Pincez-moi, je cauchemarde ! Samedi Silvio Brelusconi est venu débattre des mesures à prendre pour
combattre le désastre économique qui gagne du terrain. Lui qui a été poursuivi pour des délits financiers divers, lui le chantre du profit personnel galopant. Il était l'invité de
Nicolas Sarkozy qui, comme lui, s'est installé beaucoup plus à gauche que le travailliste Gordon Brown, leur copine de toujours Angela Merkel ou ce brave Dominique Strauss-Kahn !
Heureusement qu'à cette internationale "gauchiste" on avait associé des hommes réputés pour leur ancrage résolu dans le libéralisme triomphant : le président de la Commission, José Manuel
Barroso, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe ! Pourquoi ce service minimum face à une crise mondiale et par conséquent
européenne majeure ? Parce que les autres membres du G 8 (États-Unis, Canada, Japon, Russie) n'ont pas jugé utile de se déplacer pour écouter le président français leur parler « refondation » du
capitalisme financier. Dommage !
Crise strictement européenne, donc ? Mais alors, pourquoi ne pas nous avoir invité, s'étonne bruyamment l'Espagne. Belgique, Luxembourg et Pays-Bas n'en pensent pas moins... car ils auront
forcément leur mot à dire. Cette erreur se paiera cash dans quelques jours ou quelques semaines, surtout au moment où l'image ne suffit pas à boucher les trous béants sur les marchés financiers.
Mépris ? Peut-être pas. Suffisance ? Certainement. Craintes de se voir secoué par les « victimes » ? Probablement. Erreur politique grave ? Sûrement ! Annonces précipitées et partielles,
cafouillages dans la communication autour des premières mesures, démentis non sincères et dangereux, livrent une impression de diplomatie désordonnée et essentiellement médiatique. Il ne pouvait
rien sortir de concret d'une réunion partielle et partiale entre copains, tous plus tricheurs les uns que les autres, car informés depuis belle lurette des risques encourus par ce système
outrancier du profit accéléré et fictif.
D'où les tirs nourris, provenant en première ligne de l'Allemagne, contre l'idée avancée par Paris puis démentie, avant peut-être de réapparaître, de transposer au niveau européen le plan
Paulson, du nom du secrétaire américain au Trésor. Les 700 milliards de dollars qui seraient dédiés au renflouement des banques américaines se traduiraient, à la dimension européenne, par
quelques 300 milliards d'euros, ponctionnés dans la poche des contribuables, pour sauver les actionnaires. « Cette proposition de fond commun centralisé n'a pas été faite avec
l'Allemagne, a fait savoir sèchement la chancelière Angela Merkel, nous la considérons donc comme non praticable ». Bref, une fin de non-recevoir sonnant comme un camouflet à
l'égard du président français, qui se pose depuis ses interventions de New York, lors de l'assemblée générale de l'ONU le 24 septembre, puis à Toulon deux jours plus tard, en champion de la
moralisation du capitalisme et de la revalorisation de l'économie de marché, sans toutefois amorcer la moindre démarche en ce sens ! Trois heures d'expression de vœux pieux, qui devront
être, quoiqu'il advienne, adoptés à l'unanimité par les... 27 pays ! Mais à l'arrivée, absolument aucune solidarité réelle, et un principe : « sauve qui peut ! Chacun pour soi et le marché
pour tous ! »
L'ALLEMAGNE RESISTE
Chaque pays cherche surtout à sauver "ses" banques et à protéger "ses" épargnants, sans égard pour les partenaires qu'il sait souvent aussi enlisés que lui. Au risque même de leur créer des
déboires supplémentaires, comme les Irlandais, qui, en annonçant que l'Etat garantirait l'ensemble des dépôts, ont aussitôt attiré des capitaux britanniques... et ont donc accentué les
difficultés de leur voisin. Les opérations qui vont suivre ressembleront donc au jeu de Mikado : comment sauver une banque sans ébranler plus ou moins les autres ?
Les Allemands, qui ont rétabli l'équilibre de leurs comptes publics, craignent que la solidarité européenne potentielle ne soit financée par la planche à billets. Ils veulent bien que Bruxelles
édicte des règles communes pour les marchés financiers, mais ils refusent tout ce qui pourrait s'apparenter à un pilotage commun de l'économie, de la même manière que, dès l'adoption du traité de
Maastricht, en 1992, ils avaient rejeté l'idée d'un gouvernement économique européen. C'est dire si la rencontre à l'Elysée a eu une influence particulière sur la réalité de la situation !
