Samedi 11 août 2007
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Comme m’a mémoire faiblit, je n’ai pas retrouvé la chronique dans laquelle j’évoquais la crise probable qui menaçe la société française en raison de l’endettement
exagéré dans lequel s’enlisent des familles afin d’accéder à la propriété immobilière. Dommage car elle est d’actualité, même si la catastrophe arrive d’Outre Atlantique. Au cœur du mois d’Août,
un système fragile de cartes s'effondre et entraîne dans sa chute les autres, en mettant en péril des pans entiers des économies reposant sur la construction.
En effet il est certain, sans se prendre pour un exégète spécialisé, que les crédits à long terme vont être de plus en plus serrés en Europe et en France car la
peur va s’emparer des organismes préteurs. Certes, ils ont déjà renforcé les garde-fous, mais on sent bien la difficulté réelle qu’ont les couples en limite de solvabilité à bâtir un projet.
D’autant que les prix ont atteint des niveaux faramineux.
La semaine dernière, comme la Mairie a décidé d’exercer un éventuel droit de préemption sur tout son territoire, j’ai pu constater que l’on atteint sur Créon des
ventes à 3500 € le m² construit, ce qui n’a jamais été le cas. Les achats sont désormais réservés à des personnes de plus de 50 ans, effectuant des opérations tiroirs consistant à vendre un bien
qu’elles ont fini de payer pour investir dans un bien plus proche des services, du centre ou pour un retour vers une " province " désormais bien structurée et surtout bien moins chère
que les grandes agglomérations.
Il est vrai que la crise actuelle aux USA ,dont ne parleront certainement pas Nicolas Sarkozy et son nouvel ami intime George Bush, repose sur un système libéral,
que la majorité actuelle souhaite importer pour faire décoller la croissance. Les fameux crédits immobiliers "subprimes" consistent en des prêts immobiliers dits "à risque" car consentis à des
ménages à la solvabilité fragile, et à des taux d'intérêt très élevés. Depuis plusieurs mois, les taux d'emprunt ont augmenté, et cela s'est accompagné d'un baisse des prix de l'immobilier,
notamment en raison d'un affaiblissement de la demande, diminuant d'autant "l'effet richesse" des ménages. Logique, puisque la montée des taux d’intérêt fait que les acheteurs ne peuvent plus
envisager l’achat de leurs rêves, et donc ils font chuter le système qui ne progresse qu’avec ceux qui ont pris les risques antérieurement. Cette conjonction d'événements a rendu nombre de
ménages incapables de rembourser leurs emprunts, mettant en danger les établissements de crédit.
Même si on n’en est pas encore là en France, il faut savoir que plus de nouveaux propriétaires que l’on le croit revendent leurs biens dans les 5 premières
années de leur installation. Les difficultés financières conjoncturelles, ou même parfois totalement prévisibles, génèrent de plus en plus de séparations familiales et donc des reventes de
maisons couvrant parfois tout juste les frais engagés, quand les couples ont la sagesse d’éviter une mise aux enchères de leurs biens après saisie.
UNE VIE EN LEASING INTEGRAL
Un autre système anglo-saxon est arrivé sur notre territoire national, via la libéralisation totale des filières bancaires. On le connaît sous le qualificatif de
"mortage". C'est un type de crédit immobilier utilisé dans les pays anglo-saxons. Il se distingue de l'emprunt tel qu'on le pratique en France, car il suppose que le bien acheté à crédit est
hypothéqué et devient propriété du créancier, constituant alors une garantie permettant au ménage de souscrire d'autres crédits, à la consommation généralement, ce qui permet de stimuler
l'économie. On ignore trop que ce système de prêt hypothécaire, dit " hypothèque rechargeable ", a été introduit cette année, en France, mais de façon discrète pour éviter qu’il se
développe trop vite. On a pourtant oublié d’informer les gens de l'arrivée sur le marché de cette méthode, qui prétend doper la croissance par le… surendettement. En effet, elle permet de
concevoir toute sa vie sur le
crédit. On ne peut plus sortir du piège sans
risques, et il faut éternellement gagner de l’argent pour " payer " son confort matériel. Une sorte de vie en leasing intégral !
Ce procédé est réservé aux initiés, qui tentent de développer un patrimoine très vite, en l’accompagnant des multiples apparences de la qualité de vie, achetées via
des crédits à la consommation très chers. Le problème, c’est qu’avec le "mortage", le pouvoir d'achat des ménages est très largement dépendant de la valeur de leur bien immobilier. En cas de
ralentissement et plus encore de retournement du secteur, comme c'est le cas aux Etats-Unis depuis plusieurs mois, l'effet richesse, créé artificiellement par la maison construite, se contracte
et peut se propager au reste de l'économie, via un ralentissement de la consommation.
