On a cherché, depuis des mois, l'argent perdu du paquet fiscal dans toutes les niches possibles. Le
Premier ministre nous parlait d'Etat en faillite ce qui, dans sa bouche, ne pouvait être que crédible. Au nom de la rigueur intellectuelle de ces gestionnaires de crises, cette affirmation lui a
permis, depuis son installation à Matignon, de tout refuser en matière de pouvoir d'achat ou de création d'emplois. Un Etat ruiné se doit de tailler dans la fonction publique pour économiser ses
deniers, devenus si précieux qu'il ne saurait être question de les consacrer à l'éducation, à la santé, à la sécurité publique ou à la gestion du territoire national. La France n'avait plus les
moyens de ses ambitions sociales collectives. Qu'on se le dise : jusqu'à hier, où sous la contrainte d'un système bancaire totalement irresponsable mais surtout pas coupable, on a trouvé, en
garantie des erreurs commises, la bagatelle de 360 milliards d'euros !
En fait, encore une fois, il ne faut absolument pas se fier à l'illusion de cette annonce : nous n'avons pas un sou vaillant à mettre, mais nous espérons que l'annonce de la garantie suffira à
rassurer tout le monde. Mais comment ferait-on pour mobiliser pareille somme dans un contexte de surendettement de la France et de recettes fiscales de plus en plus faibles en raison de la baisse
des rentrées directes (impôt sur les sociétés) et indirectes (TVA liée à la consommation) ? Encore une fois, il faut être objectif et reconnaître, que cela fasse plaisir ou non, que le «
politique » a été mis en demeure par « l'économique » de mettre la main au portefeuille, mais le vote qui interviendra au Parlement sera sans alternative : c'est ça, ou la banqueroute ! Quelle
autre possibilité existait-il, si ce n'est de se retrouver en faillite absolue à l'insu de son plein gré ? Une autre voie a-t-elle été explorée ? Une autre issue était-elle possible ? Peut-on
admettre que quelques millions d'euros de garantie de l'Etat soient refusés pour sauver des emplois dans d'autres secteurs économiques que celui des banques, alors que des milliards virtuels ont
été dégagés pour sauver une économie qui n'était que virtuelle ?
UNITE... UNITE !
François Fillon va ouvrir par un discours, cet après-midi à l'Assemblée nationale, le débat sur le plan d'urgence contre la crise financière. Il va trouver des accents patriotiques et pathétiques
pour appeler à l'union sacrée. Il va jouer sur le fait qu'il est tout simplement impensable de s'opposer à ce plan de sauvetage, sans apparaître comme irresponsable ou pousse au crime. Le pays
est en danger. L'ennemi (lequel ?) est à nos portes. Allons enfants de la Patrie, préparez vos carnets de chèques, car d'une manière ou une autre vous aurez à payer l'ardoise... avec la promesse,
inutile, que le jour où ça ira mieux on oubliera de vous ristourner les bénéfices, que l'on va médiatiquement vous vendre, avant même qu'ils soient faits. L'UMP a profité de cette crise pour se
refaire une santé jusqu'alors au plus bas, et a mis la pression sur toute l'opposition afin que le plan, qui deviendra vite le plan triomphal Sarkozy, soit adopté à l'unanimité dans «
l'union nationale ». Il y aurait traîtrise à l'égard des banquiers de ne pas voler à leur secours ! « Ce que j'espère, c'est que demain à l'Assemblée nationale, mercredi au Sénat, on aura une
grande unité nationale, que les Français réclament, et qui peut être un élément supplémentaire au rétablissement de la confiance, a dit sur TF 1 le Premier ministre, en tenue de combat
économique, et en maréchal Pétain annonçant les sacrifices de Verdun.
Comme lors du débat sur le Revenu de solidarité active (RSA), ou la réforme des institutions, la majorité UMP a quasiment mis en demeure l'opposition de voter pour ce dispositif que l'ineffable
Jean-François Copé a jugé « remarquable ». Pour qui ? Attendons que la solidarité nationale ait à s' exercer vis à vis de toutes les PME et PMI, qui vont mettre la clé sous la porte, faute
de chantiers suffisants du fait de la réduction drastique des investissements des collectivités territoriales que l'on veut promptement dépecer !
