Il devient totalement impossible de critiquer la moindre mesure gouvernementale quand on se positionne à gauche. L’argument qui surgit inévitablement dans les débats tourne autour des dissensions au sein du… parti socialiste. Si bien des gens reconnaissent que le sarkozysme ne leur convient pas, ils se montrent indulgents avec celui qui le porte car… la Gauche est inaudible. Elle l’est souvent par son incapacité à proposer une opposition claire, nette, sans bavure, permanente, pédagogique et citoyenne en raison de ses déchirements actuels. Aucune réaction solidaire institutionnelle au fichier Edvige. Aucune position solidaire concrète sur le service minimum dans les écoles. Aucun appel commun de protestation sur la mise à mal de la laïcité. Aucune réaction à des mesures dont la perversité n’est jamais démontrée au grand public. Tout le monde la ferme. Par peur ? Par connivence ? Par faiblesse ? Par désintérêt ? Par souci de ne pas être ciblé par les médias ? Par exemple aucune consigne politique n’a été donnée aux élus locaux sur Edvige, pas de motion commune, pas de demande de prise de position. Rien non plus sur le refus d’application du service minimum dans les écoles… On ne résiste pas, on se contente de courber l’échine et de protester contre les coups de bâtons distribués, sans même les remettre en cause.
Le constat devient préoccupant, puisque qu’il n’y a pourtant plus aucune profondeur dans les analyses effectuées par des citoyens, qui rangent ainsi tout le monde dans le même sac . Il suffirait de démonter, au sens mécanique, des réformes avec effets spéciaux virtuels masquant des réalités désastreuses. Prenons un exemple concret : la prime aux enseignants débutants ! Sous l’or d’une mesure mirifique, on trouve toujours le plomb d’une véritable escroquerie morale. Il suffit, pas exemple, de prendre un exemple, de le poser sur la table des discussions et de le disséquer sous les yeux de quelques personnes attentives, pour dénicher les véritables intentions. Citons le nouveau phénomène des primes de Darcos dans l’Education nationale. Elles sont révélatrices d’une supercherie permanente, mais jamais démontrée ! D’abord on affirme, encore une fois, que dans ce pays tout peut s’acheter, en cette période de l’argent roi, même le silence et la passivité arrangeante. Ensuite on ne souligne absolument pas les effets collatéraux d’un apport de 1500 € ou de 550 € destinés à endormir des consciences. Enfin cette mesure, apparemment valorisante, repositionnée dans un contexte plus global, prend une tout autre importance.
Le principe même de la prime place les syndicats dans une situation intenable, puisque tout versement de ce type n’entrera pas dans le calcul de la retraite, alors qu’il sera pris en compte dans l’imposition sur le revenu et pour les cotisations sociales. Personne ne souligne qu’il s’agit d’une somme brute qui ne sera pas en totalité une réalité sur le compte en banque. Mais peu importe, l’effet d’annonce suffit au bonheur des intéressés !
PAS ENCORE LE TOTAL
" Il est institué une prime d’entrée dans le métier attribuée aux personnes qui, à l’occasion de leur première titularisation dans un corps de fonctionnaires enseignants du premier ou du second degré, dans le corps des conseillers principaux d’éducation ou dans le corps des conseillers d’orientation-psychologues, sont affectées dans une école, un établissement ou un service relevant du ministre chargé de l’éducation nationale " affirme le décret d' hier, mais d’exonération des contributions sociales ou fiscales il n’est point question. A l’arrivée les 1500 euros n’existeront donc pas sur cette base-là. Pas question non plus, contrairement aux premières annonces, d’un règlement unique et global, puisqu’il faudra attendre novembre, et ensuite février, pour en voir la couleur ! Comment expliquer à un débutant sous-payé que ce qui lui arrive constitue une supercherie financière basée sur une confusion voulue entre un montant brut et un résultat net, sur un " donné-repris ", car forcément, pour celles et ceux qui dépasseront le seuil de l’imposition sur le revenu dès 2009, il faudra restituer une part supplémentaire à l’Etat providence (surtout s’ils sont célibataires). Les rémunérations dans la fonction publique finissent par ressembler à ces vieilles chambres à air, dont les primes deviennent des rustines permanentes à un pouvoir d’achat percé. Il n’y aura plus aucun soutien aux actions syndicales sur la revalorisation de salaires promises avec la disparition des emplois… Mais qui le dénonce ?
