Le président avait promis une remise en ordre du système et la poursuite des réformes structurelles,
dans un discours très attendu, prononcé à Toulon devant plusieurs milliers d'adeptes convaincus et admiratifs de la réussite de ses premiers mois d'un mandat qui va ressembler à un film
catastrophe. La crise « est en train de bouleverser le monde » et les Français doivent savoir qu'elle « aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le
pouvoir d'achat », a-t-il lancé. C'est en admettant cette « vérité », avait assuré le Président, que l'on pourra « rétablir la confiance » et « vaincre la peur ».
Nicolas
Sarkozy a promis que l'Etat garantirait « la sécurité et la continuité » du système bancaire et financier français, s'il était menacé par la crise internationale. « Si elles (les banques)
devaient être mises en difficulté par la spéculation, je n'accepterais pas qu'un seul déposant perde un seul euro parce qu'un établissement financier se révèlerait dans l'incapacité de faire face
à ses engagements », avait-il ajouté, vivement applaudi par des gens probablement peu concernés par la baisse du pouvoir d'achat, les découverts bancaires de fin de mois, la peur de perdre
quatre sous d'économies, la fin dissimulée des libertés individuelles.
Nicolas Sarkozy avait longtemps critiqué les défaillances d'un « capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir ». Figurez-vous qu'il lui a
fallu faire un voyage à Toulon pour s'en apercevoir ! S'il avait eu le temps de lire ces chroniques, il aurait su que la notion de profits démesurés ne datait pas de sa flamboyante
déclaration de principes. Mieux, il avait encore une fois fait des promesses inconsidérées, sans se soucier de savoir s'il aurait la possibilité de les tenir, dans un Etat ruiné, bien avant
que ne se déclenche la crise des subprimes, comme l'avait annoncé en septembre 2007 un « collaborateur » de premier plan de Nicolas Sarkozy.
« Je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d'un Etat qui est depuis 15 ans en déficit chronique, je suis à la tête d'un Etat qui
n'a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans. Ça ne peut pas durer ». François Fillon avait raison, avant le « marché » boursier ! Dommage qu'il ait laissé adopter le bouclier fiscal
et qu'il n'ait pas condamné les hommages ostentatoires de son patron à la richesse débridée.
Le Président s'était dit « convaincu que le mal est profond et qu'il faut remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial, comme on le fit à Bretton-Woods après la Seconde
Guerre Mondiale, afin de créer les outils d'une régulation mondiale que la globalisation et la mondialisation des échanges rendent désormais nécessaires ». Prémonitoire comme analyse.
Dommage que, quand certains socialistes lucides condamnaient, et se battaient contre les dangers de la mondialisation et des délocalisations, il leur ait ri au nez, comme bien des « je-sais-tout
», aujourd'hui muets comme des carpes.
AYEZ CONFIANCE
Nicolas Sarkozy a bâti toute sa politique sur une affirmation permanente : « Faites-moi confiance ! ». Quand il va à la
rencontre des pêcheurs en colère il leur demande leur confiance et... les oublie. Quand il discute avec les restaurateurs, il exige qu'ils lui fassent confiance pour baisser leur TVA, et ils
attendent encore. Quand, le jour de la rentrée, il se rend dans un collège à Blois, face à un professeur d'éducation physique qui lui fait part de ses « espoirs et craintes », le président de la
République assure : « Ayez confiance, je m'occupe de vous ». Quand il s'exprime face à des chômeurs, il sollicite une confiance particulière, pour ramener le nombre des sans-emplois à
quelques milliers.
Avec pourtant des dérobades, qui ne sont pas dans ses habitudes, mais qui surviennent, comme hier matin à l'usine Renault de Sandouville, où il n'est pas allé au contact pour échanger des mots,
des arguments, de la chaleur. Pourtant, il s'en faisait une spécialité : ne pas reculer, affronter les yeux dans les yeux. Ou bien encore, la semaine passée, lorsque son nom a été sifflé par
des apprentis : il recule de plus en plus face aux obstacles, pour éviter de se faire huer en réclamant une confiance que, même dans son propre camp, plus grand monde ne lui accorde.
D'ailleurs, les sondages, pourtant peu suspects d'acharnement à son égard, n'ont jamais enregistré des cotes... de confiance aussi faibles ! En fait, chacun redoute que la peur s'ajoute à
l'angoisse, et que les citoyens... manquant de confiance à l'égard de leur président, non seulement retirent leurs avoirs des banques, mais encore cessent d'acheter; qu'ils provoquent la
récession, en anticipant la décroissance. Plus d'achats d'appartements, de voitures, d'éléctroménager, de mobilier, de produits manufacturés. Cette grève des investissements des ménages ne pourra
pas être brisée par un « service minimum » à la Darcos. Chaque dirigeant, dans n'importe quel pays du monde, a le spectre de la grande crise en tête, qu'il faut stopper en « rétablissant la
confiance ». Et justement, notre Président n'avait déjà plus aucun... crédit, avant que n'arrive la crise.
Alors, pour redonner moral et confiance au pays, il lui faudrait faire... une politique de Gauche ! Ce sera difficile à expliquer à une électorat de droite, s'estimant berné et floué par cette
crise, qui lui vole les avantages dont il bénéficiait avant l'arrivée du faiseur de miracles pour le pouvoir d'achat. Qui osera poser la question de l'impact réel des exonérations sur les heures
supplémentaires ? Combien d'emplois non créés à cause de cette mesure ? Quelles heures supplémentaires les patrons vont-ils accorder, quand il n'y a plus de carnets de commandes ? Qui rappellera
que pour « rétablir la confiance », Nicolas Sarkozy avait lancé le « travailler plus pour gagner plus » alors que, sans travailler, ses amis de longue date ruinaient la planète en quelques heures
? Où est la confiance ?
