Jeudi 16 août 2007
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Traditionnellement le jour du 15 août est considéré comme l’un de repères religieux des sociétés occidentales. Des milliers de personnes étaient, par exemple, rassemblées à Lourdes pour l’office le plus suivi de l’année. L'Assomption a été instituée fête nationale en France par le roi… Louis XIII et l'est restée jusqu'à la Révolution française. Napoléon Ier fera du 15 août la Saint Napoléon qui redeviendra la fête de l'Assomption à la Restauration. La République le décidera jour férié alors que peu de monde, actuellement, sache exactement qu’elle en est la raison profonde. Au cœur de l’été, cette journée se situe en fait au basculement de l’année civile en cours. Après le 15 août socialement on se retrouve sur la pente descendante allant vers la rentrée scolaire.
On a eu cette année la confirmation terrible de la fameuse fausse " prédiction " de Malraux : "le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas." On n'a véritablement jamais su si Malraux avait prononcé cette phrase et dans le fond peu importe puisqu’il avait écrit en mars 1955, dans la revue Preuves : " Le problème capital de la fin du siècle sera le problème religieux. " Il ajoutait : " Le problème religieux se posera sous une forme aussi différente de celle que nous connaissons, que le christianisme le fut des religions antiques. "
Désormais la religion envahit tous les pays, tous les médias et surtout tous les esprits. Elle n’est plus un opium du Peuple qu’elle endormirait mais l’un des raisons qui fondent les affrontements entre des Peuples drogués par un fanatisme irrationnel. Hier, l'un des attentats les plus meurtriers depuis le renversement de Saddam Hussein a eu lieu en Irak et il repose justement sur cette déviance omniprésente de l’adhésion à une croyance. Au moins 250 personnes ont été tuées dans le nord de ce pays, dans quatre attentats au camion piégé visant une minorité religieuse. Le président irakien Jalal Talabani, un Kurde, a estimé que cette communauté kurde était victime d’une " guerre génocidaire lancée par les terroristes et les Takfiris (extrémistes) contre la population irakienne ". La Maison Blanche avait mardi dénoncé ces " attentats contre des civils innocents ", les qualifiant de " barbares ", accusant les extrémistes "d’empêcher l’Irak de devenir un pays stable et sûr ". Or il se trouve que les yézidis, issus principalement des régions kurdes, appartiennent à une petite " secte " dont les pratiques sont le fruit d'un mélange entre le zoroastrisme, le judaïsme, le christianisme et l'Islam. De petites communautés sont installées en Syrie, en Turquie, en Géorgie et en Arménie, mais la majorité des adeptes, qui seraient 100.000 en tout, vivent en Irak. La plupart choisissent de vivre entre eux dans des groupes isolés, et souvent dans une pauvreté extrême.
MASSACRES AU NOM DE DIEU
Les yézidis se réclament de l'enseignement du calife Yézid, un martyr du chiisme mort en 680. Ils adorent l'ange Tawous, ou ange Paon, que certains musulmans ou chrétiens considèrent comme étant le diable. Les yézidis eux-mêmes, qui ne croient ni à l'enfer ni au diable, nient cette interprétation qui leur a valu d'être souvent persécutés pour satanisme. Ils vénèrent également cheikh Adi, un soufi qui a vécu dans le nord de l'Irak au XIIe siècle et qui est considéré comme le principal saint de cette religion. Des pèlerinages sont organisés autour de sa tombe, située au nord de Mossoul.
Les rites yézidis sont mal connus et beaucoup sont tellement secrets qu'aucun non-croyant n'y a jamais assisté. Les adeptes considèrent le mariage en dehors de la communauté comme un péché qui doit être puni par l'ostracisme ou même la mort de ceux qui le commettent. Le 7 avril, une foule de Yézidis a lapidé une jeune fille de 17 ans, elle-même yézidie, pour avoir offensé leurs valeurs conservatrices (sic) en s’enfuyant pour épouser un jeune homme musulman. Des extrémistes sunnites avaient organisé " des attaques de représailles ", en fait des massacres d’insurgés commis partout en Irak. Le 23 avril, des hommes armés ont ainsi intercepté un autocar transportant des Yezidis vers leur village de Beshika (10 km de Mossoul), et massacré 23 d’entre eux. Ce n’était qu’un signe d’une catastrophe plus grande.
