Il va bien falloir à un moment ou à un autre que notre société aborde de front autre chose que les grands principes du Grenelle. Comment va-t-on stopper
l'empoisonnement sournois que nous impose l'industrie dans notre quotidien ? Qui va oser dénoncer les agissements paraissant toujours excusables, car vérifiés par des bureaux de contrôle de
fabricants qui ne se soucient guère des dommages causés à long terme par leurs produits ? Il faut admettre que la tendance est davantage à la dissimulation qu'à l'action dans ce domaine,
comme dans d'autres. La chimie moderne est née au lendemain de la guerre. Depuis, elle a connu une croissance exponentielle, passant de 0 à plus de 80 000 molécules chimiques utilisées
couramment, en un peu plus de 60 ans. Ce sont donc plus de 1000 nouvelles molécules chimiques chaque année.
Lorsqu'elles sont réellement testées, les tests évaluent la dose à laquelle la substance devient toxique. Problème : nous sommes tous soumis, non pas à une substance unique de façon ponctuelle,
mais à des centaines de molécules, et de façon régulière. Or, personne ne teste la toxicité de l'exposition répétée et continue à cette « soupe chimique permanente ». On sait juste que la
majorité d'entre nous y est exposé, sans même le savoir : par l'alimentation (notamment les pesticides) mais aussi par les plastiques (par exemple le bisphénol-A), les colles et résines
(formaldéhyde), les cosmétiques (voir la polémique récente sur les produits distribués pour les nouveaux-nés dans les maternités), les dioxines, les fameux PCB, les particules rejetées
par les moteurs diesel, etc... Ainsi, 100% des femmes américaines testées avaient du Teflon dans le sang. Et on sait que nous avons tous entre 40 et 100 molécules chimiques stockées dans notre
corps et nos tissus... et nous continuons à en accumuler sans le savoir.
Un exemple frappant vient en particulier des... pressings dans lesquels nous amenons nos vêtements à nettoyer. La profession est, en effet, l'une des dernières à manipuler du perchloréthylène.
Or, ce solvant très puissant, qui sert également à dégraisser les pièces métalliques dans l'industrie automobile, est non seulement classé dans la catégorie des produits « probablement
cancérigènes pour l'homme » par le Centre international de recherche sur le cancer qui fait partie de l'OMS, mais il est aussi nocif pour le système nerveux et les reins, il peut provoquer des
irritations des voies respiratoires et des yeux ainsi que des vertiges, des nausées, des maux de tête... Pour cette raison, les entreprises de nettoyage à sec font partie des installations
classées, nécessitant au moins une déclaration en préfecture pour les plus petites structures, ou une autorisation au-delà d'une certaine taille. Et l'inspection des installations classées les
surveille de près, avec la volonté de sensibiliser le plus possible les exploitants.
La toute dernière opération coup de poing a été menée il y a quelques jours dans quelque 270 boutiques, sur toute la France. En 2007, une étude de l'Ineris (Institut national de l'environnement
industriel et des risques) avait en effet conclu qu'il y avait même des risques sanitaires pour des personnes passant leur journée dans des appartements situés juste au-dessus de pressings ayant
des installations non conformes. Il y a, dans ce cas concret comme dans beaucoup d'autres, matière à s'inquiéter en une période où, malheureusement, l'obsession du prix fait oublier celui de la
qualité. Il faut craindre des catastrophes sanitaires dans quelques décennies, avec des ravages dus aux cancers ! Car c'est bien d'une épidémie qu'il s'agit. Le nombre de certains cancers a été
multiplié par 2, voire par 3, depuis 20 ans. Et, chose impensable il y a quelques années, nombreux sont les jeunes d'une trentaine d'année atteints...
PARFUMS DANGEREUX
Greenpeace dénonce aussi régulièrement les dangers de certains parfums. L'analyse faite par un laboratoire neutre et indépendant a porté sur 36 parfums mondialement connus. Quasiment tous les
parfums testés à cette occasion contiennent des « phtalates » et des « muscs de synthèse », molécules chimiques créées par l'homme, et qui engendrent des perturbations endocriniennes, en
s'accumulant dans le corps humain. « Malheureusement, comme le précise Yannick Vicaire, chargé de la campagne 'Toxiques' à Greenpeace, la présence de ces substances chimiques ne figure que
rarement sur les emballages et le public ne dispose pas de véritable moyen pour les éviter ». Et encore faudrait-il qu'il y soit sensibilisé et qu'il y soit éduqué. Encore une fois, en se
contentant du statut de consommateur au lieu de celui de citoyen, l'usager accepte de n'être qu'un cobaye, testeur de molécules chimiques nocives.
