Vendredi 3 octobre 2008

Un jour ou un autre, comme pour l'amiante, les glycols, le Round-Up, on affirmera que les causes de la mort de milliers de personnes a ses racines dans une consommation non consentie de produits chimiques présentés comme inoffensifs. Depuis 2003, World Wildlife Fund (WWF) mène des campagnes chocs pour prouver la présence nocive de produits chimiques dans le corps humain. Déjà en avril 2004, les analyses médicales de 39 députés européens avaient décelé la présence de... 76 substances toxiques. Puis en octobre de la même année, 14 ministres européens (de l'Environnement ou de la Santé) avaient été soumis aux mêmes analyses avec les mêmes résultats édifiants.
Le 6 octobre 2005, WWF a publié les résultats d'une nouvelle enquête sur les analyses médicales effectuées sur trois générations de famille, dans douze pays de l'Union européenne, dans le but de déceler dans le sang la présence et la concentration de 107 produits chimiques, soupçonnés d'avoir des effets cancérigènes, et d'affecter le fonctionnement neurologique ou l'appareil de reproduction.
Les résultats révèlent la présence de 73 produits chimiques dans le sang d'enfants, de mères et de grands-mères de 13 familles européennes (Allemagne, Belgique avec deux familles, Danemark, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Luxembourg, Pologne et Suède). Premièrement, les enfants sont plus contaminés (59 produits) que leurs mères (49 produits). D'après l'étude, leur sang contient une concentration plus élevée de nouvelles substances chimiques. Ensuite, la génération des grands-parents est la plus contaminée, avec une moyenne de 63 produits chimiques dans le sang. La présence de produits chimiques toxiques dans leur sang, dont l'usage est aujourd'hui restreint dans les pays développés, démontre la persistance de ces produits et leur capacité à s'accumuler dans le corps humain. Il est difficile de connaître les effets de ces produits, présents à faible dose, sur l'organisme. Les études toxicologiques sont incomplètes puisque sur les 100 000 molécules chimiques en vente sur le marché européen, à peine 3 000 ont été étudiées sérieusement. De plus, 30 000 sont vendues à plus d'une tonne par an, sans aucun contrôle.
Cette étude donne des arguments supplémentaires aux partisans d'une réglementation européenne plus stricte des produits chimiques, à un moment où la proposition REACH (Registration, Evaluation, Authorization of Chemicals) arrive devant le Parlement européen. Cette proposition durcit la réglementation existante, en imposant l'évaluation d'environ trente mille substances chimiques dangereuses, fabriquées ou importées dans l'Union européenne dans des quantités supérieures à une tonne. Elle impose également leur enregistrement, et dans certaines conditions, leur autorisation. La base de données que REACH vise à constituer sera gérée par une Agence européenne des produits chimiques, basée à Helsinki, en Finlande. Les pesticides, le radon, les particules ultra-fines qui échappent aux filtres des moteurs à diesel, ou les examens radiologiques répétés jouent un rôle avéré ou suspecté dans la survenue de cancers, souligne un rapport scientifique rendu public jeudi.

