Lundi 9 avril 2007
Il y a, de temps en temps, des coups de chaleur dans la campagne présidentielle. Ils s’inspirent, le plus souvent, de paroles imprudentes dans un camp ou un autre mais le vrai débat n’a pas encore débuté et il y a fort à craindre que l’on reste sur les sujets mondiaux sur des impressions plus que sur des certitudes. Il est vrai que l’élection du Président de la République demeure un sujet de préoccupation franco-française et que l’on a la fâcheuse impression que nous regardons notre nombril dans un monde qui continue pourtant à inquiéter. Ce particularisme qui nous porte à croire que notre pays est le centre de la planète ne fait plus recette vu de l’étranger.
Ainsi depuis des semaines, à Bruxelles, toutes les nations examinent les conséquences du réchauffement climatique sur l’avenir de la terre. C’est certainement l’une des conférences les plus importantes de ce début du XXI° siècle car elle pose les véritables problèmes qui marqueront les générations futures. Tous les signaux sont au rouge. Tous les scientifiques alertent les politiques. Toutes les prévisions convergent. Comme pour les débats sur la mondialisation économique ceux qui ont trait à la mondialisation écologique mettent en évidence la faiblesse dramatique du " politique ". Chacun est en effet venu à Bruxelles avec le désir inavoué de pénaliser le moins possible son économie et donc on est parti pour un accord à minima. Or il faudrait une décision collective vigoureuse, une volonté collective majoritaire pour enrayer un phénomène q ui, malgré les incantations pseudo éclairées de Claude Allègre, conduit l’Humanité vers des problèmes insurmontables. Les perspectives ouvrent sur des horizons sombres.
Le bouleversement géographique provoqué par l’effet de serre (fonte de la banquise) permettra certes d'ouvrir de nouvelles voies de circulations maritimes en Arctique mais les écosystèmes deviendront vulnérables en raison de l'abaissement des barrières climatiques aux espèces " invasives " nouvelles sur certains territoires. Les modes de vie des communautés indigènes devront changer pour s'adapter. De nombreuses petites îles seront touchées par la hausse du niveau marin. Le risque de mort des coraux tropicaux, l'augmentation des tempêtes, l'érosion des côtes menacent déjà. Et pendant ce temps les palabres continuent. Pas un jour sans qu’un événement local vienne pourtant en France conforter cette évolution. Jamais encore un fait planétaire n’a mobilisé massivement mais par contre les constats limités successifs devraient sortir les citoyens de leur torpeur ou de leur indifférence. On a l’impression que personne n’a une vision générale des phénomènes qui ne sont jamais replacés dans un contexte planétaire. Ce ne sont que des accidents ponctuels auxquels nous pouvons encore faire face. On construit des digues, on créé des zones protégées, on interdit mais sans véritablement de cohésion et de continuité. On s’oppose à toute solution sans jamais se priver des causes qui ont conduit à l’envisager. On consomme comme des fous !
SUITE D’IMPACTS NEGATIFS
Dans le nord de l'Europe, le réchauffement climatique aura des bénéfices initiaux (baisse du chauffage, hausse des récoltes) mais sera suivi d'impacts négatifs lorsque la température continuera de s'élever. Dans le sud de l'Europe, les hautes températures et les sécheresses vont réduire l'approvisionnement en eau et le potentiel hydroélectrique, le tourisme d'été, la productivité des cultures. Une augmentation des risques sanitaires en raison des vagues de chaleur surviendra dans les villes et des incendies de forêts comme ceux qu’ont connu l’Espagne et le Portugal vont se répéter. Il n’y a aucune vision pessimiste de ces effets directs alors que nul ne peut en contester l’irréalité puisqu’ils se sont déjà produits. On annonce par exemple, pour les prochains mois, une sécheresse dramatique au sud d’une ligne Bordeaux Nice avec notamment une situation très critique dans le Gers, la Haute Garonne et l’Ariège. Mais il n’y a aucune anticipation, aucune mesure annoncée afin de ne surtout pas mécontenter le milieu agricole qui demeure le plus gros consommateur d’eau potable ! On réagira fin juin quand il sera trop tard ! Les manifestations d’usagers attireront les caméras dans des villages privés d’eau ou sur des champs paillassons ! La fin des vacances revenue on oubliera !
La fonte des glaciers dans l'Himalaya va augmenter la fréquence des inondations et les glissements de terrain, affecter les ressources en eau durant deux à trois décennies. Ce sera ensuite suivi par une diminution des débits des rivières durant l'été, au moment où elles sont le plus utilisées. L'approvisionnement en eau potable pourrait diminuer, ce qui affecterait plus d'un milliard de personnes d'ici à 2050. Le risque de famine devrait rester à un niveau élevé dans plusieurs pays en voie de développement. La morbidité et la mortalité dues aux maladies diarrhéiques associées aux inondations et aux sécheresses vont croître dans l'Est, le Sud et le Sud-Est de ce continent. Une augmentation de la fréquence et de l'intensité du choléra sur les côtes en raison de la hausse des températures est à prévoir.
