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LES STATISTIQUES

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Vendredi 22 août 2008 5 22 /08 /2008 07:35

Le monde politique est en décomposition totale, et c'est certainement une menace grave pour la démocratie. Parmi les habitudes qui discréditent le système aux yeux des citoyennes et des citoyens, peu regardants sur les différences entre un camp et l'autre il y a celle, catastrophique, de l'autosatisfaction. En décalage total, parfois, avec le ressenti des « gens », elle se pratique avec la complicité dramatique d'un monde médiatique peu curieux sur les effets réels de cette tendance à ne plus parler vrai. Pas une seule réforme gouvernementale, si l'on en croit les ministres de tous bords, qui n'ait débouché sur un triomphe. Il faut d'ailleurs les poursuivre, les multiplier, les accentuer, de telle manière que les succès économiques évidents, enregistrés par la droite depuis maintenant 6 ans et notamment depuis 18 mois, soient inscrits au Guiness des records !
La Marseillaise n'a plus lieu d'être. Elle doit absolument être remplacée, après chaque intervention ministérielle, par le fameux tube de Ray Ventura et ses collégiens : « Tout va très bien Madame la Marquise ! ». La mort de « la jument grise », « l'incendie qui détruit l'écurie », « le château est en flammes », « monsieur le Marquis s'est suicidé », mais le valet continuera à affirmer que tout va très bien ! Tout le monde peut le constater : avez-vous entendu un seul Ministre sarkoziste effectuer une analyse objective de la situation ? Au contraire, tous ne cessent de convoquer la presse pour lui asséner des vérités en prêt à porter, qu'elle se contentera de transmettre avec la délectation de ceux qui sont nourris sans efforts.
Hier, on a eu la preuve flagrante de ce décalage extraordinaire entre la réalité sociale et l'appréciation suffisante que fait la Marquise Christine Lagarde des mesures prises en faveur du pouvoir d'achat. C'en est tellement comique que plus personne n'a confiance en une affirmation gouvernementale et, par ricochet, en une critique de l'opposition. Le problème, c'est en effet que ces facéties finissent par laisser indifférents les femmes et les hommes occupés à... régler les difficultés de leur quotidien. Et quand les gens plongent dans l'indifférence, tous les dangers peuvent surgir.
Madame la Marquise de Lagarde a réussi un numéro exceptionnel hier, en expliquant aux salariés qui triment, aux petits retraités n'ayant parfois les moyens que d'un repas par jour, aux fonctionnaires trucidés en série, aux jeunes qui rament, aux personnes sans logement, que le « paquet fiscal » avait eu un effet bénéfique sur... leur pouvoir d'achat ! Elle a même des évaluations de son ministère qui le démontrent ! Tous les indices plongent dans le rouge, et jamais la très grande majorité du pays n'a autant douté de son avenir. Et cette belle dame, qui n'a pas un seul chiffre positif à son actif (en dehors de l'inflation !), lui annonce qu'elle a bien de la chance puisque les cadeaux faits aux nantis ont amélioré son triste sort. Si ce n'est pas une illustration du principe voulant qu'il faille dire du bien de soi dans la mesure où les autres se chargeront de dire du mal !
QUELLE CROISSANCE ?
Heures supplémentaires, crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt, bouclier fiscal à 50% : un an après son entrée en vigueur, la loi Tepa a permis de limiter le ralentissement de la croissance, selon la Marquise. Ouf ! on imagine ce qu'aurait pu être notre situation si le bouclier fiscal n'avait pas été voté ! Tenez, nous serions en récession ! Votée l'été dernier, la loi Travail, emploi, pouvoir d'achat, communément appelée « paquet fiscal », devait créer un « choc de confiance et de croissance » et apporter à la France 0,3 point de croissance. Le choc a eu lieu. Aucun problème. Mais pas dans le sens prévu : baisse constante de la cote de popularité présidentielle, effondrement du moral des ménages et des chefs d'entreprises, effets d'annonce sur la croissance démentis par les faits, balance commerciale dramatiquement déficitaire, trou croissant dans l'équilibre budgétaire : braves gens vous n'avez rien compris, reprenez en chœur « Tout va très bien Madame la Marquise ! »
Cette loi, « adoptée au moment précis où la crise financière internationale produisait ses premiers effets (...) a ainsi largement atténué les conséquences du ralentissement économique ». Un véritable trait de génie présidentiel, qui nous a sauvés du désastre que... connaissent tous les autres pays ! Pour s'en convaincre, il suffit d'ailleurs de « croire » dans le sarkozysme comme les croyants croient dans les vertus de l'eau de Lourdes pour soigner leur tétraplégie !
MOINS PIRE QUE LE PIRE PREVU