+ 90 % EN 25 ANS
En 2005, il y a eu 320.000 nouveaux cas de cancer en France, soit une hausse de 90% en 25 ans et de 40% si l'on tient compte de l'augmentation et du vieillissement de la population. A la demande de l'Afsset (environnement et travail), des experts de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale ont analysé plus de 1800 études sur neuf cancers. Sans parler de "certitudes", ils ont pu mettre en relation la progression de ces cancers - sein, poumon, testicule, prostate, ovaire, thyroïde, plèvre et aussi tumeurs cérébrales et hémopathies malignes (dont les leucémies) - et des facteurs environnementaux.
Ces « agents physiques, chimiques ou biologiques » présents dans l'atmosphère, l'eau, les sols et l'alimentation peuvent être cancérogènes « avérés » ou seulement « débattus », si les indications de cancérogénicité sont trop limitées. L'étude confirme des certitudes -comme le rôle de l'amiante, du tabac passif, du radon- et ouvre de nombreuses pistes.
Les pesticides, qu'on retrouve dans l'alimentation, l'eau de boisson, l'air, sont qualifiés de facteur "débattu" pour huit des neuf cancers étudiés (à l'exception de la plèvre). Les études sont souvent imprécises, notamment sur la quantité d'exposition aux pesticides, mais les soupçons sont forts et répétés. L'impact des radiations ionisantes est avéré pour nombre de cancers : poumon, leucémie, thyroïde, sein, tumeurs cérébrales... Entre 1983 et 1996, le nombre d'examens radiologiques a augmenté de 10%, et la dose moyenne par examen s'est accrue de 20%, soulignent les chercheurs.
La responsabilité de l'amiante est avérée pour le cancer du poumon et de la plèvre - mais les fibres minérales qui l'ont remplacé semblent elles-mêmes douteuses. Selon Mme Stücker, l'amiante jouerait aussi un rôle dans le cancer du larynx, qui ne faisait pas partie des cancers étudiés.
Le rôle du radon, avéré pour le cancer du poumon, est débattu pour les leucémies. Ce gaz a touché particulièrement les mineurs d'uranium (les mines sont fermées depuis 2001), mais on le trouve aussi dans des maisons ou bâtiments publics, avec un nombre "important" de personnes exposées.

AUCUNE INTERDICTION

Chez l'enfant, le rôle du tabac passif est débattu pour les tumeurs cérébrales, ainsi que, pour la leucémie, la pollution du trafic automobile et les champs électriques et magnétiques. Quant aux particules fines des moteurs diesel, qui atteignent les alvéoles pulmonaires, leur rôle est avéré pour le cancer du poumon. Selon des études menées à Paris, Grenoble, Rouen et Strasbourg, 10% des cancers du poumon dans ces villes leur sont attribuables. C'est un pourcentage extrêmement inquiétant pour les... passants, mais pas pour les experts. A partir de cette enquête, les chercheurs de l'Inserm ne proposent, en effet, aucune interdiction, mais des recommandations : réduire l'exposition aux particules ou aux pesticides, noter sur un carnet individuel les doses de radiation absorbées lors de radios, renforcer les mesures de terrain... Pour eux, de nombreuses questions restent posées, comme les effets des expositions à faible dose, qui concernent une grande partie de la population, et ceux des expositions croisées, difficiles à apprécier. En fait, tous ces mauvais signes ne sont pas réellement considérés comme véritablement responsables. On préfère ne pas se poser de questions sur tous ces viticulteurs ou viticultrices qui meurent prématurément, ou sur ces ouvriers du secteur du BTP dont les poumons ne résistent pas à la poussière des chantiers. Le rapport publié jeudi par l'Inserm sur les liens entre cancers et environnement est pourtant extrêmement prudent, et dénote un manque total d'ambition dans les recommandations.
L'expertise de l'Inserm sur environnement et cancer a cependant le mérite de montrer sans ambiguïté que les pesticides jouent un rôle majeur dans l'épidémie de cancer que connaît actuellement notre société. Ils sont suspectés de jouer un rôle dans 8 des 9 cancers étudiés par le rapport.
Les experts de l'Inserm ont analysé les données scientifiques disponibles sur neuf cancers dont l'incidence a augmenté depuis une vingtaine d'années: cancer du poumon, de la plèvre, du sein, de l'ovaire, du testicule, de la prostate, de la thyroïde, leucémie et tumeurs cérébrales. Le résultat, même édulcoré, reflète une situation instable.

