Mardi matin, il faudra pour beaucoup reprendre l'automobile pour effecteur ce fameux trajet domicile travail que les spécialistes disent
pendulaire. Les « ponts » de mai seront derrière toute la société qui aura pu souffler quelques jours et éviter de... passer à la pompe à essence. Il faudra bien pourtant se rendre à l'évidence le
journal télévisé que l'on a eu l'occasion de regarder paisiblement n'a pas fourni beaucoup d'information sur la surprise de la semaine raccourcie qui va s'ouvrir. Or selon de statistiques de
l'Union française de l'industrie pétrolière (Ufip) publiés sur son site, les prix des carburants en France ont atteint de nouveaux records la semaine dernière, pour la quatrième semaine
consécutive, dans le sillage de ceux du brut... et ce n'est pas fini. En moyenne en France le litre de super sans plomb 95 est toujours resté au-dessus de la barre des 1,40 euro, à 1,4081 euros,
contre 1,4017 euro la semaine précédente, selon un relevé hebdomadaire mis en ligne sur le site de l'Ufip. Le litre de gazole a atteint 1,3344 euro, après un record de 1,3162 euro la semaine
précédente. Le litre de fioul domestique s'est établi à 0,8833, contre un précédent record de 0,8702. Ces prix correspondent à des moyennes hebdomadaires mais ils peuvent être beaucoup plus élevés
et varier d'un jour à l'autre ou d'une station-service à l'autre.
Le baril de pétrole a battu de nouveaux records se rapprochant des 124 dollars après l'annonce par le Département américain de l'Energie des chiffres sur les stocks. Le baril de brut léger pour
livraison en juin a atteint les 123,90 dollars lors des échanges hors séance, après une clôture record à 123,53 dollars, en hausse de 1,69, sur le marché des matières premières à New York. Les
stocks de pétrole brut aux Etats-Unis ont augmenté de 5,7 millions de barils, à 325,6 millions de barils au total, au cours de la semaine s'étant achevée le 2 mai, d'après les chiffres publiés
mercredi par le Département américain de l'Energie.
Ces chiffres seront probablement dépassé mardi matin au moment où Monsieur tout le monde montera dans son véhicule pour aller contraint et forcé de son pavillon, perdu dans la nature, sur un
terrain réputé superbement isolé vers son travail. personnellement j'ai déjà rencontré les premiers salariés qui restent chez eux car ils ne peuvent pas acheter le carburant indispensable pour se
rendre dans les diverses propriétés viticoles. L'autre nuit quand je suis sorti pour un feu de poubelles sur Créon j'ai échangé avec les gendarmes qui revenaient d'une planque autour d'un parking
pour camions régulièrement délestés de leur plein de gazole. Les fuites sans payer aux stations automatiques se multiplient. Les signes d'une crise se profilent car il n'y a eu aucune anticipation
du phénomène. Avant même les dégâts dus au réchauffement proprement dit, ou à l'épuisement des réserves pétrolières, il faut craindre de violentes ruptures sociales, une insécurité et une inégalité
croissantes, un épuisement de la chaîne alimentaire. C'est-à-dire, comme au « bon vieux temps », encore et toujours des famines et des guerres. On le sait mais comme les 3 célèbres singes on ne
veut ni entendre, ni dire, ni voir.
DE CRISE EN CRISELa flambée de l'or noir ne fait que commencer. Certes, le baril à 1500 euros n'est pas forcément pour tout de suite mais
c'est pour dans un très proche avenir. D'ici la fin de l'année, la hausse des prix est inéluctable. Et sans doute même... souhaitable. Pour des raisons environnementales, d'abord. C'est l'avis de
Denis Baupin, adjoint vert au Maire de paris avec lequel j'entretiens des liens amicaux puisque je siège avec lui au conseil d'administration national du Club des Villes cyclables dont il est
président. « Le responsable que je suis se désole surtout de la démagogie des politiques qui demandent une baisse des taxes sur l'essence. Encourager à la consommation de pétrole alors que
cette énergie devient inéluctablement plus rare et plus chère, c'est aller dans le mur. Et en accélérant ! Nous avons dilapidé ce que l'humanité a mis 300 millions d'années à produire. Utilisons la
hausse actuelle pour nous réorganiser. Economisons l'énergie, repensons l'économie et les modes de vie, développons les offres de transports collectifs ! » explique celui qui est haï par les
automobilistes parisiens qui lui reprochent sans cesse sa volonté de développer les obstacles à leur merveilleux véhicule !
Dans son dernier rapport annuel, l'Agence internationale de l'Energie (AIE) tire la sonnette d alarme et lui donne pleinement raison : « Les pays doivent impérativement faire évoluer leur
système énergétique, s'ils veulent éviter de nouvelles perturbations de l'approvisionnement, des désastres écologiques ou les deux.» Claude Mandil, le directeur de l'Agence, a prévenu : «
Nous allons vers un système énergétique cher et sale qui ira de crise en crise.»
