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LES STATISTIQUES

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Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /2008 07:30

Dans les communes dotées d'une école cette semaine se révèle décisive pour la préparation de la rentrée. Nettoyage des locaux, élaboration des menus du restaurant scolaire, stockage des fournitures, derniers coups de peinture...les mairies tentent de répondre à leurs obligations. Elles se résumaient jusqu'à présent à des objectifs simples : offrir aux enfants de leur territoire des conditions matérielles aussi bonnes que possible pour que s'exerce le service public d'éducation sous la responsabilité de l'Etat. Il en est ainsi depuis que l'école est publique, laïque et obligatoire.
Cette véritable séparation des « pouvoirs » entre l'Etat et la commune n'avait, avant la prochaine rentrée, jamais connu de mise en cause. Tous les maires lucides découvrent que la donne a changé et que, lentement mais sûrement, l'Etat va se décharger sur les collectivités locales de ce qui pèse le plus sur son budget : l'acte d'enseignement. Dans les prochains jours, la répartition des rôles va évoluer à l'insu du plein gré des élus locaux. Prise par leur volonté de satisfaire les parents électeurs, les nouvelles équipes municipales se démènent dans des nouveaux textes dangereux pour l'avenir. Les autres savent que la vérité d'une rentrée n'est jamais celle de l'année suivante. Pas un ministre depuis un demi-siècle qui ne soit pas lancé dans une réforme, histoire de devenir le Jules Ferry de son époque. Pas un ministre qui n'ait prétendu qu'avant lui l'école marchait mal et que désormais chacune d'entre elles serait un Lourdes du savoir puisque s'y règlerait, par miracle, toutes les fractures sociales, tous les traumatismes psychologiques, toutes les inégalités économiques. Cette année sera celle des réformes Darcos !
En cette rentrée 2008 jamais les principes républicains n'ont été autant menacés, dans l'indifférence quasi générale. La seule préoccupation c'est celle de Jean-Pierre Pernaud qui a annoncé, avec son sourire de faux cul, que les prix des fournitures avaient baissé de 7 à 8 %, hier dans son journal télévisé de campagne électorale permanente. Tout se résume à des histoires de budget, de fric, de profits. L'école a été sacrifiée sur l'autel des nécessités budgétaires. Les fondements républicains voulant que l'Etat soit le garant de l'équité de l'accession au savoir ont été sapés par des textes s'appuyant sur l'opinion dominante mais oubliant l'enfant.
Qui peut intervenir dans les médias pour expliquer que ce ne ont jamais les cahiers qui font les bons devoirs, les stylos qui font la réussite, les factures de supermarchés qui donneront les résultats des examens ? Qui aura la possibilité de décortiquer concrètement la réalité des mesures Darcos ? Qui peut mettre les parents citoyens face aux contradictions de leurs revendications ? Quel élu osera dire que la communalisation de l'école est en route avec ses conséquences financières ? Comment, en ce jour de rentrée, sonner le tocsin pour une école méprisée, démantelée, sacrifiée sur l'autel des sondages d'opinion ? Impossible, car personne n'écoute plus. Les conseils d'école, où chacun vient jouer son rôle d'enseignant insatisfait, de parent mobilisé et d'élu victime expiatoire ne se préoccupent jamais du fond mais de la forme, exclusivement de la forme.
Les réformes qui seront mises en œuvre la semaine prochaine sont des embuscades mortelles pour la gratuité, l'égalité, la laïcité, mais il ne faut absolument pas compter sur une mobilisation quelconque des partenaires de l'école. ils sont pourtant tous victimes de mesures poudre aux yeux et inapplicables sans un transfert des compétences. L'Etat s'esquive en profitant de cette indifférence coupable. Elles reviennent sur des décennies de principes fondateurs des équilibres actuels.

LE PERSONNEL LESE
Exemple : l'application stricte et généralisée de la semaine de 4 jours ! Personne n'a véritablement flairé le piège. Ni les élus inattentifs, ni les enseignants, ni les employés communaux et surtout pas ces parents béats d'admiration devant une telle décision, avantageuse pour leurs week-ends Or les premiers, depuis quelques jours, se retrouvent face à une première difficulté. Les emplois du temps annuel des ATSEM (assistantes techniques spécialisées d'école maternelle) reposent en effet sur un nombre de jours scolaires effectifs, puisque leur principale action se déroule en temps pédagogique. Or, pour la prochaine année scolaire, 14 jours de classe ont été supprimés par diminution de l'horaire hebdomadaire global ! Que faire du personnel titulaire ? Comment redonner leur temps de travail global à des gens qui n'interviendront plus auprès des enfants durant 14 jours ouvrés. Darcos s'en soucie peu. Aux maires de se débrouiller : lui, il parade avec le collaborateur du Président en milieu urbain. Il n'y a pourtant que trois solutions : augmenter l'horaire quotidien de travail, ce qui est totalement inutile puisque les horaires scolaires journaliers, eux, n'ont pas varié ; diminuer l'horaire annuel de travail (temps partiel) et appliquer aux non-titulaires le fameux « travailler obligatoirement moins pour gagner moins » des supermarchés, puisque qu'il faut diminuer les salaires ou licencier (environ un poste sur 10) ; diminuer les jours de congés, pour faire revenir travailler le personnel sur ce qui était une part des vacances scolaires, pour « occuper » l'école sans élèves !
Le nombre des repas servis dans les cantines va également baisser, nécessitant moins de personnel et surtout, par le jeu des ratios, va faire monter le prix des repas (sur une commune comme Créon ce sont 5 000 repas en moins de prévus à personnel équivalent). Un détail dont on reparlera au budget communal 2010 au moment des tarifications ! Même constat pour les accueils périscolaires pour les heures de ménage : on va tailler dans les horaires de travail et donc diminuer forcément le pouvoir d'achat déjà très modeste d'employés payés sur des grilles indiciaires faibles. Qui l'a expliqué à ces familles ravies de la semaine de 4 jours ? Certes ce n'est pas leur problème.

