Samedi 22 novembre 2008

Dans le mythe de la médecine de campagne, on prétend que pour connaître l'état du malade lors d'une auscultation à l'ancienne, le praticien en posant son stéthoscope sur le dos du patient lui demandait de dire à haute voix : « 33...33...33... ! » Les vibrations produites par ce nombre magique lui permettaient de savoir si sa respiration nécessitait des soins. Il semble qu'au PS les spécialistes aient inventé un nouveau repère pour savoir si le moribond est très atteint ou s'il est simplement légèrement touché. « Dites 42...42...42... » On ne cessera pas, dans un camp, de ressasser cette référence qui va envahir les ondes de toutes sortes, et les pages des quotidiens du dimanche. Le JDD, grand analyste des cotes de popularité, va se régaler demain matin, et le 42 va faire un tabac au loto ce soir ! En fait, bien plus qu'un long débat sur une vision politique, les adhérents et les militants du PS vont s'affronter désormais sur ce nombre maudit, critiqué, raillé par les uns ou fêté par les autres. Pas certain que ce soit un nombre porte bonheur !
Dites 42, et vous avez simplement la marge qui sépare deux orientations totalement antinomiques du socialisme. L'une est tournée vers l'espoir d'une pratique collective, et l'autre vers une personnalisation aggravée des orientations choisies. L'épaisseur d'une feuille de papier à cigarettes, pour ce qui pourrait, en définitive, ressembler de loin au Congrès de Tours. Une sorte de rupture programmée qui ne dit pas encore son nom. Léon Blum avait déclaré, il y a maintenant 88 ans : « Quel sera le nouveau parti que vous voulez créer ? Au lieu de la volonté populaire se formant à la base et remontant de degré en degré, votre régime de centralisation comporte la subordination de chaque organisme à l'organisme qui lui est supérieur ; c'est au sommet un comité directeur de qui tout doit dépendre, c'est une sorte de commandement militaire formulé d'en haut et se transmettant de grade en grade, jusqu'aux simples militants, jusqu'aux simples sections [...]. Nous sommes convaincus jusqu'au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la vieille maison [...] Les uns et les autres, même séparés, resteront des socialistes ; malgré tout, restons des frères qu'aura séparés une querelle cruelle, mais une querelle de famille, et qu'un foyer commun pourra encore réunir. » Il va falloir légèrement adapter ce discours pour publier le communiqué qui conclura forcément le Conseil national (on ne dit plus Comité central depuis longtemps) mais il conserve toute son actualité. Preuve que la vie d'un parti n'est faite que de soubresauts avec, comme enjeu véritable, la conquête du pouvoir interne. Les Socialistes sont particulièrement honteux d'avoir mené à son terme un processus démocratique toujours imparfait, alors qu'aucun parti n'a eu, à ce jour, le courage d'étaler sur la place publique une telle succession de votes. Bien entendu, ces pratiques sont à double tranchant. L'une expose à des commentaires médiatiques ironiques, puisque tout se sait, tout se commente, tout devient sujet à caution ou à suspicion. L'autre facette conduit forcément à des excès en tous genres, car il y a toujours une frustration pour le vaincu, quel que soit son camp et ses motivations. Les conquérants n'aiment pas perdre, surtout quand ils pensent avoir atteint le Graal, car la frustration demeure extrêmement forte.


GUERRE DES DEUX ROSES
Impossible donc de ne pas s'attendre à ce que ce nombre de « 42 », soit un misérable 0,0032 %, devienne sujet à caution. On va le dépecer, le ratatiner, le regonfler, le doper mais on n'arrivera jamais à le stabiliser. D'ailleurs, pour les commentateurs des comptoirs de bistrots, il vaudrait mieux un « 51 », ou, pour les hispanisants amoureux des « ventas » un « cuarenta y tres »; je n'oserai pas un « 69 », sous peine de me faire censurer ou accuser de transformer le combat électoral en joute sans queue ni tête. En fait, peu importe le nombre, puisque la contestation ne faiblira jamais, tant elle repose sur d'autres prétextes que celui des résultats, dont on sait bien qu'ils ont été obtenus parfois par bricolage familial. La guerre des deux roses n'est pas près de s'arrêter !
Le problème devient préoccupant, puisque les seconds couteaux veulent absolument se construire une notoriété sur cet écart, qui n'a rien de grand. Nul ne sait ce qu'ils auraient demandé dans le cas où le résultat aurait été inversé. Ils auraient certainement déployé la même indignation pour les uns et la même sérénité pour les autres. Manuel Vals, qui n'est pas le dernier à se précipiter devant un micro ou une caméra afin de descendre ses camarades, a vite flairé le bon coup. « Nous utiliserons tous les moyens, politiques, juridiques, judiciaires pour contester cette victoire » a-t-il lancé, droit dans ses bottes, comme un justicier qui a comme référence sa constance dans l'engagement, lui qui fut un spécialiste convaincu du non et du oui sur le traité constitutionnel européen!