Là encore, il suffirait que la bulle immobilière actuelle éclate ou diminue, pour qu’en France bien des familles soient plongées dans le rouge. On sent que ça
arrive, car les agences immobilières ont du mal à trouver des acquéreurs pour des biens surévalués par leurs vendeurs. Il faut que le rapport qualité-prix soit attirant, avec une propension à
justement trouver des acquéreurs pour les plus luxueux, alors que la maison ordinaire, dans le lotissement ordinaire, peine à trouver un acheteur. Il est certain que la crise en cours ne va
pas permettre aux investisseurs potentiels de trouver une banque qui acceptera de couvrir un prix d’achat jugé trop élevé et donc trop risqué en cas de défaillance de l’emprunteur.
LA CASCADE DES DEFAILLANCES
Si les couples et les familles ne peuvent plus accéder à la propriété, il faudra fournir sans cesse davantage de logements. Les séparations familiales qui
conduisent à avoir deux logements de même taille au lieu d’un seul accentuent la pénurie et donc l’augmentation des prix des loyers. La catastrophique loi de Robien qui a transformé le logement
en outil de défiscalisation et non pas en outil social correspondant à un besoin d’investisseurs " professionnels ". Des sociétés ont donc pour objet d'investir sur différents
marchés, avec divers degrés de risques financiers. Parmi eux, les fonds spéculatifs sont spécialisés dans les investissements risqués, et certains ont choisi d'investir dans le juteux marché des
"subprime" (voir au-dessus) qui leur permet d’effectuer de juteux profits sur le dos des ménages. Des établissements, qui ont consenti des prêts "subprimes", ont en effet transformé les crédits
cumulés en "titres financiers" de façon à pouvoir les vendre sur les marchés. En achetant ces titres vous ne pariez pas sur des chevaux ou des joueurs de football mais sur des emprunteurs
anonymes que vous estimez capables de payer des taux d’intérêt élevés en se saignant aux quatre veines pour trouver les sommes nécessaires. Comme dans tous les choix osés, il suffit d’une
conjoncture défavorable pour que la ruine menace. Ainsi en raison du retournement du marché immobilier américain, les titres inspirés de ces prêts risqués ne trouvent plus preneurs. Ceux qui ont
acheté ces titres font aussi les frais de la crise. La faillite ou le gel de plusieurs d'entre eux a affolé les marchés financiers car toutes les banques du monde avaient trouvé là une opération
pouvant doper leurs produits financiers, offerts aux avides de profits rapides ! Elles ont pris peur, car leurs obligations de rentabilité vont leur coûter cher et diminuer les sacro-saints
bénéfices qu’elles se doivent d’afficher ! Vendre. Mais à quel prix ? Quand ? A qui ?
LES PAUVRES QUI COULENT LES RICHES
Dans le fond, cette crise est essentiellement due aux… pauvres américains. Ces gens, que la société du profit exploite encore plus que les autres, sont en passe de
couler l’économie mondiale. Leur faible pouvoir d’achat, la précarité de leur situation professionnelle, un système social dérégulé, les empêchant de rembourser des crédits usuraires, ne sont pas
pris en compte par ces analystes financiers aussi froids que des croque-morts. Le mal semble profond, car les institutions de régulation des marchés ont été obligées, en quelques jours, de sortir
plus de 320 milliards de dollars de leurs caisses pour enrayer la chute libre.
Celles et ceux qui s’enrichissent en dormant pendant que l’on vante à d’autres la " revalorisation de la notion d
e travail ", vont être contraints à se mettre au Lexomil. Les pertes annoncées en bourse vont gâcher leurs
vacances, car l’énergie coûte de plus en plus cher, les matières premières suivent et un ralentissement de l’économie se traduirait encore par… des cohortes de licenciements puisqu’il faudra bien
maintenir les profits pour les investisseurs.Ce pauvre DSK va arriver au FMI au cœur d’une tempête. Il est certain que ses conceptions socialistes lui seront bien utiles pour redresser ce FMI. Il
souligne que la remise à plat du risque crédit constitue une " saine correction et ne devrait pas conduire à un krach ", grâce à l'action préventive des banques centrales. Le
rétablissement de la discipline de crédit à laquelle on assiste est pour le FMI une évolution positive. L'action promptement entreprise par un certain nombre de banques centrales pour fournir des
liquidités au système devrait assurer que ce processus d'ajustement se déroule de manière ordonnée", affirme le Fonds.
Allez ne vous inquiétez pas trop : la situation ne gâchera pas le déjeuner entre Bush et Sarkozy. Ces deux là sont faits pour s’entendre. Ils n’ont pas besoin
de crédit " subprime " pour payer leurs résidences. D’ailleurs, notre Président n’a même pas à régler ses vacances : il a des amis qui ont encore assez gagné d’argent à la Bourse
pour les lui payer. Qu’il en profite, car ils vont rapidement réduire leur train de vie, et ne pourront plus lui offrir le privilège de vacances de rêve dans une modeste demeure américaine,
achetée avec un crédit à hypothèque rechargeable. Auprès de qui ?
Mais je déblogue…
GRAINS DE SEL