Il faudrait en permanence trouver des exemples de la duplicité pour dénoncer le discours du
gouvernement actuel. La France était ruinée, sur-endettée, ligotée par les critères de Maastricht et il fallait donc absolument supprimer des milliers de postes dans les services publics,
diminuer les milliards dus à un système financier avide de profits, respecter les contraintes d'un Traité jugé indispensable au bonheur de l'Europe, annoncer un taux de croissance surnaturel...
Jusqu'au jour où le même gouvernement trouve des sommes astronomiques pour cautionner ou renflouer le désastre bancaire, emprunte à tout va pour ensuite prêter à perte avec, comme seule promesse,
celle d'engranger des bénéfices virtuels, fait exploser le corset de Maastricht, susurre que nous sommes en croissance négative. Il n'y a plus aucun lien entre les annonces et les faits, car
personne ne se souvient de la moindre phrase ou du moindre événement de 2007. C'est exactement comme ces ardoises magiques pour gamins dont les écrans s'effacent en un clin d'œil,
permettant de détruire les dessins les plus sommaires comme les plus élaborés. Il est encore totalement inimaginable que des citoyens lucides puissent faire confiance à des responsables qui
illustrent en permanence le célèbre propos d'Egard Faure : « Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent.».
Pas un seul sujet qui ait été traité de manière correcte et
durable. Ce n'est même plus de l'adaptation à la crise, c'est une exploitation honteuse de la crise, pour manipuler une opinion dominante prête au sacrifice, alors que dans bien d'autres endroits
on continue à se goberger. Qui peut croire que les banquiers ont réellement diminué leurs appétits de profits ? Qui peut penser que les plus grandes fortunes de France ne vont pas anticiper une
éventuelle chasse aux niches fiscales en allant planquer leur fric en lieu sûr ? Qui oserait envisager que le Président donnerait l'exemple sur son train de vie ? En fait, la désinformation, mais
plus encore la non information, profitent à une gouvernance chaotique.
Il n'y a plus aucun repère temporel, mais tout repose sur le factuel, et le système marche au-delà des espérances sarkozystes. Il suffirait pourtant de peu de choses pour mettre en vis-à-vis des
comportements antinomiques, et démontrer ainsi la tromperie permanente. Qui se souvient par exemple du débat de l'an passé sur la rémunération du Président de la République ? Les crédits alloués
à l'Elysée devraient augmenter de 11,45% l'an prochain, par rapport au budget 2008 initial, pour atteindre 112,33 millions d'euros.
L'ELYSEE EN TETE
Ces crédits apparaissent dans le document budgétaire consacré aux « pouvoirs publics » (Elysée, Assemblée nationale, Sénat...), qui va être transmis cette semaine au Parlement par Bercy. Les
charges de fonctionnement (fournitures, télécommunications, frais de réception...) vont croître de 25,2%. « La très forte augmentation de l'activité de la présidence par rapport aux périodes
précédentes (réceptions multipliées par deux par rapport à 2006) agit inévitablement sur l'évolution » de ces dépenses, peut-on lire dans le projet budgétaire... qui ne soulèvera aucune
remarque.
Le budget arrêté pour les frais de déplacements du président Nicolas Sarkozy est en hausse de 33% par rapport en 2008. Un renforcement de cette ligne budgétaire « est souhaitable » en raison de «
la très nette augmentation » des déplacements du chef de l'Etat depuis le début du quinquennat, « en accompagnement d'une politique active voulue par celui-ci ».
Rappelons à celles et ceux qui auraient la mémoire courte, que l'an passé, dans le budget 2008, les crédits de l'Elysée avaient déjà... triplé pour dépasser les 100 millions d'euros. Il
s'agissait alors de permettre à la présidence de rémunérer elle-même tous les personnels travaillant pour ses services - alors que la plupart émargeaient jusqu'alors au budget de leur
administration d'origine - et de financer ses propres dépenses de fonctionnement (déplacements...).
Le gouvernement avait provoqué la polémique en faisant adopter, au nom de « la transparence », un amendement de dernière minute qui multipliait par deux la rémunération du chef de l'Etat, en
l'alignant sur celle du Premier ministre. Ce n'était visiblement pas suffisant. Il fallait cette année un coup de pouce pour le pouvoir d'achat des... collaborateurs. Bien évidemment, ce sera par
le biais des primes. En un an, les salaires des contractuels augmenteront (conseillers et assistants) de 20 % !