En fait, l’opinion publique se contente de l’écume des réformes, mais sans jamais vérifier ce que contient la réalité des textes les définissant. Elle a avalé les franchises médicales, et ne se souvient déjà plus qu’elles devaient servir au plan Alzheimer ou au plan cancer. Où sont passés les fonds collectés auprès de malades anesthésiés ? Peu importe. Qui se soucie de connaître les causes de l’augmentation de sa feuille d’impôts locaux, alors qu’il ingurgite tous les jours un euphorisant prescrit par des annonces répétées de désengagement de l’Etat. Pédagogiquement, on ne lui explique rien. On ne prend jamais le temps de peser les véritables conséquences de décisions apparemment bénéfiques, mais qui conduisent à l’effroi lorsqu’elles sont démaquillées.
UN PANSEMENT AUX CONSCIENCES
Les enseignants ont avalé une rentrée sans problèmes, et il y a fort à parier qu’ils ne seront pas nombreux lors des prochains mouvements de protestation annoncés. Une prime suffira à panser les éventuelles plaies qu’ils pourraient avoir à leur conscience. Quand tombera le pourcentage d’entre eux ayant accepté d’effectuer le maximum d’heures supplémentaires, permettant à leur Ministre de préparer paisiblement pour l’an prochain une diminution drastique des postes mis en concours au CAPES, ce sera tout bénéfice pour le gouvernement, car… puisqu’il n’y aura plus, à terme, qu’un recrutement très réduit d’enseignants débutants, il économisera vers 2011 sur sa généreuse prime de rentrée ! Plus d’heures supplémentaires, moins de postes, moins de débutants, moins de primes et, à l’arrivée, plus d’élèves par classe, moins d’options, moins d’encadrement, moins de jours de classe, plus de jours de garde pour les familles…Mais qui en a véritablement mesuré les conséquences ? Qui a eu connaissance d’une autre vague de primes, comme celles que se sont accordé les plus grands dirigeants des entreprises françaises ? On avait dit beaucoup de mal, il y a quelques temps, d'une étude plus ou moins confidentielle publiée par la Tribune, sur la hausse des revenus des patrons. Ce n'est pas le cas de l'enquête réalisée par l'Expansion, année après année, qui se focalise notamment sur les stock-options. La dernière vague calcule, en effet, pour la première fois, le revenu total des patrons, en prenant en compte le salaire fixe, le variable, et les stock-options, ainsi que les dividendes issus des actions de la société qu'ils dirigent et les jetons de présence alloués par d'autres sociétés du CAC 40. Allez allons faire un petit tour dans le privé libéral et ultra efficace pour gérer le développement économique (cf le milieu bancaire) car le résultat est atterrant et relativise les primes Darcos...
DE + 2312 % à + 27 %
L'augmentation totale des avantages annexes atteint les 58%! Très exactement, le total des revenus cumulés était de 102 millions en 2006, il
passe à 161 millions en 2007. Voici le classement des dix patrons les plus payés selon les calculs de l'Expansion:
1. Pierre Verluca, Vallourec: 18,12 millions (+ 2312 %)
2. Gérard Mestrallet, Suez: 15,54 millions (+ 364 %)
3. Xavier Huillard, Vinci: 13,10 millions (+ 552 %)
4. Henri Proglio, Veolia Environnement: 7,33 millions (+ 207 %)
5. Henri de Castries, Axa: 5,53 millions (+ 22 %)
6. Jean-Bernard Lévy, Vivendi: 5,42 millions (+ 129 %)
7. Daniel Bouton, Société générale: 5,24 millions (– 52 %)
8. Jean-Paul Agon, L’Oréal: 5,03 millions (+ 27 %)
9. Martin Bouygues, Bouygues: 4,99 millions (+ 69 %) (hors dividendes)
10. Benoît Potier, Air liquide: 4,37 millions (+ 52 %)
On ne fera pas de commentaires, si ce n'est reproduire ceux de l'Expansion: "Attention, les rémunérations ici révélées sont susceptibles de heurter la sensibilité d’un public non averti." Mais
surtout pas celle de cette opinion dominante, ravie de voir les enseignants dont le salaire de début est une véritable misère, recevoir une aumône idéologique d’un ministre qui les condamne au
silence, alors qu’ils deviennent, de fait, les actrices et les acteurs de leur propre disparition dans leur statut actuel. Mais que ne ferait-on pas pour une prime ?
Mais je déblogue…
GRAINS DE SEL