Le consultant Jean-Marc Jancovici, considéré comme l'un des meilleurs spécialistes sur le sujet fait également des constats durs que nous ne
sommes pas encore disposés à admettre : « A 120 dollars, le baril n'est pas encore assez cher. Rendez-vous compte : un litre de pétrole vaut moins cher que la moindre bouteille d'eau minérale
dans un restaurant !» Au Grenelle de l'environnement, ce polytechnicien iconoclaste a carrément défendu l'idée d'une taxe supplémentaire sur les énergies fossiles. «Quand il y a un
problème, il faut faire monter le prix de ce problème plus vite que le pouvoir d'achat. Et pour l'instant, celui-ci repose largement sur une énergie trop bon marché.» Horrible, politiquement
inacceptable... et pourtant nous n'aurons pas le choix sous peine de résoudre le problème des retraites par la disparition prématurée de bon nombre de celles et ceux qui pourraient y prétendre
!
DES CIRCONSTANCES AGGRAVANTES
Chaque ménage ne pourra pas avoir deux grosses voitures. Non, le transport aérien ne progressera pas éternellement de 4% l'an. Non, il ne sera pas toujours rentable de délocaliser des produits à
faible valeur ajoutée à l'autre bout de la planète. Ni même de prendre sa voiture pour remplir un chariot de supermarché, dans un centre commercial... ou pour venir acheter, en voiture, une
baguette de pain à l'ancienne ou pour conduire son enfant prodige à l'école alors qu'elle se situe à moins de 500 mètres de son domicile.
Villes de plus en plus étalées, domiciles de plus en plus éloignés des lieux de travail, agriculture de plus en plus spécialisée, gares qui ferment, infrastructures qui privilégient la route et,
pour finir, un pétrole qui s'inscrit dans chaque moment de la vie quotidienne, des sacs-poubelles aux bouteilles d'eau minérale... Tout est à repenser, à modifier.
Le secrétaire chargé des Transports, Dominique Bussereau, a donc présenté les grandes lignes d'un futur « plan d'action en faveur du véhicule propre », dans le cadre du Grenelle. Ce plan
devra « bien identifier et chercher à lever les obstacles » au développement des véhicules propres. « Les recherches sur les véhicules propres sont de première importance" compte tenu du fait
que le mode de transport routier "restera prépondérant », a-t-il insisté, en mentionnant les véhicules électriques, les hybrides rechargeables et « tout ce qui est plus économe en énergie
fossile ». Bien sûr, on peut toujours parier sur le relais des énergies nouvelles. Mais en ce qui concerne le transport où l'énergie doit être disponible en permanence, il n'y aura pas de
miracle. Il n'existe pas de solutions à la situation actuelle et la réaction de l'Europe durant les six mois de présidence française devrait être... énergique si l'on veut mettre un véritable
programme de coopération en route.
ALTERNATIVES RARES
Le charbon ? Encore faut-il le liquéfier. C'est techniquement possible : les Allemands l'ont bien fait durant la guerre pour faire rouler leurs chars ! Mais c'est hors de prix : deux fois le prix
d'un réacteur EPR pour une même quantité d'énergie.
L'électricité ? Sachant qu'un kilo de batterie permet de produire 40 Wh, et un litre de pétrole, 10 kWh, difficile d'imaginer que l'électricité puisse prendre le relais du pétrole. Certes, les
batteries deviendront plus performantes. Mais encore faudra-t-il les alimenter. Les unités de production tournent à pleine capacité. Et l'opinion publique ne semble pas prête à accepter de voir
les centrales nucléaires se multiplier sur le territoire. On n'acceptera plus facilement de payer le carburant à son prix fort mais on se refusera à accepter un équipement collectif près de chez
soi. C'est une constante sociale de la période actuelle !
Les biocarburants ? John Lipsky, numéro deux du Fond monétaire international (FMI) a estimé hier que le développement des biocarburants serait responsable à 70% de la hausse récente des prix du
maïs et 40% de celle des graines de soja. « En ce qui concerne l'alimentation, les politiques de promotion des biocarburants dans certains pays développés ont des répercussions sur le prix de
denrées alimentaires de base, en particulier le maïs et les graines de soja », a observé l'adjoint de DSK. « Les estimations du FMI indiquent que l'augmentation de la demande pour les
biocarburants compte pour 70% dans la hausse des prix du maïs et pour 40% de celle des graines de soja », a-t-il expliqué. Dans le même temps, c'est vrai les prix du pétrole auraient
probablement été plus élevés en l'absence des biocarburants ce qui rend compliqué tout jugement d'ensemble", La pile à combustible ? Avec les technologies disponibles, il faudrait plus d'un
siècle pour remplacer le parc automobile existant. Alors ? Alors une seule solution : économiser. Avant qu'il ne soit trop tard... Enfin on peut toujours y croire. Mardi matin pensez-y tout de
même un peu en montant dans votre voiture.
Mais je déblogue...