Elle a servi à se réconforter sur des mots, mais pas sur des actes. Au palais de l'Elysée, pour discuter d'une réponse à la crise, les dirigeants français, allemand, britannique et italien ont
prôné des solutions coordonnées au niveau des Etats. Mais qu'auraient-ils pu déclarer de différent ? Imaginez un instant qu'ils se soient réunis pour déclarer qu'ils ne feraient pas le maximum
pour sortir leurs pays de la crise dans laquelle ils l'ont mis !
Ils ont invité la Commission européenne à faire preuve de souplesse dans ses décisions sur les aides d'Etat aux banques en difficulté, comme sur l'application des critères du traité de Maastricht
en matière de dette et déficits, ce qui n'est autorisé que dans « des circonstances exceptionnelles ».
TOUT ET SON CONTRAIRE
Le Président de la République française avait probablement oublié les déclarations totalement contraires des
ministres du « collaborateur » de Nicolas Sarkozy. Chaque fois qu'ils font une déclaration, elle est contredite par... un autre éminent collaborateur du Président. « On ne peut pas faire fi des
critères de Maastricht », avait déclaré le ministre du Budget, Eric Woerth, après les propos du conseiller présidentiel Henri Guaino, qui avait estimé quant à lui que, face à la crise mondiale,
les règles de l'UE sur les déficits publics « ne sont pas la priorité ».
« On ne peut pas faire fi des critères de Maastricht. C'est une règle, une règle commune. Cette règle, évidemment, doit être respectée », avait déclaré le ministre à des journalistes, en
marge des journées parlementaires de l'UMP à Antibes. Pas de chance, 48 heures plus tard, Nicolas Sarkozy ravi comme jamais, explique que « l'application du Pacte de stabilité et de
croissance devra refléter les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons ». Un à zéro pour Guaino contre l'UMP ! En apparence, puisque cette annonce a été aussitôt
nuancée par le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, en sa qualité de président de l'eurogroupe, et par le président de la
Commission européenne José Manuel Barroso. Le pacte de stabilité « est à respecter dans son intégralité », a aussitôt contredit l'Elysée, Jean-Claude Juncker. Il s'agit d'appliquer
le Pacte « avec une certaine flexibilité », mais « cela ne veut pas dire que l'on laisserait maintenant filer les déficits », a-t-il dit comme s'il visait une France totalement
hors des clous en 2008, et encore plus sûrement en 2009. A qui pensait-il en déclarant : "une accumulation de déficits et un retour à la spirale de l'endettement sont sans aucun doute
dangereux et ajouteraient de la nervosité à une nervosité qui est déjà grande ». Il ne faisait que confirmer les propos du Ministre français du budget, qui avait averti à Antibes ses
ex-collègues parlementaires, euphoriques à la seule idée qu'ils allaient enfin nettoyer les écuries d'Augias socialistes en supprimant les départements (c'est d'une urgence absolue !) : « le
laisser faire, le laisser aller dans le domaine des déficits ne peut exister, c'est une certitude et c'est le ministre du Budget qui vous le dit ! » Heureusement que ce n'était pas Nicolas
Sarkozy qui s'était exprimé à Antibes avec autant de fougue qu'il l'avait fait à Toulon. En définitive, à l'Elysée, tout aura été de ce niveau : chacun a cherché à se dédouaner des
catastrophes à venir, grâce à des envolées lyriques imprécises ! Qui croire dans ce galimatias politicien?
REPONSES PARTIELLES
L'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius reste le meilleur analyste des événements actuels. Il a, comme toujours, parfaitement résumé la situation en estimant que le sommet
européen « partiel » réuni la veille à l'Elysée avait apporté des « réponses partielles » à une crise financière mondiale. « Il n'apporte aucune réponse à la crise
financière en France qui est due essentiellement à la mauvaise gestion de M. Sarkozy », a déclaré celui qui devient un « sage », doté d'une formidable capacité de synthèse. Il a fait valoir
qu'on « ne peut pas résorber cette crise financière mondiale s'il reste des trous noirs dans le système », citant les fonds spéculatifs et les paradis fiscaux, qui n'ont même pas été
évoqués lors du pseudo sommet de l'Elysée ! Pour lui , la crise actuelle est une « grande crise de l'argent fou », alimentée par les subprimes, les rémunérations des dirigeants de
grandes entreprises, et la question des agences de notation. En fait, on se demande si le rendez-vous élyséen n'a pas été concocté pour des motivations nationales franco-françaises, et surtout
pas pour une dimension européenne : faire constater à l'opinion publique que la France est dans la mouise, mais que les autres y sont aussi, et ensuite obtenir que l'Europe desserre
l'étau des critères de Maastricht, qui vont faire mal en 2009 !
