Quelles qu'aient pu être les paroles prononcées à la tribune du PS, les médias n'auraient,
de toutes manières, retenu que ce qui était le plus défavorable à son image. Il en est ainsi depuis maintenant une bonne décennie, et plus personne ne trouvera une solution fiable à cette
situation catastrophique. En fait, le scénario a été presque parfait, puisque rien n'est meilleur pour les ventes que les querelles de famille, car elles plaisent à tout le monde. Les
journalistes n'aiment pas les paysages paisibles, et ils récusent les explications rationnelles, car elles confortent l'opinion dans le sentiment que la politique n'est qu'une affaire de
rivalités de personnes. Ce sont eux qui se mettent à faire de la politique en prenant soin de ne pas s'exposer aux affres du suffrage universel. Ils en arrivent à ne même plus du tout
s'intéresser au fond, mais à se concentrer sur la seule forme ! On en arrive donc à espérer la disparition de ces rassemblements désastreux, quand on sait que désormais ils devraient, selon les
souhaits médiatiques, être réglés comme des spectacles. Toutes les analyses sur la crise, sur les erreurs de la droite, sur les solutions possibles, énoncées par des dizaines de « seconds
rôles », ont été totalement censurées comme celle, louée même par ses ennemis, de Laurent Fabius. Inutiles. Totalement inutiles, car elles ne correspondent pas à l'extraordinaire simplisme dont
ont besoin les vulgarisateurs de linge sale à laver en public. Ils ne souhaitent absolument pas casser l'image socialiste qu'ils veulent créer. Un Congrès doit ressembler aux jeux du cirque, avec
des rétiaires, des mirmillons, des secutor oplomaques, des larmes potentielles et du sang virtuel sur le sable de l'arêne.
La dépêche AFP qui rend compte de l'intervention de Laurent Fabius est véritablement révélatrice de cette approche, car elle n'évoque absolument aucun des éléments qui conduisent l'ex-premier
ministre à se positionner pour un « ancrage à gauche du PS ». Parlant de la crise financière et économique avec des mots justes, des propositions concrètes, des prévisions qui se révèleront
fondées, Fabius a affirmé que les socialistes sont « à cent lieues de l'analyse du Président de la République, nous sommes très éloignés de ce que (pense) le MoDem, nous participons, même
s'il y a des nuances (entre nous, ndlr), à l'analyse sociale-démocrate » selon laquelle « c'est bien la répartition injuste des richesses qui est à l'origine de la crise ».
C'est tout ce que retiendra l'AFP de la clé du Congrès car, dans le fond, Fabius a le terrible défaut d'être trop intelligent. Il n'a pas parlé des personnes. Il n'a pas assassiné Pierre, Benoît,
Sainte Blandine ou Bertrand, et donc il n'effectuera plus jamais de retour sur le devant de la scène, car il apparaît comme un "has been" donneur de leçons que plus personne ne veut entendre.
Il pourra sans cesse démontrer son attachement à des valeurs, à des principes, à des convictions, il sera noyé sous la pipolisation de tous les rendez-vous dans lesquels il apparaît. Le Congrès
se résume à cette prestation dont le moindre mot était pesé, jamais lu et totalement cohérent. C'est hors du champ médiatique, et donc inutilisable.
Il faut des mots charismatiques, inspirés par une morale affective : « bien », « mal », « bon », « méchant », « malade », « heureux » « bonheur », « malheur », « tendresse », « amour », «
vertu », « courage », « se soigner de ses blessures », « ouvrir les portes et les fenêtres », « peur de l'invasion"... inspirés par une volonté de séduire, plutôt que de convaincre.
Laurent Fabius avait pourtant résumé en une phrase synthétique le cœur du problème de la France, en estimant que la présidence de Nicolas Sarkozy n'était "pas seulement une hyperprésidence mais
une autocratie, un gouvernement du président, par le président, pour le président". C'était pourtant la synthèse parfaite de ce qu'il ne fallait pas faire chez les socialistes. Il est haï car il
a trop souvent raison, et c'est désormais une tare dans une société des apparences trompeuses.
DES PROFITS CONFORTABLES
On aurait pu aussi s'intéresser à une autre réalité dénoncée par Laurent Fabius, mais passée sous silence, car probablement sans intérêt pour porter le programme ultérieur du PS sur le terrain.
Après une année 2007 record, les entreprises du CAC 40 pourraient voir leurs bénéfices encore augmenter de plus de... 12% en moyenne en 2008 (rappelez-moi le taux du livret de Caisse
d'Epargne...) malgré la crise, selon une étude du cabinet Price Water House Coopers (PWC) publiée dans Le Monde. Se fondant sur des estimations de résultats pour toute l'année 2008, les experts
du cabinet d'expertise comptable ont calculé qu'au total, les quarante plus grosses entreprises françaises allaient enregistrer une hausse de 12,09% de leurs bénéfices par rapport à 2007, une
moyenne pondérée en fonction de la capitalisation boursière de chaque société.
Selon cette étude, réalisée à la demande du quotidien, les entreprises voient encore progresser leurs résultats en 2008, car « la traduction chiffrée de la crise n'apparaîtra réellement dans
les résultats qu'en 2009 ». Dans l'immédiat, on se contente de prendre les dividendes. Le bénéfice net total des entreprises du CAC 40 « anticipé actuellement par les analystes » est de...