AU TOUR DES ANTENNES

Bouygues Telecom a été condamné par le tribunal de grande instance de Nanterre à démonter une antenne relais de téléphone mobile, dans la banlieue lyonnaise, pour « risque potentiel sur la santé », a déclaré, mercredi l'avocat des riverains de l'antenne. Dans ce jugement, l'opérateur de téléphonie mobile a été condamné au nom du « principe de précaution ». Il devra, en outre, verser 3.000 euros à chacun des trois couples, riverains de l'antenne incriminée, pour « exposition à risque sanitaire ».
« C'est un tournant pour la téléphonie mobile » a également expliqué l'avocat. « Le tribunal constate qu'il y a un débat scientifique, sans donner raison à l'une ou l'autre des parties », explique le défenseur en soulignant que le TGI de Nanterre a estimé, pour motiver sa décision, que « comme ce débat existe, cela signifie qu'il y a un risque potentiel sur la santé des riverains donc il y a lieu d'appliquer le principe de précaution ».
Les trois couples avaient saisi la justice pour « trouble anormal de voisinage », en insistant sur le fait que personne ne pouvait certifier l'absence absolue de risque sanitaire. Associations et riverains engagés contre les opérateurs de téléphonie mobile demandent à l'Etat de modifier les normes de puissance d'émission des antennes relais. Plusieurs études scientifiques ont démontré que les normes actuelles ne protègent que partiellement des effets des ondes électromagnétiques, dont les seuils sont pourtant réglementés.
Encore une fois il faudra, comme pour tout le reste, une « judiciarisation » de la santé pour espérer démontrer que la nocivité de certains produits ou de certaines installations n'est pas un mythe. On trouve en effet toujours une expert qui démontre le contraire, et on oublie, des années plus tard, les certitudes qu'il avait délivrées.
Le nuage de Tchernobyl, l'amiante, le glyphosphate, les éthers de glycol... la liste s'allonge chaque jour, avec des événements et des produits dont on sait pertinemment qu'ils provoquent des dégâts sur la santé; mais au nom de la « rentabilité » économique on ferme les yeux, le temps que la formule magique soit rentabilisée. Car derrière chaque scandale potentiel, il n'y a qu'un seul mot : profit ! Il était en bonne santé avant d'être attaqué par le cancer financier, sous le regard impavide des politiques qui font semblant de découvrir l'état désespéré du malade.
Mais je déblogue...

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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Commentaires

Cette chronique n'a vraiment rien de réconfortant, et les études et enquêtes des organismes scientifiques divers (WWF,REACH, INSERM, et les autres...) ne peuvent que nous plonger dans l'inquiétude la plus angoissante, pour nous...mais il est sans doute déjà trop tard,et le mal est fait! Mais surtout pour les générations futures, qu'il serait opportun et urgent de protéger des maux qui les menacent.
Il y a bien longtemps que nous savons que l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, les produits que nous consommons, qu'ils soient frais ou manufacturés, contiennent des produits chimiques extrèmement dangereux pour notre santé!
Il y a eu Tchernobyl qui a dégagé un nuage dont on nous a affirmé qu'il avait eu la bonté de contourner nos frontières, il y avait eu depuis des années l'amiante, dont on connaissait les effets mortels, et que l'on a continué, durant des années, à utiliser dans la construction (je me souviens de la nouvelle fac de sciences, construite au bord de la Seine dans les années 60, et où des milliers d'étudiants et de professeurs ont été contaminés avant qu'on se décide à la condamner !), il y a les OGM, les pesticides, les engrais chimiques, etc, etc... Il y a le tabac, le diesel, maintenant il y a les antennes relais... et que sais-je encore ? La liste est infinie, et tout cela nous tue à petit feu. Les études scientifiques,les statistiques, les tests de toutes sortes se multiplient, avec le merite, reconnaissons-le, d'attirer l'attention.
Mais, parmi les politiques, qui s'en soucie vraiment ? Les écologistes, quelques groupes de réflexion dans les partis politiques, quelques chercheurs, à qui on mesure frileusement les crédits de recherche.
Cela suffira-t-il vraiment à enrayer cette évolution galopante et effrayante qui menace chacun d'entre nous?
Certes, on lutte contre les effets, on crée des établissements médicaux - parcimonieusement - pour soigner, opérer, mais que fait-on pour supprimer ou réduire les causes?
Ah ! c'est vrai, tu as raison, Jean-Marie : toutes ces saloperies que l'on déverse sur nous et qui tuent, sont fabriquées par des industriels qui s'enrichissent, et s'enrichissent encore, sans trop se soucier de la santé du Monde...dès lors que cela "rapporte" beaucoup d'argent.
Le profit, toujours le profit !
C'est sûr et certain, on en crèvera tous, y compris les responsables d'ailleurs, au sens propre comme au sens figuré ! ! !

Commentaire n° 1 posté par annie PIETRI le 03/10/2008 à 23h04

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