Mardi 10 avril 2007
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Une campagne électorale n’est jamais finie. Il y même certains hommes politiques expérimentés qui prétendent qu’elle débute dès le lendemain d’une élection… Celle des présidentielles ne fait donc pratiquement que commencer quand on sait que les sondages ne portent que sur les gens prétendument certain de leur choix et que 4 sur dix ne l’ont pas encore effectué. L’expérience de plus de 30 ans de scrutins divers et variés me prouve qu’il arrive que la décision soit impulsive et se prenne au tout dernier moment. Dans de nombreux autres cas les électrices et les électeurs arrivent avec le bulletin soigneusement plié dans la poche sur les conseils d’un proche. Il faut bien convenir que les critères des votes ne sont pas nécessairement rationnels. Les programmes, les déclarations, les promesses… ne sont pas souvent les critères pris en compte par environ 30 % des votants. Leur adhésion à une candidature ne tient parfois qu’à un détail, une attitude, une rencontre. Ce comportement donne toute sa valeur à l’image. Son poids terrorise même les prétendants qui paient des consultants à prix d’or pour leur éviter des faux-pas pénalisants.
Il faut donc se rendre à l’évidence : la télé fait une élection présidentielle et croire le contraire serait d’une désarmante naïveté. Elle n’influence pas les décisions des gens par la qualité de ses émissions politiques mais au quotidien par ses choix éditoriaux. Il faut avoir, en France, compte tenu du fait qu’il n’y a plus de service public réel suffisamment influent, une sacrée conviction pour résister à la pression de ces options. Les exemples flagrants ne manquent pourtant pas mais peu de monde relève leur incidence sur la vie démocratique car tous sont éphémères. Ils ne relèvent pas du hasard mais d’une appréciation orientée de l’actualité. En voulez-vous ?
DEUX LIVRES … DEUX TRAITEMENTS
Prenez par exemple la manière dont a été traité par la télé la publication de deux livres témoignages différents sur Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Eric Besson grâce à son pamphlet " Qui connaît Madame Royal ? " torché en quelques jours a quasiment fait tous les plateaux qui comptent. Il a été l’invité de toutes les chaînes et a pu, durant plusieurs heures cumulées, déverser son fiel sur celle qu’il avait pourtant le devoir de soutenir. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir de quel temps a véritablement disposé le déput

é-maire de sans que ce soit considéré comme comptabilisable par le CSA. Nul ne songerait à lui reprocher d’avoir fait la promo d’un livre qu’il n’a pas écrit car il l’a faite avec la complicité des responsables d’émission ou de journalistes qui ont bondi sur l’occasion.
Il serait maintenant particulièrement probant de constater objectivement combien de temps, ces mêmes animateurs réserveront au bouquin " Un mouton noir dans la baignoire " que l’ex-Ministre alibi Azouz Begag a consacré à son expérience gouvernementale et notamment à sa cohabitation avec Nicolas Sarkozy. Là on n’est plus sur la différence idéologique mais sur les menaces physiques. Il relate notamment la crise née entre lui et le ministre de l'Intérieur à la suite des propos de ce dernier à Clichy-sous-Bois en octobre 2005. Nicolas Sarkozy s'y rend après la mort de deux jeunes électrocutés et parle de "racaille". Azouz Begag s'oppose alors dans la presse le lendemain à cette "sémantique guerrière". En novembre 2005, Nicolas Sarkozy "lui passe un savon tellement incroyable qu'il ne peut s'empêcher de le consigner sur le champ : 'Tu es un connard ! Un déloyal, un salaud ! Je vais te casser la gueule ! Tu te fous de mon nom… Azouz Sarkozy ! Je vais te montrer, moi, Azouz Sarkozy… Tu te fous de mon physique aussi, je vais te casser ta gueule, salaud ! Connard !'". "A chaque fois que j'essaie de placer un mot", explique Azouz Begag, "il me coupe : 'J'en ai rien à foutre, de tes explications ! Tu vas faire une dépêche à l'AFP pour t'excuser, sinon je te casse la gueule…". Soyez-en certain il va pouvoir cette semaine aller partout pour donner sa vision du candidat Sarkozy qu’il a vu à l’œuvre !
VOUS PRENDREZ BIEN UN PERNAUT
Dans une chronique de " Libé " on trouve une analyse terrible du rôle éminent de Jean Pierre Pernaut dans la campagne puisqu’il est à la tête d’un Jité absorbé par plus de 7 millions d(électrices et d’électeurs chaque jour à 13 h. Je ne résiste pas à vous livrer un extrait de l’analyse du contenu faite par un… vrai journaliste.