PERTE IMPORTANTE DE BIODIVERSITE
En Amérique latine : un remplacement graduel des forêts tropicales par des savanes dans l'est de l'Amazonie avec une perte importante de biodiversité. La végétation semi-aride sera remplacée par des végétations arides car la fonte rapide des glaciers andins va bouleverser le régime des rivières utilisées pour l'alimentation en eau, les cultures irriguées et l'hydroélectricité. Au Chili une polémique arrive car il faut absolument envisager face à ces phénomènes qui vont détruire son indépendance énergétique le recours au… nucléaire. Et l’on sait que bien d’autres pays (Brésil, Argentine…) lorgne vers ces installations qui leur permettraient de compenser la chute de leurs ressources hydroélectriques et de répondre à une hausse constante de besoins liée à l’amélioration du niveau de vie.
Dans les zones sèches, la " salinisation " entraînera la désertification de terres agricoles et des afflux de population en détresse vers les conurbations déjà saturées et dépourvues de toutes les structures (réseaux d’eau potable et d’assainissement, de transports en commun fiables) . En Amérique du Nord la croissance possible des productions agricoles dans le nord des Etats-Unis et au Canada sera contrebalancée par une augmentation des incendies de forêts et des vagues de chaleur dans les villes.
D'ici à 2020, 75 à 250 millions de personnes seront exposées en Afrique à des difficultés croissantes d'alimentation en eau. La production agricole, dont celle pour l'alimentation, sera sévèrement compromise dans de nombreux pays. La pêche sera affectée le long des côtes et dans les lacs. Dans certains pays, les récoltes de l'agriculture pluviale pourraient diminuer de 50 % sur cette période. Les surfaces disponibles pour l'agriculture vont diminuer aux marges des zones arides et semi-arides. L'Afrique sera le plus vulnérable des continents en raison des impacts du changement climatique mais aussi de sa faible capacité d'adaptation. Et en France Sarkozy prétend que nous arriverons à maîtriser les flux migratoires par la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Dérisoire. Absurde. Ils vont s’accentuer face à une situation de vie ou de mort généralisée.
42 INFRACTIONS FRANCAISES
Entre 20 % et 30% des espèces de plantes et d'animaux seront en risque accru d'extinction si l'augmentation des températures dépasse 1,2 ° à 2,5 °. Sur plus de 29 000 séries de données d'observations provenant de 75 études qui montrent un changement significatif des systèmes physiques et biologiques, plus de 89 % correspondent à la direction attendue en réponse à un réchauffement. L'acidification des océans due à l'augmentation du gaz carbonique atmosphérique aura un impact négatif sur les organismes marins à coquille.Au-delà du XXIe siècle, la fonte d'une grande partie du Groenland et de l'Antarctique de l'Ouest pourrait élever le niveau marin de quatre à six mètres, inondant de nombreuses plaines habitées. Ce sont les constats effectués à Bruxelles. La France y participe et a donc l’occasion de prendre des positions nettes, claires et efficaces. Du moins en apparence.
Il faut en effet faire un rappel douloureux sur ces six dernières années : l’état le plus condamné à Bruxelles pour non-respect des directives européennes en matière d’environnement, c’est… la France! Pas moins de 42 cas d'infractions sont actuellement ouverts contre nous ! Nos préoccupations économiques ont toujours pris le dessus sur l’enjeu écologique et le bilan est plutôt inquiétant puisque notre pays se retrouve au quatrième rang mondial pour les espèces menacées. Une rivière sur quatre en France est en mauvais état. 86 % de l’électricité est produite dans des centrales nucléaires (contre 4,2% pour les énergies renouvelables souvent combattues par les populations proches). Selon L’INSEE elle même le nombre d'habitants par voiture en France rejoint progressivement le niveau américain que nous critiquons de manière véhémente (2,1 habitants par voiture contre 1,7 en 1998). Un doublement du parc automobile est attendu d’ici 2020. Et les autres statistiques sont toutes aussi affriolantes !
Nous sommes tous coupables, au quotidien, dans nos engagements et nos modes de vie. Nous sommes tous coupables de passivité. Nous sommes recroquevillés sur le coût de l’eau potable, de la collecte et du traitement des déchets, des carburants, de la construction… sans nous apercevoir que ce ne sont que les effets les moins importants de notre incapacité politique à régler les véritables problèmes. La forme l’emporte de plus en plus sur le fond jusqu’au moment où ce sera trop tard ! A Bruxelles on se bat sur les mots… dans une guerre froide sur le réchauffement climatique. Ailleurs on ne va pas tarder à en crever ! La terre brûle et les "pompiers" se réunissent pour se mettre d'accord sur la couleur du camion qui devrait peut-être intervenir et ne souhaitent pas s'en prendre aux pyromanes sous prétexte qu'ils donnent de l'argent pour les calendriers.
Mais je déblogue…
Par Jean-Marie DARMIAN - Publié dans : ACTUALITE
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