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LES STATISTIQUES

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Samedi 12 août 2006 6 12 /08 /2006 07:17
Pendant des heures de négociations, à New York, portant sur le poids des mots, le choc des images de guerre envahissait les écrans. Le temps maintenant que les gouvernements israélien et libanais se lancent dans le commentaire de texte, les victimes continueront à s’accumuler car, dans le monde actuel, le seul secteur dans lequel chaque mot compte c’est encore celui de la diplomatie. On meurt à cause de l'inutilité des mots.

La diplomatie est une activité humaine historique, qui a la particularité de n’être sur le devant de la scène sociale que quand tout va au plus mal ailleurs. Les diplomates ressemblent aux sapeurs-pompiers, avec la différence qu’ils laissent parfois la maison à défendre brûler, en raison d’interminables discussions relatives à la manière d’éteindre l’incendie. Ils commencent par s’accuser mutuellement d’être l’ami irréductible de celui qui a mis le feu ! Ensuite, ils évitent de rechercher leurs responsabilités réciproques dans l’éclatement du conflit, dont on sait, par avance, qu’il appartient à la génération spontanée. Enfin, et surtout, ils sont payés pour mettre en évidence que leur camp a raison… Ils viennent de démontrer ces principes dignes de leur maître à tous, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord après les négociations sur le conflit du Liban !
Le lieu le plus approprié pour observer ces négociateurs, dont on dit qu’ils appartiennent depuis des siècles à l’aristocratie de la fonction publique, c’est le siège de l’Organisation des Nations Unies. On y palabre chaque jour dans des espaces secrets ou des enceintes publiques sur la misère de femmes et d’enfants inconnus. Il faut une sacrée indifférence pour éviter de se poser des questions sur l’utilité de " résolutions " que l’on mettra des jours ou des semaines à rédiger, et surtout à faire voter. En effet, bon nombre d’entre elles peuvent être encadrées et placées dans les salons des gouvernants, tant elles n’ont été suivies d’aucun effet concret. Le " machin " comme l’avait baptisé De Gaulle ne règle les conflits que quand il est trop tard. Elle n’a en effet aucun moyen d’imposer ses décisions, même prises à l’unanimité, sauf quand elle " valide " les constats de terrain. On ne peut donc que se poser des questions sur l’utilité véritable de l’ONU, de plus en plus mal en point au fil des avatars de la planète.