REVOLTES POTENTIELLES
François Fillon a pratiquement admis, à Antibes, que la France était dans la même situation qu'un pays en état de guerre, en déclarant : « nous sommes dans un monde au bord du gouffre par la
faute d'un système irresponsable ». Depuis l'adoption du plan Paulson aux Etats-Unis, non seulement les contribuables et les plus démunis des américains se trouvent dépouillés en faveur des
spéculateurs qui les ont ruinés, mais les conditions d'une hyperinflation à l'échelle mondiale sont réunies. Plus personne n'a confiance en personne. Les banques n'ont plus l'argent du système
interbancaire à prêter aux emprunteurs. Dexia, qui s'est effondrée, n'a aucun dépôt, et ne peut donc pas répondre aux demandes d'emprunt des... collectivités locales, lesquelles voient
arriver la fin 2008 avec angoisse.
La première conséquence de cette situation de « guerre » est que, face à leurs élus, les peuples vont tôt ou tard se trouver en état croissant de révolte. Les moyens d'une répression
violente ont déjà été réunis : la première brigade de combat de la troisième division d'infanterie des Etats-Unis se trouve affectée, à l'intérieur même des Etats-Unis, depuis le 1er octobre. Il
s'agit d'une force mise sous le commandement du NorthCom (QG Nord) afin de faire face à toute situation d'urgence. Le 30 septembre dernier, Stars and Stripes, une publication de l'armée
américaine, a indiqué qu'une telle force pourrait être utilisée « pour intervenir en cas d'agitation civile et contrôler les foules ». Est-ce un hasard ?
L'erreur de jugement la plus grave consisterait à ne voir dans cette « crise » que les seuls éléments monétaires et financiers, et de tenter en conséquence d'y apporter des solutions techniques.
On a décidé de la garantie européenne des dépôts bancaires, de mieux encadrer les agences de notation, de la refonte du système comptable, de réfléchir sur les fonds propres des banques et les
activités de transformation de créances en titres financiers, de contrôler les paradis fiscaux et les « hedge funds ». Toutes choses utiles, mais qui ne traitent pas du fond du problème. De plus,
comme l'a remarqué un diplomate français, « il faudra six mois pour que la tuyauterie de la Commission accouche d'un texte », ce qui, si on reste lucide, signifie que la Commission ne
règlera rien dans des délais restreints, et donc accouchera d'une souris inutile face à une montagne de déficits.
PLUS DURE EST LA CHUTE
La confiance n'existe pas. Elle ne se décrète pas. Elle ne s'obtient pas par de la communication tous azimuts. Elle ne grandit que sur des faits concrets. Hier matin, la bourse de Paris ouvrait
donc en recul de près de 5%. En Allemagne et à Londres ce n'était pas mieux. Hier soir, nouveau coup dur pour les bourses mondiales. La crise financière s'accélère devant les risques de faillite
des banques. Paris clôture en cédant 9,04%, sa plus forte chute depuis la création du CAC 40 il y a 20 ans. L'indice recule ainsi de 368,77 points à 3.711,98 points. Paris est loin d'être la
seule dans cette situation. Dans le même temps, à Londres, le Footsie perdait à la clôture 7,85%. La bourse de Francfort enregistrait, quant à elle, une baisse de 7,07%. A Copenhague, c'était
encore pire, -11,06%. Nicolas Sarkozy a même pris la peine de s'exprimer pour rassurer. Il faut maintenant convaincre les Européens de ne pas retirer leur argent des banques, et ce n'est plus une
question de confiance mais, plus sûrement, une affaire de civisme. Et là... il y a beaucoup à dire. Comment le citoyen moyen peut-il accepter que les « politiques » aient, durant une décennie,
couvert des agissements absurdes ou déraisonnables ? Ils réclament un sursaut citoyen à des femmes et des hommes qu'ils ont méprisés, floués, abandonnés face à la civilisation du profit pour le
profit !
Nicolas Sarkozy devait être le Président du pouvoir d'achat. Il avait, quelques semaines après son élection, nettement montré que ce ne serait pas le cas. Depuis que la crise est là, c'est encore
pire ! Nicolas Sarkozy devait être le Président du plein emploi. Un an après, le chômage repart violemment à la hausse et il supprime des milliers d'emplois dans la fonction publique, sans se
soucier des inégalités créées par ces décisions. Nicolas Sarkozy devait être le défenseur de l'entreprise. Elles vont mourir asphyxiées par la raréfaction du crédit et par la raréfaction des
investissements publics ou privés. Nicolas Sarkozy devait être le Président de la sécurité. Jamais la situation n'a été aussi préoccupante, avec une insécurité sociale génératrice de dérapages et
de drames en tous genres. Nicolas Sarkozy parle beaucoup de son action, mais il ne s'est lancé que dans une fuite en avant suicidaire. Et on voudrait que la confiance revienne comme par
enchantement ? Aucune réforme, absolument aucune réforme, ne changera les esprits. Les cocus du sarkozysme médiatiquement flamboyant se foutent pas mal des chefs de gare qui sifflent dans tous
les sens, sans arrêter les trains qui passent.
Mais je déblogue...
GRAINS DE SEL