Toutes ces atrocités ont bien évidemment été commises au nom d’un Dieu ou d’un autre. Comment ne pas se poser des questions objectives sur le rôle de ces courants de pensée irrationnels qui parcourent des sociétés déboussolées et livrées à des comportements terribles? Partout sur la planète la bombe et le mortier ont remplacé le sabre et le goupillon. Peu importe les fondements d’une religion ou d’une autre. Peu importe en quoi croient les Yézidis et dans le fond c’est inutile d’en juger le bien fondé. L’absurde agression dont ils ont été les innocentes victimes mais en évidence les racines du mal profond qui traverse le monde : la confusion entre le fonctionnement d’une société et les principes définis par une croyance. Jamais les chefs religieux n’ont eu autant intérêt à défendre et à valoriser la laïcité des pouvoirs. Et pourtant il faut reconnaître que le concept n’a plus la côte dans une période où les gouvernants revendiquent tous une appartenance spirituelle forte et souvent partisane.
SUS AU DRAGON ROUGE
Et ce n’est pas le pape Benoît XVI en critiquant hier le "dragon" du matérialisme et en affirmant que celui-ci n'était pas invincible, car "Dieu est le plus fort" qui améliorera le contexte actuel. Il a improvisé son homélie autour d'un extrait de l'Apocalypse de Saint Jean, un texte lu à l'occasion de la fête de l'Assomption qui invoque le triomphe de Dieu sur le "dragon rouge" du mal.
"Le dragon rouge" a été représenté, selon lui, par "les grandes dictatures du siècle dernier, le nazisme et le stalinisme", et "il semblait impossible que la foi puisse survivre à long terme", a déclaré le pape oubliant de préciser que certaines ont bien été servies par l’Eglise. "Mais en réalité, dans ce cas aussi, l'amour a été plus fort que la haine, et aujourd'hui le dragon existe sous des formes diverses, dans les idéologies matérialistes qui nous disent qu'il est absurde de penser à Dieu, d'observer ses commandements décrits comme dépassés, et qu'il faut prendre ce qui se présente. Il semble impossible de s'opposer à cette mentalité dominante avec toute la force médiatique dont elle dispose, le dragon paraît à nouveau invincible", a ajouté le pape, "mais Dieu est plus fort que le dragon et c'est l'amour qui gagne et non l'égoïsme".
Impossible de ne pas voir derrière certaines formules un autre sens. Le matérialisme que condamne le Pape n’est pas nécessairement celui du profit, de l’exploitation de l’homme par l’homme mais celui des gouvernements qui revendiquent une certaine indépendance vis à vis des dogmes religieux tels que les médiatise Benoît XVI. Le renoncement au " dragon rouge " a des allures conservatrices plus que dangereuses pour bien des peuples qui souffrent de la misère absolue et de la famine complète.
La guerre en Irak, que Bush a présentée comme une croisade occidentale contre l’esprit du mal, n’a bien entendu aucune visée " matérialistes " et elle est fondée sur " l’amour " comme le démontrent les événements quotidiens dans ce pays. " Que Dieu bénisse notre pays ! " a déclaré maintes fois George W. Bush durant cette guerre. " Dieu a placé George Bush à la Maison-Blanche et se sert aujourd'hui de lui pour promouvoir une vision biblique du monde " a ajouté Tom Delay, chef du groupe républicain à la chambre des Représentants de telle manière qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur les fondements de ses décisions " matérielles ".
DE VOLTAIRE A ONFRAY : MEME COMBAT !
Le débat n’est pas nouveau mais il prend une importance que personne ne lui accorde véritablement. Pourtant Michel Onfray dans un " traité athéologie " écrit en 2005 l’a parfaitement synthétisé : " Des millions de morts, des millions de morts sur tous les continents, pendant des siècles, au nom de Dieu, la Bible dans une main, le glaive dans l'autre : l'Inquisition, la torture, la question; les croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations, les bûchers; la traite des noirs, l'humiliation, l'exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes et des enfants; les génocides , les ethnocides des conquistadores très chrétiens, certes, mais aussi, récemment, du clergé rwandais aux côtés des exterminateurs hutus; le compagnonnage de route avec tous les fascismes du vingt et unième siècle, Mussolini, Pétain, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d'Amérique du Sud... Des millions de morts pour l'amour du prochain."
La journée de hier s’inscrira dans la droite ligne de cette énumération. Elle ne dérogera pas à la règle voulant que, depuis des siècles, les actes soient bien différents des principes énoncés sur les lieux de culte. Voltaire l’avait décrit bien avant ce 15 août d’une tristesse absolue pour l’Humanité : " enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés. Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l'avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre " Malheureusement la culture et l’intelligence qui demeurent les deux seules armes utilisables contre les méfaits du fanatisme n’ont pas permis à des millions de " fidèles " de se familiariser avec le parcours initiatique de " Candide " ! Dommage qu’on ne mette pas ce livre dans les cartables des lycéens et le havresac de tous les soldats du monde pour que les 15 août deviennent des jours ordinaires.
Mais je déblogue…
GRAINS DE SEL