L'IMPOSSIBLE SOUTIEN
Pour les enseignants, c'est la quadrature du cercle. Il leur faut prendre en charge 2 heures par semaine les enfants ayant besoin de soutien. Super, se sont dit les parents ! Sauf qu'actuellement il n'y a que trois solutions : accroître la durée de travail scolaire d'une heure sur 2 journées, alors que l'on sait qu'un enfant en difficulté a déjà du mal à absorber les 6 heures actuelles ; donner une demi-heure quotidienne sans aucune valeur, car entre le temps de rassemblement, de mise en route et de séparation il ne restera que 7 à 8 minutes de travail réel ; faire revenir les élèves le mercredi ou le samedi matin, sans transport scolaire et avec des écoles fermées (les mairies devraient financer la réouverture et le personnel présent pour des effectifs très faibles). On attend les premiers conseils des maîtres dans les mairies pour connaître le verdict, en sachant que de toutes manières, il faudra mettre la main à la poche. Les élus locaux deviennent les otages d'une décision ministérielle. Que pourra faire un maire déjà dans la semaine de 4 jours si le soutien se déroule le samedi matin. Quel ramassage scolaire, pour ces enfants dont on sait par avance qu'ils n'auront pas forcément chez eux le... soutien pour revenir à l'école ? Comment vont-ils vivre ces « rations » supplémentaires, ressemblant étonnamment aux « colles » d'antan ? Quelle sera l'efficacité réelle (qui effectuera le bilan ?) de cette mesure consistant à refuser une individualisation pédagogique de l'enseignement pour lui préférer une récupération des éclopés du système au bord du chemin d'une réussite standardisée ? d'une école à l'autre, d'un village à l'autre, on aura des écoels différentes avec eds moyens différents et des niveaux différents, d'autant que désormais, Darcos veut confier aux communes l'accompagnement scolaire moyennant une aumône financière annuelle. Il faut trouver des bénévoles motivés, compétents, dévoués, efficaces pour remplacer les « fonctionnaires » ou les « salariés » qui coûtent trop cher !

COMMENT VONT-ILS PAYER ?
Ah ! Qu'ils sont heureux les parents. Le Ministre les a entendus et leur a offert un jour de grève pour lequel ils n'auront plus à se soucier de leur progéniture prise en charge, dans les faits, avec leurs impôts locaux (l'indemnisation ne couvrira jamais les frais). Les parents sont heureux : ils ont résolu « leurs » problèmes au détriment du droit de grève des enseignants, mais la majorité ne se soucie pas de cette babiole démocratique ! ils ont totalement zappé sur le fait que l'avantage est infime pour la réussite scolaire, alors que 14 jours d'école en moins ne les a guère perturbé. Or, sauf mouvement de grève puissant comme en mai 68, un élève ne « perd » en moyenne que 6 jours de classe dans toute sa scolarité élémentaire.
Par contre, on a oublié de leur dire que le passage à la semaine de 4 jours va les obliger à rechercher... 14 journées de garde supplémentaires dès le 2 septembre. Jusqu'à présent ils ne les finançaient pas. Dès cette rentrée, ils devront payer une « gardienne », le centre de loisirs, ou se débrouiller pour payer. Les communes ou les communautés de communes, abandonnées par la CAF, devront financer les structures d'accueil 14 jours supplémentaires. Ainsi sur le Créonnais, une famille de deux enfants payant plein pot le centre de loisirs aura... environ 900 € de dépenses supplémentaires pour avoir... le service minimum éventuel pour une éventuelle journée de grève. Les maires ont aussi découvert, dans l'article 2 du texte sur le service minimum, qu'ils auraient à fournir le personnel, lorsque l'éducation nationale ne pourra pas remplacer un enseignant... c'est le début de la fin de l'école maternelle française.
Rendez-vous ici dans quelques années et vous constaterez qu'un jardin d'enfant, avec personnel municipal, remplacera les petites sections et que peu à peu on transférera vers la commune la responsabilité de ce qui deviendra un système d'accueil communal ultra inégalitaire, car il y aura encore une fois un fossé entre écoles rurales et écoles parisiennes ou urbaines, et entre communes pauvres et communes riches. Allez ! bonne rentrée à toutes et à tous, mais elle n'aura pourtant jamais, depuis que je suis préoccupé par ce jour spécial, jamais été aussi préoccupante pour l'avenir. Pierre à pierre, la démolition débute... Rendez-vous aux prochaines vacances pour voir le résultat du chantier!
Mais je déblogue...

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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