LE PROBLEME DU BUDGET
Son avenir passe de plus en plus par une réforme en profondeur de son fonctionnement. Jusqu'à maintenant, elle a été repoussée, mais le problème du budget (sa dette énorme de plus de 2 ,5 milliards de dollars américains) et celui du fonctionnement du Conseil de sécurité (l'arrivée de nouveaux membres permanents et l'extension de son domaine de compétence) devient de plus en plus urgent. Seuls les USA s’y opposent avec une ferme résolution !
Le secrétaire général actuel, Kofi Annan, a commandé de nombreuses études sur les voies à suivre pour réformer l'organisation. Mais, par manque de consensus au sein des incontournables membres permanents du Conseil de sécurité, elles sont pour l'instant restées lettres mortes. En particulier, le représentant permanent des USA, en soutenant une position intenable, a tout fait pour ne pas avoir l'unanimité, et geler ainsi les possibilités de réforme. On attendra le bon plaisir de Bush.
En mars dernier le secrétaire général a ainsi proposé aux Etats membres, dans un rapport, lors de l’Assemblée générale ,avec une vaste réforme d’une administration pléthorique et parfois pas très " nette ", attendue par les dirigeants mondiaux après que l'Organisation eut été secouée par une série de scandales. Kofi Annan a présenté une série de mesures allant de la délocalisation de certains services au renforcement du système de passation des marchés. Celui-ci a été ces dernières années mis à mal par le scandale du programme "pétrole contre nourriture" de l'ONU en... Irak et lorsqu'une enquête interne a découvert des pratiques contestables dans le secteur du maintien de la paix, ayant occasionné des dizaines de millions de dollars de pertes pour l'Organisation.
Dans son rapport, le Secrétaire général a souligné l'augmentation vertigineuse, depuis la fin de la Guerre froide, qui avait l’avantage de fixer les positions par la menace réciproque, des activités de terrain de l'ONU, notamment des opérations de maintien de la paix, qui absorbent plus… de 70 % du budget de l'ONU, évalué à quelque 10 milliards de dollars, sans tenir compte des agences onusiennes, qui ont un budget équivalent. Le Secrétariat de l'ONU emploie à lui seul quelque 7 500 fonctionnaires, et ses programmes et ses institutions spécialisées, y compris la Banque mondiale et le FMI, emploient au total quelque 61 000 personnes dans le monde.
ADAPTE AUX REALITES D’AUJOURD’HUI
Il propose de " refondre complètement l'ensemble du secrétariat, ses règles, sa structure, ses roua ges, pour qu'il soit mieux adapté aux réalités d'aujourd'hui " et de " remettre entièrement à neuf " l'ensemble de l'organisation . L'ONU est en effet restée pendant très longtemps paralysée, durant la période de la Guerre froide.
Les États-Unis et feu l’URSS qui sont des membres permanents du Conseil de sécurité, bloquèrent l'Organisation des Nations unies en utilisant abusivement de leur fameux droit de veto à... 242 reprises en 45 ans. Cette méthode a ancré l’idée de l’inefficacité absolue d’un organisme proche de l’utilité de la triste Société des Nations en son temps.
Désormais, il faut bien en convenir, l’ONU vit tout de même sur la base des décisions souvent unilatérales des Etats Unis qui, sans vergogne, défendent leurs seuls intérêts ou, pire, leur conception d’un monde dans lequel ils régneraient en maîtres absolus.
Le " machin " a été incapable d’empêcher le génocide de 800 000 Rwandais en 1994. Elle a laissé plus de 7 000 musulmans se faire massacrer à Srebrenica en 1995. Elle est restée impuissante face à l’entrée en guerre des Américains en Irak en 2003. Elle recense en 2005 un milliard d’êtres humains vivant avec moins d’un dollar par jour... Après tant d’échecs incontestables, l’ONU avait donc besoin, soixante et un ans après sa création, de beaucoup plus qu’un toilettage institutionnel, mais bien d’une réforme en profondeur demandant aux pays riches de combler les attentes des plus pauvres, via le renforcement de l’aide au développement, et en appelant ces derniers, en échange, à soutenir la lutte contre le terrorisme et à créer un Conseil des droits de l’homme. A la limite, les USA auraient accepté des principes généraux, mais ils " tuèrent " le projet surtout en raison de ses propositions sur le sanctuaire qu’est le Conseil de sécurité.

LES SEULS VAINQUEURS DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE
Kofi Annan souhaitait rendre ce dernier plus représentatif du monde tel qu’il est aujourd’hui… et donc plus déconnecté des seuls vainqueurs de la dernière guerre mondiale. Depuis des années, le Japon et l’Allemagne affirment qu’ils on payé leurs erreurs terribles, et qu’ils méritent d’y siéger. L’ Afrique et l’Amérique latine supportent mal l’idée que la paix et la sécurité internationales se décident sans eux. La proposition la plus aboutie, celle dite du Groupe des quatre (ou G4), comprenant le Japon, l’Allemagne, l’Inde et le Brésil, demandait l’entrée de six nouveaux membres permanents (eux-mêmes, ainsi que deux pays africains). Le G4 acceptait de ne pas solliciter de droit de veto pendant quinze ans.
Si l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte pouvaient espérer entrer au Conseil, cela déplaisait à l’Angola, au Kenya ou à l’Algérie. Les États-Unis étaient, de toute façon, opposés à l’entrée de l’Allemagne, et la Chine à celle du Japon… donc on a remisé la réforme dans les cartons en attendant on ne sait quel miracle diplomatique.
Les pays émergeants, ne supporteront pas encore très longtemps d’être considérés comme des " nains " de la diplomatie alors que bon nombre d’entre eux ont la puissance de feu nucléaire ou cherchent par tous les moyens à l’obtenir.
Faute de leur reconnaître une puissance "pacifique " ils s’attribueront une puissance " guerrière " que l’on cherchera ensuite à leur supprimer par la force… en sollicitant l’intervention de l’ONU.
Mais je déblogue…  
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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