Au banc des plus grands accusés, des marques vendues à prix d'or, et dont les analyses sont inquiétantes : « Eternity for women » de Calvin Klein et « Le Mâle » de Jean Paul Gaultier contiennent
d'importantes quantités de diéthyl phtalate. Cette substance, le DEP, pénètre rapidement la peau et se disperse dans le corps à la suite de chaque exposition. Une fois introduite dans le corps,
elle est vite transformée en monoéthyl phtalate, une molécule suspectée d'endommager l'ADN des spermatozoïdes, et de limiter les capacités pulmonaires de l'homme. On préfère, chez nous, mettre
sur les bouteilles de vin une mise en garde pour les femmes enceintes, alors que la très grande majorité d'entre elles ignore les dangers du parfum qu'elles utilisent en toute confiance.
« Le Baiser Du Dragon » de Cartier et « White Musk » de The Body Shop contiennent, eux, de fortes concentrations de muscs de synthèse qui peuvent s'accumuler dans les tissus vivants. Des études
récentes ont montré que certains d'entre eux interfèrent avec le système de communication hormonal des poissons, des amphibiens et des mammifères. En outre, ils renforcent les effets liés à
l'exposition à d'autres substances chimiques toxiques. Et ce n'est qu'une partie de l'iceberg !
UN BAIN QUOTIDIEN CANCERIGENE
En effet, nos objets quotidiens détiennent tous des substances chimiques. Et dans nos sociétés occidentales,
où nous vivons à 80% dans des lieux fermés, nous pouvons facilement en déduire que nous respirons, pendant la majorité de notre temps, des substances chimiques. « La réglementation,
aujourd'hui, permet de mettre quasiment n'importe quoi dans nos produits et objets, précise Yannick Vicaire, et dans 90% des cas, on ne sait pas ce que contiennent les produits chimiques et
l'impact qu'ils auront, non seulement sur la santé, mais également sur l'environnement à moyen terme. Les explosions de problèmes cancérigènes liés aux milieux professionnels, le fait qu'un tiers
des enfants soient allergiques, mais également la baisse globale de la fertilité masculine, peuvent être corrélés à ces substances. Il est vraiment important d'éradiquer cette pente exponentielle
!
On dénombre chaque année 1% de plus de cancers enfantins que l'on ne peut définitivement pas accorder au tabac ou à l'alcool. Il faut être conscient que pour un enfant qui naît aujourd'hui avec
un univers hormonal hérité de sa mère, les perturbateurs endocriniens ne seront constaté que dans 20 ans, avec soit des problèmes d'immunité ou neuro-cérebraux, soit des cancers ». Yannick
Vicaire poursuit : « Statistiquement, un homme sur deux sera confronté au cancer et une femme sur trois ». Ces constats sont cachés au grand public au nom des conséquences sur notre
industrie. Personne n'ose renforcer les contrôles, ni surtout interdire des produits au nom du principe de précaution !
Une procédure de test des 30 0000 molécules présentes sur le marché, l'enregistrement et l'analyse des nouvelles molécules développées par les entreprises, et une interdiction ou l'obligation de
justification, avec un plan de substitution rapide pour les molécules dangereuses, devient capital pour les futures générations. Mais ce n'est pas le moment, puisque la crise impose des
économies ! Evidemment, le lobbying des entreprises est puissant et fait des ravages. Le coût de cette mesure à été évalué à 0.01% du chiffre d'affaires de l'industrie chimique européenne, soit
2,8 milliards, ou 1 euro par consommateur. Une paille, comparé au montant minimum de 50 milliards que coûteraient les frais de la santé dans les trente ans à venir, sans compter les vies
épargnées... Mais que ne ferait-on pas pour que les cours des bourses remontent ?
Mais je déblogue...
GRAINS DE SEL