C'est véritablement un respect de la parole donnée : pour eux, le pouvoir d'achat sera amélioré ! Ils doivent remercier celui qui leur a fait confiance, et qui a bel et bien tenu ses
promesses. En cette période, la valeur exemplaire de ces propositions mériterait d'être connue.
DES AUGMENTATIONS DISCRETES
Les frais de personnel des ministères ont également explosé en un an, avec embauches à profusion, et hausse de
20% des primes versées aux collaborateurs, selon le journal Le Monde, daté du 5 novembre. S'appuyant sur l'annexe au projet de loi de finances pour 2009, le quotidien écrit qu'entre septembre
2007 et juillet 2008, les affectations dans les cabinets ministériels ont augmenté de... 397 personnes, et le montant des primes a progressé de près de 5 millions d'euros. Il faudrait en parler
aux enseignants des RASED qui s'occupent des enfants en difficultés, et que Darcos veut supprimer !
« Le Monde » compare les effectifs et frais de personnel de ministères qui, depuis 2007, se sont vu adjoindre de nouveaux secrétariats d'Etat. Cependant, le journal souligne que même en tenant
compte des nouveaux périmètres, la progression des effectifs est notable, compte tenu de la politique de réduction des dépenses publiques et de diminution des effectifs de la fonction publique :
près de 20% de membres supplémentaires dans les cabinets, et hausse de 15% des personnels de soutien (sécurité, assistance administrative, intendance ou logistique) qui leur sont affectés. En mai
2007, le Premier ministre avait demandé par circulaire à ses ministres de limiter les effectifs de leurs cabinets, rappelle le quotidien. Il établissait une norme de 20 conseillers par ministre
de plein exercice et de quatre conseillers par secrétaire d'Etat. Il n'a pas été entendu, ou du moins, beaucoup ont fait semblant de ne pas entendre.
Seuls Eric Woerth (Budget), Brice Hortefeux (Immigration), Rachida Dati (Justice), Christine Boutin (Logement) et Christine Albanel (Culture) respectent le plafond fixé par cette circulaire ;
mais pas un seul secrétaire d'Etat ne compte moins de six personnes dans son cabinet, le record étant détenu par... Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'Industrie et la consommation, et
porte-parole du gouvernement (18 conseillers).
Le pôle « économie et finances » de Christine Lagarde a embauché 21 nouveaux conseillers, et ses effectifs globaux ont crû de 66 personnes, le pôle « travail de solidarité » de Xavier Bertrand a
embauché 36 personnes, dont 15 dans les cabinets, et le pôle santé de Roselyne Bachelot a recruté 52 personnes, dont 21 dans les cabinets. Ce sont eux que l'on voit le plus à la télé, pour
exhorter les masses laborieuses à se serrer la ceinture.
Le montant des primes mis à disposition en 2008 est en hausse de 45% (+2,2 millions d'euros) pour Matignon, 83% pour le secrétariat d'Etat aux anciens combattants de Jean-Marie Bockel, et 125%
pour le secrétariat d'Etat à la prospective d'Eric Besson, celui qui fait... de la prospective !
Remarquez que les Ministres ne risquent rien, puisque celles et ceux qui sont chargés de les contrôler font pire. Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée nationale, s'était en effet bien
gardé d'ébruiter un audit sur la gestion de la chambre des députés qu'il a pourtant lui-même commandé à la Cour des comptes. Il le gardait sous le coude depuis l'été. Le Journal du dimanche en a
dévoilé la substance, hier : les magistrats pointent une envolée des dépenses de 47 % sur la dernière décennie. C'est dix points de plus que le budget de l'État. Et trente de plus que l'inflation
! La Cour, présidée par Philippe Séguin, lui-même ancien président de l'Assemblée, relève que deux postes de dépenses ont particulièrement flambé.
D'une part, les charges parlementaires, qui incluent les indemnités des députés, leurs frais de représentation, le salaire de leurs collaborateurs... Cela représente aujourd'hui 280 millions
d'euros, sur un total de 533. D'autre part, les traitements des fonctionnaires de l'Assemblée, qui dépassent de 75 % à 150 % la grille de la fonction publique. Les vingt-quatre plus gros salaires
bruts s'élèvent, en moyenne, à 213 000 € : « Particulièrement élevé compte tenu des avantages matériels et sociaux », note l'audit. Ah ! La crise, qu'elle bonne excuse pour vivre mieux ! Enfin,
pas pour tous.
Mais je déblogue...
GRAINS DE SEL