Il est vrai que l'on voit très bien un socialiste se comporter comme Darcos, et déférer au tribunal administratif un autre socialiste pour ne pas avoir appliqué le « service minimum démocratique ». On peut lui proposer Georges Frèche comme témoin d'honneur, car au moins, il a l'habitude des prétoires, et il assurerait sans nul doute le spectacle. On va se jeter à la face les pires paroles, de telle manière que l'outrance couvre l'essentiel... On pourrait inventer au PS une règle originale : quand un vote interne ne vous est pas favorable, vous pouvez demander que l'on recommence, jusqu'au moment où il vous donnera satisfaction ! J'ai personnellement rencontré une jurisprudence en la matière.
J'ai en mémoire un congrès cantonal qui avait désigné, en 1980, comme candidat aux élections cantonales, dans un vote parfaitement régulier, un homme de valeur qui ne convenait pas à la Fédération. Il avait battu son concurrent d'une poignée de voix. On décida donc, pour la seule et unique fois dans l'histoire du PS, de faire revoter par... correspondance, ce qui inversa le résultat, et on enterra le vote direct des militants. Il y a donc encore un espoir de trouver des 
procédés pour revenir sur un résultat qui doit être aussi clair que possible, mais pas remis en cause avant d'être officialisé... car on en est rendu là !


UN GRAND VAINQUEUR
Le Parti socialiste aura réussi à transformer un long débat, un scrutin transparent, ouvert sans retenue ( les trésoriers se frottent les mains car jamais ils n'avaient vu affluer autant de chèques de régularisation de cotisations), un fonctionnement de moins en moins lié localement (à quelques exceptions près) aux notables en eau de boudin. Un exploit d'autodestruction que seuls des gens de gauche peuvent s'offrir au nom de la démocratie participative. En fait, s'il y a égalité entre les deux prétendantes, on est certain qu'il y a un grand vainqueur de cette guerre des nombres : Nicolas Sarkozy ! Le JDD va pouvoir lui accorder une cote de popularité de 42 ! Martine Aubry a, en plus, un problème mathématique d'image et n'empêchera pas Ségolène Royal de continuer à jouer sa petite musique, dans une structure parallèle où elle n'aura aucune peine à faire 100 % des voix. Mais, ce n'est qu'une hypothèse sans fondement, et qui relève du crime de lèse majesté. Reims redevient donc un nouveau congrès de Tours à l'envers.
Le désir d'avenir fait que, déjà, la droite joue sur du velours. Le grand vainqueur du Congrès de Reims, c'est incontestablement Nicolas Sarkozy, et cette bataille fratricide est du pain béni pour sa majorité. Si mardi soir le conseil national n'a pas le courage de voter, de trancher, d'assumer, on ouvre une traversée du désert au plan national. Les coups vont pleuvoir sur les élus locaux, livrés en pâture à des électrices et des électeurs qui, après s'être mis sur leur « 31 » pour les fêtes vont se retrouver avec le moral à zéro. Alors, il ne reste plus qu'une solution : solliciter de TF1 l'organisation d'une StarAc', avec vote par SMS payant, pour redresser l'action en bourse du groupe Bouygues. A moins que nous relisions le discours de Léon blum au Congrès de Tours en décembre 1920 : « Vous êtes en présence d'un ensemble. Il n'y a même pas lieu d'ergoter sur tel ou tel point de détail. Il s'agit de voir la pensée d'ensemble, la pensée centrale. Si vous acceptez avec telle ou telle réserve de détail, peu importe. On ne chicane pas avec une doctrine comme celle-là. Mais si vous en contestez des parties essentielles, alors vraiment vous n'avez pas le droit d'adhérer avec des réticences, avec des arrière-pensées ou avec des restrictions mentales. Il ne s'agit pas de dire : « J'adhère », mais du bout des lèvres, avec la certitude que tout cela n'est qu'une plaisanterie, et que, demain, le Parti continuera à vivre ou à agir comme il le faisait hier. Nous sommes tous d'accord pour rejeter de pareilles interprétations » Allez camarades, mettez-vous d'accord sur un nombre. Pourquoi pas « 36 », « 68 » ou « 81 » ? Cela rappellerait de bons souvenirs, en une bien triste période!
Mais je déblogue...

Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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