99 milliards d'euros pour 2008, d'après PWC, et ce malgré la faiblesse de certains secteurs. Ainsi les deux constructeurs automobiles PSA et Renault, dont les chiffres d'affaires ont baissé au
troisième trimestre, devraient respectivement voir leurs bénéfices chuter sur l'année de 30,4% et 23,3%, et ils se rattraperont sur la masse salariale et sur le nombre d'emplois.
Les banques devraient, elles aussi, voir leurs résultats baisser, sauf la Société Générale, qui bénéficiera de la comparaison avec 2007, où les résultats avaient été substantiellement grevés par
les pertes liées à l'affaire du trader Jérôme Kerviel... qui a été digérée sans trop de difficultés, compte tenu des réserves accumulées. Le cabinet souligne néanmoins que les banques françaises,
en conservant des résultats positifs, s'en tirent mieux que la plupart de leurs homologues étrangères, qui affichent des pertes.
Les poids lourds de l'indice vedette, l'aciériste Arcelor Mittal et le groupe pétrolier Total devraient, quant à eux, très bien finir l'année, avec une hausse de près de... 40% attendue pour le
premier (à 10,55 milliards d'euros) et de 7,6% pour Total (à 14,2 milliards) qui devrait donc, une nouvelle fois, dégager le plus gros bénéfice du CAC.
En queue de peloton, on devrait retrouver l'équipementier en télécoms Alcatel-Lucent, qui pourrait enregistrer une perte de 623 millions (largement réduite toutefois, comparée aux -3,5 milliards
de 2007), seule entreprise dans le rouge au sein de l'indice parisien. La valeur en Bourse des sociétés du CAC 40 a pourtant, elle, beaucoup baissé: fin octobre, le CAC 40 a touché son plus bas
niveau en cinq ans, et on a beaucoup pleuré dans les chaumières !
DES SUPPORTEURS AUX ACTIONNAIRES
Le congrès du PS aura permis, une fois encore, de vérifier que les "supporteurs" ne font pas de bons militants. L'ex-journaliste sportif que je suis, connaît fort bien leurs réactions et
leurs méthodes. Il leur faut toujours un responsable de la défaite de leur favori (te). Quand ce n'est pas le terrain, les blessures, c'est forcément l'arbitre, le règlement, l'entraîneur, qui
font que toute analyse objective d'une défaite leur parait une horrible critique. Cette mutation profonde de la vie politique est absente de toutes les analyses. Or c'est elle qui explique les
sifflets, les interpellations intempestives, les huées idiotes, les silences réprobateurs et l'enthousiasme débridé. Le Congrès ne sera plus jamais un espace de débat, mais sera simplement un
stade pour affrontements de vedettes, une sorte de star Academy, une réserve de transférables d'un camp à l'autre, selon les besoins des « dispositifs humains ». C'est tout juste si certains
n'ont pas mis le pouce vers le bas !
Aujourd'hui, le CAC 40 va donc se régaler, et TF1, avec cette nouveauté du Congrès Star Ac', va faire un bond vers le haut, car il a la certitude que personne ne remettra véritablement en
cause son diktat médiatique dans un proche avenir. On invitera une candidate ou un candidat au 20 heures avec l'espoir qu'il attaquera un autre socialiste mais surtout pas le maître des
lieux!
Durant cette semaine agitée, les pilotes de ligne, les conducteurs de trains (au fait, pour eux, les maires ne devront pas contribuer au service minimum d'accueil en mobilisant
leur personnel municipal), les enseignants (la grève sera massive et les gendarmes iront voir si les Maires appliquent ou non le SMA), les postiers (la privatisation est toujours dans les
tuyaux)... tenteront de sauver ce qui peut l'être encore du service public. Ils n'auront pas, eux, tous les supporteurs qu'ils espèrent à leur coté, puisque des maires de gauche mettront en
place, sous la menace, le service minium d'accueil; puisque certains de leurs collègues ne feront pas grève, car ils ne peuvent pas s'offrir ce qui devient un luxe; puisque les reportages
des Jités montreront des braves gens qui travaillent, pénalisés par ces "feignasses" inutiles sauf les jours où ils ne travaillent plus.
La cote de popularité du Président et de son « collaborateur » va remonter même si, pour son malheur, le G 20 des décisions aussi théoriques que celles du PS a été occulté par les bisbilles
rémoises. Mais, comme le résultat n'était pas au rendez-vous, c'est aussi bien pour Nicolas Sarkozy, qui lui, s'occupe de choses sérieuses. Il tiendra compte de la leçon, et il n'est pas
près de réunir un Congrès pour exhiber ses contradictions, et d'ailleurs, même pour celui que prévoit la Constitution, il est certain d'être minoritaire.
Si cette semaine les socialistes ne se réconcilient pas avec la réalité, ils passeront à coté de leur match. Les supporteurs, même les plus assidus, vont vite quitter le stade ! Il n'y a plus
qu'une solution : transformer les militants en actionnaires, et introduire le PS en bourse. Au moins, chaque jour, on parlera de lui, car il pèsera sur le CAC 40 !
Mais je déblogue...
GRAINS DE SEL