« Je souhaite qu'il y ait avant la fin de l'année un sommet mondial capable d'apporter des réponses » à ces questions, a-t-il enchaîné. Laurent Fabius a aussi concrètement invité «
l'Europe à mettre de l'huile dans le moteur pour faire repartir la croissance », par l'intermédiaire de la Banque européenne d'investissement (BEI).
Le chef de l'Etat français a souligné pour sa part que, face à la crise, « chaque gouvernement agira selon une méthode et avec des moyens qui lui sont propres mais de manière coordonnée avec
les autres Etats européens ». Compte là dessus ! « En quelque sorte, nous avons fixé une doctrine », a-t-il ajouté. Ouf ! Nous voilà rassurés, car nous avions bien l'impression que
nous étions gouvernés par des gens sans aucune doctrine ! Mieux, on avait cru que leur « doctrine » était jusqu'alors celle qui consistait à protéger ces fous du Dieu Profit dans leurs aventures
planétaires. Depuis des années, d'autres prônaient une autre « doctrine », plus humaine, plus sociale, plus proche pour l'Europe. Même que certains ont refusé un Traité constitutionnel dont on
mesure, à posteriori, les effets redoutables qu'ils auraient eu... en pleine crise.
Mais je déblogue...
"Aujourd'hui c'est l'ensemble des gouvernements européens qui disent aux citoyens européens qu'ils sont unis, solidaires et déterminés dans les circonstances financières exceptionnelles que nous traversons aujourd'hui", a affirmé aujourd'hui Nicolas Sarkozy en annonçant que chacun des Vingt-Sept s'engageait à prendre "toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système financier".
"Face à la crise, l'unité de l'Europe était une nécessité. Cette unité est aujourd'hui réalisée", a assuré M. Sarkozy sur le perron de l'Elysée, peu avant de présider une nouvelle réunion avec les principaux dirigeants de banques et d'assurances français.
Dans l'Union, "chacun d'entre nous prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système financier que ce soit par l'injection de liquidités en provenance des banques centrales, par des mesures ciblées sur certaines banques ou par des dispositifs renforcés de protection des dépôts", a indiqué celui qui assure actuellement la présidence du conseil européen.
"Aucun déposant dans les banques de nos pays n'a subi de pertes et nous continuerons à prendre les mesures requises afin de protéger le système ainsi que les déposants", a assuré le chef de l'Etat en lisant le communiqué de la présidence française de l'UE.
Source AFP
Déclaration du Président, alors que toutes les bourses reculent dans des proportions gigantesques. Nicolas Sarkozy a la responsabilité de rassurer le public et de redonner confiance au monde de la finance. Il s'y emploie, en butte malheureusement aux critiques inadaptées et aux attaques d'une opposition socialiste...inconsciente!
Seulement nous, socialistes, vrais socialistes, nous sommes encore un certain nombre à savoir exercer notre sens critique..., lire entre les lignes, et découvrir les mensonges de nos hommes d'Etat.... Et nous ne sommes pas les seuls. Il suffit pour s'en convaincre de lire la presse étrangère...dont on ne peut pas dire qu'elle manifeste une grande confiance à l'égard du Président en exercice de l'Union Européenne!
Et les boursiers et financiers ne paraissent pas non plus avoir une grande confiance dans les mesures annoncées...La Bourse de Paris enregistre ce soir sa plus forte chute (CAC 40 à -9,04%) depuis sa création. Pour une dégringolade, c'est une dégringolade... Bien supérieure à celles constatées dans toutes les autres Bourses européennes. Bravo, nous avons fait bien mieux que les autres. Et ces chiffres montrent bien toute la confiance que le monde économique fait à Sarkozy et à ses propositions pour sortir de la crise.
Il n'y a vraiment rien à ajouter !