablement simple : prévenir tout risque d'enlèvement. Une dérive pour le moins discutable du principe de précaution. Alors que 600 naissances ont été enregistrées depuis la mise en place du bracelet, moins d'une dizaine de familles ont refusé l'offre de coller au pied de leur progéniture un mouchard électronique.
En Grande Bretagne, les bracelets sont proposés dans de nombreuses situations. Et, dans le fond, rien n'empêche quelqu'un qui en a les moyens de s'offrir un outil de ce genre, fabriqué pour ceux qui y sont acquis, en France, en Israël... Pour vous rassurer,  vous pourrez bientôt mettre un tel objet, frappé du logo d'une marque chic, à votre enfant, pour savoir s'il est au collège, avec qui il sort, quel chemin il emprunte et surtout s'il s'absente sans votre consentement. Finie l'école buissonnière et les cours séchés : le bracelet veillera. Bien évidemment, c'est une pure vue d'un esprit mal tourné, et vous pensez bien que ce type de comportement n'existera jamais. Pourtant, même en maternelle, on en est arrivé à voir des bambins qui viennent en classe avec leur mobile... et le règlement des écoles doit préciser l'interdiction d'utiliser ce type de téléphone durant le temps scolaire, mais ne peut pas interdire de l'amener dans son cartable.
 L'adhésion des familles au dispositif bracelet dans les maternités donne un signe fort de ce qui attend, en effet, les futures générations. Elle a été largement à la hauteur des espérances des promoteurs de cette utilisation. L'hôpital a récemment reçu une plainte de parents s'indignant que leur enfant se soit vu retirer son bracelet toute une journée pour maintenance informatique. « À ce moment-là, j'ai réalisé que pour certaines familles, la géolocalisation de leur enfant constituait désormais un droit », constate un responsable de l'établissement pilote. La paranoïa d'une société obsédée par le risque zéro va causer des ravages pour les libertés individuelles. Pourquoi ne pas le demander pour sa femme, son mari, son ouvrier, son chauffeur, sa femme de ménage ?
SUIVIS A LA TRACE
Ce n'est pas plus rassurant avec les abus d'utilisation du GPS. Le « Zoombak » est fait pour n'importe quelle personne susceptible de vouloir connaître les déplacements d'une cible. Il remplace avantageusement le détective privé, qui risque de se faire repérer. Le Zoombak est une sorte de GPS permettant de localiser son chien ou sa voiture via une carte en ligne. La nouveauté : l'entreprise offre désormais un service de localisation à la demande, Mobile Location Request, moyennant un abonnement mensuel. Après avoir glissé subrepticement le Zoombak au fond d'un sac, et déterminé un périmètre sur votre carte en ligne, vous serez averti, par email ou SMS, toutes les fois où "votre chose" quittera la zone définie. Ce service ne fonctionne pas hors Etats-Unis. Ouf ! Mais pour combien de temps...?
A Pékin, cité de la démocratie triomphante depuis que notre Président a déposé la liste des prisonniers politiques à libérer (mais au fait pourquoi les médias libres ne nous disent-ils pas combien ont été libérés ?), on a déjà appliqué le système. L'ensemble des 70.000 taxis de Pékin ont été équipés, durant les trois dernières années, d'un appareil permettant d'écouter à distance les conversations des passagers. Le dispositif consiste en un simple microphone, ostensiblement installé à côté du volant, et relié à un système de localisation par satellite, dans le but officiel d'assurer la sécurité des conducteurs. Mais, selon le quotidien américain, l'appareil peut être déclenché à distance sans même que le chauffeur s'en rendre compte. Tant pis pour les pro-Tibet qui auraient la langue trop longue !
L'INQUIETUDE DE LA CNIL
Pour Alex Türk, Président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, le bracelet électronique, comme les autres techniques de géolocalisation des personnes et des biens marque « véritablement un changement de civilisation puisque, d'une certaine manière, il n'existe plus de droit à l'oubli. On se réveillera un jour en se demandant : quelle société a-t-on fabriqué? », prédit-il, observant qu'il revient à la CNIL de « mettre en garde contre les dérives potentielles », mais pas de les empêcher, puisqu'elle n'a pas de pouvoir réglementaire. Le président de la Commission nationale de l'informatique et des libertés s'inquiète de l'usage que l'on peut faire du bracelet électronique: « le double traçage dans le temps et dans l'espace » que permet cette technique constitue, « en matière de liberté individuelle, l'une des évolutions les plus dangereuses de nos sociétés », estime Alex Türk, en soulignant que la CNIL n'a pas les moyens juridiques de s'opposer à de telles évolutions. Ce Türk qui fut Ump est très fort !
Invité à se prononcer sur l'usage du bracelet électronique dans des maternités et les services prenant en charge des malades d'Alzheimer, il considère que le bénéfice de cette technique « semble bien maigre » dans le cas des maternités. « On s'abandonne ainsi à l'idée que la technologie peut remplacer la surveillance humaine. Que se passe-t-il si le système ne fonctionne pas? », s'interroge-t-il, dans un entretien au journal La Croix de ce matin.
Pour ce qui est du recours au bracelet pour les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, Alex Türk juge le cas encore plus complexe. Si son usage « ne doit pas être l'occasion de desserrer les liens », la technologie « peut venir en aide aux familles et aux soignants » remarque-t-il. Tout est, en fait, une question de seuil, de limite. Tout dépend de l'usage que l'on fait du bracelet, « l'information et le consentement libre et éclairé constituent une condition sine qua non de l'utilisation » de ce dispositif. Tenez, je propose qu'à l'école maternelle on mette un bracelet à tous les élèves, et que l'on remplace les enseignants par... une employée municipale qui surveille leurs déplacements sur un écran de contrôle. Ca coûterait moins cher, et les parents seraient rassurés. C'est essentiel pour la réussite scolaire !
Mais je déblogue...

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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