L'EXEMPLE DE LA TELEVISION
Par exemple, on va étrangler le service public de l'audiovisuel en supprimant toute la publicité, qui lui permettait, au minimum, de compenser les avantages accordés à TF 1. Mais la réponse
aux demandes de report de ce plan présidentiel de prise de contrôle de fait des médias publics, c'est non. Réponse aux propositions sur un éventuel moratoire : niet ! La proposition
d'Edouard Balladur de reporter la suppression de la publicité sur France Télévisions, pour tenir compte de la crise financière, aura fait long feu : Nicolas Sarkozy a réaffirmé son intention de
mener à bien la réforme de l'audiovisuel public. L'ancien Premier ministre, Edouard Balladur, avait en effet proposé dimanche de suspendre, à titre provisoire, la suppression de la publicité sur
les chaînes publiques, et d'affecter les économies ainsi réalisées par l'Etat au financement du RSA pour un ou deux ans... La face du monde médiatique n'en aurait pas été bouleversée, mais
la réponse a été cinglante, via le porteur de télégrammes présidentiel : « le président de la République m'a confirmé personnellement, ce matin au téléphone, qu'il entendait que la réforme soit
menée à bien, dans l'ensemble du dispositif, d'ici à la fin de l'année », a déclaré le patron des députés UMP, Jean-François Copé.
Le ton était différent du côté des syndicats de France Télévisions, ceux-ci mettant plus que jamais en avant l'insuffisance de la compensation de la suppression de la publicité. Le SNJ a lui
aussi jugé que "l'idée d'un moratoire (n'était) pas à écarter, dans la mesure où cela permettrait à France Télévisions de mener beaucoup plus en douceur sa réforme ». Deux taxes doivent
contribuer à la compensation de la suppression de la publicité : l'une de 3% sur la publicité des chaînes privées et l'autre, de 0,9%, sur les services fournis par les opérateurs de
télécommunication. Dans le contexte actuel, les recettes vont devenir aléatoires et totalement inopérantes, mais peu importe.
La réforme n'a pas d'autre but que celui de donner un bol d'air financier aux opérateurs privés en perte de vitesse et, plus encore, de démanteler ce qui peut encore subsister en matière
d'indépendance médiatique. La conjonction du Grenelle de la presse avec ce refus n'a rien d'un hasard, puisque le dépeçage de France 3 s'inscrit dans une stratégie de regroupement des différents
supports dans de grands groupes aisément contrôlables.
LA CRISE SALVATRICE
Là où il y urgence financière pour les banques ruinées par leur faute, il y aussi urgence idéologique pour la télé publique. En fait, on constate bien que la crise sera « exploitée » au maximum
en terme d'image pour détruire tous les repères d'intérêt collectif, et pour leur substituer, dans ce climat de muselage des oppositions, des réformes non urgentes, mais importantes pour le
contrôle global du pouvoir. Le danger vient de la dramatisation du contexte : ruine, faillite, peur de perdre ses maigres avoirs, peur de perdre son emploi.
Une chape de peurs en tous genres va peser sur la société, facilitant la prise de décisions critiquables, mais que l'on présentera comme inéluctables ou salvatrices. Vite, on supprime les IUFM,
car il faut bien préparer la saignée dans le rang des personnels de l'Education nationale. On va réduire les horaires des lycées pour la même raison. On s'attaque aux communes et aux départements
au prétexte des économies à réaliser. On va étrangler les hôpitaux et les établissements médico-sociaux pour résorber des déficits conjoncturels. On va oublier les promesses d'amélioration du
pouvoir d'achat, car les caisses, pleines pour les banques, seront vides pour la relance de la consommation et des investissements. La crise... la crise on vous dit ! Bon sang de bonsoir,
qu'est-ce qu'elle est bienvenue. Elle va justifier tous les coups tordus, toutes les mesures discutables, toutes les restrictions d'un plan de rigueur qui ne dira jamais son nom.
En fait, nous entrons dans l'ère des moyens financiers virtuels de l'Etat après ceux, encore plus virtuels, des banques. On substitue des prévisions optimiste de bénéfices étatiques à des profits
réels, réalisés durant des années, car on peut supposer que les actionnaires, grassement rétribués, ont acquis villas, appartements, yachts, avions privés, vacances de rêves, repas au Fouquet's,
avec les dividendes perçus au cours de la dernière décennie. D'autant que la plupart ont dû placer leurs actifs ailleurs que dans ces banques fragiles qui leur appartenaient. Le délit d'initiés
ne doit pas être très recherché par les temps qui courent. Au fait, où en est-on de l'affaire EADS et n'est-il pas venu, le moment de publier la liste des « évadés français » du Lichtenstein, ou
de mettre à plat l'affaire Clearstream ? Tiens, je suis prêt à parier que cette banque là ne connaît pas de difficultés. Elle a eu plus de dépôts que de prêts ! Gardez la foi dans le système et
tout ira bien. Le tout c'est d'y croire !
Mais je déblogue...
GRAINS DE SEL