La marquise de Lagarde a simplement déclaré qu'elle n'était « pas déçue » par les effets de la loi Tepa, ajoutant qu'il n'est « pas question » de réviser les prévisions de croissance. « Je ne suis pas déçue. Si on n'avait pas injecté ces 7,7 milliards d'euros dans l'économie (laquelle ? Celle des plus nantis du pays ?) on serait moins bien ». Remarquez bien que personne ne sait si elle aurait le courage politique de reconnaître un seul échec. Elle ne cesse de se prendre des claques par ses propres « statistiques » et d'être la cible des autres pays européens, mais c'est amoral puisqu'elle a réussi à ce que « le pire actuel soit moins pire que le pire potentiel ».
La Marquise, s'est surtout réjouie du bilan des heures supplémentaires exonérées et défiscalisées : « plus 40% au premier trimestre 2008 par rapport au premier trimestre 2007, c'est clairement un succès qui résiste même à une croissance ralentie », a-t-elle lancé. Dommage que l'association nationale des URSSAF, qui justement pourrait justifier ces effets mirobolants, ait précisé ne pas être en mesure, à partir des déclarations des entreprises, de chiffrer le nombre de salariés faisant des heures supplémentaires.
Dommage pour l'autosatisfaction, car il faut ajouter que d'autres « hérétiques » encore plus circonspects, soulignent que les entreprises ont pu transformer des primes ou hausses de salaires en heures supplémentaires pour payer moins de charges. Des heures, autrefois effectuées au noir, auraient également pu être blanchies. Il y a même un « sorcier » anti-sarkozyste, et même pas socialiste, qui a osé prétendre que "si une heure supplémentaire travaillée rapporte un peu plus qu'avant, cela coûte aussi plus cher à l'Etat ». Mais où va-t-on si certains passent leur temps à détourner le miroir servant à répondre à la question : « Miroir, mon beau miroir, peux-tu me dire qu'elle est la meilleure de ce gouvernement ? » En supposant que le dispositif apporte 0,2 point de Produit intérieur brut supplémentaire, il creuse donc le déficit d'autant, a calculé bêtement un « valet » spécialisé en économie réelle ! Mais bien évidemment, on se contente de présenter le rapport putatif, mais absolument pas le coût constaté !
A QUI PROFITE LE CRIME ?
Quant aux autres mesures, Madame la Marquise a oublié de rappeler qu'elles bénéficient principalement aux plus aisés, dont la propension à consommer est justement la plus faible, et que la quasi-totalité d'entre eux a épargné ou tenté d'effectuer des profits financiers encore plus grands. Le bouclier fiscal à 50% a certes coûté cette année moins cher que prévu : quelque 213 millions d'euros ont été reversés au premier semestre, alors que son impact budgétaire était chiffré à 600 millions d'euros. Pour Bercy, c'est la preuve que la loi Tepa n'était pas « un cadeau aux riches, mais un effort budgétaire devant profiter à tous », sauf que personne ne donne la seule statistique intéressante : la strate des revenus ayant bénéficié de cette remise gracieuse ! Seuls...2398 contribuables sur des millions ont ainsi bénéficié de cette restitution. 2398 contribuables qui se partagent 121 107 041 euros, et ont donc évité, par leur générosité dans les investissements, la décadence économique de la France. Qui peut croire ça ?
Madame la Marquise a vanté aussi la superbe réussite qu'aura été la déduction des intérêts d'emprunts immobiliers, qui a bénéficié à 320.000 foyers de mai 2007 à fin décembre 2007. Cette mesure a été prise au moment où le cycle immobilier a commencé à se retourner, et les économies réalisées par les ménages ont donc été annulées par la hausse des taux d'intérêt progressifs qu'ils avaient accepté, à une époque de faible inflation. Résultat nul ou presque nul pour le pouvoir d'achat.
Selon Bercy, la loi Tepa représente en 2008 un investissement de 7,7 milliards d'euros, soit moins que les 10 milliards prévus l'an dernier. En fait, le gouvernement ne peut pas reconnaître et ne reconnaîtra jamais qu'il a grillé dans un seul texte toutes ses munitions pour faire face à la crise latente. Par pure idéologie, par volonté présidentielle, par orgueil, par volonté de remercier son électorat élitiste, le président a brûlé d'entrée ses marges de manœuvre.
Allez reprenez avec moi en chœur et réconciliez-vous avec la vraie politique :
« Bien ! Voila, Madame la Marquise,
Apprenant qu'il était ruiné,
A pein' fut-il rev'nu de sa surprise
Que M'sieur l'Marquis s'est suicidé,
Et c'est en ramassant la pell'
Qu'il renversa tout's les chandelles,
Mettant le feu à tout l'château
Qui s'consuma de bas en haut ;
Le vent soufflant sur l'incendie,
Le propagea sur l'écurie,
Et c'est ainsi qu'en un moment
On vit périr votre jument !
Mais, à part ça, Madame la Marquise,
Tout va très bien, tout va très bien... »

Mais je déblogue...

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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