" Il est des moments où un journaliste se transcende. Prenez, au hasard, Jean-Pierre Pernaut : depuis le 20 mars qu'il accueille dans son JT de 13 heures de TF1, un Journal de campagne , il touche au sublime. Ni pléonasme ni grosse blague, il s'agit là d'une pastille politique de dix minutes posée au beau milieu du JT, entre "l'essence qu'augmente encore ma pauv'dame" et les 39e Olympiades des métiers d'Amiens. Mais c'est de la politique à la Jean-Pierre, celle qu'on discute au zinc, chaussé de bottes Aigle. Chaque édition commence par, dixit Pernaut, " " Le regard des gens " sur la présidentielle. Les " gens " de Pernaut sont, par exemple la semaine dernière, à Dronzy (Nièvre), bled réputé pour voter comme la France. Et, à Dronzy, il y a un bar le Dronzy où l'on s'envoie des blancs secs dès l'aube ... Et au Dronzy de Dronzy, il y a un poivrot qui a son idée sur la présidentielle: "Quand on voit la gauche, la droite, la droite, la gauche, toujours les mêmes conneries, hé ben, on vote pour Jean-Marie." Quelques jours plus tard,
" Le regard des ge
ns " de Pernaut est à Antibes, dans un salon de coiffure pour dames, avec les mémés, cheveux mouillés et serviette éponge autour du cou faudrait pas que le Régécolor tache la blouse. Arlette, la coiffeuse, raconte :
"Un monsieur voulait pas payer, il me dit : "Je vous paye que si vous votez Ségolène." Fumiers de socialistes !…
Je suis certain que si vous êtes attentif vous devinerez que la campagne est pavée de mauvaises intentions. L’égalité des temps de parole n’a aucun sens car elle masque des approches différentes du traitement de l’actualité qui pèse beaucoup plus sur le résultat. Les faits divers prennent une importance particulière, les images sur l’immigration aussi, les contextes dans lesquels sont effectués les reportages également et tout ceci échappe aux téléspectateurs. Et ces impacts ne se mesurent pas du tout car ils appartiennent à la manipulation quotidienne discrète mais efficace.
LA LEGENDE QUI TUE
On trouve aussi ces jours ci un autre fait qui corrobore ces pratqiues. Dans la magazine Paris Match dont on sait qu’il doit se racheter d’avoir mis à mal la vie privée de Sarkozy (son directeur Alain Genestar l’a chèrement payé) un grand reportage photo a été consacré à Clichy sous Bois. Parmi les clichés, l’u d’eux a été pris dans le RER. Il montre quatre jeunes hommes noirs assis autour d'une jeune femme blanche plongée dans un livre. Légende de la photo : "Sur les portables, la musique du rap joue à fond. La passagère, pas rassurée, se plonge dans sa lecture et n'en sort pas." La passagère s'appelle Mélanie Merlin. "Quand j'ai vu la photo j'ai souri, quand j'ai vu la légende, j'ai bondi", raconte-t-elle à Libération, encore choquée du texte qui ne correspond en rien à la réalité : elle n'avait pas peur et était simplement absorbée par son livre. Mais le mal est fait : cette femme professeur dans un lycée de Clichy-sous-Bois se voit servir en classe un narquois : "Vous avez peur des Noirs, Madame ?" Mélanie Merlin demande un démenti à Paris Match, qui l'envoie sur les roses. Mais l'Humanité sort l'affaire et, la semaine dernière, Paris Match publie une "précision". Problème, elle est de la taille d'un confetti. Du coup, Mélanie Merlin vient d'assigner l'hebdomadaire du groupe Lagardère pour préjudice lié à son travail et demande la publication d'un démenti de la taille de la photo incriminée. Elle attendra des mois avant de savoir si son droit à l’image sera aussi bien respecté par Paris Match que l’a été celui de Madame Sarkozy. De toutes manières le mal est fait… car en l’occurrence il ne s’agit absolument pas d’un fait mais d’une interprétation d’un contexte mis au service d’une vision sociale dominante.
Plus que jamais les apparences seront trompeuses. Les pièges pour consciences fragiles vont se multiplier. Ce ne sera plus ouvertement mais insidieusement. D’ailleurs dans Groland la semaine dernière, sur Canal + dans une caricature réussie, on proposait d’effectuer le recrutement pour " télé martyr " une émission qui élirait très vite celui qui remplacerait Papi Voise, ce vieux monsieur d’Orléans dont les images avaient fait la une des Jités à quarante-huit heures du premier tour des présidentielles… On le cherche chaque jour parmi les dépêches d’agence. Et soyez-en certains on finira par le trouver !
Mais je déblogue….
JE VOUS AVAIS PREVENUS MAIS VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU
Allez donc lire le papier ci-dessous
GRAINS DE SEL